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Économiste,
Anne Grauwels
a été chargée de cours à la Hogeschool Gent. Membre des comités de rédaction de plusieurs organes de presse pendant des années, elle publie régulièrement des billets d’humeur pour Points Critiques, la revue de l’Union des progressistes juifs de Belgique.
Un florilège de ces chroniques est paru en 2012 aux Éditions Ercée, sous le titre Humeurs judéo-flamandes.


Anne Grauwels
© Alain Esterzon

Une année douce
Photo de couverture :
La chaise rouge et bleue de Gerrit Rietveld
© Yves Kerstius


UNE ANNÉE DOUCE


Roman
Parution 15 février 2016
148 pages
ISBN: 978-2-8070-0068-1
15,00 EUR


Bruxelles, début 2012. Une femme renoue avec son amant et rencontre un écrivain venu lui proposer de coécrire un livre sur la Belgique, ce paradis qui s’ignore. On annonce la fin du monde pour le 21 décembre. Il faut faire vite. Écrire un livre, vivre une histoire d’amour. Entre l’Amant et l’Écrivain, son cœur balance. Deux psys, une chaise pour peser le pour et le contre.

Chronique d’une année douce-amère où l’émotion se cache derrière l’humour corrosif de l’autodérision.






Extrait


Quand je l’ai vu passer la porte du café, je lui ai trouvé d’emblée un drôle de regard que je ne lui connaissais pas : intense et fixe, fiévreux, pas ce regard flottant, un peu dans l’expectative, qu’il a quand il enlève ses chaussures en arrivant chez moi. Il est venu s’asseoir à côté de moi sur la banquette. Dès que j’ai commencé à lui raconter l’Amant, je l’ai vu s’éloigner. Il m’a dit des choses dures, mais qui, bizarrement, ne me touchaient pas. En substance que je suis une courtisane (tiens donc !), que l’Amant est faible, voire lâche et que, sans doute, il doit en avoir d’autres, de maîtresses. « Les hommes, c’est comme ça ! » Cette phrase est revenue à plusieurs reprises. Et de me raconter par le menu ce qui est arrivé encore récemment à une copine dans la même situation, qui avait découvert le pot aux roses. Ceci a réveillé un vieux fantasme auquel je ne crois qu’à moitié, l’Amant me trompe, non pas avec sa femme, mais avec une maîtresse. Une autre ! Il me semble qu’il a glissé une phrase que je ne suis pas sûre d’avoir bien entendue : « J’ai de gros besoins ». Et de revenir sur sa dernière rupture, avec une femme belle, « comme toi ». Je n’arrivais pas à en placer une. D’ailleurs, de qui parlait-il depuis le début ? De moi ou de lui-même ?
Ce matin, après une nuit blanche – la sienne, moi j’ai bien dormi –, l’Écrivain m’envoie un mot d’excuse. « Mauvaises soirée et nuit », il s’en veut d’avoir joué les apprentis sorciers en conseil sentimental et regrette de ne pas m’avoir écoutée gentiment. Il me parle de ses « démons » (tiens, lui aussi !) en faisant allusion à Philip Roth, qui les maîtrise, lui, semble-t-il dire, grâce à la bonne distance de la fiction. La littérature comme bouée de sauvetage ? Je le rassure. Je ne me suis pas sentie visée personnellement. J’ai appris, lui dis-je, à faire la part des choses de ce qui est à moi et ce qui est à l’autre. Disons qu’il y avait un peu de tout dans ce flot de paroles qu’il a déversé hier.
Lieve, à qui je raconte notre conversation, me dit qu’il s’attendait sans doute à ce que je lui fasse une déclaration d’amour.




Ce qu'ils en ont dit

Des « Humeurs » à l’intime, le premier roman d’Anne Grauwels

Nous la lisons tous les mois, chroniqueuse sarcastique d'une actualité glanée au fil des événements qu'elle décrypte avec son pedigree judéo-flamand. « Mauvaise juive et mauvaise flamande », comme elle aime à le dire. Aujourd'hui, elle nous surprend. Dans un tout autre registre, elle nous conte « Une année douce », au plus fort de l’intime, au plus près du vécu. L'Amant. l'Écrivain et l’Analyste balisent te récit. Pas d’intrigue spectaculaire. Juste, au jour le jour, les relations amoureuses qui se nouent et se dénouent, les questionnements, les failles et les infimes nuances des sentiments.
Après trois ans d’éloignement, l’Amant réapparaît. Un amant intermittent, insaisissable, qui privilégie une liaison légère, délestée de tout drame. Mais rien n'est simple.
L'Écrivain a proposé à l’auteure d'écrire à deux un livre sur la Belgique, « ce paradis qui s’ignore ». De séances de travail aux rencontres qui se multiplient, petit à petit les relations se métamorphosent. Une nouvelle histoire naît. Euphorie des débuts, découvertes et... lent délitement
Entre l’Amant et l’Écrivain, l'Analyste. C'est avec lui que l’auteure tente d’explorer sa propre énigme. C'est avec lui qu'elle évoque ses rêves, les actes manqués, les émotions et ses échecs amoureux. « Comment fonctionnent les hommes ? »
Au-delà de la sphère privée, l'actualité s'invite. Brûlante, comme la guerre à Gaza et ses retombées, « ici et maintenant », l'Histoire aussi, avec un pèlerinage
marquant à la Caserne Dossin, et en arrière-plan la tragédie familiale. Puis, en guise de respiration, quelques échappées belles : l'émotion devant Rothko, les vacances, les confidences entre amies, comme un air de Rohmer...
Un monde qui nous est familier, notre temps et nos questions, une écriture minimale et vive, entre légèreté et mélancolie, où parfois ressurgit la langue caustique, mais en mineur, dérision et autodérision. Certains reconnaîtront 1es
protagonistes, d'autres pas, mais, avec ou sans clé, une découverte, une nouvelle voix dans le monde de l'autofiction, car toute vie est un roman, quelques auteurs y puisent la matière d'une œuvre transformée par l’imaginaire, d’autres approfondissent au plus près du réel, pour en exprimer toutes les vérités, et le commun des mortels s'abstient, gardant en lui, en friche et dans le désordre, des histoires innombrables et uniques.

Tessa Parzenczewski, Points Critiques


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Sa vie est un vaudeville…

Le matin, elle devisait avec son Ecrivain dans un café bruxellois complètement vide pour préparer ensemble un livre sur la Belgique.
Là, quand ils se découvrent l’une ou l’autre connaissance commune… Ce ne peut-être qu’un Analyste, d’une certaine renommée dans le milieu lacanien bruxellois.
Le soir même, en se rendant avec des amis au théâtre, elle tombe sur l’Amant… Après trois années d’évitement. Décidément, il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez-vous…
Au gré d’une boussole démagnétisée, nous traversons Bruxelles au bras d’une narratrice à même d’agiter un petit drapeau en tête d’un groupe de touristes asiatiques.
Notre plaisante guide ne dédaigne pas de fréquenter tant le célèbre bistrot Moeder Lambic fleurant la bonne gueuze, que la belle librairie Tropismes dont les miroirs au tain piqué renvoient mille reflets de livres passionnants.
Entre une bouteille d’un excellent vin rouge, spécialement ouverte pour l’Ecrivain - qui enlève ses chaussures avant de pénétrer dans le salon de travail de la narratrice, et la dégustation de chocolat et gâteaux…qu’il mange de façon vorace,… elle se demande s’il fait l’amour de la même façon ! L’Ecrivain se lève et va s’asseoir dans la chaise rouge et bleue, la Rood-blauwe stoel de l’architecte hollandais Gerrit Rietveld – cadeau offert pour un anniversaire par… son premier homme. Autre quille dans ce jeu de boules…
Entre échange de vues et petites confidences en filigrane sur la vie et l’amour, l’Ecrivain raconte qu’il retourne voir une psy depuis peu. Pour notre narratrice, la psychanalyse, c’est bien, à condition de ne pas chercher la guérison.
Cahin-caha nous traversons avec elle les Galeries ou les parcs de la ville. Nous dégustons avec un plaisir non dissimulé ses tentatives désespérées pour équilibrer la table bancale qu’est sa vie… table qu’un vieux bistrot, lui, abriterait avec une joie non feinte.
Inquiétudes, angoisses diverses vont figer son visage… Son sourire de Joconde a disparu.
La nuit, elle n’arrive pas à s’endormir…  L'Amant, le Psy, l’Ecrivain…
Il lui faudrait une « poupée tracas ». Une poupée à qui confier ses soucis, le soir, au lit.
Qu’est-ce que… ?
Suis-je… ?
Ai-je… ?
Anna Grauwels nous fait chronique d’une année douce-amère où l’émotion se cache derrière l’humour corrosif de l’autodérision.
Miroir sans tain… ?

Les plaisirs de Marc Page



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Regard double: Un journal qui n'en est pas un.
Anne Grauwels allie l'autodérision à l'indiscipline de la pensée.
Dans l'intimité, on l'appelle Annette. Grauwels est le nom qu'a reçu son père de ses parents adoptifs. C'est désormais le sien. L'autre, l'originel et imprononçable, est garant de la mémoire familiale sur le monument aux martyrs juifs. Jusqu'ici, elle n'a fait paraître qu'un florilège des nombreuses chroniques d'humeur et d'humour qu'elle signe régulièrement dans la revue des Juifs progressistes. Là, elle vient d'écrire « un journal qui n'en serait pas un », ainsi qu'elle définit elle-même son récent livre : « Une année douce ». Elle y est présente à toutes les pages, mais la couverture indique qu'on est dans un roman. Allez vous y retrouver !
Économiste et, en d'autres occasions, administratrice de sociétés et conseillère communale à la Ville de Bruxelles, Anne Grauwels se raconte avec beaucoup d'autodérision et un regard acéré sur la Belgique, se qualifiant de « mauvaise juive et mauvaise flamande » – c'est-à-dire indisciplinée – en parallèle avec un Écrivain qui lui réplique de son point de vue plus distancié et francophone.
Sous ce double regard, on se trouve crapahuté dans un bouillonnement de textes et d'images par une femme qui cherche à se concilier… un homme pour de bon entre un Amant retrouvé, l'Écrivain qui se lâche et un Psy qui la retient. Du Mokafé des Galeries à Wittamer sans égal, de François Weyergans à Nancy Huston, du Centre Pompidou de Metz aux urgences d'un hôpital glauque de Lyon, de Ro- thko au frère musicien – eh oui ! –, on est toujours dans le détail précis, happé entre mots drôles et dérapages contrôlés. Graves aussi. Sous l'humour, Anne Grauwels affirme ses rébellions et son refus des simplismes de pensée. On aime sa liberté de ton et l'esprit critique qui, sous la légèreté, se hisse à la pointe du porte-plume.
Bien que pour le porte-plume...
Monique Verdussen, La Libre Belgique



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Tribulations amoureuses d’une femme sans chichis

La narratrice, une Judéo-Flamande dont l’âge est indéterminé, rencontre un écrivain francophone qui lui propose de coécrire un livre sur la Belgique. D’entrée de jeu, on comprend que la vie de cette jeune femme n’est pas simple.
Il m’a déjà demandé si j’avais des enfants. Pour les enfants, c’est clair, la réponse est non, mais pour l’homme, c’est plus compliqué. Lui dire que je suis sans homme me semble un peu court, ma vie sentimentale est, disons, en suspens. Et si je lui retournais la question ? La première fois que je l’ai rencontré, il était accompagné d’une jeune femme qui aurait pu être sa fille, mais qui, de toute évidence, ne l’était pas.
De fait, Anne nous retrace le récit de cette année douce-amère qu’elle vient de vivre et nous emmène dans ses aventures amoureuses bancales : entre un ancien amant avec qui elle vient de renouer, une nouvelle collaboration avec un écrivain ambigu, les flashbacks de certains épisodes de son ancienne analyse et les conversations avec son nouveau psy (respectivement appelés « l’Amant », « l’Écrivain », « l’Analyste » et « le Psy sans chichis »), il n’y a pas de quoi s’ennuyer. Sans compter que la protagoniste passe d’un sujet à l’autre sans transition, en ponctuant son récit de commentaires sur l’actualité (l’histoire se déroule à Bruxelles en 2012), avec un humour dont seuls les Belges ont le secret.
À la radio, j’entends notre Premier ministre s’époumoner en néerlandais. Ah, il n’est vraiment pas doué, le pauvre, mais courageux, ça oui : répondre en direct en flamand, chapeau ! J’attends le Eueueuh…, le grand blanc, à la recherche du bon mot dans cette langue étrangère. J’en ai des sueurs froides à sa place. Mais non, il s’en tire. Il a un truc, chaque fois qu’il ne trouve pas le mot adéquat, il se rabat sur le mot en français en le « flamandisant ».
La franchise et la légèreté avec lesquelles l’héroïne nous raconte sans fard les difficultés de sa vie affective la rendent attachante. Ainsi, à chaque fois que son amie Lieve lui demande de téléphoner au psy de sa fille pour savoir s’il est chez lui (sic !), Anne est toujours prête à l’aider :
– Aaal-lo ? Je dis d’une voix qui se veut assurée.
– Ja, allo met Matthias, dit-il comme la fois dernière.
– Monsieur André Labarre ? je réponds en français, puisque je suis en France, niant par là complètement l’énoncé « Matthias » et la langue de mon interlocuteur. Faut bien se forger un personnage.
– Nnnon, hésite-t-il, également en français.
– Ah, excusez-moi, ce doit être une erreur.
Ce n’est pas parce qu’on joue la comédie qu’il ne faut pas rester poli.
Deux petites frustrations par rapport à ce roman : les personnages qui gravitent autour de la narratrice sont décrits à gros traits, frôlant parfois le cliché. L’identité de « Flamande parmi les francophones, [de] Juive parmi les Belges » d’Anne aurait également pu être étoffée afin de lui donner plus d’épaisseur, d’autant plus que sa collaboration avec un francophone aux idées différentes des siennes aurait pu augmenter la tension dramatique.

Séverine RADOUX
, Le Carnet et les Instants


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Les gestes et les mots

Avec Une année douce, l’économiste Anne Grauwels publie la chronique d’une naissance annoncée ou, peut-être, d’une métamorphose. Il s’agit pour cette femme qu’on imagine au début de la cinquantaine de renouer avec le désir, avec la vie.
Elle rencontre alternativement trois hommes. Il y a l’Écrivain, qui lui propose d’écrire un livre à quatre mains. Il y a l’Amant, un amoureux de réemploi. Et il y a l’Analyste. Trois façons de se donner à un homme : écrire avec lui, faire l’amour, lui parler. Trois cadres à respecter : la table de travail, le lit, le cabinet. Trois pactes à vivre : travailler à deux la dentelle des mots, privilégier la légèreté, dire tout ce qui lui passe par la tête. Et si son idéal à elle, c’était de faire les trois avec le même ?
Il y aura, pour chaque homme, plusieurs versions, parce que plusieurs focales, plusieurs distances ou rapprochements. Une question sous-tendra les rencontres avec l’Écrivain et l’Amant : « Le sentiment amoureux naît-il des mots ou existe-t-il avant les mots ? » Des gestes sans les mots suffisent-ils ? Et des mots sans les gestes ?
L’Analyste lacanien sera remplacé par un autre, l’Analyste « sans chichis ». Car cette femme pragmatique aime qu’on lui réponde, qu’on lui parle clair, et que cela avance ailleurs que sur des sables mouvants, alors que l’Analyste lacanien est surtout adepte des jeux de langue oisifs et de références culturelles qui paraissent vaines et gratuites (mais lourdement tarifées).
Plusieurs séances sont créées ou recréées, au grand plaisir du lecteur. La narratrice rêve souvent d’elle-même à bord du tram 55, destination « Silence » et le cimetière. Elle réfléchit aussi au nom du père, son père juif adopté pendant la guerre pour échapper aux nazis, qui a finalement été déporté mais qui est revenu et qui vit depuis la fin de la guerre sous le nom de son père adoptif. Et si ce rapport rendu compliqué au Nom-du-père l’avait empêchée d’avoir des enfants, à cause d’une difficile inscription dans une filiation ? Et si ces tentatives d’écrire et d’aimer, analysées chez le psy, ne tournaient pas toutes autour de cette quête : comment vivre à hauteur de regard d’homme, d’un homme, mais d’abord et avant tout… d’elle-même ?
« Est-ce que tu as encore envie de ça, de te lancer dans une histoire où tu dois constamment ménager cet homme, t’assurer de comment il va, de ce qui ne marche pas, te préoccuper de ce que tu aurais mal dit ou fait, le rassurer s’il a été contrarié? » demande une amie à la narratrice, à l’issue d’une année de maturation. On sent qu’elle n’est sans doute pas arrivée au bout de son chemin, mais qu’elle commence à savoir qui elle est et ce qu’elle ne veut plus.
Anne Grauwels raconte très bien la vie au fil des jours, ses incertitudes, ses manques, ses richesses, et si on sent une forte part autobiographique, on n'a pas l'impression d'être voyeur d'une intimité, mais plutôt d’un dialogue constant entre l’intimité de la narratrice et la sienne propre, qui est éclairée par la première. Et moi ? se dit-on. Et moi, j’en suis où ?

Emmanuèle Sandron, Le Journal du Médecin




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Une F (R) ICTION

Sur la couverture du livre, il est écrit « roman ». C'est donc bien une fiction. Ou plutôt, c'est une « fRiction » parce que lieu de contact entre la fiction et le réel. Et la friction, cela provoque de la chaleur. Même, ici, de la chaleur humaine.
Chronique d'une année où l'auteure a joué à « vrai / pas vrai » avec l'Amant (épisodique), l'Ecrivain (avec qui elle fait un bouquin), l'Analyste et un Psy sans chichis.
Alors ? Réalité ou fiction ? Les deux bien sûr. Comme toutes les vies humaines puisqu'elles contiennent du palpable à quoi on ajoute du / des sens.
N'empêche, ici, cela donne un livre, objet réel plein de rêves. Et, comme le dit si bien l'auteure : « Il me reste donc à inventer ce récit, le récit d'une année douce. S'il faut en croire certains, l'écriture, c'est s'asseoir et voir si quelque chose existe sur la page ».
Anne Grauwels nous avait déjà gâté(e)s avec ses « Humeurs judéo-flamandes » (voir la recension sur notre site). On en a là, en quelque sorte, une version toute aussi malicieuse, drôle et sérieuse à la fois, mais plus tournée vers l'intime que vers des sujets d'actualité.
Mais n'oublions pas que l'actualité est faite de l'intime n'est-ce pas...et vice-versa.
Vous aimerez ce nouvel opus de Anne Grauwels, et vous y apprendrez que « La psychanalyse, c'est bien, à condition de ne pas chercher la guérison », que « Sans l'oubli, la vie devient un enfer », que les couples glissent subtilement vers l'échec, et plein d'autres choses qui font partie de votre vécu également.
Et tout ça avec le sourire de ceux et celles qui savent rire d'eux-mêmes.
Rien qu'un exemple. Que pensez-vous de cette note : « Je n'en ai pas connu beaucoup, des hommes qui lisent de la fiction, tout au plus quelques polars, parce que ça détend. Non, quelques exceptions mises à part, il n'y a finalement que les femmes, les éditeurs et les écrivains, pour lire des romans » ?
On fait le décompte sur notre site pour vérifier la chose ?


Bolcho, critiqueslibres.com (4 1/2 étoiles)


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Une année s’écoule dans la vie de la narratrice, douce ? pas toujours !
Anne Grauwels, d’ascendance juive, écrit des chroniques dans une revue juive progressiste. Elle est une spécialiste en économie et a enseigné à l’université de Gand.
La narratrice livre au lecteur ses sentiments dans une vie bien, trop remplie ? L’écriture d’un essai la perturbe, l’empêche de vivre mais l’aide quand même puisqu’elle fait connaissance de l’Ecrivain qui, petit à petit, prend une place prépondérante non seulement professionnelle… Comment se défaire de la morosité ? Consulter un psy ? Et ce sont des visites régulières chez l’Analyste. Il faut ajouter que l’absence occasionnelle de l’Amant peut perturber !
De ci de là, Anne Grauwels teinte son récit de quelques notes non dépourvues d’humour.
Est-ce un récit autobiographique ? Ou l’auteure ajoute-t-elle une touche romanesque à sa vie ? L’équivoque peut sembler réelle pour le lecteur.

Ddh,
critiqueslibres.com (4 étoiles)


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Revenons quelques années en arrière, pas très loin, mais en 2012.
Souvenez-vous la fin du monde était prédite pour fin 2012 !
Qu'aviez-vous prévu pour cette fameuse année ?
Avez-vous vécu autrement que si la fin du monde n'était pas prédite ?
Moi pas, parce que ce qui doit arriver, eh bien arrive quoi que l'on fasse et nous n'aurions rien su changer si cela avait du être ainsi. J'ai donc vécu normalement.
Pour notre héroïne, eh bien elle écrit un livre avec un autre écrivain, elle suit des séances de psy et dans sa tête ses sentiments s'emmêlent. Elle pense aimer deux hommes et ce n'est pas simple. L'un est écrivain, l'autre est analyste.
Ce livre, c'est son parcours durant cette année de "fin du monde".
Une jolie histoire que j'ai apprécié lire et qui fut trop vite lue, j'y aurais bien vu quelques pages en plus, même si l'histoire est réellement finie.

Alouqua, Babelio



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L’année de tous les possibles

Cette année 2012 (douze comme douce), l’année (dans année, il y a Anne), pour se remémorer la période, où Di Rupo devient Premier ministre de la Belgique, la narratrice a une suite de rendez-vous avec l’Ecrivain, par ailleurs éditeur, qui lui propose d’écrire un livre en collaboration dans une tentative de réunir en un seul volume deux visions du pays. Cette problématique du morcellement (du pays, de la personne, du nom) parcourt tout le livre.
La narratrice renoue avec l’Amant, réapparu après trois ans d’absence, et se remémore des séances passées chez L’Analyste qui sera, après son décès, prolongé par la figure du Psy sans chichis, contemporain, lui, du récit, et qui en est comme le prolongement sur un mode mineur.
En les particularisant par le fait de la majuscule, la narratrice met de la distance entre eux ; elle s’en joue et s’en rit. On a pu relever le caractère vaudevillesque de la situation même si c’est une façon pour l’auteure de ne pas prendre au sérieux ce qui arrive à sa narratrice. Ces acteurs du récit restent assignés à leur fonction, ou tendent vers une autre mais, dans l’intervalle, ils n’acquièrent pas pour autant le statut de personnage à part entière. En les statufiant, elle les rend à la fois dérisoires et irresponsables : ils ne peuvent pas être tenus pour responsables de leurs actes. C’est ce qui fait le piquant mais peut-être aussi le drame de cette histoire.
L’année douce est pour la narratrice le temps de la réflexion, de l’introspection, un temps fragmenté par ces moments attendus et espacés, ces séances diverses qui rythment le quotidien de cette femme aux activités ordinairement réglementées entre les cours qu’elle donne à l’Université, des chroniques à écrire pour une revue et des amitiés, des affections de femme de son âge et de son milieu. Elle vit toutefois l’existence qu’elle a choisie sans s’en plaindre mais sans avoir renoncé à toute envie de l’ouvrir à de nouvelles perspectives.
Quand l’Écrivain devient un Amoureux, l’Amant gêne d’autant plus qu’il la délaisse autant qu’avant et ne lui laisse pas plus d’espoir sur l’avenir de leur relation. Mais vers la fin de l’année, l’Écrivain glisse vers le statut d’Amant car, pour lui, elle n’aura été qu’une récréation, le temps d’un livre écrit à deux, d’une parenthèse littéraire et charnelle propre à raffermir son ego un moment fragilisé.
Les trois instances de ce récit, l’Amant, l’Analyste et l’Ecrivain, vont comme s’unir dans le chef de la narratrice dans le temps où elle décrit la relation de cette année douce pour, on peut le supposer, s’en libérer et engager son existence sur une voie neuve. On peut deviner qu’elle les a suffisamment intégrés, réglés que pour pouvoir s’en détacher et ne plus dépendre de leurs figures par trop masculines pour ne pas dire paternelles. Par ce récit-là, qu’on lit aujourd’hui, elle accède au statut d’écrivaine à part entière.
C’est écrit dans une prose claire, limpide aux phrases courtes, qui, avec détachement, va droit aux faits sans s’encombrer de superflu.
Un livre entêtant, tendre et mélancolique comme une chanson douce.

Éric Allard, Les Belles Phrases

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Présentation par Michel Ducobu à l'AREAW le 4 mai 2016


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Présentation par Tessa Panzenczewsi à l'UPJB le 12mai 2016


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Se situant entre le journal intime et la fiction, le premier roman d'Anne Grauwels, nous décrit dans le détail la relation compliquée d'une femme avec deux hommes, un écrivain qui va devenir son amant et un amant qui va cesser de l'être, sur fond de psychanalyse dont le rôle sera, dans ce cas-ci, d'éclairer son parcours hésitant et contrarié tout autant que d'approfondir d'autres sujets plus intellectuels et moins sensibles. Le récit nous plonge dans la vie d'une femme de notre temps, habitant Bruxelles, juive par ses parents, ex-militante communiste et très branchée artistiquement. Le lecteur découvre son mode de vie assez libre, ses soucis, ses problèmes de santé, ses projets, ses loisirs et, bien entendu, les questions qu'elle se pose sur le « fonctionnement » des hommes dans le domaine sentimental. Parmi ses projets, un livre à écrire avec l'Écrivain sur la Belgique, vue à la fois par la Flamande d'origine qu'elle est et, en miroir, par celui qui va devenir son amant éphémère, un francophone bruxellois connu dans le monde littéraire mais dont le nom n'est évidemment pas cité. Le livre vaut par le naturel qu'Anne Grauwels met dans son écriture et l'intérêt des sujets qu'elle aborde avec ses analystes successifs. On parcourt avec elle quelques coins attachants de la capitale, comme le Petit-Sablon, la librairie Tropismes, les cités-jardins de Watermael-Boitsfort, la taverne Moeder Lambic et d'autres lieux inspirés, pittoresques ou gourmands...
Un roman fort introspectif, rédigé entièrement à la première personne, grave ou léger selon l'humeur ou la disponibilité des partenaires, qui s'achève le jour de la fin du monde manquée, le 21 décembre 2012, sur un incident providentiel : le vol de l'ordinateur de l'auteur qui contenait toutes ses impressions et réflexions relatives à sa vie amoureuse. Repartant à vide, elle passera de la sorte du journal intime et vrai à l'autofiction, un genre de plus en plus répandu de nos jours, et que d'aucuns considèrent comme un moyen commode pour l'écrivain de transformer certains éléments de sa vie dont il ne serait pas entièrement satisfait...

Michel Ducobu, Reflets Wallonie-Bruxelles







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