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Robert Massart
est né et vit à Bruxelles. Il a été professeur dans l'enseignement supérieur et joue un rôle actif dans le monde associatif lié au français, ce qui, entre autres activités, le fait aller régulièrement en Roumanie.
Il voit en l'écriture un des meilleurs moyens de faire connaitre sa ville. Non pas – ou pas seulement – celle des frites et de l'Atomium, mais la métropole sans cesse confrontée aux défis de la mondialisation et aux luttes identitaires qui gangrènent notre époque.

  Une histoire belge est son premier
roman.

Robert Massart

Une histoire belge
Illustration de couverture :
M.E.O.

UNE HISTOIRE BELGE

Roman, 2020
Parution le 1er septembre

196 pages
ISBN : 978-2-8070-0251-7 (livre) –  978-2-8070-0252-4 (PDF) –  978-2-8070-0253-1 (ePub)
17,00 EUR (imprimé) — 10,99 EUR (e-book)

Deux Bruxellois qui n'auraient jamais dû se croiser lient connaissance dans d’étranges circonstances. L’un professeur de français, militant de la francité, affligé d'une phobie des oiseaux ; l’autre Flamand installé dans la capitale, collectionneur de graffitis dans les toilettes publiques et persuadé que le néerlandais est la langue du paradis, celle, primordiale, dont toutes les autres découlent.
La relation difficile – mais tenace – entre l’enseignant et l’épigraphiste amateur sera bouleversée par l'irruption d'une jeune Roumaine, serveuse dans un salon de thé huppé à la clientèle gay.
Mainate en folie, tenancière de bistrot amoureuse, concierge plutôt nature, invasion de rats, cataclysmes hénaurmes, rien ne leur sera épargné dans la capitale d’une Belgique minée par ses éternelles escarmouches communautaires et linguistiques.
Un premier roman, à l’humour décapant, d’un amoureux de la langue française.


e-book
13,99 EUR
(à partir du 1er septembre)



Extrait



Non, cette fois, ça y est, il s’agit de ma grande œuvre, mon Opus magnum, celle qui va tout bouleverser dans ce pays. Un essai sur la Flandre et sur la langue flamande, la langue primordiale. […] Le flamand, c’est la mère de toutes les langues. Je dis bien toutes, pas rien que des langues indo-européennes. La langue première, celle que les philologues recherchent depuis toujours. Comment c’est possible ? Tout simplement parce que la Flandre a été le berceau de l’humanité. Je ne le dis pas à la légère, j’ai longuement réfléchi avant de chercher plus avant. Maintenant, je suis presque arrivé au bout, et j’ai rassemblé un arsenal d’arguments imparables. J’ai la preuve que tout a commencé à Audenarde, ma ville natale. Audenarde, en flamand c’est Oudenaarde, et tout le monde vous dira que ça signifie « vieille terre ». Moi, je trouvais ça idiot. Vieille terre, c’est ridicule. Pourquoi vieille ? […] Oudenaarde, ou Audenarde, ça veut dire « le paradis » ! C’était évident. Paradijs en flamand, qui a donné paradis en français, paradisium en latin, firdaouss en arabe, et ainsi de suite. […] Le jeu des lois phonétiques, la fusion et la transmutation des consonnes et des voyelles et, finalement, la transfiguration, la métamorphose, d’un mot en un autre, apparemment tout différent et, pourtant, de même substance que son prédécesseur. Alors, en un éclair, une vérité s’est imposée : dans le nom de ma ville natale, Oudenaarde, la syllabe « aarde » et le « arad » de paradijs étaient une seule et même chose, une racine commune aux deux mots. […] les noms Audenarde et paradis, devaient exprimer à l’origine un concept identique, une périphrase du style « le luxe (de Dieu) sur la terre » ou bien « la (divine) somptuosité terrestre ». En flamand c’est « weeldenaards ». Dans ce mot, on sent déjà bien la présence du nom Oudenaarde. Mais le paradis, me direz-vous, là-dedans, où est-il ? Il faut savoir que « weeldenaards », c’est la forme moderne, mais dans la langue primitive, en très ancien flamand, on disait « beeweeredies ». Avec le passage du temps, le b initial s’est affaibli en w, alors que le w intérieur, lui, se dévélarisait en l… Et là, si vous ne décelez pas le terme paradijs en gestation, c’est que vous n’avez pas la fibre linguistique, inutile de vous obstiner.





Ce qu'ils en ont dit

*

C’est quoi, la Belgique ?

Ernest Dubois, professeur de français maniaque de la langue et ornithophobe, de retour d’un voyage, se trouve confronté à la présence inopportune d’un oiseau introduit dans son appartement. Il tourne les talons et s’enfuit dans la nuit. Dans les toilettes des dames de la gare du Midi, Kommer Baert, occupé à recopier les graffitis afin d’alimenter le corpus de son étude, est sommé de vider les lieux par la tempétueuse Madame Pipi, Fintje. C’est alors que les deux hommes se rencontrent, se suivent, prennent langue, et c’est le début d’une histoire d’amitié et de rivalité, une histoire où chacun devient un peu plus lui-même en se mêlant aux autres, une histoire qui doit peu au rationnel, une histoire belge en somme.
Très vite, les deux hommes deviennent inséparables, à leur corps défendant. Ils se retrouvent au bistro habituel de Kommer, puis dans un salon de thé qui sera leur quartier général. Ce sont deux solitaires, deux ténébreux, délirant chacun sur ses idées fixes. Ernest s’efforce de faire revivre sous ses yeux l’histoire de la langue française depuis le latin, fait de la perfection linguistique un combat de tous les instants, et plonge tête baissée dans son obsession des rats et des oiseaux. Kommer engrange les épigraphes des W.C. publics, sans trop savoir qu’en faire, et écrit en parallèle un livre qui prouvera au monde que toutes les langues dérivent du néerlandais. Ils avaient tout pour faire un vieux couple d’amis biscornu, jamais d’accord et toujours réconciliés, un genre de Bouvard et Pécuchet belges, dans cette histoire où tout va par deux, où tout se mélange. Mais c’est alors que débarqua Lili la Roumaine, belle, au rire clair et sain, et les deux hommes eurent tôt fait de devenir des ennemis mortels. Ajoutez dans le shaker une concierge décérébrée au neveu dysorthographique, une bistrotière amoureuse, un gérant de salon de thé révélant les coulisses gay de l’Europe, et vous obtenez un premier roman balancé comme une farce surréaliste.
Car si les effets de rupture sont nombreux, si certaines scènes semblent procéder de joyeuses associations libres, créant à profusion un humour absurde souvent vif – les personnages eux-mêmes ne savent pas toujours pourquoi ils prennent telle ou telle décision, telle ou telle direction, et ils se rendent compte parfois à quel point ils sont le jouet d’une puissance supérieure un peu folle, à l’instar d’Ernest qui, perdu en pleine narration galopante, prend conscience qu’il parle tout haut et que ses voisins l’entendent ; si donc c’est moins la logique que la peur de l’ennui qui gouverne les personnages, il n’en reste pas moins que le ressort principal d’Une histoire belge est l’ironie. Robert Massart a ceci de commun avec Pierre Desproges et son Les étrangers sont nuls : chaque personnage est une caricature, et l’auteur nous montre avec gourmandise à quel point l’on est ridicule – et potentiellement dangereux – quand on prend les stéréotypes à son compte. Ernest, par exemple, s’érige sous la plume de Massart en spectaculaire et jubilatoire monument de pédanterie intellectuelle et linguistique (son allergie aux belgicismes et son tic étymologique le rendent irrésistiblement insupportable), d’autosatisfaction secrète et mesquine (le brave homme se croit même séduisant), de conservatisme petit-bourgeois bon teint (ses propos sur les « prolos », les étrangers, les femmes, font de lui un antihéros comme on aime les détester).
Cette charge ironique, puissante, constante, présente à tous les étages du récit, fait d’Une histoire belge une plaisanterie somme toute sérieuse, en ce qu’elle rappelle le lien étroit entre bêtise et jugements stéréotypés, en ce qu’elle dénonce la fermeture d’esprit, en ce qu’elle montre où la société grince. Et, comme Desproges, Massart a bien compris qu’un éclat de rire était plus fort qu’une démonstration.

Nicolas Marchal, Le Carnet et les Instants.

*

Robert Massart a longtemps été professeur de français et cela se sent dans sa manière de rédiger avec une plume qui maîtrise à la perfection la langue de Voltaire. Constat qui ne fige pas son écriture, mais qui lui permet d’évoluer en s’imprégnant des écrivains de son époque, sans pour autant oublier les références au passé. Empreint de belgitude, ce roman donne vie à un trio de personnages caricaturaux et savoureux. En l’occurrence, un enseignant militant des belles lettres et persuadé que sa langue natale est la plus belle au monde, au point de s’engager ouvertement dans un combat permanent pour la défense du français. Le deuxième est flamand, un rien flamingant, et féru de graffitis qu’on peut observer dans les toilettes publiques. Entre eux se glisse une belle Roumaine, serveuse de son état dans un salon huppé pour homosexuels. L’auteur profite de l’écriture pour faire connaître la capitale de la Belgique et… de l’Europe sous un jour loin des stéréotypes pour touristes. Avec lui, on oublie les établissements bondés de clients avides de bière et les cornets de frites, les moules et les Manneken-Pis en pain d’épices. Il préfère présenter une ville en proie à la cacophonie communautaire, où Belges du Nord et du Sud s’empoignent via leurs élus et nient l’unité nationale. Bien entendu, la causticité est ici privilégiée à la diatribe virulente.

Daniel Bastié, Bruxelles Culture
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