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Né à Ciney en 1958.
Claude Donnay
a été enseignant.
Il se consacre aujourd'hui à l'écriture et à la revue – maison d'édition
Bleu d’Encre, qu'il a fondée pour publier les poètes qu'il aime.
À ce jour, il a publié 17 recueils de poèmes et participé à plusieurs anthologies.
Il écrit aussi des nouvelles, dont certaines sont parues dans les revues Sol’Air, Nouvelle Donne ou RegART.
Il a reçu le prix Emma Martin pour sa nouvelle Spartacus
La route des cendres, son premier roman (Éditions M.E.O.) a été finaliste du prix Saga Café.

Un été immobile, son deuxième, a obtenu le Prix Mons'Livre


Claude Donnay

On ne coupe pas les ailes aux anges


ON NE COUPE PAS LES AILES AUX ANGES

Roman, 2020

284 pages
ISBN 978-2-8070-0228-9 (livre) –  978-2-8070-0229-6 (PDF) –  978-2-8070-0230-2 (ePub)
20,00 EUR


Une canicule sans précédent. Les corps souffrent, les esprits chauffent, les repères vacillent comme silhouettes dans une brume de chaleur. La foule envahit les rues de Bruxelles pour laisser éclater une rage sans objet clairement défini, si ce n’est que « ça » ne peut plus durer. Arno, jeune homosexuel, est victime d’une agression violente qui provoque une onde de choc sur son entourage, sur son ami Bastian et même sur l’inspecteur chargé de l’enquête. Un questionnement affleure entre la capitale, les Ardennes et l’Orient : notre monde, notre mode de vie, sont-ils en train de fondre dans la fournaise ? Et si disparaissaient les digues que nous croyions intangibles ? si les barrières se brisaient sous une poussée obtuse ? si le plus sombre de nos mémoires revenait crever la surface en bulles pestilentielles ?






e-book
11,99 EUR



EXTRAIT

Arno, sans se presser, traversa la place en contournant le kiosque. Il découvrit trop tard, à l’opposé, la dizaine de types en t-shirt noir avec sur la poitrine un rapace aux ailes étalées, assis sur les gradins en béton comme sur les branches d’un arbre décharné. S’il les avait vus, il aurait rebroussé chemin. L’autre semaine, alors qu’ils se promenaient le long du canal, Bastian lui avait pris la main. Ce n’était pas leur habitude, ils étaient en général très discrets dans la rue. Mû par l’étrange impression d’être observé, Arno s’était retourné. La même bande, cette fois-là en blouson de cuir, était assise sur la rampe du pont. Ils avaient eu des gestes et des grimaces obscènes, avaient fait mine de lui trancher la gorge. Il avait lâché la main de Bastian, qui ne s’était aperçu de rien. Son ami n’avait pas manifesté d’étonnement, imaginant sans doute le geste lié aux nombreux promeneurs autour d’eux. Arno ne lui avait rien dit. Un peu plus loin, il s’était à nouveau retourné. La bande remontait les marches. Dans les dos, le même logo d’oiseau de proie.
Arno dépassa le socle et se trouva pris dans le filet de leurs regards. Trop tard pour reculer ! Il y avait encore pas mal de gens sur la place, ils ne bougeraient pas. Il continua, sans donner l’impression de vouloir presser le pas. À l’intérieur pourtant, il bouillonnait des peurs inscrites en lui depuis l’enfance.
– Hé, p’tit pédé, on ne dit plus bonjour ?
Arno sentit la sueur ruisseler de la racine des cheveux aux mollets. Ils l’avaient reconnu.
– Bonsoir, murmura-t-il sans parvenir à sourire. Et il tenta de s’éloigner.
– Hé là… t’es pressé, t’as pas envie de parler ? On n’est pas assez beaux pour toi ?
Les rires gras fusèrent. Arno s’arrêta, et le temps marqua lui aussi le pas. Puis il se retourna. Une douleur insupportable le fit hurler. Un colosse, crâne rasé et visage couvert d’une barbe drue, broyait ses parties génitales entre ses doigts en s’esclaffant.






CE QU'ILS EN ONT DIT


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S’agit-il déjà des effets du réchauffement climatique ? Une canicule s’abat sur la région et déclenche mille contradictions. Écrasés sous une chaleur de plomb, les habitants ne savent plus vers quel Dieu se tourner. Néanmoins, la société doit continuer de fonctionner, en s’adaptant, en espérant que la météo se montrera rapidement clémente. Chacun hurle que Cela ne peut pas se prolonger ! Dans ce contexte particulièrement oppressant, Arno, jeune homosexuel, subit une agression peu banale. S’enclenche une onde de choc qui impacte à la fois son partenaire Bastian, ainsi que l’inspecteur chargé de débusquer les fautifs.
Claude Donnay signe un roman apocalyptique qui mélange les genres et fait le grand écart entre le polar et l’essai, afin de rappeler l’urgence de revoir notre façon d’exploiter la terre. Nos repères sont-ils vraiment en train de fondre ? Nos digues, que nous pensions infranchissables, disparaîtront-elles sous l’écume ? Pire ! Comment l’être humain s’adaptera-t-il ? Ne faut-il pas craindre que, pressé par les difficultés, il surgisse de lui ce qu’il y entretient de pire ?
L’auteur est régulièrement repris au catalogue des éditions M.E.O. et s’est manifesté à d’innombrables reprises avec des recueils de nouvelles, des plaquettes de poésie et a suscité l’unanimité des lecteurs avec ses deux premiers romans.
Sam Mas, Bruxelles-Culture


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Déborderoman caniculaire

Bruxelles en fusion, l’asphalte nappe plus que mollement les pavés, à portée de poings d’esprits chauffés à blanc. Claude Donnay campe un été prophétique où les thèmes écologiques, économiques, politiques et sociaux envahissent la fiction pour se heurter à un grand chaos. Tout a fondu en une mélasse grise et puante. Soit une fable qui met aux tréfonds de notre bonne société un thermomètre rougi par une flambante actualité. Il y a peut-être un brin d’anticipation dans ce roman : et s’il nous racontait un prochain été en nos belles régions tempérées ?
On a besoin de croire, de s’illusionner, de rêver, pour ne pas partir en vrille. On sait qu’il n’y pas d’issue, mais on fait comme si…
Où personne ne supporte plus rien du tout, sinon à la petite et intime échelle : celle des échelons affectifs à deux, maximum trois âmes, toutes ballottées sans vergogne dans les vapeurs bouillantes du collectif en complète désesperrance. Le maquillage dégouline avec la sueur, la rage et les larmes transpirent des yeux, la peau craque, se fend et le sang suinte : la bête humaine se dénude lascivement pour s’extirper de ses oripeaux d’animal politique.
On devrait inhumer les personnalités politiques dans des voitures de fonction, sarcophages modernes censés témoigner d’une époque où la bagnole symbolisait la réussite et l’anéantissement de la beauté à l’état naturel…
Sans brise aucune, les ventilateurs manquent et les autos tournent pour leur climatisation. L’air est asséché de poussières en suspension. Les odeurs lourdes des poubelles crevées sont grevées de revendications multipliées par les blocages en tous genres. L’eau est rationnée en pleine méfiance d’une population méprisant, vomissant ses gouvernants. Sinon les plus haineux d’entre eux, les plus violents, les plus sourds et aveuglés par les gloires abrutissantes du soleil et de discours fangeux et racistes ; pendant aux fenêtres comme du linge sale à hauteur du vide.
« Quel avenir ? » aurait dit Franz en se lançant dans une description apocalyptique du monde après la disparition du permafrost.
Arno, Bastian, Mina, Nora, Bart, Lucia, Ettore, Annabelle, Jérome, Logan, Harley, les Vautours… incarnent toutes les tensions en réunion dans ce roman rapide. Les destins y rebondissent selon un zapping urgent et continu. Chacun y joue un rôle tranché à la ligne scintillante d’un cutter, entre des victimes, purs anges blancs de lumière, et d’absolues crapules, noirs démons dans l’ombre sombre de ténèbres étouffant.
Le roman de l’été à venir ?

Tito Dupret, Le Carnet et les Instants

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Je commencerai cette critique par une citation extraite du livre:
« Être homosexuel au XXIe siècle ne pouvait pas être à ce point dangereux !... »
Et pourtant, malheureusement oui. Car l'histoire, même si elle est fictive, nous parle de l'agression d'un jeune homme, qui sera victime d'abominations, simplement à cause de son orientation sexuelle.
Le livre est agréable à lire, Claude Donnay a su doser les moments chocs, sans rentrer dans le sensationnel.
J'aurai une petite critique négative concernant le scénario, mais ceci révèle une partie de l'histoire donc ALERTE SPOILER
[En effet, à la fin du bouquin, quand Bastian se retrouve prisonnier des même agresseurs d'Arno, ceux-ci lui demande si il est homosexuel. Alors qu'au début du livre, on nous explique que Bastian et Arno se tiennent la main, et que c'est à cause de ça que ses agresseurs savent qu'il est gay. Donc si ils ont reconnu Arno, forcément, ils auraient aussi du reconnaître Bastian./masquer]
Pour résumer, une lecture agréable, que j'ai pris plaisir à lire.

baka789, Babelio

Commentaire de Deema
Un petit défaut dans votre lecture: lorsqu'Arno et Bastien, se tenant par la main le long du canal de Bruxelles, rencontrent les futurs agresseurs, ceux-ci sont assis sur des marches derrière eux. Arno les découvre en se retournant et ils le voient de face. Bastian, par contre, ne s'aperçoit de rien et ne se retourne pas. Ils ne l'ont vu que de dos. Ce qui explique cette non-reconnaissance à la fin.


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Tout lu de lui, poèmes, romans. Le suis de longtemps (il commença en littérature en 1994). Il participa (je cite dans le désordre) avec Marie Evkine, Antonello Palumbo, Mimy Kinet, Hélène Dorion, Christophe Manon, Alexandre Millon, à l'expérience poético-graphique de la fameuse revue reGart, au grand format, comportant des cahiers de photographies et nombre de ressources – poèmes, lectures. Je lui ai consacré naguère un Dossier L (SLL dirigé par Jean-Luc Geoffroy). Il fut enseignant. Il est poète et romancier. J'oubliais : depuis quarante-deux numéros (aux solstices seulement), il dirige la revue BLEU D'ENCRE. Celle-ci s'est enrichie d'une maison d'édition – même appellation, qui accueille des voix diverses (Florence Noël, Carino Bucciarelli, Liliane Schraûwen, Jean-Louis Massot, Iocasta Huppen…)
Le voici, pour une troisième fois, romancier. En écrivant, en lisant, on progresse. Le deuxième roman m'avait ébloui par sa manière de croquer des paysages et des personnages sensibles. Sans doute, le premier était-il un peu tributaire de l'écriture poétique et du massif Kerouac. Le troisième, incisif, presque décapant, aborde des sujets brûlants : la violence que des détraqués font subir à l'autre, qu'il soit étranger, noir, homosexuel. La grande subtilité du livre est de "fonctionner" (pardonnez mon vocable) par strates (Donnay est de nature sallenavienne : on ne parle bien du concret qu'en géologue du cœur et du temps) et donc de donner, par empans larges, une vision polyphonique de la société. Vous me direz : Mauvignier, Philippe Besson proposent eux aussi une narration de cet ordre. Seulement, Claude Donnay les inscrit dans un "temps incertain" (comme dirait notre cher Hardellet), pas de date, pas d'époque, en quelle ère infernale nous trouvons-nous (l'extrême droite et son leader monopolisent l'attention au nord comme au sud du pays)? Une enquête, une aide psychologique, un tableau de familles (un épicier honteusement véreux, violent, impère), une histoire d'amour contrariée par les tabous et refus d'une société (Arno et Bastian vont subir le choc violent de détraqués). Le roman débute très fort : Arno est violé par des sauvages. Il a 18 ans. La canicule folle n'explique pas toute cette rage à son endroit. Il a tort pour cette bande d'être différent et le paie très cher. Le sujet, pour actuel, nombre de faits divers l'attestent, débouche sur une vision plus large d'une société où tout peut entraîner le rejet, la violence, le viol de l'autre. Arno est belge, d'origine italienne. Bastian est belge d'origine néerlandophone (le prénom du père est assez cinglant : il est violent, c'est Bart). Le retour du "maccarthysme" ordinaire (non plus institutionnalisé comme de 1947 à 1954) mais insinué de longue date dans le cerveau décervélé de gens incultes, laisse ses marques : l'extrême droite et ses idéologies rampantes (rejet de toute différence, nationalisme exacerbé, égoïsme de classe, rejet de la consultation démocratique etc.) déboussolent et injectent çà et là leur prurit. Le livre de Donnay montre des mères désemparées (leur fils a choisi une autre voie), des pères inquiétants ou fragilisés, un monde qui manque affreusement de repères : faut-il fuir? faut-il s'isoler faut-il dénoncer cette société rongée par la finance et les profits de toutes sortes?

Philippe Leuckx, LES BELLES PHRASES et à paraître dans NOS LETTRES.


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Claude Donnay sort son troisième roman, « On ne coupe pas les ailes aux anges ». Comme les deux précédents, l’ouvrage paraît aux éditions M.E.O. Le premier, La route des cendres, (2017) a été finaliste du prix Saga Café récompensant un premier roman. Le second, Un immobile (2018), a reçu le prix Mon's Livre 2019.
Le récit d’On ne coupe pas les ailes aux anges se passe à Bruxelles et en Wallonie, pendant un été caniculaire qui met les nerfs de la population à vif à cause des restrictions et d’autres désagréments.
Un soir, Arno Bosselli est agressé par des voyous. Victime d'homophobie ? C'est le point de départ d'une intrigue où il sera question d'amour, de haine, de sentiment de culpabilité, d'envie d'ailleurs, de remise en cause du monde, notamment à travers le modèle de production et de consommation.
L’inspecteur Mancino, chargé de retrouver les agresseurs, est lui-même une victime de la société. Et l’arrivée d’une jeune migrante, Mina, en souffrance elle aussi, rappelle cette d’Arno et de tous « les autres », victimes de leur différence.
Tout ceci n’est qu’un appât pour lire le roman, qui est une fiction. Il en vaut la peine et il est en phase avec son époque. On y retrouve pas mal d’autres thèmes : la violence envers les femmes, l’extrême droite, le célibat des prêtres, la pédophilie dans l’Église, la situation politique de la Belgique, le réchauffement climatique, les circuits courts, le retour à la nature, les migrants, les gilets jaunes… le tout dans un style très agréable où portraits et descriptions sont peints avec précision, finesse et art, mais aussi avec réalisme quand il le faut.

L'AVENIR



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À travers les sombres effervescences de l'époque
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Claude Donnay et nos modes de vie confrontés aux coups de boutoir de la violence.

Ça se bouscule beaucoup – ça bouscule aussi – dans le troisième roman de Claude Donnay, On ne coupe pus les ailes aux anges, qui ouvre sur le viol particulièrement odieux d'un jeune homosexuel. Sans doute ce sujet, qui met l'accent sur le #MeToo au masculin, aurait-il mérité un livre à lui seul. Mais son auteur a une vision autrement multiple sur les violences d'une époque où le mépris de l'autre n'est que trop partagé. Les empoignant et les brassant dans un
même élan d'écriture, il en fait apparaître l'imbécillité, en convoque les racines, en traque les conséquences douloureuses, voire tragiques et, pour longtemps, traumatisantes.

Vaste éventail
Du mari abruti qui bat sa femme à l'abbé qui préfère confier à l'Éternel plutôt qu'à la justice ses remords d'avoir trop aimé les scouts dont il était l'aumônier, de l'inspecteur de police enfermé dans ses blessure d'enfance à l'émigrée syrienne qui a payé de son corps une fuite risquée, de la psy qui plaide pour les mots contre le silence occultant un passé insupportable au chef de gang nazi cyniquement cruel, du prêtre « Appelez-moi Pierre-Etienne » amoureux d'une paroissienne en détresse à l'agricultrice généreuse attachée à son « enfant diffèrent », l’éventail est vaste que parcourt le livre dans un Bruxelles écrasé de canicule. Une bouffée d'écologie en prime, un leader flamingant arrogant, des relents de racisme ordinaire, une ouverture à la poésie... Quand, dans ce climat effervescent, surgissent des batailles rangées entre policiers en gilets pare-balles et contestataires déterminé à « ne rien lâcher » en dépit de flashballs censés les dissuader... ça commence à faire beaucoup et, ralliant le trop prévisible, à émousser l'effet de surprise.

Un parcours semé d'effroi
Tous ces sujets méritent que l'on s'y attarde et l'auteur aurait pu y consacrer plusieurs romans. Les réunir à plume, certes affûtée – et avisée – essouffle le lecteur malgré un suspense réitéré et éparpille les questions posées à partir de nos modes de vie égocentriques et d'une civilisation déshumanisée. Et l'on a soudain envie d'isoler du texte l'avertissement que donne un personnage a un autre: « Tu te disperses trop. Concentre-toi sur une tâche à la fois ».
Cette réserve n'empêche pas On ne coupe pas les ailes aux anges d'être un livre qui se lit avec le plaisir des intrigues qui s’y déroulent et avec l'intérêt que suscitent les pourquoi? et les comment? des dérives et violences dont témoignent quotidiennement les informations des journaux de tous bords. De la porte de Hal à la place Royale, du parc Maximilien à la gare du Midi ou à la terre d'Ardennes, on est, en outre, en pays connu el livré à ses démons séparatistes. Il y a, chez Claude Donnay – écrivain dinantais, né à Ciney et qui a fondé les éditions Bleu d'Encre consacrée à la poésie dont il est lui-même un pratiquant fidèle – une quête de sens réjouissante et une pensée politique revigorante. Et qu'il termine son parcours semé d'horreurs par l'espoir surgissant d'une fin d'orage aux effluves apaisantes et par les pudeurs d'un amour en ébauche n'est pas pour déplaire.

Monique Verdussen, La Libre Belgique.

Libre

Note de l'éditeur.
J'aime beaucoup cet article, y compris dans ses réticences, lucides, mais qui ne me dérangent pas.
M.E.O. s'est toujours insurgé contre l'exigence unidimensionnelle de la littérature parisienne contemporaine. On ne reprochait pas à Victor Hugo de mêler dans un même roman à rebondissements une analyse tactique de la bataille de Waterloo, une critique sociale acerbe, de la philosophie, une étude de l'argot… Sans fausse modestie, M.E.O. a l'ambition de renouer avec ce qui a fait la grandeur de la littérature française. Nous refusons d'infantiliser le lecteur d'aujourd'hui et le pensons capable de suivre une œuvre sur différents plans.
G.A.




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Quand la violence règne

Avec ce roman Claude Donnay a tenté de mettre en scène toutes les grandes calamités que notre jeunesse doit affronter en ce début de millénaire : homophobie, pédophilie, violences faites aux femmes et aux enfants, émeutes subversives et répression brutale, migration des peuples, radicalisations nationalistes, atteintes à la nature, changements climatiques, … Un vrai catalogue des calamités actuelles.
Arno, jeune garçon qui vit seul à Bruxelles avec sa mère, est amoureux de Bastian le fils de l’épicier, un homme brutal et sanguin qui le rudoie violemment, il n’apprécie pas sa part de féminité qu’il juge un peu trop envahissante. Il ne peut davantage compter sur l’affection de sa mère, une véritable harpie qui n’hésite pas à affronter son mari, sous le nez de l’enfant, dans des bagarres sauvages agrémentées de bordées de jurons et imprécations du plus grand cru. Pour son malheur, la route d’Arno, un soir, croise celle d’une bande de voyous patibulaires, homophobes, qui lui inflige des sévices d’une violence inouïe. Hospitalisé, le jeune souffre atrocement et se referme sur lui-même pour ne pas revivre les traitements qui lui ont été infligés.
Pour oublier sa douleur et ses bourreaux, Arno décide de partir ailleurs avec son ami qui fugue, il ne veut pas affronter ses parents une fois de plus. Et contrairement à ce qu’il a dit à sa mère, il n’emmène pas son ami vers la côte mais vers l’intérieur, vers les Ardennes où ils retrouvent le vrai contact avec la nature et rencontrent une fille étrange qui leur raconte des bobards. Convaincu que leur fugue est vaine, il revienne à la capitale où ils arrivent au moment où les émeutes enflamment la ville…
Cette fugue leur a révélé la réelle nature de leur relation, la possibilité de retrouver la paix et la quiétude loin de la ville et a provoqué la rencontre avec Mira la jeune femme mystérieuse et attirante. Ce livre qui commence comme un roman d’amour entre deux garçons, vire au roman noir dès qu’Arno est violenté et violé par des loubards. La police entre alors en œuvre comme dans un vrai polard que Claude Donnay a épicé de textes intercalés dans le récit pour raconter une autre histoire enfouie tout au fond de la mémoire du policier chargé de retrouver les loubards sanguinaires.
Un texte dense qui répertorie tout ce qui peut arriver à des jeunes un peu différents, à des femmes ou à n’importe qui dans notre société radicalisée où la force et la violence prennent trop souvent force loi. Mais Claude ne concède pas tout à la violence, il sait que l’amour peut surgir n’importe où, que Cupidon peut piquer quiconque de ses flèches et créer des couples les plus improbables pour faire renaître la vie et l’espoir.

DÉBÉZED, critiqueslibres.com et mesimpressionsdelecture blog





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