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Caroline Alexander


 
Née en 1936 en Allemagne, Caroline Alexander est emmenée clandestinement en Belgique en 1939. Enfant cachée durant la guerre. Après des études de Droit à l’Université Libre de Bruxelles, elle s’installe  à Paris, où elle exerce différentes activités dans le monde du cinéma et du théâtre, puis dans le journalisme à partir de 1965 (Le Soir Illustré, Pan, Femme d’Aujourd’hui, Femme Pratique). Elle devient responsable des chroniques théâtrales et/ou musicales à L'Express, aux Echos, à la Tribune, au Matin, collaborant également  avec Paris-Hebdo, Télérama, Diapason, Arts, Le Journal des Spectacles, La Quinzaine des Spectacles
Depuis 2003, est responsable de la rubrique musique classique sur le site www.webthea.com.


Caroline Alexander

Ciel avec trou noir
Illustration de couverture
Illustratons intérieures
© Raymond Passauro

CIEL AVEC TROU NOIR

Préface de Pierre Mertens

Récit de vie, 2014

240 pages.
ISBN: 978-2-930702-87-2
20 EUR


Juin 1964. Entrée dans une librairie parisienne pour y acheter une carte postale, l'auteur se voit établir par un curieux libraire antisémite un thème astral dont « la carte du ciel est percée d'un trou noir ».
Août 1967. La municipalité de Mönchengladbach invite pour une commémoration les juifs de la ville survivants de la Shoah. En 2007, les mêmes personnes ou leurs descendants seront invités à inaugurer des « Stolpersteine », pavés du souvenir scellés dans le trottoir devant la maison de chaque juif assassiné pas les nazis.
De Bruxelles à Paris via Ostende ou Leicester, fragment par fragment, se découpe la vie d'une enfant juive échappée d'Allemagne juste avant l'horreur, en quête de la mémoire de sa mère et son frère aîné disparus dans la shoah, jusqu'à Auschwitz où, lors d'un voyage impromptu, se révèle la sinistre vérité.

Caroline Alexander nous conte dans le registre d’une redoutable sobriété, et même de l’humour, le retour à une « vie normale ». Partant à la recherche des siens disparus dans l’holocauste, elle ne s’épargne évidemment pas l’inévitable pèlerinage à Auschwitz. Mais ce sont souvent des détails qui pourraient sembler insignifiants : les belles jambes de sa grand-mère, sa propre naissance dans un bordel, la lecture de sa carte du ciel, qui nous émeuvent le plus. Les pérégrinations de cette orpheline, de cette apatride, de cette enfant « inachevée » et qui s’est retrouvée avec le temps propriétaire d’une chambre, d’un chat, d’un mari, d’une vie pour tout dire, de soi et sa liberté, vont la mener à traverser, comme les cases d’un Monopoly, Paris, Leicester, Bruxelles et même Blankenberge, Mönchengladbach où tout s’est à l’origine joué. Géographie de la Terreur mais aussi de la renaissance à soi. J’ai souvent pensé que si les nazis pouvaient lire aujourd’hui des livres de cet ordre, ils mesureraient l’ampleur de leur vraie défaite : car ils n’ont pas réussi à tuer chez certains ce goût d’un bonheur invincible.
(Extrait de la préface de Pierre Mertens)



PRIX EMMA MARTIN 2015


"Ciel avec trou noir" a fait partie de la sélection pour le
Prix (du Métro) Goncourt.



Extraits



Le nom de ma mère figure sur une des listes, avec sa date de naissance et la date du départ du convoi qui l’emmena au ghetto de Riga. Pour mon frère, c’est pareil. Ils ne disent pas quand ils sont morts, ils disent seulement quand ils ont quitté la ville. Il y a un troisième nom accroché à leurs deux noms, je le lis et le relis, incrédule. C’est le mien. Née le 25 février 1936, déportée en 1941 à l’âge de cinq ans. J’ai une bizarre sensation de transparence. Je ris. La petite madame me regarde offusquée. Je m’apprête à lui expliquer ma découverte :
– C’est étrange, ils...
Elle a l’air si fâchée, que je ris de plus en plus fort. Je ne peux plus m’arrêter. Je suis prise de fou rire, l’irrépressible fou rire. L’archiviste s’approche de moi :
– Vous avez un problème ?
Si j’ai un problème ? Elle en a de bonnes.
– Un tout petit problème, oui, un détail, regardez, c’est moi, c’est mon nom, et je me demande, c’est tordant non, si je suis bien moi ou si je suis quelqu’un d’autre.

*

– Comme c’est étrange, comme c’est étrange...
La nuit de juin est soudain épaisse, humide. Un plafond de nuages couleur d’encre coiffe le théâtre de l’Ambigu. Le libraire essuie les traînées de sueur qui coulent de dessous son calot d’apothicaire. Mon thème astral, ma carte du ciel, comme il dit, lui donnent des bouffées de chaleur.
– Je ne comprends pas... Il manque... Il manque...
Il grommelle des abracadabras. Je saisis des mots au vol, maison IV, feu, planète, équinoxe, air, soleil, eau... Il reprend son compas et sa règle, mesure des distances improbables, Mönchengladbach/Vénus, dessine des cercles jeteurs de sorts peut-être... Je me demande si son labyrinthe passe à l’ombre du camp où disparurent ma mère et ce frère auprès duquel j’aurais tant aimé grandir.
Mon homme s’est approché du comptoir pour mieux observer le manège du libraire. Il prend un air entendu, comme s’il avait tout compris, comme s’il était, lui aussi, initié aux mystères de l’astrologie. Il a toujours aimé faire comme si...
– C’est comme un creux... un trou noir qui vous aurait avalée dès la petite enfance. Un ciel avec une éclipse… Un foyer sacrifié… Père absent… Mère… Jamais je n’ai vu ça.

*

Aujourd’hui, la maison où je suis née et qui abritait, m’a-t-on dit, un bordel n’existe plus. À sa place, une bâtisse peinte d’un rose sale, format réduit d’une HLM, porte le numéro 12.
Alors pourquoi ici ? J’ai froid tout à coup. Le doute qui tissait un brouillard dans ma tête s’épaissit.
– Ce n’est pas ma maison ! La maison où je suis née, où ma mère et mon frère ont vécu n’existe plus ! Pourquoi poser ces pierres ici ? Ça n’a pas de sens !
Un employé de la mairie arrivé sur place tente de me rassurer :
– Mais si, mais si, c’est elle, nous l’avons repérée sur le cadastre, le numéro a été changé à cause des transformations de la rue, et la façade simplifiée, car l’ancienne demandait trop d’entretien.
Il prend la photo, elle circule de mains en mains, le groupe s’est agrandi, d’autres visiteurs sont arrivés, je ne les connais pas. L’employé zélé revient à la charge, triomphant :
– Voilà, voilà, regardez bien, les trois marches de l’entrée, elles sont restées en place, ce sont les mêmes.



Ce qu'ils en ont dit


Une couverture toute noire avec un titre obscur, Ciel avec trou noir : un traité d'astrophysique ? Il s'agirait plutôt d’astrologie, avec une héraldique digne de Satan : le blason de l'enfer ? Restons un moment dans le mystère, et même le mystique : il s'agit d'une quête, non d'un roman. En 1939, une petite fille juive de trois ans est soustraite aux Allemands et exfiltrée en Belgique. Elle échappe à tout, bien cachée dans une rue de Bruxelles, jusqu'au jour où, à dix ans, elle découvre qu'elle n'a plus de parents. Elle grandit néanmoins entre sa tante, devenue sa mère adoptive, et sa grand-mère. École, lycée, université... mariage avec l'homme de sa vie qu'elle aime éperdument. Une vie sauvée.
La quête : que sont ses parents devenus ? C'est un astrologue de boutique qui l'enclenche à partir d'une fausse photo de Thérèse de Lisieux : thème astral, conjonction, ascendant, maison. C'est étrange, aussi bizarre que la chronologie à saute-mouton de Caroline Alexander. C'est ainsi que par à coups, on passe d'un bonheur éperdu à la recherche de la maman et du grand frère assassinés. Le bonheur, c'est avec le mari et les enfants. On n'en saura pas beaucoup plus, sauf que l'amour - la meilleure des choses - a une fin. Elle en trouvera un autre.
Elle ne dit rien des horreurs qu'elle n'a pas vécues, elle préfère laisser parler un cousin qui s'est tu pendant quarante ans. Mais elle dit son formidable bonheur de vivre, malgré les multiples déclarations de décès dont elle a été l'objet attentif des autorités compétentes. C'est aussi haletant qu'un polar. Les illustrations semblent sourdre du texte et ajoutent au rare bonheur de la lecture.

JBR, blog de la librairie La Licorne.


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Lecture d'un extrait par Guy Stuckens dans son émission Cocktail Nouvelle Vague, sur les ondes de Radio Air-Libre


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Wagner en guise de vaccin

Aux Editions M.E.O, Ciel avec trou noir, de Caroline Alexander. Un puzzle autobiographique en forme d’énigme, ou comment d’Allemagne en France via la Belgique et l’Angleterre, une enfant juive traverse le « trou noir » du nazisme pour se reconstruire en comédienne, puis en écrivain et critique de théâtre et de musique. Une figure du métier, comme on dit. Tout autant que le théâtre, la musique structure le récit : forme sonate (thème A, thème B, retour du A), chromatisme et diatonisme (1989 : pèlerinage au lieu de naissance ; 2007 : pose de « stolpersteine », ou pierres du souvenir ; 2011 : voyage à Auschwitz). Pas de sensiblerie, une certaine distance, de l’humour même, et un humour finement référentiel, comme l’envahissement par le prélude de Tristan et Isolde de l’étrange mini-librairie nichée dans le théâtre de l’Ambigu (remplacé en 1966 par un immeuble de bureaux), tenue par un pétainiste astrologue (sic) découvrant dans le thème de l’auteur le trou noir qui donnera son titre au livre. Non moins évocateur ce cycliste chasseur d’autographes faisant son entrée au son de la "Chevauchée des Walkyries", et cherchant le théâtre (nous sommes an 1964) où Maria Casarès joue La Reine verte de Maurice Béjart et Pierre Henry. « Il y aura hélas encore des multitudes de façons d’aborder le thème où le vingtième siècle s’est englouti », remarque dans sa préface l’écrivain belge Pierre Mertens (auteur, entre autres, du livret de l’opéra La Passion de Gilles, musique de Philippe Boesmans). Le mal par le mal, Wagner en guise de vaccin, n’est peut-être pas la pire.

François Lafon
LE CABINET DES CURIOSITÉS « La musique est partout, à nous d'aller la chercher »

Muzikzen


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Caroline Alexander fait une fugue
« Je me mis à haïr l’opéra. Je décidai que la musique serait désormais exclue de mes préoccupations » : cette déclaration, motivée par le rejet du père, émane étonnamment de Caroline Alexander, notre collègue du site webthea. Tous ceux qui sont habitués aux premières, à Paris et ailleurs, ont forcément croisé au moins une fois son regard acéré de critique d’opéra. Elle met aujourd’hui sa plume au service d’un récit autobiographique construit comme une fugue, où s’entrelacent différentes époques de son passé comme autant de voix plus ou moins lyriques. Il y a la voix wagnérienne subie à Paris en 1964, avec Tristan, « l’opéra qui rend fou ». Il y a la voix classique, Mozart-Verdi-Puccini, infligée à Londres dans les années 1950. Il y a enfin et surtout la voix tragique des années 1930 ou de 2011, la voix d’Auschwitz, qui évoque L’Empereur d’Atlantis de Viktor Ullmann, mais où la Mort, loin d’être libératrice, était « au service du pire ». Tel est l’étonnant parcours d’une femme qui consacre désormais à la musique une vie qu’un miracle arracha à la gueule de la Bête immonde, celle qui jamais ne meurt, comme l’actualité vient encore de nous le rappeler.
Caroline Alexander, Ciel avec trou noir. Préface de Pierre Mertens. Illustrations de Raymond Passauro. Editions M.E.O, 2014, 20 euros

Laurent Bury, Forumopera


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Caroline Alexander entre un jour chez un libraire visiblement réac qui lui trace son thème astral où la carte du ciel est percée d'un trou noir, un foyer « sacrifié » de sa naissance. Née en 1936 en Allemagne, la petite Caroline est transférée clandestinement en Belgique en 1939 et fera partie des enfants cachés. Après des études de Droit, elle s'installe à Paris où elle exerce dans le journalisme, le théâtre et le cinéma.
Encore un livre sur le sujet, diront d'aucuns. Or nous savons que chaque histoire est inédite et qu'elle nous enseigne encore et encore sur la Shoah. Et Pierre Martens a raison d'écrire qu'il pourrait
paraître indécent et même injuste de vanter les qualités d'un livre sur la déportation et d'en déprécier d'autres au nom de la littérature. Il est touché comme le seront les lecteurs par des bribes de souvenirs : les jambes de la grand-mère, la naissance de la narratrice dans un bordel, et les pérégrinations d'une enfant « sacrifiée ». Le récit commence ainsi : « « Pologne - vendredi 1er avril 2011. Il est 13h50. Je me trouve en un lieu où j'avais juré de ne jamais mettre les pieds, un lieu symbole qui, je croyais alors, ne concernait pas directement, Les miens, ma mère, mon frère, c 'est ailleurs que je les ai perdus. Je ne sais pas où. Ni quand. Pas à Auschwitz-Birkenau où je me trouve poussée par une suite de hasards. »
Caroline Alexander trouvera-t-elle l'énigme du trou noir qui la hantait depuis juin 1964 ?

Claude Ash, Les cahiers Bernard Lazare


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Une quête passionnée de la vérité

La persécution et l’extermination des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale représentent des tragédies par millions, que les informations souvent très sèches de l’Histoire ne pourront jamais évoquer totalement. Aujourd’hui, il y a encore des gens, foudroyés par ces événements mais défiant l’oubli et le temps, qui parlent avec leur la plume, car ils ont le don d’écrire. Ils ajoutent beaucoup à ce que nous savions et à ce que nous croyions savoir. C’est le cas du metteur en scène Gabriel Garran se souvenant de son enfance de petit garçon du IVe arrondissement de Paris, soudain privé de son père, soudain emmené en province, à Romans, soudain caché : son ouvrage, Géographie française (éd. Flammarion, voir l’article de Dominique Darzacq, mis en ligne le 17 mars sur Webthea) est une lumière posée dans la nuit.
C’est à présent le cas de la journaliste Caroline Alexander qui, dans Ciel avec trou noir, conte une histoire personnelle particulièrement bouleversante, liée à la disparition d’une partie de sa famille en 1941.
Caroline Alexander est notre amie – elle travaille à Webthea où elle dirige la rubrique musicale. Mais l’amitié n’est pour rien dans l’émotion qui s’empare du lecteur une fois plongé dans cette narration en forme d’enquête, de spirale dans le passé. Pendant plusieurs décennies, Caroline Alexander a cherché la vérité sur le destin de ses parents et de son frère. Pour le père, n’en parlons guère. Peu doué pour le courage, il avait fui en Angleterre dès 1939, abandonnant femme et enfant (un avis de recherche d’État à État sera nécessaire pour le retrouver après la guerre). Mais la mère et le frère aîné, âgé de huit ans quand il disparut avec elle, par quelles épreuves et par quels chemins sont-ils passés avant d’être frappés par une mort inéluctable ? Au début de cette décennie 2010, Caroline Alexander ne le savait pas. Soixante-dix ans après la guerre, elle n’avait recueilli que des bribes d’informations, contradictoires et approximatives.
Un mystère enfin résolu.

Peut-on vivre sans savoir ce que vécurent et subirent une mère et un frère passionnément aimés ? Peut-on vivre sans savoir s’ils ont été séparés ou s’ils ont survécu l’un à côté de l’autre avant de mourir ? On peut vivre, bien sûr, mais déchiré et hanté par un besoin de combler une angoisse qui reste sans réponse. Caroline Alexander a voulu savoir, elle ne s’est pas résignée. Elle pensa constamment à ses chers absents alors qu’elle effectuait un beau parcours professionnel, de Bruxelles à Paris, d’abord comme actrice, puis comme journaliste, écrivant à L’Express, au Matin de Paris, aux Echos, comme critique théâtrale et musicale. Elle avait cinq ans quand Henny-Henriette, sa mère, et Gert, son frère, avaient été enlevés, elle-même avait été prise en charge par sa tante. Ensuite, à leur sujet, ce ne furent que silence et nouvelles incohérentes.
L’occasion d’entrouvrir le passé se présenta en 1989 quand la ville natale de Caroline, Mönchengladbach (en Rhénanie-Westphalie), invita, dans un élégant geste de remords, les survivants qui avaient été autrefois les citoyens de la ville. Caroline n’était, en réalité, pas invitée mais elle accompagna sa tante. Là, le rideau commença à se déchirer, les visiteurs pouvant revoir la ville et interroger les historiens locaux. Caroline apprit qu’elle était née au-dessus d’un bordel, car les juifs n’avaient pas droit à l’hôpital. Quant à la mère et au frère, documents et témoins laissaient entendre qu’ils avaient sans doute été exécutés lors d’un transfert à Riga. Mais les interrogations n’obtenaient, dans cette ville allemande, aucune réponse définitive.

Caroline Alexander a construit son livre comme un écheveau où divers épisodes se succèdent en parallèles et suivent sa quête en différents points du temps. En 1964, elle a rencontré, à la boutique de feu le théâtre de l’Ambigu à Paris, un libraire fou d’astrologie qui a voulu traiter son thème astral. C’est ainsi que cet homme halluciné émit cette formule qui devint le titre du livre : « Ciel avec trou noir ». Il a vu un vide effrayant dans la trajectoire de sa visiteuse. Mais c’était un redoutable antisémite. Caroline Alexander rapporte les paroles claires-obscures de l’homme dans des séquences obsédantes, le passé et le présent se répondant dans un vertige où se mêlent le vrai et le faux, l’imaginé et la constaté. Elle superpose, dans un montage très cinématographique, les élucubrations de cet astrologue, le récit de ses propres démarches et les démarches d’amis s’adressant à d’autres archives. Sans cesse, la marche dans l’inconnu fait un pas en avant et un pas en arrière.

Sans sa fille Morgane, Caroline Alexander n’aurait sans doute jamais trouvé la vérité. Face à la relative inutilité de tant d’efforts, Morgane veut emmener sa mère à un voyage à Auschwitz. Caroline y répugne. Elles finiront par s’y rendre. Caroline pourra alors écrire, à la fin de son livre : « La réponse à la question que je me pose depuis 65 ans tombe de l’imprimante d’un ordinateur. Où et quand sont morts ma mère Henny-Henriette et mon frère Gert. C’est localisé. Daté. »
On n’en dira pas plus, car ce qui compte, c’est le sentiment complexe de liberté, de libération qu’éprouve à ce moment-là la narratrice. Les faits sont terribles, mais l’incertitude s’achève, allégeant le poids qui brisait les épaules, réconfortant même un cœur en lambeaux. Bien que ce soit marginal, on notera que l’activité de journaliste théâtrale de Caroline Alexander aura aidé et sans doute permis cette révélation. Comme elle avait, jeune, rendu compte de spectacles montés par des metteurs en scène polonais, elle n’était pas une inconnue en Pologne ; pour elle des tiroirs bien clos se sont ouverts, qu’on n’aurait sans doute pas ouvert pour un visiteur sans références.

Sur des années de passion et de patience, Caroline Alexander a composé un livre comme on dessine un labyrinthe, en confiant dès le début que ce dédale l’a menée à une victoire à la fois dérisoire et grandiose. Sa prose, précise, faite de touches délicates, estompe toujours la douleur, aime parfois à s’amuser et donne aux battements de cœur leurs musiques secrètes. Les dessins de Raymond Passauro prolongent ces confidences d’un trait symbolique qui enchante par sa sinuosité joueuse et grave. Pierre Mertens, par sa préface, et François Maspero, par ses lettres publiées en fin de volume, accompagnent de leur haute camaraderie Caroline Alexander dont le beau livre trace un chemin personnel et universel dans l’exploration de notre Histoire. Quel vibrato dans cette interprétation d’un mystère traqué jusqu’à sa sobre et poignante résolution !

Gilles Costaz, Webtheatre


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Caroline Alexander, juive d’origine allemande, journaliste, a choisi de vivre en France après avoir échappé à la déportation à l’âge de 3 ans, se retrouvant cachée en Belgique. Elle ne reste pas moins concernée par les camps de concentration qui ont emporté sa mère Henny Henriette et son frère Gert. Cette période de l’Histoire lui a également fait perdre son père le jour où il a décidé de fuir seul en Angleterre.
Malgré tout, Caroline Alexander a donné un sens à sa vie grâce à cette famille d'adoption, en faisant des études, en se mariant, en fondant une famille. Seule restait en suspens une question sans réponse, une angoisse, un trou noir : où sont morts sa mère et son frère, quand, étaient-il ensemble ? Entre commémorations et rencontres hasardeuses, elle tentera de reconstituer les derniers instants de sa mère et son frère, d’obtenir des réponses. Elle les aura grâce à sa fille qui la conduit sur un chemin qu’elle ne souhaitait pas emprunter.
Le thème de ce livre est un sujet qui m'intéresse, il n'a donc pas eu de mal à me séduire. Mais c'est surtout le ton que l’auteure a employé tout au long de son récit qui m’a beaucoup plu. On ne tombe pas dans le coté tragique des événements. Elle nous accueille dans l'histoire de sa vie sans chichi, sans « surjouer ». On ressent une telle sincérité dans ses mots.

Reomgie, Babelio


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Journaliste, spécialiste du théâtre, de la musique, de l'opéra, Caroline Alexander publie un témoignage sur la quête qui l'a conduite sur les traces de sa mère, disparue dans l'enfer des camps de la mort. Comme des millions d'enfants juifs, elle a perdu presque tous les siens du fait de la « solution finale ». Ciel avec trou noir prend place dans la colossale bibliothèque inspirée par l'épouvante historique, mais s'inscrit sur un registre à part. Son écriture le constitue en un objet littéraire unique. À partir d'une expérience largement commune par force, Caroline Alexander invente une forme qui évoque plus le roman vécu que le strict constat général de l'horreur, de nos jours utilement balisé par d'innombrables ouvrages. Il s'agit de la biographie émotive d'un sujet farouchement individuel nommé Caroline Alexander, confronté à l'énigme intenable, durant des années, de la disparition de la mère, jusqu'au fin mot de l'histoire, il y a peu, lors d'un pèlerinage tardif, longtemps différé, à Birkenau, en compagnie de sa propre fille. De Paris à Mönchengladbach (en Rhénanie-Westphalie), de Leicester (Grande-Bretagne) à Bruxelles et ailleurs, voici l'histoire d'une fillette, née sous le toit d'un bordel, cachée en divers lieux, issue d'un père en fuite et d'une mère introuvable. Cela hypothéquera son existence. L'hypersensibilité de celle qui raconte est griffée par l'humour, criante politesse du désespoir. On recommande la visite dans la ville natale d'Allemagne, au milieu des efforts d'habitants accueillant du mieux qu'ils peuvent « leurs » juifs jadis honteusement chassés et pourchassés. Et l'on saisira pourquoi Ciel avec trou noir relève d'un horoscope à la fin corrigé dans le sens de l'espoir.
Avec une belle préface de Pierre Mertens.

Jean-Pierre LÉONARDINI, Options (UGICT-CGT)



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Interview de Haim Cherki dans ""Littérature et histoire , chemins et détours" sur judaiquefm



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Livre sur l'histoire d'une femme qui a été sauvée/cachée à l'age de 3 ans de l'Allemagne nazie ainsi que sur le sacrifice de sa mère. On y découvre sa recherche sur sa famille, de son destin tragique ainsi que de sa jeune enfance... Livre touchant et captivant ; par contre, dommage que la couverture ne soit pas plus avenante...
Quand les témoins auront tous disparu et que s'exprimeront les témoins des témoins, puis les témoins de ceux-ci encore, ledit sujet mettra à mal la mémoire des hommes. À moins que, bien sûr, ne s'ouvre l'ère du négationnisme absolu, de l'amnésie généralisée, de l'oubli organisé. Si nous excluons cette hypothèse catastrophique ou abracadabrante, répétons-nous qu'il y aura toujours des témoignages sur la Shoah à écrire, car certains se révéleront toujours aussi indispensables.
Les niais et les contempteurs qui inclineraient à penser qu'on en a « fait le tour » après avoir lu Levi, Semprun, Antelme, Kertéz et quelques rares autres, ne s'aviseront tout simplement pas que les mille et une nuits et brouillards contés inlassablement par quelque Shéhérazade désespérément intarissable ne sauraient s'interrompre : on n’en viendra jamais à bout, de l'exploration du continent de la mort industrielle et du mal absolu.

ST79310, Babelio



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Interview par Marie-Ève Stévenne sur les ondes de RCF Bruxelles



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Et comme tout le monde ne peut pas être sensible à un même type de narration littéraire…

Je tiens à préciser que je suis fan ( pas une incollable ) incontestée d'Histoire, et plus précisément de la guerre, raison pour laquelle ce livre a su piquer ma curiosité. Je remercierai donc Balelio, saluant le succès de l'opération Masse Critique, mais également les Editions M.E.O pour l'envoi de cet ouvrage dans les plus brefs délais.
Que vous dire ? Que dire de ce livre ? J'en attendais tellement qu'en le refermant la déception s'empara de moi. Autant la sublime couverture, illustrant un élément abstrait a su me charmé, autant le contenu du livre n'a pas eu le même effet... le titre faisant écho au résumé, à ce thème astral semblant être le point de départ de son livre, donne envie de découvrir le récit de Caroline Alexander. Résumé alléchant, couverture intrigante, titre mystérieux, comment ai-je pu être déçue ?
Dès le début, ce livre nous perturbe. Pas un chapitre ne se suit, une course chronologique inquiétant et troublante perdant plus que facilement le lecteur. Les noms des protagonistes sont rappelés ça et là, tout est assemblés sans réellement faire avancer quoique ce soit. le thème astral dont on pouvait penser à l'origine de ce récit, se trouve relégué au second plan, tout se mélange, s'entremêle et se croise sans réellement aboutir à quelque chose de concret. D'autant plus que la longueur des chapitres est relativement - très - courte. Point positif ? Les illustrations en fin de parties et de chapitres. Point négatif ? L'incohérence. La lenteur des événements qui tarde à nous captiver.
Je pense sincèrement que ce récit aurait put me plaire, m'émouvoir, mais il n'ne fit rien. Pas une seule émotion ne me traversa. Faute à quoi ? Sûrement pas au style d'écriture de l'auteure, qui nous offre sur un plateau une lecture fluide et agréable, à la fois douce et légère. Non, je pense que le manque de sentiments vient d'ailleurs. de cette absence de suite sans doute, ce décalage toujours présent entre le passé et aujourd'hui. Je me suis perdue, le voyage historique, raconté de manière entrecoupée ne m'a pas séduite. L'histoire du libraire, ce passage pourtant bref dans le passé prend des longueurs interminables et presque inutiles dans ce récit...
Le seul passage vraiment marquant est celui relatant le témoignage de son cousin se livrant pour la première fois. Intéressant et vraisemblablement réel, j'ai été captivé par ce chapitre. Pour ce qui est du reste, assemblage de phrases, dont je ne me souvenais plus la seconde suivant, non la faute à ma bonne mémoire. J'aurai pu relire encore et encore cette suite de mots sans pourtant saisir leur sens... Peut-être n'ai-je pas perçu le message de l'auteur ? Les émotions transmises par sa quête, sa recherche du passé ? Je n'en sais rien, je n'en ai pas la moindre idée. Peut-être qu'un(e) autre que mois sera plus touchée que moi par cet ouvrage... Sans doute, sans nul doute.
Pour conclure, je retiendrai la douce plume de l'auteur et le manque d'émotions (oui encore et toujours ce même mot, tellement absent .. ). Je me souviendrai aussi de ces belles illustrations présentes sur presque chaque page du récit, réalisées par les soins de Raymond Passauro. Et je me remémorerai aussi cette chronologie bancale et troublante des événements.
Cette fois, j'en fus sûre : Dieu n'existe pas. Il est une invention des hommes pour ne pas se sentir trop seul.

wolkaiw, Babelio
(Comme quoi ce qui fait la force et l'originalité du livre pour les uns peut en déranger d'autres, qui aspirent à plus de confort de lecture.)


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Souvenir de l'Holocauste : du vécu sans pathos

Non, ce n’est pas la couche d’ozone, c’est la cartomancie qui affirme l’existence de ce trou noir. C’est le trou que Caroline Alexander voudrait combler.
Juive allemande, Caroline Alexander a vécu dans sa prime jeunesse, la deuxième guerre mondiale, privée de la présence de sa mère et de son frère. Après des études de droit à l’U.L.B., elle se fixe à Paris où elle travaille dans le monde du théâtre et du cinéma. Elle se lance ensuite dans le journalisme où elle tient des chroniques sur le théâtre et la musique.
Ce récit tourne autour de quelques moments capitaux de la vie de Caroline Alexander : sa date de naissance, Leicester en 1954 chez son père, à Paris en 1964 avec un libraire féru des astres, le pèlerinage à Mönchengladbach en 1989 avec quelques survivants juifs allemands dont son cousin Manfred qui relatera sa vie dans les camps, retour à Mönchengladbach en 2007 pour la pause d’une plaquette souvenir, en Pologne en 2011 avec Morgane. Le trou noir s’éclaire.
L’holocauste est le thème central de ce récit, mais Caroline Alexander l’a dépeint de façon toute personnelle. C’est son histoire et elle nous la dévoile sans esprit de vengeance, sans amertume, sans pathos. La progression dans le récit est très originale également : de courtes séquences avec dates, mais sans suite dans le temps, uniquement selon l’évolution de la pensée de l’auteur.)

Ddh, Critiqueslibres.com, FNAC.com, furet.com et Babelio


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Dans Ciel avec trou noir, la critique musicale et de théâtre Caroline Alexander (L’Express, Arts, Télérama, Les Echos, La Tribune, Webthéâtre…) rend mémorable son cheminement – achevé en 2011 – vers une vérité redoutée : où, quand et comment sa mère et son frère sont-ils morts ?
Après que les camps nazis eurent été libérés, une poignée de revenants (Robert Antelme, Primo Levi et David Rousset) prirent de suite la plume pour transmettre l’innommable ; à l’opposé, pour longtemps (voire toujours), la majeure part enfouit cette expérience de la déshumanisation.
Plus récemment, quelques-uns de ceux qui évitèrent la déportation et se tapirent ont creusé cette rongeante question « Qui suis-je pour avoir le droit de survivre ? »
De longue date, à Mönchengladbach, vivait une importante communauté juive. Parmi elle, au moment où Hitler accéda (légalement) au pouvoir, Adèle Leven, qui allait être une des rares rescapées de Terezin. Cette dernière eut trois enfants : Henriette (dite Henny, née en 1902) ; Otto (résidant en Belgique entre les deux guerres, il fut déporté à Auschwitz-Birkenau puis à Buchenwald et en réchappa), qui, en seconde noces, épousa Martha Stauber (de cette « aryenne », il sera question plus loin) ; enfin, Meta, qui, avec son mari (également juif), résidait à Bruxelles. L’aînée de cette génération, Henriette, dite Henny, unie à Alfred Alexander, eut deux enfants : Gert (né en 1932) et Caroline (née en 1936). Parmi les rares cousins de Gert et de Caroline qui survécurent, ce livre mentionne Manfred, déporté à 8 ans et qui allait survivre dans les camps de Terezin, Auschwitz-Birkenau et Buchenwald.
De la vie de Caroline Alexander, ces quelques moments-clefs. En 1936, elle naquit à Mönchengladbach. Si sa mère était aimante (couturière, entre autres métiers), le père était « aussi lâche que volage » ; à la fin de 1938, ce noceur, toujours parti, sans réelle profession, s’échappa en Angleterre et laissa, dans le chaudron nazi, femme et enfants se débrouiller seuls. En novembre 1939, Martha Stauber, cette tante par alliance, fit clandestinement passer Caroline en Belgique et la confia à Julius et à Meta, devenue une seconde mère. Après avoir été cachée en Belgique durant l’Occupation, Caroline y fit ses études universitaires, y apprit le français puis s’installa en France ; elle y fut une éminente critique théâtrale puis musicale dans divers journaux, dont L’Express, Les Échos, Le Matin ou La Tribune.
Depuis ses dix ans, Caroline Alexander est inquiétée par la nécessité de connaître quel fut le destin final de sa mère et de son frère. Très tôt, l’évidence jaillit : ils ont été assassinés. Élucider l’absence des siens lui devint une nécessité. En 1950, à Leicester, rencontrer le père biologique ne créa aucun rapprochement ; rebelote en 1954, pour le trouver mort, à 49 ans et n’éprouver nul chagrin. À la fin des années 1950, une visite, non programmée, au camp de Dachau : « J’accusai le coup sans broncher, sans rien révéler des échos que ce parcours réveillait en moi. Tout était propre, bien rangé, les casiers de bois qui servaient de paillasses, la chambre à gaz où je refusai d’entrer. Une foule de curieux, de touristes pas même silencieux, pas même recueillis. Je me jurai que jamais, plus jamais je n’entrerais dans l’un ou l’autre de ces mémoriaux de barbarie […]. »
Et 1964, un moment, presque surréaliste, allait accélérer et rendre volontaire cette quête : traçant, de manière inopinée, le thème astrologique de Caroline Alexander, un poussiéreux librairie parisien ne put pas achever sa tâche (sa « cliente » ne connaissait pas l’heure de sa naissance) mais nomma « un trou noir qui vous aurait avalée dès la petite enfance » ; le surréalisme de la situation est que cet astrologue amateur, finalement compétent, révéla son farouche antisémitisme. Une vie de journaliste, d’épouse et de mère ralentit cet élan, qui, en août 1989, reprit, accelerando : parmi sa communauté juive que le IIIe Reich avait détruite, la Mairie de Mönchengladbach convia les échappés ou les déportés rescapés, soient environ cent quatre-vingt personnes, éparpillées dans les cinq continents. Là encore, une tension où pointe l’ironie : se découvrir décédée (dans une exposition, une vitrine la répute déportée et morte aux côtés de sa mère et de son frère) et apprendre, enfin, de l’administration municipale, l’heure et le lieu de sa naissance. Puis, en 2007, toujours à Mönchengladbach, deux pavés, en hommage à sa mère et à son frère, sculptés par Günter Demning, furent posés devant l’immeuble de naissance ; là encore, ironie, l’immeuble avait été détruit et remplacé par un ordinaire bâtiment d’habitation. Et demeurait pendante la question : où, quand et comment sont-ils morts ?  Depuis longtemps, un destin était affirmé : ils auraient été déportés à Riga et assassinés en 1945 alors que les chars soviétiques approchaient. Puis une autre fin s’instilla : Auschwitz à l’automne 1943, juste après que le ghetto de Riga ait été liquidé.
Survint le dernier acte. En novembre 2010, en guise de cadeau d’anniversaire, Morgane, fille de Caroline, demanda, avec fermeté, un voyage à Auschwitz, en compagnie de sa mère, pour savoir, définitivement. Et le 1er avril 2011, la vérité factuelle : Henny et Gert arrivèrent à Auschwitz le 2 novembre 1943 et furent gazés trois jours plus tard, le 5 novembre. Un double soulagement. Enfin. Et découvrir que mère et fils moururent ensemble, et, au moment ultime, n’éprouvèrent pas la douleur supplémentaire d’être séparés.
Ces faits, terribles, se réduiraient à un énoncé si ce livre n’était écrit (au sens ambitieux du verbe). À un fil narratif que tend sa quête, Caroline Alexander ajoute un travail formel par lequel les diverses strates temporelles de son récit se dévoilent en un puissant et imprévisible entrelacs, en écho aux méandres de la mémoire, comme chez Claude Simon et António Lobo-Antunes. Chez le lecteur, cet imprévisible éveille un suspense désespéré, comme à regarder Shoah de Lanzmann ou à lire une chaîne de romans de Patrick Modiano. Dans cette mémoire, grouillent de multiples reflets, moirures et images, aux côtés des fantômes des absents, que, dans de fins dessins, Raymond Passauro évoque.
Dans Ciel avec trou noir, surgissent des portraits, des évidences (sous l’hitlérisme, donner des prénoms juifs à un nouveau-né était une folie) et des sensations (en 1945, les odeurs de boulangerie, à Bruxelles, marquèrent le premier signe de la liberté). Et le soudain cri, en 1989, lorsque Manfred, le cousin, délaissa son mutisme d’un demi-siècle et cria : « On en parle jamais, nous, ceux qui en sont revenus, c’est pas la peine, y en a qui nous croient même pas, parce que c’était tellement pas croyable qu’on peut pas l’expliquer. Personne peut l’expliquer. J’ai jamais raconté, pas même à ma femme. »). Autre travail de mémoire : faire coller des photographies d’époque, en Allemagne, avec les vestiges présents. Enfin, ce livre, espérant, ne se dérober pas à l’humour et à l’ironie : outre ce qui a été mentionné plus haut, le fait de naître dans un bordel ; et ce rabbin qui, en 1939, à Berlin, avait réussi, ô miracle, ses examens de rabbinat, sujets connus et livres ouverts sur la table, et qui en rit encore.

Res Musica, 4 août 2014 par Frank Langlois
http://www.resmusica.com/2014/08/04/ciel-avec-trou-noir-de-caroline-alexander/


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Un témoignage. Bien écrit, se lisant aisément. Sur une dame, l’auteure, cherchant à élucider les circonstances exactes de la mort de sa mère et de son frère, victimes de la Shoah. Une Shoah appréhendée par un autre bout de la lorgnette. Une enfant cachée qui, à différentes époques de sa vie, tente d’assembler des lambeaux de passé, participe à une commémoration, des voyages/souvenirs où l’on devine l’embarras, la difficulté du partage, du non-dit, du secret, de l’indicible. Mais de là à parler d’un magnifique polar, comme le fait Jacques Bredael en 4e de couverture… Hum… Non, ce bel ouvrage, émouvant, me semble tout autre.

Philippe Remy-Wilkin,
http://philipperemywilkin.wordpress.com/le-blog-de-phil-rw/a-propos-des-lettres-belges-2/

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Voici un livre aussi déroutant que fascinant. Dans un apparent méli-mélo de courts chapitres, ce roman autobiographique reconstruit sous nos yeux la quête en forme d'enquête sur plus d'un demi siècle d'une fillette juive à la recherche des siens perdus, sans collier ni repères, dans le tourbillon de la Shoah.
Caroline Alexander. née comme tant d'autres au mauvais moment (1936), au mauvais endroit ( Mönchengladbach), a connu le miracle d'être sauvée et cachée en Belgique par sa tante Meta et le père Bruno Reynders. Mère et frère extermines, père en fuite, elle a réussi à trouver sa résilience dans une belle carrière de critique de théâtre et d'opéra auprès de grands quotidiens et magazines français (Le Matin. L'Express, La Tribune, Télérama, Arts, Le Journal des Spectacles...). Mais il manquait à son bonheur reconstruit quelque chose d'indéfinissable.
Jeune épousée installée à Paris, en vadrouille, elle tombe en juin 1964 sur un curieux bouquiniste facho qui s'entête à lui dessiner son ciel astrologique, elle qui n'y croit pas comme elle ne croit en rien, sauf à son jeune amour et à sa passion du théâtre née à l'ULB. Le devin libraire la trouble en lui dessinant son ciel avec un trou noir (d'où le titre du récit), dû à l'ignorance de l'heure de sa naissance. Mais il lui prédit qu'elle en percera le mystère et que toute sa vie en sera éclairée.
À partir de là, elle n'aura de cesse, tout en menant sa vie de journaliste, de femme et de mère, de retrouver un jour ce morceau manquant de son enfance, pour savoir exactement où et comment les nazis ont assassiné son frère et sa mère. Un tracé initiatique qui lui prendra une vie, en forme de lignes obliques d'une métropole à l'autre, presque à l'image inconsciente d'une étoile de David, comme celles qui ponctuent en cul-de-lampe les pages illustrées par son second compagnon de vie, l'artiste Raymond Passauro.
Une étoile de David qui, tout au long de son parcours de Petit Poucet sur les traces de ses parents, partirait de Mönchengladbach, où elle naquit, comme la Môme Piaf, au-dessus d'un bordel, pour y revenir en pèlerinage en 1989 et 2007, en passant par des points de chute et autant de chapitres qui ont pour noms Bruxelles, Paris, Leicester, Cracovie et enfin le trou noir d'Auschwitz-Birkenau, le trop bien rebaptisé « trou du cul du monde » par Henri Raczymow dans Un cri sans voix.
Il y a dans ce puzzle de vie revécue par l'auteur, dix pages où son cousin Manfred, Matricule A1663, raconte avec sobriété et non sans bonhomie, à un parterre de Juifs rescapés et d'Allemands repentis venus en pèlerinage à Mönchengladbach, son martyre de déporté. Elles sont à la fois le sésame et la pierre angulaire de cette histoire sans paroles jusque-là. C'est dans les cendres de cet enfer que Caroline Alexander va trouver son Graal et sentira l'urgence, comme d'autres de sa génération, de témoigner, pour sa fille et les siens. Le deuil est à ce prix, nous dit Jacques Bredael en quatrième de couverture.
Un témoignage gonflé du bonheur de vivre et qui, à travers cette histoire très personnelle, rappelle à tout lecteur, avec le talent d'une belle plume que, bien avant mai 68 et Daniel Cohn-Bendit, nous sommes tous devenus des Juifs Allemands. Hier, ici et maintenant. Demain et partout.

Jack P. Mener, Centrale.


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En quête de son passé

Comme l'écrit Pierre Mertens dans la préface, certains s'entendront dire, avant d'entamer la lecture de ce roman : «  Encore un livre sur l'Holocauste. » Mais n'est-ce pas une liberté propre à chacun d'exprimer sur la page blanche son vécu, son ressenti, son imagination... ? Oui, le sujet a tant de fois été traité, mais les témoignages de cette tragédie humaine n'arriveront jamais à saturation.
Caroline Alexander est juive. Un vide astrologique, un trou noir, la caractérise. N'ayant appris le lieu et l'heure de sa naissance qu'en 1989, il n'était pas possible d'établir correctement son thème astral. Même les astres lui reflètent le « foyer sacrifié » qui est le sien. La petite Caroline, âgée de 3 ans en 1939, a survécu à la « solution finale ». Ce n'est pas le cas de sa mère et de son grand frère.
L'auteur attaque son roman comme une enquête. Durant 65 ans, une pelote de questions, tue à certains moments, pressante à d'autres, est restée nouée : où et comment sont morts sa mère et son frère ? Au fil des pages, nous reconstituons son histoire, en revivant en parallèle certains épisodes de sa vie. Son exil clandestin en Belgique en 1939 ; son enfance et son adolescence auprès de sa petite maman Meta, la sœur de sa mère, et de son Oma Adèle ; la confrontation avec son père à Leicester, lui qui les a abandonnés avant la guerre ; la rencontre d'un libraire-trappiste-fasciste piqué d'ésotérisme à l'ancien théâtre de l'Ambigu, à Paris en 1964 ; les pèlerinages à Mönchengladbach, la ville qui l'a vue naître, en 1989 et 2007 ; l'aide de sa fille Morgane et d'une historienne allemande dans la quête de son passé et de la vérité ; et enfin le voyage à Auschwitz-Birkenau en 2011.
C'est avec émotion et une gorge parfois bien serrée que le lecteur parcourra ce récit. Caroline Alexander ne tombe pourtant jamais dans le pathos. Les mots sonnent juste d'un bout à l'autre du roman.

Émilie Gäbele, Le Carnet et les Instants.


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En 1939, âgée de trois ans, Caroline Alexander a quitté clandestinement l'Allemagne, sa mère et son frère bien-aimés.
Enfant juive cachée durant toute la guerre, au sortir de celle-ci, elle apprend qu'elle n'a plus de parents. Des questions l'obsèdent : où et quand sa mère et son frère sont-ils morts, étaient-ils ensemble jusqu'à la fin ?
Un jour, un libraire « antisémite » veut établir son thème astral. Dans son ciel, il voit « un trou noir, un foyer sacrifié »... Ce sera le point de départ de sa longue quête de la vérité. Avec des allers-retours du présent au passé, elle nous conte ses voyages, ses découvertes, ses attentes, ses déceptions. Pourtant, jamais elle n'abandonne sa recherche de la vérité sur les faits.
En 1989, la ville de Mönchengladbach, dans un geste de réparation, invite les survivants de la Shoah qui avaient été autrefois citoyens de la ville. L'auteure y accompagne sa tante, devenue sa mère adoptive.
Elle découvre l'endroit où elle est née. La vérité est-elle là ? Pas de vraies réponses, seulement des approximations et même des erreurs. Elle aurait accompagné sa mère et son frère, déportés à Riga !
En 2011, elle accompagne sa fille à Auschwitz. Là, elle a accès aux documents datés et signés qui lui permettent de savoir où et quand sont morts, ensemble, ses chers disparus. Après 70 ans de recherche, elle va enfin pouvoir faire le deuil des siens. Elle ressent un sentiment de liberté, allégée du poids de l'incertitude qui pesait sur son cœur en lambeaux.
Dans ce livre, au contenu dramatique, chargé d'émotion, l'auteur dissimule sa peine sous une prose légère, parfois émaillée d'humour. En conclusion, elle nous livre ce message : celui de sa chance d'être vivante et du bonheur de pouvoir vivre encore bien des moments heureux avec sa famille.
Les illustrations de Raymond Passauro renforcent encore la tragédie et la force du récit.
Ce livre, je l'ai lu comme un polar et ne l'ai abandonné qu'après la lecture de la dernière ligne. Un grand coup de cœur.

Lucette Coclet, L'Artichaut


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LE SOUVENIR REND LIBRE

Parmi les livres consacrés à la Shoah, celui de Caroline Alexander tient une place singulière par l’éclairage qu’il apporte sur Auschwitz, dont on commémore le soixante-dixième anniversaire de la libération en ce mois de janvier 2015. Ciel avec trou noir reprend les mots d’un étrange libraire astrologue amateur du théâtre de l’Ambigu, à deux pas de République, qui avait insisté pour faire le thème de celle qui fut journaliste et critique de musique et théâtre pour maintes publications; un roman qui retrace la quête des origines et des trace s de sa mère et son frère, disparus dans les camps.
L’ouvrage ne se contente pas d’être un témoignage. Composé, au sens musical du terme avec une belle finesse, il mêle les fils de la mémoire, esquisse les climats et les époques par touches et détails – la guerre, les années soixante, le pèlerinage à Mönchengladbach en 1989, les années 2000 – jusqu’à ce dénouement, un 1er avril 2011 à Auschwitz où elle a finalement accepté de se rendre, sur l’insistance de sa fille.
La vie, malgré tout, victorieuse.
La voix qui se fait entendre s’avère aussi inimitable que sincère. Ici pas de faux-semblants ici, ou de sentiments de circonstance : la mort de son père, qui a lâchement laissé femme et enfants en Allemagne pour fuir en Grande-Bretagne ne lui tire aucune larme, même si on devine entre les lignes les blessures secrètes. L’émotion est d’autant plus juste et vive que l’auteure ne se complaît pas dans la déploration, et laisse s’épanouir l’humour et l’ironie. Indéniablement, dans une existence placée sous les auspices du drame et de la mort, la vie a gagné. Tel est peut-être le miracle de cette autobiographie : se souvenir pour se libérer. Mention spéciale aux dessins de Raymond Pessauro, admirables variations sur le thème de l’étoile juive, épousant subtilement les inflexions et les linéaments d’un récit qui marque durablement le lecteur.

GL, jimlepariser.fr


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RETOUR À MÖNCHENGLADBACH

Histoires d'enfants cachés. Histoires de parents déportés. Au fil des ans, les témoignages s'accumulent. Singuliers et répétitifs à la fois. Parfois bruts, juste les faits racontés, avec des bonheurs divers. D'autres fois, plus élaborés, avec de vraies écritures, et beaucoup plus rarement, des œuvres littéraires à part entière, comme le remarquable ouvrage de Daniel Mendelsohn, Les disparus. Mais tous ces écrits sont précieux, ils forment ensemble un monceau de pièces à conviction, de première main, à l'heure, où, petit à petit, les témoins disparaissent.
C'est à Mönchengladbach, en Rhénanie, qu'est née Ingeborg Caroline Alexander en 1936. Elle fut emmenée clandestinement en Belgique par une amie de la famille, en 1939, laissant derrière elle sa mère et son grand frère, le père étant déjà réfugié en Angleterre. Un bonnet de laine cachait ses cheveux trop noirs. Monchengladbad en 1989, en 2007, Paris en 1964. Le récit n'est pas linéaire, la chronologie bousculée. La mémoire se réveille par à-coups. À Mönchengladbach, Caroline essaie de retrouver la maison où elle est née, d'imaginer ses premières années. Les survivants sont reçus par la municipalité, par des édiles pleins de bonne volonté, écrasés par les récits de leurs hôtes. En 2007, des pavés de la mémoire sont posés devant le 10A Gasthaustrasse, la maison natale de l'auteure, d'où furent déportés sa mère et son frère. Que leur est- il arrivé ? Pendant des années Caroline Alexander cherche. Toute une vie taraudée par une seule question. Les témoignages sont contradictoires. Abattus dans le ghetto de Riga ou gazés à Auschwitz ? En 1964, à Paris, Caroline entre dans une vieille librairie. Le libraire, féru d'astrologie, ausculte son signe, mais remarque un vide : « Ciel avec trou noir ». Le lien est vite fait. Le trou noir de la disparition. Un incident révèle l'antisémitisme du libraire, pétainiste non repenti. Et les souvenirs affluent. L'errance d'une cachette à l'autre, le séjour au couvent, les tentatives de conversion, le refuge dans une ferme, la découverte de la campagne. Et puis l'après-guerre. Blankenberghe, Bruxelles, Anvers. Une famille de substitution, une tante à la place de la mère et une grand-mère revenue de Theresienstadt. En 2011, Caroline Alexander accomplit le voyage impensable. Elle se rend à Auschwitz avec sa fille. La visite est décrite avec minutie. Et c'est là, au bureau des archives, qu'elle reçoit enfin la réponse, la confirmation. La mère et le frère gazés. Faire le deuil enfin ?
Dans la vie d'après, dans les années 60, Caroline Alexander s'est installée à Paris, journaliste, elle a été critique théâtrale à L'Express et ensuite critique musicale. C'est donc en professionnelle de l'écriture, d'une plume vive et précise qu'elle tisse ce récit de vie, qu'elle évoque toutes ses blessures, à l'ombre d'une Histoire toujours présente.

Tessa Parzenczewski, Points critiques.

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Éloge du livre par Benoît Coppée (membre dy jury) lors de la remise du Prix Emma Martin à l'Accociation des Écrivains belges de Langue française

"Madame Alexander, vous êtes née en 1936 en Allemagne. Vous êtes arrivée clandestinement en Belgique en 1939. Entre 1939 et 1945, fut fûtes « enfant cachée » par les soins du Père Bruno Reynders. Vous écrivez : « Un jour, il y a très longtemps, un étrange bonhomme piqué d’ésotérisme a voulu établir mon thème astral. Comme je ne pouvais pas lui fournir l’heure de ma naissance, il s’est trouvé devant un drôle de casse-tête (…) puis il m’a dit que dans mon ciel, il y avait eu un trou noir, un foyer « sacrifié » dès [ma] votre petite enfance… »
C’est à la découverte de ce trou noir que vous nous conviez.
Votre livre a enchanté les membres du Jury du Prix Emma Martin. C’est un plaisir pour moi d’être l’ambassadeur de notre coup de cœur. Votre écriture est claire et nette. C’est l’eau du torrent. Votre écriture est fine et sensible. C’est le cristal. Sur les traces de votre histoire d’enfance, vous prenez le lecteur par la main, mais aussi, et surtout, par l’âme. Si c’est bien une histoire que l’on suit, c’est « votre » histoire que l’on découvre, pas à pas. Sur ce chemin fragile, tout empreint de surprises, de doutes, de joies et de tristesses, vous soignez particulièrement la dramaturgie de votre propos. Vous nous emmenez à Paris, à Mönchengladbach, à Bruxelles, à Blankenberge, à Cracovie, à Birkenau, à Auschwitz… Les chapitres, sous votre plume, se succèdent, très courts, comme des instantanés, comme des petits films tantôt en couleur, tantôt en noir et blanc, tantôt clairs, tantôt flous. Vous nous prenez et vous nous faites basculer. Vous nous transportez à travers le temps de votre recherche et le temps de votre histoire qui est aussi le temps de l’Histoire.  2005, 1950, 2007, 1964, 1989, 2006, 1949 … Les dates, les lieux, les situations se succèdent en vrac dirait-on et composent, sans effort apparent, une traversée humaine, une toile, un acte de mémoire. Votre plume tisse un lien entre les êtres. Les vivants et les morts. Les présents et les absents. Tous les personnages cités dans votre livre témoignent d’un destin terriblement humain. Il y a Henny-Henriette, votre maman ; il y a Alfred, votre papa ; il y a Gert, votre frère ; il y a Meta, votre maman adoptive, votre « petite maman » comme vous l’appelez ; il y a Julius, Raymond, Morgane…
Je me sens, Madame, tout petit, devant votre livre. Tout petit parce que l’histoire que vous nous transmettez est terrible. Tout petit parce que vos mots sont élégants et dignes. Tout petit parce que votre plume est l’œuvre d’une créativité seconde. Au départ d’une blessure sans nom possible, vous créez et vous diffusez une lumière. « Ciel avec trou noir » est le titre de votre livre. En plein cœur du trou noir, la lumière brille.."

Benoît Coppée.


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Benoît Coppée          Caroline et Raymond

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Avant de lire cet ouvrage, deux noms célèbres retiennent l’attention du lecteur. Il y a bien sûr la préface dithyrambique de Pierre Mertens, mais aussi le texte en quatrième page de couverture de Jacques Bredael, ancien journaliste vedette du JT de la RTBF.
Le sujet reste inusable. Que dire des années 40 et 45, si ce n’est continuer à répéter l’inexcusable, la folie des uns et la souffrance des autres ? Avec des mots parfois durs, Caroline Alexander part à la recherche de son passé, des siens perdus dans la tourmente, de ses racines juives, du pourquoi de la solution « finale ». Qu’est devenue sa maman ? Adulte, elle a besoin de réponses. Impossible d’entamer le deuil sans savoir. Ce roman basé sur des événements tragiques se lit avec facilité et ne cherche pas le pathos. Il ne s’agit pas d’un énième ouvrage sur l’holocauste, plutôt d’un témoignage bouleversant qui s’ajoute aux autres et qui apporte une pierre supplémentaire à l’édifice du souvenir … pour que l’horreur ne se reproduise plus jamais.

Bruxelles-news.






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