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Née à Sarajevo,
Jasna Samic
 
partage sa vie entre Paris, sa ville natale et ses voyages dans le cadre de l'étude du soufisme.
Spécialiste des langues, littératures et civilisations orientales. elle a enseigné aux universités de Sarajevo et de Strasbourg, a été directeur de recherche associé au CNRS, a collaboré à France-Culture et à Radio-France Internationale.
 Elle dirige actuellement la revue littéraire Književna Sehara, publiée en serbo-croate, français et anglais.
 Elle est auteur de nombreux ouvrages scientifiques sur le soufisme et l’Histoire des Balkans ainsi que d'essais, de romans, de nouvelles, de poésie et de  théâtre, dont elle a mis en scène plusieurs pièces. Elle a réalisé de nombreux films documentaires sur ces mêmes thèmes.
Elle écrit aussi bien en français qu'en bosnien ("serbo-croate").


Son roman ("Portrait de Balthazar (éditions M.E.O., 2012) a obtenu le
PRIX GAUCHEZ-PHILIPPOT
Jasna Samic a été lauréate du prix Missions Stendahl pour l'écriture du présent roman, qui a également bénéficié d'une bourse d'écriture à Split, offerte par les associations Traduki et Kurs.

Son engagement pour la laïcité dans son pays natal lui vaut d’être menacée quotidiennement par les islamistes.

Jasna Samic


Contrées

Les contrées des âmes errantes

Roman, 2019

436 pages.
ISBN: livre 978-2-8070-0194-7
Livres numériques : 978-2-8070-0195-4 (PDF) –  978-2-8070-096-1 (ePub)
25,00 EUR

Dans leur modeste appartement parisien convoité par les promoteurs, Lena voit Aliocha se saouler chaque soir avec un vin médiocre et compulser obsessionnellement ses documents familiaux. Ce naguère brillant informaticien, un des hommes les plus élégants de Sarajevo, est miné par son éternelle interrogation : son père, qu’il n’a pas connu, a-t-il fait rouler les convois de la mort avant de disparaître en 1945 ?
À travers trois journaux intimes des ascendantes d’Aliocha, celui de sa Babouchka Liza – une Russe qui a connu Tolstoï et fui le bolchevisme jusqu’en Bosnie –, celui de sa mère Irina et celui de son Omama Grete – émigrée de Vienne à Sarajevo –, Lena raconte la saga familiale de son premier ex-mari, demeuré amant puis réépousé pour le faire échapper à la guerre des années 90…
Entrecroisement d’errances mêlées à la sienne propre d’amoureuse de l’art – Sarajevo, Istanbul, Londres, New York et surtout Paris –, poussée par une farouche soif d’indépendance, en quête permanente d’authenticité, affrontant contre vents et marées les apparatchiks ubuesques, les mâles retors, les imposteurs littéraires, les snobs parisiens, les intégristes islamistes enfin.





Extrait


eureux qui jouit agréablement du monde ! Plus heureux qui s’en moque et le fuit ! Einstein croyait que ledit monde ne serait pas détruit par les hommes qui commettent des atrocités, mais par ceux qui regardent ces atrocités sans rien faire. La beauté est une énigme, pense par ailleurs Dostoïevski, persuadé, lui, que le monde sera sauvé par elle.
Est-ce vrai ? J’ai atteint l’âge où l’on remet tout en question, où l’on ne fait plus que relativiser, à en attraper des vertiges. Que dire sur la laideur et la barbarie ? Sont-ce aussi des énigmes ? Et la méchanceté ? Elle a toujours éveillé en moi un obscur sentiment de confusion.
Aliocha travaille beaucoup et souffre beaucoup. Il m’est devenu insupportable de le voir se saouler chaque soir avec du vin bon marché mélangé à du coca et arrosé de bière. Il ressemble à n’importe quel lučki radnik, ainsi qu’on appelle un docker dans notre langue maternelle. Quand je l’ai rencontré il y a une éternité, il m’était apparu comme un héros sorti d’une pièce de Tchekhov ; la même élégance aristocratique russe, la même paresseuse noblesse. Il était l’un des jeunes hommes les plus chics et raffinés de Sarajevo. Il m’évoque aujourd’hui encore certains personnages de mon auteur adoré, comme surgi de Platonov, et pas seulement pour cette exclamation : « Boire ou ne pas boire, de toute façon on meurt ! Autant boire ! » Une phrase de Fitzgerald me vient aussi à l’esprit : « Quand je ne bois pas, je ne supporte pas le monde ; quand je bois, c’est lui qui ne me supporte pas ». Convenons que la vérité ne console que rarement.



Ce qu'ils en ont dit


Jasna Samic est franco-bosnienne et partage son existence entre Paris et Sarajevo. Auteure prolifique, elle marque son attachement aux deux pays qui rythment son existence à travers des écrits intimes et populaires. Entrecroisant errance, interrogations sociales et réflexions politiques, elle reste trop peu connue en Belgique, malgré les efforts prodigués par les éditions M.E.O. qui la suivent depuis de nombreuses années. Avec « Les contrées des âmes errantes », elle plonge au cœur de l’histoire avec le vécu de trois personnages au destin mêlé, tous ascendants d’Aliocha, brillant informaticien aujourd’hui rongé par l’alcool. Il y a Liza, qui a tutoyé Tolstoï et fui le bolchevisme en immigrant en Bosnie, Lena qui a réépousé son ex-mari afin qu’il échappe à la guerre et Grete, réfugiée à Vienne.
L’homme s’interroge surtout sur le rôle de son père, qui aurait conduit des trains nazis de la mort et aurait disparu en 1945. Réquisitionné ou complice des meurtres intolérables commis par le régime hitlérien ?
En quête permanente d’authenticité, cet ouvrage se caractérise par un ton indépendant, qui mêle vie amoureuse et passé houleux, anecdotes et non-dits, supputations et allégations. Quant au style, il se veut frontal pour dénoncer les atrocités et les absurdités de notre société, la suffisance de certains mâles, les imposteurs qui se targuent de culture, le snobisme rampant et les intégrismes qui brident le libre arbitre.
Sam Mas, Bruxelles-Culture







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