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Elodie Wilbaux,
jeune écrivaine belge vivant dans le Sud de la France, se lance en 2015 en tant que biographe privée. Elle écrit pour les autres, dans le but de briser les tabous, dépeindre la réalité, transcender un récit de vie pour éclairer d’autres vies.
Le voisin de la Cité Villène est son premier roman.


Elodie Wilbaux

Un été immobile


LE VOISIN DE LA CITÉ VILLÈNE

Roman, 2018

172 pages
ISBN 978-2-8070-0168-8 (livre) –  978-2-8070-0169-5 (PDF) –  978-2-8070-070-1 (ePub)
16,00 EUR

Entre 1985 et 1994, dans la Cité Villène, des enfants ont été abusés par un pédophile. Devenus adultes, pour se libérer du silence qui les étouffe, ils portent plainte. La narratrice, compagne de l’un d’eux, rapporte heure après heure les détails du procès. Elle démonte le mécanisme qui conduit les jeunes victimes à se sentir coupables et leurs proches à s’aveugler. Un témoignage d’autant plus éprouvant qu’il fait remonter une souffrance enfouie, elle-même ayant été, jeune fille, victime des agissements d’un professeur pervers narcissique.







EXTRAIT

– Tu as déjà couché avec un homme ?
La question murmurée reste un moment sans réponse. À travers la pénombre, dans la moiteur de la chambre, je devine son visage. J'en perçois les contours pâles, délimités par sa chevelure sombre.
– Oui, mais c'était contre ma volonté.
Aucune émotion sur ses traits fins ne transperce l'obscurité. Je me redresse de surprise. L’odeur de sexe, de préservatif et de tabac froid devient soudain étouffante, déplacée. Je scrute sa silhouette allongée sur les draps à la recherche d’un indice. La gêne m’étrangle.
– J’ai été abusé… Quand j’étais petit.
Son ton est léger. Il a évacué cette parole dans un souffle presque las. Je me fige. Pourquoi ai-je posé cette question ? La réponse inattendue tombe sur ma conscience, anéantissant d’un coup la légèreté de notre échange.
Je me rends compte de mon indiscrétion. J’étais curieuse de connaître ses expériences, comme je le suis avec tout le monde. J’aime parler de sexe, étant moi-même en pleine recherche de mon identité sexuelle. Il y a quelques semaines à peine, j’ai goûté pour la première fois la saveur de l’abricot. J’ai envie que la terre entière soit bisexuelle comme moi.
Je m’assieds pour prendre la mesure de la bourde que je viens de commettre. Je n’ai jamais rien entendu d’aussi grave. Je n’ai aucune idée de ce que je suis censée dire. Son corps est silencieux.
– On se fume une clope ?
Je n’ai pas trouvé mieux
.





CE QU'ILS EN ONT DIT

*

Le pervers guette

Suffit-il d’une mention sur la couverture et d’un avertissement pour faire d’un témoignage un roman ?
Cette histoire est basée sur des faits réels. Par souci de confidentialité, les noms des personnes, lieux et dates ont été changés.
L’écriture attentive d’Élodie Wilbaux, entre reportage et procès-verbal, fait nettement pencher la balance vers le témoignage. À la fois celui des victimes, une bande de garçons de sept-huit ans pris dans la sordide confusion des sentiments orchestrés par un adulescent pédophile, et sa propre expérience :
— Tu as déjà couché avec un homme ?
— Oui, mais c’était contre ma volonté.
Compagne d’un des plaignants, la narratrice raconte avec sobriété les trois jours de procès d’un récidiviste, un épouvantable manipulateur qui s’est assuré pendant plusieurs décennies un train continu de victimes soumises à ses charmes, à ses cadeaux, à ses désirs, à ses jeux et à ses règles. Un être si terrible que les enfants reviennent chercher auprès de lui l’amour pervers qu’il leur a appris aux moments-clés de leur développement physique et mental. Un type d’une emprise si grande que certains d’entre eux, devenus jeunes adultes, viennent témoigner en sa faveur.
La narratrice vit chaque étape de la procédure en se posant des questions droites, honnêtes, raisonnables et en acceptant les débordements d’émotions surgissant tant à la barre qu’en elle-même. Le combat intérieur est immense et comme toute victime, elle trouve le moyen de minimiser ce qui lui est arrivé tout en sortant du déni.
Je reviens petit à petit dans le présent. Une pensée claire émerge du chaos. Moi aussi, j’ai été abusée. De façon différente, de moindre ampleur. J’en prends conscience.
Le dénouement, le jugement est minuscule, pas même médiocre en regard des vies ruinées. Le pervers qui guette perd si peu par rapport à son incommensurable appétit de nuisance et son insatiable plaisir à détruire.
— D’abord des caresses, puis des attouchements sur le sexe… Ça s’est poursuivi petit à petit par des fellations sur moi… Moi, je devais lui en faire… quand je perdais aux jeux vidéo. Ensuite, il est passé à la sodomie. Parfois il filmait.
La narratrice tente vers la fin de retrouver le bonheur d’être en vie et de bons sentiments. Mais l’innocence est bafouée, perdue. Elle veut se convaincre du contraire, qu’il est à nouveau possible d’aimer, de vivre et d’aimer vivre. La morale de l’histoire l’impose. Survivre l’exige.

Tito Dupret, Le Carnet et les Instants


*

Elodie Wilbaux, biographe professionnelle, aborde, avec cet ouvrage, la fiction en déguisant une histoire de pédophilie bien réelle en un roman qui conserve toute la crédibilité des faits originaux surtout toutes les émotions, toutes les douleurs, toute la colère, la haine, la rancœur, la déception, le découragement… car les histoires de pédophilie concernant plusieurs victimes, brassent énormément de sentiments et d’émotions différents. La pédophilie n’est pas un acte défini (même si juridiquement elle l’est clairement), pour les victimes, leurs proches, ceux de l’accusé et tous ceux qui gravitent autour de l’affaire, elle recouvre une multitude de formes, génère des réactions très diverses et laissent des stigmates plus ou moins douloureux. Elodie Wilbaux n’a pas seulement raconté les faits, elle a surtout essayé de faire ressentir aux lecteurs tout ce qui vibre au cœur et autour de cette affaire.
Elle raconte dans son roman les trois journées d’un procès d’assises tenu les 17, 20 et 21 octobre 2014 pour juger la culpabilité d’un homme de la fameuse cité Villène, (Vilaine peut-être ?) qui aurait commis des actes pédophiles plus ou moins graves sur plusieurs enfants du voisinage. Trois de ces enfants, dont le conjoint de la narratrice, ont obtenu ce procès après un long parcours judiciaire. Elodie a confié sa plume à la conjointe en question qui veut comprendre tout ce que son compagnon a subi pour souffrir encore près de trente ans après les faits. Avachie sur les bancs de tribunal, elle pleure en écoutant les insupportables débats mais ne s’écroule jamais définitivement. Quand elle n’en peut plus, elle sort, prend l’air et revient pour soutenir son compagnon qui doit affronter le coupable car pour lui et ses amis il n’est pas présumé, il est bien réellement le coupable, celui qui les a marqués aux fers de la honte et de l’indignité.
La narratrice raconte toutes les épreuves que son compagnon doit affronter afin qu’il puisse se reconstruire en détruisant tous les démons qui l’habitent depuis trente ans. Elle écoute, elle épie l’attitude de chacun, ceux qui soutiennent les victimes, ils sont peu nombreux, le clan de l’accusé il sont plus nombreux, arrogants, préparés, peut-être eux-mêmes pédophiles ou même victimes consentantes ou terrorisées, les magistrats, les experts… Elle compatit avec ceux qui souffrent, souffrent avec ceux qu’on bafoue, qu’on humilie, qu’on écrase. Plus que le procès, c’est tout ce qui se passe autour que l’auteure essaie de nous faire comprendre.
Elle cherche à nous faire comprendre ce qu’elle ressent en écoutant les victimes, en les voyant lutter ou s’affaisser, se résigner. Elle essaie de trouver les limites entre consentement et contrainte, elles sont tellement floues et fluctuantes. Trente ans après elle ressent la culpabilité, la honte, l’impression de salissure que les victimes ne peuvent pas cachées et qu’elles doivent même exhiber devant la cour. Et, il y a aussi les autres, les parents qui n’ont rien vu, qui n’ont peut-être pas voulu voir, les amis peut-être complices, ceux qui savaient mais n’ont rien fait, ceux qui savent depuis toujours mais ne veulent pas admettre que l’irréparable a été commis. Le livre d’Elodie, c’est tout cet ensemble de sentiments, d’attitudes, d’émotions, de responsabilités, de non-dits, de dénis… de souffrances et de douleurs qui montre bien qu’une affaire de pédophilie ce n’est pas seulement une question d’abus sexuel, c’est beaucoup, beaucoup, plus.
Pour la narratrice tout a commencé par une banale question posée à son compagnon quand leur histoire balbutiait encore :
« – Tu as déjà couché avec un homme ?

– Oui, mais c’était contre ma volonté. »
Alors, il fallut bien évoquer la chose…

Denis Billamboz
http://mesimpressionsdelecture.unblog.fr/2018/09/13/le-voisin-de-la-cite-villene-elodie-wilbaux/







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