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Michel Ducobu


 
Naguère enseignant, vice-président de l’A.R.E.A.W. membre du comité de gestion des Midis de la Poésie, Michel Ducobu a publié une trentaine d’ouvrages, essentiellement de poésie et de théâtre. Il est titulaire de nombreux prix.


Michel Ducobu
Un Belge au bout de la plage


UN BELGE AU BOUT DE LA PLAGE


Nouvelles, 2018

172 pages.
978-2-8070-0153-4 (livre) –  978-2-8070-0154-1 (PDF) –  978-2-8070-055-8 (ePub)
16,00 EUR



Un professeur se donne la mort pour s’être ridiculisé devant des élèves ; une femme jadis victime d’abus sexuels arpente les routes en vociférant et provoquant des collisions ; un piéton impénitent part en guerre contre l’incivisme des automobilistes ; un homme devient gynécologue sans autre vocation que de retrouver une institutrice dont la jupe l’avait obnubilé enfant ; bouleversé par la Vanité à la chandelle, un autre s’insère dans la destinée des êtres qui ont inspiré le chef-d’œuvre de Jacques Linard…
Artistes, enseignants, marginaux, les personnages de ce recueil ont tous quelque chose de borderline, et par là nous ouvrent une faille vers la profondeur des êtres. C’est que, « trop décousue pour devenir un roman, trop prosaïque pour en faire un poème, trop insaisissable pour être mise en scène », une vie peut s’éclairer, de temps à autre, par hasard ou par besoin, sous forme de nouvelle, qui laisse à chaque fois un goût intense d’inachevé…
À l’image de ce Belge qui se met en marche au fin fond des Ardennes pour traverser tout le pays jusqu’à la lisière des vagues sur une plage de la Vlaamse Kust, ces 19 nouvelles, dont l’écriture s’est étalée sur quarante années, éclairent le parcours d’un écrivain rêveur, toujours en quête d’une facette de notre condition humaine, bonheur ténu ou drame dérisoire au regard de l’éternité qu’il voudrait capter dans une phrase.
Une première version d’Un Belge au bout de la plage est parue en 2003 aux éditions Éole. La présente version a été profondément remaniée par l’auteur, qui l’a enrichie d’une nouvelle.




Extrait


Ne m’en veuille pas, cher Frédéric, si cette misérable et dernière missive commence par l’atroce formule traditionnelle : « Lorsque tu liras cette lettre, je ne serai plus de ce monde… » C’est pourtant vrai ! J’ai décidé de mettre un terme à mes jours. Toi qui me fréquentais (j’écris déjà au temps des morts !) quotidiennement depuis quinze ans, tu devais bien te douter que la chose se produirait. Ma santé fragile que tu connaissais, cette névralgie oculaire dont je ne parvenais pas à me débarrasser, cette immense difficulté que j’éprouvais ces derniers temps à articuler convenablement les mots les plus simples à cause d’une langue sèche, d’une bouche privée de salive, la puissance de ces petites mouches, comme tu me l’avais dit en m’écoutant ce soir de décembre au cours duquel je n’avais pu te cacher ma décrépitude physique, tout cela a pourri le terrain où aujourd’hui je n’ai plus aucune prise. Mais ce ne sont pas là les raisons essentielles qui me poussent à partir. Pascal, que tu vénérais tant, que tu citais sans cesse, jusqu’à parier (suprême élégance !) que tu répondrais toujours par une de ses pensées à toutes mes questions, même les plus saugrenues, ce forçat de la volonté ne s’est pas laissé abattre, lui, par le mal qui le rongeait.
Mais moi, vois-tu, je ne suis ni un saint ni un spartiate, mais un pauvre petit professeur de préceptes et auteurs français, miné par quelque vingt années de routine et dépourvu de toute espèce de génie. Et c’est parce que je n’ai pu m’empêcher d’exécuter un geste littéraire, un acte insolite, fantastique même, qui sortît un peu de l’ordinaire, qui devait être magique, que je veux m’enfouir maintenant dans l’anonymat définitif, dans la poussière de l’oubli.



Ce qu'ils en ont dit


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Échappant aux modes, Michel Ducobu met à profit son expérience de la vie pour brosser des portraits de nos semblables. En refusant toute facilité, il décrypte notre société sans complaisance. Plutôt que de s’engager dans la voie du roman, il brode dix-neuf nouvelles, dont l’écriture s’est étalée sur presque un demi-siècle. L’occasion de parler de souvenirs vivaces, d’impressions, de rencontres et de heurts. Pourquoi un homme devient gynécologue sans aucune motivation ? De quelle manière un piéton se lance-t-il dans une croisade contre les incivilités ? Comment une femme, autrefois victime d’abus sexuels, se transforme-t-elle en vengeresse ? Dès le départ, l’option de la nouvelle semble avoir été incontournable. L’auteur a confié ne jamais avoir songé à étoffer ses idées, croyant à l’efficacité du récit court. Bonheurs ténus, drames dérisoires, victoires personnelles ou poursuites de souvenirs, chaque être vivant est tenaillé par des pulsions que lui seul connaît. Extérieurement, les apparences sont le plus souvent trompeuses et ne reflètent en rien le feu intime qui brûle en chacun de nous. A aucun moment, ces textes travaillés en orfèvre ne laissent un goût de trop peu ou d’inachevé. Attention, le présent volume se veut une réédition revue et augmentée. Avis aux amateurs.

Willy Smedt, Bruxelles-Culture



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De gauche à droite en Belgique, de l'un à l'autre

Un Belge au bout de la plage est le titre de la dernière nouvelle du recueil. C'est le cheminement depuis l'abbaye d'Orval jusqu'à la plage de La Panne.
Michel Ducobu a exercé la profession d'enseignant à Namur. Il se distingue aussi dans le milieu théâtral avec une abondance de textes, sans oublier la poésie qui occupe également une place importante dans sa vie.
13 nouvelles occupent ce présent recueil. Toutes évoquent des situations cocasses où le cheminement est bien présent. Et ces événements auraient bien pu arriver à nous, lecteurs ! La vie quotidienne est truffée de moments forts occasionnés par un comportement personnel qui dérape de la ligne droite ! Ou d'autres épisodes que nous aurions pu vivre mais qui sont restés dans nos rêves !
Merveilleuse écriture ! Toutes les scènes sont décrites avec précision et en concordance avec le ton de la nouvelle, nostalgique dans les villages wallons, grinçante quand l'hilarité est de mise !

Ddh, Critiqueslibres.com et Babelio


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Ce que je trouve intéressant dans ce recueil, c'est que son écriture s'est faite sur une quarantaine d'années, il nous permet de voir comment la plume de son auteur a pu changer et évoluer. J'ai trouvé que sa manière d'écrire restait relativement constante sur les années.
Certaines des nouvelles que j'ai pu découvrir ici, pourraient franchement faire partie d'un roman plus complet, un peu comme si elles n'étaient qu'un long résumé ou la trame qui permettrait de développer celui-ci. Bien que je trouve que chacune des nouvelles se suffit à elle-même, qu'elles sont complètes, honnêtement, je verrais bien quelques-unes adaptées en roman ou pourquoi pas en nouvelles plus longues.
C'est en allant sur le site de l'éditeur que j'ai pu découvrir que Michel Ducobu avait déjà publié une trentaine d'ouvrages, de poésie et théâtre. Franchement je n'en suis pas du tout étonnée, son style se prête sans problèmes au théâtre. Je serais d'ailleurs ravie de pouvoir découvrir de tels ouvrages, cela titille ma curiosité, moi qui ai fait quelques années de théâtre dans mon enfance.
Décidemment, j'aurai fait de très belles découvertes grâce aux éditions MEO, que ce soit les auteurs ou leurs parutions.

Alouqua, Babelio


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Une réflexion sur l’aliénation de l’être humain

Poète, nouvelliste, dramaturge, critique littéraire et d’art belge, Michel Ducobu pose son regard sensible et interrogatif sur le monde pour y réfléchir avec finesse et en profondeur. Sa prose, de même que sa poésie, dévoilent son goût du paysage et de la réflexion, ce mélange naturel qu’est la vie entre le sublime et le tragique. Ses plus récents livres, Un belge au bout de la plage (nouvelles) et L’âme de la main (poèmes) l’attestent pleinement.
Un Belge au bout de la plage, publié pour la première fois en 2007, revu et augmenté d’une nouvelle (La femme qui frôle) a été réédité par les éditions M.E.O. en 2018. Il propose au lecteur en dix-neuf nouvelles, autant de séquences de réalité quotidienne, une méditation lucide et ironique sur le côté tragique de l’existence.
L’écrivain focalise sa narration hétérodiégétique, parfois homodiégétique, sur la condition d’exilé de l’individu (peu importe l’origine ou l’âge) qui ressent l’aliénation dans la métropole. Le personnage masculin, à travers lequel on perçoit le monde, est captif soit d’un élément extérieur (la ville, la profession, le système administratif), soit de sa propre intériorité (le rêve, l’obsession, la mémoire).
Les textes courts, mais épais, parcourus par des inflexions poétiques, surprennent le monde dans ses contrastes frappants, dans des instants qui perturbent violemment l’existence quotidienne par des expériences-limites, qui poussent les personnages à des actes extrêmes: révolte (Le piéton impénitent, Un chien de ma chienne), crime (L’amanite aiguë, L’œil de Caïn, L’homme qui tourne), suicide, mort (L’ellébore, Si ce n’est toi, c’est donc ton frère), folie (Le piéton impénitent, L’homme qui tourne) ; ou provoquent des névroses (La déviation, Le sifflet).
L’événement, banal en soi, a des effets psychiques bouleversants, dévoilant l’isolement, l’aliénation, l’humiliation, le vide existentiel, qui ne peuvent plus être supportés. La vie n’est lumineuse que dans ses instants de rêve et d’illusion, conservés par la mémoire affective. Deux âges privilégient le jeu, le rêve, l’amour, comme des expériences authentiques qui échappent au temps impitoyable : l’enfance et l’adolescence. L’âge adulte et la vieillesse sont marqués par le côté sombre de l’existence, l’échec des rêves, la misère de la vie, l’impureté, la douleur, l’absurde existentiel, qui exaspèrent l’être humain, font désespérer et poussent à des actes tragiques (L’ellébore) ou engendrent des situations hilarantes, grotesques, parfois surréalistes (La maison de monsieur Michaux, Un chien de ma chienne).
Les rêves s’avèrent de simples illusions, le temps est destructeur. La lumière remonte au passé, le plus souvent à l’enfance, mais toute envie de retour, de réitération de l’instant de bonheur, de revivre la magie de l’instant, déforme la réalité, fait ressentir le plus souvent une déception amère, parfois la blessure, la souffrance, l’humiliation (La jupe, Les martinets, Le sifflet). La tentation d’échapper à l’enfermement du quotidien étouffant, irritant, névrotique, humiliant, tourne au ridicule, mène à la psychose, à la folie ou à la mort. L’adulte ne peut refaire que mentalement le chemin vers ses origines, vers soi-même, l’expérience l’a privé du mystère de l’initiation, de sentiments authentiques, la réalité s’avère impitoyable, le rêve inutile. Même s’il revient vers des lieux bénéfiques autrefois, tout en reparcourant le chemin du passé, pour ressentir le goût du bonheur perdu, l’expérience est déception, échec, à cause des modifications survenues dans le temps historique, de l’altérité non seulement extérieure, mais surtout intérieure.
Le personnage ressent parfois le goût de la madeleine de Proust, mais l’instant affectif retrouvé est immédiatement détruit par la réalité qui le projette dans le grotesque (Le sifflet). La perception n’est plus identique, l’illusion se heurte violemment à la perception déformatrice de l’autre, de l’adulte qui ne peut plus s’identifier à celui d’autrefois, et devient ridicule dans une situation pareille.
La motivation des gestes, des attitudes, de la psychose des personnages, est de nature psychologique, trouvant leur origine dans l’existence décrépite, qui peut être supportée, mais non pas le ridicule et l’humiliation, la raillerie, l’indifférence, la solitude, le vide. Les personnages voyagent, d’un côté, dans le temps objectif, en voiture, par le train, à pied, d’autre part, dans le temps affectif, conservé par la mémoire. Les deux temps ne coïncident pas, d’où la désillusion, la souffrance, la conscience de l’inutilité du rêve, le désespoir et les actes extrêmes. Le personnage favori de l’auteur est le professeur érudit, sa culture ne touche pas les cœurs, la médiocrité et l’indifférence l’exaspèrent, le poussant à des gestes fous, au suicide (L’ellébore).
La prédilection pour un tel personnage n’est pas un hasard, l’écrivain lui-même a été professeur dans une ville belge francophone, Namur. Son expérience est pareille à ceux, de partout au monde, qui vivent la même condition. Mais Michel Ducobu a un remarquable talent, une intelligence vive, un regard contemplatif-méditatif lucide, une sensibilité poétique par lesquels il perçoit le monde et son pays natal, une vision amère-ironique qui incite le lecteur à la réflexion.

© Sonia Elvireanu, Traversées.

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La nouvelle est un des plus redoutables genres littéraires. Une petite maladresse et tout s'écroule.
Michel Ducobu a évité tous les dangers. Il a travaillé sur le fil, en brillant funambule. En plus, il a pris le temps de sélectionner finement une série de textes, publiés sur plusieurs décennies. Et le résultat est magnifique.
Parce que, en peu de pages, il fouille l'âme humaine (la sienne comprise). Avec son regard vif, curieux, intuitif. Il possède un extraordinaire sens de la psychologie. Mais il écrit aussi avec son corps et insuffle dans chaque texte de la sensorialité, de la sensualité, de l'érotisme.
Il écrit aussi avec sa culture, qu'il n'étale pas !, mais qui irrigue nombre de pages. Passion de la peinture, de la sculpture, de la poésie.
Il écrit en outre avec le petit môme qui rigole toujours au fond de lui-même. Sens aigu de l'enfance donc. Humour délicieux. Malice.
Il écrit avec sa passion pour la nature, qu'il connaît profondément.
Il écrit avec le feu de la vie, sa vie. Il écrit avec, parfois, l'image de la mort. Comme un oiseau sombre qui zèbre le ciel.
Et, en plus, il se coule parfaitement dans la langue française : maîtrise, souplesse, richesse. Ce qui, par les temps qui courent, est assez rare...
Envie d'épingler quelques nouvelles.
« Compartiment C, voiture 193 ». Un texte sorti tout droit d'une toile d'Edward Hopper !  Ou « Le sifflet » : balade dans la nature, rencontre d'un groupe de scouts, souvenirs délicieux, puis en quelques secondes un abominable concours de circonstances.
Ou la toute dernière, celle qui a donné le titre au recueil : « Un Belge au bout de la plage ». 28 pages totalement maîtrisées. Un très long voyage à pied, à travers la Belgique. Puis la fin, l'aboutissement... avec un immense vertige qui s'empare du lecteur pour longtemps. 

Evelyne Wilwerth, Reflets Wallonie-Bruxelles


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Un Belge… à l’évidence, il s’agit bien d’un Belge, puisque le personnage central de la dernière nouvelle – celle qui donne son nom à l’ensemble – quitte l’abbaye cistercienne d’Orval pour entreprendre la longue marche qui le mènera sur la plage de La Panne et s’abandonner à la marée montante.
Mais ce Belge, qui est-il ? Au fil du recueil, il s’appelle Jean-Maurice, Michaël, Monsieur Blume, Ambroise Volspek, Markus Vandeputte, Il, Tu et le plus souvent Je. L’auteur a beau essayer de brouiller les pistes, on ne peut s’empêcher de penser que c’est bien de lui qu’il s’agit, à tout le moins de son double, confronté à mille aventures rocambolesques derrière lesquelles il camoufle tant bien que mal son angoisse existentielle, sa hantise du délitement de toutes choses, sa révolte aussi en dépit des efforts qu’il déploie pour accepter l’inacceptable.
Dans La déviation, le professeur Jean-Maurice Adams perçoit comme un signe du destin une plaque d’immatriculation portant le chiffre 10 : Tu as vécu ? Certes, mais par à-coups. Tu dois te préparer désormais à l’inéluctable. Dix ans, un chiffre vraiment raisonnable. À 55 ans, cet enseignant est convaincu de la nécessité d’organiser sa dernière décennie. Mais les choses ne se passent pas comme il le pensait.
Dans Le sifflet, soutenu par une citation de Proust, le narrateur éprouve la joie de l’homme libre, avide d’espace et de silence. La rencontre d’une troupe de louveteaux et de leur cheftaine, un coup de sifflet qui retentit dans le lointain réveille chez lui des sensations profondément enfouies. Hélas ! Ce bonheur est fragile, il appartient au monde de l’enfance et son souvenir est aboli de manière grotesque par la réalité de l’âge adulte.
Un Belge, c’est aussi l’histoire de cet adolescent fasciné par la beauté de son professeur. Devenu gynéco, il commet l’irréparable dans l’espoir insensé d’atteindre cette femme dans la nudité de sa chair. Il brise ainsi le sortilège de l’innocence. Dans cette nouvelle édition, une dernière nouvelle a été ajoutée : La femme qui frôle. Là, c’est une femme qui sombre dans la névrose obsessionnelle en tentant d’assouvir sa vengeance. Au final, ce Belge, c’est chacun de nous, confronté à l’absurdité de la condition humaine, chacun de nous à la fois sublime et pitoyable, sublime par la somme de bonheur possible donné à la naissance, pitoyable lorsqu’il devient lui-même l’artisan de sa chute ; chacun de nous devenu étranger à lui-même et au monde qui l’entoure.
Ajoutons que toutes ces situations sont décrites dans une langue riche, tantôt empreinte de nostalgie, tantôt marquée du sceau de l’ironie.

Jacques Goyens, Nos Lettres. 






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