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Née à Sarajevo,
Jasna Samic
 
partage sa vie entre Paris, sa ville natale et ses voyages dans le cadre de l'étude du soufisme.
Spécialiste des langues, littératures et civilisations orientales. elle a enseigné aux universités de Sarajevo et de Strasbourg, a été directeur de recherche associé au CNRS, a collaboré à France-Culture et à Radio-France Internationale.
 Elle dirige actuellement la revue littéraire Književna Sehara, publiée en serbo-croate, français et anglais.
 Elle est auteur de nombreux ouvrages scientifiques sur le soufisme et l’Histoire des Balkans ainsi que d'essais, de romans, de nouvelles, de poésie et de  théâtre, dont elle a mis en scène plusieurs pièces. Elle a réalisé de nombreux films documentaires sur ces mêmes thèmes.
Elle écrit aussi bien en français qu'en bosnien ("serbo-croate").


Son roman ("Portrait de Balthazar (éditions M.E.O., 2012) a obtenu le
PRIX GAUCHEZ-PHILIPPOT
Jasna Samic a été lauréate du prix Missions Stendahl pour l'écriture du présent roman, qui a également bénéficié d'une bourse d'écriture à Split, offerte par les associations Traduki et Kurs.

Son engagement pour la laïcité dans son pays natal lui vaut d’être menacée quotidiennement par les islamistes.

Jasna Samic
Photo de l'auteur :
© Almin Zrno

Chambre

Couverture :
© David Samic.

Chambre avec vue sur l'océan

Roman traduit du bosnien
par Jasna Samic et Gérard Adam
2020



Traduction réalisée avec l'aide du

CNL


332 pages.
ISBN: livre 978-2-8070-0258-6
978-2-8070-0259-3 (PDF) – 978-2-8070-0260-9 (ePub)
20,00 EUR

Roman conçu comme une composition musicale en trois mouvements.
Chambre avec vue sur l’océan, Presto ma non troppo.
Mira, violoniste bosnienne, est surprise en France par l’éclatement de la guerre dans son pays. Tandis que ses concitoyens réfugiés tirent habilement profit de l’engouement pour leur cause, elle, peu douée pour la manipulation, survit plutôt mal que bien.
Demeure de Satan, andante sostenuto.
Depuis la vie difficile de sa grand-mère Emina, fille de bey et de kadi, jusqu’à sa carrière de musicienne, la saga familiale et les amours de Mira.
À l’ombre de la porte de l’Enfer, rondo, agitato.
Après la guerre, Mira revient à Sarajevo où on la rejette, les « démocrates » parce qu’elle serait une islamiste, les islamistes parce qu’elle est musicienne, boit du vin et affiche une farouche indépendance, et tous les autres parce qu’elle n’a pas souffert avec eux.

Ce roman complète la quadrilogie de Jasna Samic, où elle puise dans son histoire personnelle pour narrer le contexte et les séquelles de la guerre en Bosnie. Après Portrait de Balthazar (prix Gauchez-Philippot), Le givre et la cendre et Les contrées des âmes errantes, tous trois écrits en français, Chambre avec vue sur l’océan, rédigé en « serbo-croate » et publié en Bosnie-Herzégovine par un éditeur disparu, est présenté en traduction.



e-book
12,99 EUR




Extrait


Voilà que même cet homme est pour eux un libéral, quoiqu’il se présente comme un croyant pratiquant et qu’il est membre du « Parti islamiste bosniaque », comme on appelle ici le SDA, le « Parti d’Action démocratique » d’Izetbegović. Tandis que moi, l’agnostique amoureuse de musique, de philosophie et de vin, je serais une fondamentaliste dangereuse qu’on exclut de la vie sociale ! Que puis-je faire contre ça ? Sortir sur la place publique et hurler « Je ne suis pas un voleur ? Non, ce n’est pas moi qui ai volé !? » Il n’y a pas d’association pour les personnes dans mon genre. Pas d’association de défense contre les insinuations. […]
« Il ne faut pas se soucier des calomnies », me disent mes amis en guise de consolation.
Non, il ne faudrait pas. On peut tout relativiser. Je n’ai pas non plus besoin de concerts. Ni de travailler. Ni de manger. La vie ne devrait avoir aucune importance pour moi.
[…] Je revois notre apparatchik, fraîchement métamorphosé en grand écrivain et démocrate, qui s’aplatit devant le « beau politicien » pour devenir son ambassadeur, et notre Excellence en Espagne, avec sa mèche de cheveux gras collée au front, qui pontifie sur les Bogomiles et la tolérance des musulmans bosniaques. Je me compare à eux dans le miroir qui à nouveau surgit de nulle part : de mon
mahrama, comme on appelle chez nous le foulard qui enveloppe la tête, une mèche de cheveux gras s’échappe et rampe comme un serpent sur mon front ; ma tête est énorme, plus large que les épaules. […] Nos démocrates s’approchent de moi, déchirent mon mahrama qui ressemble à des pansements, ma calvitie se dévoile, et sur le sommet de mon crâne apparaît un fusil-mitrailleur braqué sur l’humanité. Des rafales crépitent, de fameux écrivains jonchent le sol. Quoique blessés, ils parviennent à survivre. Ils auront de quoi témoigner devant les Français. Leurs livres sont déjà écrits. Et publiés. À l’instant. Les Français les célèbrent, leur offrent des trophées qu’ils accrochent à leur sexe. […] Je suis debout, nue. Je prends mon violon. On me l’arrache des mains.  […] Je commence une danse du ventre, leur demande la permission de chanter des ilahis de Yunus Emre. Mais bien sûr ! Allez-y ! Nos communistes sont des gens nobles et généreux. Les ilahis résonnent dans la métropole européenne. Tout Paris frisonne à l’idée de ce qui l’attend..



Ce qu'ils en ont dit

Jasna Samic est une écrivaine bosnienne, malheureusement trop peu connue chez nous, et à qui nous devons une quantité de livres dont la majeure partie n’a pas été diffusée en français. Une erreur partiellement réparée avec ce présent ouvrage qui a été traduit par Gérard Adam, secondé par Jasma elle-même. « Chambre avec vue sur l’océan » est présenté sous la forme d’un triptyque ou d’une symphonie lyrique en trois mouvements. Un roman qui part du point de vue de Mira, violoniste. On la découvre en France, tandis que son pays entre en guerre et oppose Serbes, Croates et Bosniaques. Un conflit d’une rare atrocité. Comment se situer alors que les repères volent en éclat ? Un flash-back nous fait ensuite découvrir son parcours à travers ses études, sa vie familiale et ses amours. Enfin, lorsqu’elle retourne à Sarajevo, elle marche sur les braises d’une civilisation mise à feu, avec une résurgence des passions, qu’elles soient résilience, haine ou rage. Parce que Bosniaque, on l’assimile directement aux islamistes, mais il n’en est rien, car elle boit de l’alcool, se targue d’une farouche indépendance et vit de son art. Parmi les reproches qui lui sont formulés, on la pointe également du doigt parce qu’elle a vécu les années difficiles en exil, alors que les locaux souffraient. À travers l’histoire d’une femme du XXe siècle, ce récit nous emporte dans la tourmente d’une guerre fratricide, tout en parlant de résilience et de la nécessité de pardonner, afin que pareille boucherie ne se reproduise pas. Naturellement, Jasna Samic s’implique dans la narration, en puisant maints éléments dans ses souvenirs personnels. Un conflit qui a fait plus de cent mille morts, dont énormément de civils. Le tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a prononcé quatre-vingt-dix condamnations pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité et génocide. Il s’agit du conflit le plus sanglant en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.

Sam Mas, Bruxelles Culture


*

La fatalité bosnienne
Ce livre est le seul de la tétralogie que Jasna Samic a consacrée à Sarajevo, sa ville de cœur et d’origine, écrit en serbo-croate. Avec cette traduction de Gérard Adam en collaboration avec l’auteure, il est désormais, comme les trois autres tomes, disponible en français. Cet opus est divisé en trois parties : la première écrite comme un « pendant » la guerre de Bosnie, la seconde comme un « avant » et la troisième comme un « après ». Quand la guerre éclate en Bosnie, Mira qui est un peu Jasna elle-même, se trouve à Paris où elle séjourne pour les nécessités de son métier de musicienne. Totalement démoralisée par le martyr infligé à Sarajevo, par les souffrances et les privations insupportables endurées par la population, notamment sa famille et ses amis, elle perd progressivement tout espoir en assistant au triste spectacle donné par ses compatriotes en exil à Paris. Ils sont tout autant désorganisés que les factions bosniennes sur le terrain, peut-être plus encore, division irréversible qui conduit à la haine et à la violence, aux règlement de comptes et aux manipulations.
Mira se démène dans la capitale française pour essayer de vivre de sa musique tout en apportant une aide précieuse à ceux restés au pays. Elle se rend rapidement compte que toutes les manifestations où elle est invitée ou convoquée ne servent qu’à faire valoir les intérêts de ceux qui les organisent. De même qu’elle constate bien vite que toutes les promesses qu’on lui fait ne sont que très rarement honorées. Elle ne supporte plus la condescendance de ceux qui font semblant de compatir au drame bosnien, elle ne supporte de plus de quémander sans cesse, elle ne supporte plus tous les profiteurs et manipulateurs qui l’entraînent dans des démarches dont ils sont les seuls à pouvoir espérer tirer un quelconque profit.
La passivité de ceux qui devraient être les alliés de son pays la démoralise, le déracinement lui pèse, la santé des siens restés au pays la mine, l’attitude de ses concitoyens la dégoute, elle ne supporte même plus l’aigreur passive de son mari, son couple part à vau l’eau, elle voudrait rentrer au pays où sa tante se meurt, mais c’est impossible. Alors, pour trouver une raison de vivre encore, elle se souvient de la saga familiale, comment ses aïeux ont construit une famille multiethnique, puisant dans des origines diverses et pratiquant, ou ne pratiquant pas, des religions différentes. Elle raconte comment chacun des membres de cette famille a parcouru le chemin, parfois douloureux, parfois plus joyeux, qui a conduit le Bosnie au cœur d’un conflit où trop de choses concourraient à construire un immense foyer de haine pour qu’un avenir paisible soit possible.
Et, quand les canons se sont tus, elle est rentrée au pays pour retrouver les siens mais tous n’étaient pas là, et ceux qui étaient toujours là n’étaient plus les mêmes, la terreur avait laissé des stigmates trop profonds pour être sans effets, des traumatismes inguérissables, des déchirures encore plus profondes que celles qui existaient avant. Les obus ne tombaient plus, mais les rumeurs, les manipulations, les coups bas de tout ordre causaient encore plus de dégâts. Les projectiles frappaient aveuglément, les coups bas avec une plus grande précision. La Bosnie était devenue le champ de bataille d’affrontements de nombreux conflits internationaux, la chasse gardée de très nombreuses organisations plus ou moins mafieuses, la plaque tournante de tous les trafics possibles. Trop d’intérêts y sont encore en jeu pour qu’un jour les Bosniens espèrent retrouver la paix sous les frondaisons des forêts et terrasses de ce qui fut leur beau pays. La paix semble pire que la guerre, Mira a perdu espoir, les coups bas ne l’ont pas épargnée, Jasna non plus, Elle n’était pas là quand les Bosniens de tous les camps souffraient et mouraient, certains ne le lui pardonnent pas et d’autres utilisent cet argument pour rejeter ceux qui pourraient jouer un rôle dans le nouveau pays.
Aux confins des grands empires d’Orient et d’Occident, la Bosnie serait-elle condamnée à vivre perpétuellement dans la terreur, la haine et la violence ?

Denis Billamboz, Mesimpressionsdelecture et critiqueslibres.com.









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