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Psychologue de formation,
Monique Bernier
a travaillé comme thérapeute d’enfants avant de partir à l’étranger et de se mettre à écrire.
Elle était au Rwanda en avril 1994 quand a commencé le génocide des Tutsis.
Les hibiscus sont toujours en fleurs est son sixième livre..

Monique Bernier

Bibiscus


LES HIBISCUS SONT TOUJOURS EN FLEURS

Roman, 2020
192 pages
ISBN : 978-2-8070-0236-4 (livre) –  978-2-8070-0237-1 (PDF) –  978-2-8070-0238-8 (ePub)
17,00 EUR (imprimé) — 10,99 EUR (e-book)

Charlotte, une fillette européenne, et Daniel, un garçon rwandais, ont grandi ensemble pendant cinq ans, jusqu’au génocide de 1994.
Vingt ans plus tard, Charlotte revient au Rwanda. Elle a l’intention de retrouver Daniel et de redécouvrir ce pays qui l’avait chassée. Elle retrouve des connaissances rwandaises, fait des rencontres et découvre peu à peu l’histoire dramatique de son ami en même temps que les complexités du pays.
Daniel, de son côté, souffre toujours. Le passé est désespérément présent. Il ne sait pas que Charlotte le recherche.




e-book
10,99 EUR




Extrait


– S’il reste en prison autant de temps, cela signifie qu’il a tué ?
– Sans doute. La prison à vie est la peine la plus lourde, celle que payent les responsables. Votre ami n’était sans doute pas un des responsables, mais il a tué…
– Non. Je n’y crois pas. Il y a une erreur. Daniel était la gentillesse même, il ne peut pas être un assassin.
– Vous savez, beaucoup de gens ont été obligés de faire des choses qu’ils ne voulaient pas…
Elle essaye de comprendre. Les mots sont vides, ils ont perdu leur sens. Ce qu’il vient de lui dire ne rentre dans aucun schéma possible : Daniel obligé de tuer ? Un meurtrier ?
Et que doit penser Jean-Marie de réaliser qu’elle est l’amie d’un tueur ? Est-elle revenue dans ce pays rechercher un homme emprisonné pour génocide ? N’a-t-il pas envie de la planter là, de la laisser se débrouiller ? Mais il semble serein. Rien ne le touche. Il la rassure, minimise la situation… Ça non plus elle ne comprend pas. […]
Ils boivent leur bière en silence. Il est plus de midi. Le soleil tombe sur son dos, mais Charlotte a froid. Une pièce du puzzle vient de sauter, déboîtant toutes les autres. L’image du monde se déforme. Il perd son sens. Charlotte ne parvient plus à le reconstituer. Il se désarticule, se désintègre doucement, elle va s’écrouler si rien ne la retient. Elle essaye de s’accrocher. Quelque chose, une lumière, une source de chaleur… Un visage. Celui d’un petit garçon. Il est assis par terre. À côté d’elle. Il est souriant et construit une maison de sable… […]
Jean-Marie se penche vers elle. Ses yeux la sondent, son air est sérieux :
– Le génocide peut nous apprendre une chose : il n’y a pas d’homme absolument bon, il n’y a pas d’homme absolument mauvais. C’est bien cela le drame. Les génocidaires n’étaient pas des extra-terrestres, des êtres venus d’on ne sait où, descendus sur terre pour massacrer les Tutsis… Non. C’était des gens comme nous. Comme vous. C’était des voisins, des cousins, des professeurs…
– Un interahamwe n’est pas absolument mauvais… Comment vous, pouvez-vous penser cela ? Ça me dépasse.
– On aime bien croire aux bons et aux méchants. Et on se place toujours du côté des bons… les Blancs sont très forts pour cela. Mais la vie n’est pas comme ça. Bien sûr, pour le comprendre, il faut ouvrir les yeux, ne pas se cacher. Il faut aussi se regarder soi-même.





Ce qu'ils en ont dit

*

Tenaces amitiés d’enfance au pays des mille collines

Le génocide rwandais restera un fait majeur de la fin du 20e siècle. L’ampleur du nombre de victimes en regard de la population, la rapidité méthodique des massacres et l’absence d’intervention de la communauté internationale ont donné à ce drame une dimension tragique qui ne cesse d’interpeller. De nombreux écrivains ont puisé leur inspiration dans ces faits, qu’ils les aient vécus ou non en tant que Rwandais. Si le sujet est loin d’avoir été épuisé, plus le temps passe, plus il impose d’apporter une contribution originale, d’autant que Monique Bernier a déjà abordé cette thématique dans La magie du frangipanier, roman paru en 2016 aux éditions Academia.
Ici, tout débute dans un aéroport alors que Charlotte s’apprête à prendre l’avion pour le Rwanda. Fille de diplomate, elle a vécu son enfance dans ce pays avant de le quitter brusquement au moment du génocide et elle y revient pour apporter des réponses aux questions qu’elle se pose depuis lors. Arrachée à un pays qu’elle aimait, elle est sans nouvelles de sa nourrice et surtout du fils de celle-ci, Daniel, qui était son compagnon de jeu. Comment comprendre que ses parents se soient enfuis sans porter secours à ceux qui vivaient à leurs côtés ? Ce voyage, elle l’entreprend à l’insu de ses parents qui la somment d’oublier cette page d’enfance et l’ont jusqu’ici dissuadée de renouer tout contact. Ce départ vers l’inconnu prend dès lors aussi les allures d’une reconquête de soi après qu’elle a été larguée par un compagnon possessif qui l’avait isolée du monde.
Très vite, ce récit est bousculé par un autre, centré lui sur la situation de Daniel, son ami d’alors, qui purge sa peine dans une prison réservée aux génocidaires. Dans les chapitres qui suivent, Monique Bernier entremêle les deux points de vue. En ce lieu qui concentre les assassins réunis par les mêmes faits pour de lourdes peines, l’homme se débat avec le souvenir des horreurs qu’il a perpétrées et dont la vision vient hanter ses nuits. Contraint de se joindre aux meurtriers sous la menace de représailles directes imposées aux siens, il a commis les pires atrocités sous la conduite d’un oncle qui croupit dans la même prison que lui.
À sa descente d’avion, Charlotte est submergée par les odeurs qu’elle retrouve, mais assez vite désorientée, car les repères du passé ont disparu. Des rencontres humaines généreuses vont lui permettre de prendre pied et de mener ses recherches. Renvoyée d’un contact à l’autre, elle sillonne le pays, mais perçoit peu à peu que les personnes rencontrées peinent à évoquer le passé et à lui fournir les informations attendues. Ce n’est qu’au prix de démarches multiples qu’elle apprend ce qu’il est advenu des personnes qu’elle aimait et qu’elle souhaite revoir. Sa nounou est morte lors du génocide et Daniel est incarcéré pour y avoir participé activement. Décidée à aller jusqu’au bout, elle fait la demande pour lui rendre visite en prison, espérant retrouver quelques bribes d’une amitié perdue. Mais reste-t-il une possibilité de rassembler deux êtres que tout sépare désormais ?
Tendu tout au long par la recherche de la jeune femme, bousculé en permanence par le récit de Daniel, Les hibiscus sont toujours en fleurs aborde le génocide rwandais avec grande finesse. Malgré tout ce qui les distingue, Charlotte en Daniel ont en commun le souci de revenir sur leurs actes et de refuser les pressions qui les ont conduits à renoncer à ce qui leur était cher, à abandonner les leurs. Cette vision très systémique du drame, qui ne retire rien à la responsabilité des personnes, permet de dépasser les clivages et, singulièrement, de remettre en cause les simplismes qui accompagnent tous les génocides.

Thierry Detienne, Le Carnet et les Instants


*

Le génocide qui a frappé le Rwanda se situe au cœur de ce roman. Tout démarre à la fin des années 80, alors que Charlotte, une petite Européenne, grandit en compagnie de Daniel, un Rwandais. Survient le massacre perpétré en 1994. Deux décennies plus tard, Charlotte décide de revenir sur les lieux de son enfance. Rien ne semble s’opposer à ce désir. Dès son arrivée, les souvenirs affluent, forcément déformés par le temps écoulé. Elle sait que des massacres ont été commis et elle se met en tête de retrouver celui qui a partagé avec elle plusieurs années de félicité. De son côté, le jeune homme vit dans la résilience, sans savoir que la désormais jeune femme le cherche. À mesure qu’elle progresse dans ses investigations, elle revoit des visages autrefois familiers, découvre une réalité sociale très éloignée de ce qu’elle imaginait et se trouve confrontée à la complexité d’une Afrique qui peine à se relever d’un des plus grands désastres de son histoire. Monique Bernier est psychologue de formation. Elle séjournait au Rwanda à la fin du XXe siècle et, impuissante, a assisté à l’assassinat d’une partie des Tutsis. En mêlant personnages de fiction et réalité, elle témoigne d’une des pages parmi les plus sombres de notre histoire contemporaine et, à travers le portrait de deux protagonistes, raconte un récit à la portée universelle.

Daniel Bastié, Bruxelles Culture.

*

2014 ! 20 ans après être partie précipitamment avec ses parents, Charlotte, 30 ans, revient au Rwanda, le pays des mille collines, pour savoir, pour obtenir des réponses aux questions qu'elle n'a jamais cessé de se poser. Pourquoi ses parents ont-ils refusé de lui parler du passé, se taisent et passent à autre chose ou s'irritent quand elle veut connaître les raisons de ce départ précipité ? Que s'est-il passé exactement, en dehors de ce qu'elle connaît par les media ? Charlotte au fur et à mesure de ses investigations découvrira que ses parents ont eu une attitude de fuite, peu glorieuse, en ne pensant qu'à sauver leur seule existence !
« Comme si le silence était synonyme d'oubli ! »
Nous suivons aussi Daniel qui, enfant rwandais, a grandi avec Charlotte, jusqu'au génocide de 1994.  Ce parallèle entre Charlotte revenue pour chercher à comprendre et Daniel, emprisonné, parce qu'il a participé activement au massacre, contraint et forcé par des mensonges éhontés de son oncle.
Charlotte visitera un mémorial à Murambi, où 1800 corps mutilés, positionnés tels qu'ils ont été retrouvés, hurlent en silence leur douleur... et la douleur de tout un peuple. « Le Cri » de Munch, et certaines œuvres de Géricault et de Jérôme Bosch me reviennent en mémoire...
Daniel, dès qu'il sera sorti de prison, souhaiterait travailler dans un mémorial comme celui de Murambi. Une forme d'expiation ?
Des interrogations fusent continuellement et la « blanche » Charlotte et les « noirs » autochtones ne réagissent pas de la même façon. Pour les Rwandais, il faut tourner la page ! Pour Charlotte, c'est inconcevable cette horreur, comment concevoir une vie ordinaire après cela, mais elle a eu lieu, fin du XXe siècle ! L'homme est un loup pour l'homme ! Est-ce que les loups atteignent ce niveau de cruauté et d'inventivité : faire le mal pour le mal ?
Charlotte et Daniel parviendront-ils à se rencontrer, l'un comme l'autre accepteront-ils leur passé, les manquements, le passage d'un côté à l'autre du combat, les mensonges, le clivage entre blancs et noirs... ?
« Comment font-ils pour vivre ensemble, victimes et bourreaux mélangés ? »
« Y a-t-il une différence entre tuer et laisser tuer ? »
Le lecteur sent l'horreur affleurer continuellement. Comme pour toutes les guerres, comme lorsque l'homme fait preuve de cruauté, de lâcheté, l'effort de mémoire est important pour que nous puissions nous regarder dans la glace et dire à nos enfants : attention de ne pas rééditer les erreurs de l'Histoire. Plus jamais ça !
J'ai lu attentivement d'autres livres qui ont parlé des génocides au Congo et au Rwanda : « Muzungu », roman très bien documenté aussi de Martin Buysse ; « Congo », superbe essai de David van Reybrouck qui se base sur beaucoup de témoignages. Le roman de Monique Bernier est de la même veine ! Un livre tout en pudeur, mais qui ne cache rien des atrocités commises au Rwanda. A lire absolument !
Monique Bernier, psychologue, était au Rwanda en avril 1994, au début du génocide. Donc, elle connaît bien le contexte. « Les hibiscus  sont toujours en fleurs » est son sixième roman. Parmi ses autres romans : chez L'Harmattan, « La magie du frangipanier » et ;  aux éditions Eperonniers : « Le silence des collines », sont également consacrés au Rwanda ; chez Mon Petit Editeur : « Le bruit assourdissant des étoiles » ; à Académia : « Pardon Pauline ».

Patrice Breno, Traversée

*

En 1994, Charlotte a 10 ans, elle est la fille de l’Ambassadeur de Belgique au Rwanda au moment où le massacre des Tutsis commence. Bien vite elle est rapatriée en Europe, elle n’a presque rien vu, elle ne sait rien, ses parents ne se sont jamais occupés d’elle, ils ont toujours refusé de répondre à ses questions. Elle a été élevée par Nounou, la domestique qui s’occupait des tâches ménagères à la résidence de l’ambassadeur. Vingt ans après, son mari tyrannique l’ayant abandonnée, ses parents ayant émigré au Brésil, elle décide, contre l’avis de tous, de partir seule au Rwanda pour savoir ce que sont devenus Nounou et son fils Daniel qui jouait souvent avec elle, pour savoir ce qui s’est réellement passé, pour comprendre pourquoi ont refuse de répondre à ses questions.
Avec l’aide d’un chauffeur de taxi particulièrement complaisant, elle découvre peu à peu ce que fut le massacre, ce qu’est devenu le Rwanda et surtout ce que sont devenus ceux qu’elle a aimés. Elle mesure l’immensité et l’atrocité de la violence qui s’est abattue brutalement sur ce pays aux apparences pourtant si paisibles en visitant l’ossuaire de Murambi où les corps pétrifiés « hurlent l’horreur », ce lieu mémoriel que Boris Boubacar Diop a mis en scène dans son roman : « Murambi, le livre des ossements ». Elle essaie de comprendre comment une telle violence a pu se déchaîner sous le regard complaisant des Européens. Elle essaie d’identifier les coupables, mais elle est bien obligée d’admettre que le massacre rwandais ne se peint en pas en noir et blanc, qu’il y a de nombreuses nuances de gris à prendre en compte.
Elle croit qu’elle aussi peut être classée parmi les responsables, chargée de la culpabilité de sa famille, et elle comprend que parmi les bourreaux d’hier certains sont peut-être aujourd’hui d’autres victimes. « Victimes et bourreaux sont indissociables, pour toujours enchaînés l’un à l’autre ». Ce génocide a été expliqué, tout n’a pas été révélé, toutes les culpabilités n’ont pas été dévoilées… Au-delà de l’affrontement entre deux ethnies pour s’assurer la maîtrise d’un territoire, elle s’interroge sur la capacité de l’homme à recourir à des violences d’une barbarie incroyable, sur la capacité de son père à laisser assassiner jusqu’à ceux qui servaient sa propre famille. « Les génocidaires n’étaient pas des extra-terrestres… C’étaient des gens comme nous. C’étaient des voisins, des cousins, des professeurs… »
Monique Bernier était au Rwanda en 1994, elle n’était probablement pas la fillette qu’elle met en scène, mais elle en sait assez pour accuser violemment l’ambassadeur, les Occidentaux en général et l’ONU d’avoir été totalement passifs et peut-être même un peu plus : vaguement complices ! Justice a été faite, avec les moyens du bord, certaines impunités sont douloureuses à supporter, mais les Rwandais doivent regarder leur avenir et reconstruire leur pays. Son ami la persuade que « Chaque étranger qui retourne chez lui doit emporter une belle image de mon pays. Il faut qu’il puisse dire à ses amis, à sa famille : le Rwanda est un pays magnifique ! ». Hélas ce n’est pas le seul pays à avoir connu l’horreur et l’abomination, ils sont nombreux à avoir voulu asseoir leur pouvoir en éliminant et en torturant leurs opposants ou même de purs innocents.
Et si le vrai responsable était : « Cette humanité capable de concevoir autant de souffrances, capable de préparer un génocide, de planifier l’horreur. Planifier la mort. L’accomplir. La laisser accomplir. Rester spectateur… » ?

Débézed, critiqueslibres.com et mesimpressionsdelecture.unblog






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