Bouton
Retour au catalogue

Écrivain, enseignant, conférencier, chargé de mission au CPEONS, fondateur du Projet de Lecture Charles Plisnier de la Province de Hainaut, directeur de la revue littéraire Le Non-Dit, animateur de voyages et séminaires de réflexion sur les lieux qu’ont hantés de grands écrivains,
Michel Joiret
est l’auteur d’une quarantaine de romans, essais, recueils de poésie…
Son anthologie « Littérature belge de langue Française », rédigée en collaboration avec Marie-Ange Bernard, est une somme incontournable pour la connaissance de nos lettres.
Depuis longtemps passionné par Marcel Proust, il a organisé en 2008 et 2009 des ateliers de découverte de l’auteur et de son œuvre sur les lieux où celui-ci a vécu, Illiers-Combray et Cabourg.

Michel Joiret

Lire Proust
Lire Marcel Proust aujourd'hui

ouvrage didactique,
2009
108 pages
ISBN 978-2-930333-30-4
14 EUR

Marcel Proust, un auteur d’autrefois, bon pour les bibliothèques poussiéreuses et autres musées de la littérature ? Le présent ouvrage démontre qu’il n’en est rien.
Suivant une grille d’analyse et un plan de lecture rigoureux, Michel Joiret passe en revue différents personnages, thèmes, caractéristiques d’écriture, nous montrant à quel point les “figures” de Proust, aussi modelées soient-elles par la société de son époque, sont proches de nous et nous offrent de nous-mêmes un portrait en miroir. Nous découvrons combien, une fois la “Recherche” démythifiée, les récits et autres portraits de l’impitoyable observateur-analyste qu’était Proust, peuvent s’insérer dans notre quotidien. À travers la chronique d’un nanti, les circonvolutions de la pensée, les phrases interminables, c’est toute une sensibilité, une sensualité, qui se déploie, symphonie de parfums, couleurs, atmosphères, ouvrant le lecteur à une finesse, une richesse de perceptions auquel le monde contemporain ne l’a pas initié, et qu’il pourra désormais insérer dans sa palette de perceptions.
« À l’instar des écoles françaises,  qui privilégient la connaissance de Proust – en attirant de jeunes lecteurs amusés et intrigués par la prodigieuse exactitude du propos –, les élèves des enseignements secondaire et supérieur ont tout à apprendre de l’homme, de l’écrivain, de l’époque, de la sensibilité, de l’humour, de l’emprunt continuel aux ressources sensorielles,  de cet univers encombrant certes mais si proche des mille et une sollicitations dont nous sommes aujourd’hui les sujets. », nous dit l’auteur en guise d’entrée en matière.
Un ouvrage, certes, indispensable aux professionnels qui font vœu d’enseigner la vie profonde à travers les œuvres littéraires, mais aussi à tous les curieux intéressés par une des plus grandes voix de la littérature mondiale.


Extrait

Françoise : « Une œuvre de circonstance »

Car, au fond permanent d’œufs, de côtelettes, de pommes de terre, de confitures, de biscuits, qu’elle ne nous annonçait même plus, Françoise ajoutait – selon les travaux des champs et des vergers, le fruit de la marée, les hasards du commerce, les politesses des voisins et son propre génie, et si bien que notre menu, comme ces quatre-feuilles qu’on sculptait au XIIIe siècle au portail des cathédrales, reflétait un peu le rythme des saisons et des épisodes de la vie – : une barbue parce que la marchande lui en avait garanti la fraîcheur, une dinde parce qu’elle en avait vu une belle au marché de Roussainville-le-Pin, des cardons à la moelle parce qu’elle ne nous en avait pas encore fait de cette manière-là, un gigot rôti parce que le grand air creuse et qu’il avait bien le temps de descendre d’ici sept heures, des épinards pour changer, des abricots parce que c’était encore une rareté, des groseilles parce que dans quinze jours il n’y en aurait plus, des framboises que M. Swann avait apportées exprès, des cerises, les premières qui vinssent du cerisier du jardin après deux ans qu’il n’en donnait plus, du fromage à la crème que j’aimais bien autrefois, un gâteau aux amandes parce qu’elle les avait commandées la veille, une brioche parce que c’était notre tour de l’offrir. Quand tout cela était fini, composée expressément pour nous, mais dédiée plus spécialement à mon père qui était amateur, une crème au chocolat, inspiration, attention personnelle de Françoise, nous était offerte, fugitive et légère comme une œuvre de circonstance où elle avait mis tout son talent. Celui qui eût refusé d’en goûter en disant : « J’ai fini, je n’ai plus faim », se serait immédiatement ravalé au rang de ces goujats qui, même dans le présent qu’un artiste leur fait de ses œuvres, regardent au poids et à la matière alors que n’y valent que l’intention et la signature. Même en laisser une seule goutte dans le plat eût témoigné de la même impolitesse que se lever avant la fin du morceau au nez du compositeur.

L’icône

Le temps est une fois de plus le régulateur du quotidien. Même si la cuisine révèle ici le savoir-faire de Françoise et son incomparable ingéniosité dans la gestion de l’intendance, c’est bien le mouvement des saisons qui génère l’abondance ou la disette. On sent que le temps des groseilles et celui des framboises occupent le narrateur bien plus encore que les groseilles et les framboises. Françoise instrumentalise les saisons au profit de ses maîtres et c’est probablement cette virtuosité-là qui la rend indispensable.

La représentation sociale

Le jeu de rôle qui détermine l’activité de Françoise est particulièrement subtil. Il s’inscrit dans le cadre strict des codes de bienséance de la haute bourgeoisie et l’intéressée ne déroge jamais aux consignes de civilité qui lui sont imposées. Mais tout en les acceptant avec humilité, au même titre que les compliments qui lui sont prodigués, Françoise assure son emprise sur la maisonnée dans l’espace qui lui est réservé. Volontaire et perfectionniste dans l’accomplissement des tâches ménagères, elle répond à la demande et anticipe les événements. Sa parfaite connaissance des maîtres, elle la cultive et la préserve car c’est bien elle qui lui offre la garantie de rencontrer les besoins – les caprices ? – de chacun. Dans l’espace qui lui est affecté, Françoise apparaît comme « émancipée », maître – ou tyran –, c’est selon, d’une communauté inféodée à la toute-puissance de sa « bonne nature ».

Le travelling

« Françoise ajoutait – selon les travaux des champs et des vergers, le fruit de la marée, les hasards du commerce, les politesses des voisins et son propre génie… »

On observe que l’élaboration du menu est paradoxalement un travail d’équipe. Françoise en est l’intelligente coordinatrice dont « le génie » est reconnu par le narrateur. Toute l’animation du village concourt au bien-être de la maison et si le « hasard » s’invite à la confection des plats, il ne peut s’agir que d’une péripétie. En réalité, légumes, volaille, fruits et fruits de mer apparaissent et disparaissent selon un ordre rigoureux, celui des saisons d’abord, mais aussi celui des mille et une civilités qui régissent les rapports entre voisins et amis.

« Quand tout cela était fini, composée expressément pour nous, mais dédiée plus spécialement à mon père qui était amateur, une crème au chocolat, inspiration, attention personnelle de Françoise, nous était offerte, fugitive et légère comme une œuvre de circonstance où elle avait mis tout son talent. »
L’ attention personnelle de Françoise » est assurément d’ordre diplomatique, mais elle marque aussi un lien fort entre la déférence qu’on atteste et la confiance qu’on honore. On peut également supposer que l’amour immodéré des compliments conforte chez Françoise la plus sûre des motivations. « Fugitive et légère » soulignent la fluidité du mets comme celle de l’intention. On appréciera l’allusion à l’univers de l’art (« œuvre de circonstance » – « talent ») retenue par induction pour associer le mérite de la cuisinière à celui des véritables créateurs.

« Celui qui eût refusé d’en goûter en disant : “J’ai fini, je n’ai plus faim”, se serait immédiatement ravalé au rang de ces goujats… »
La comédie ballet d’un repas ne souffre que la présence d’authentiques gourmets. Pas de place ici pour la réserve ou le refus. Autour du narrateur, on ne trouve que les figurants parfaits d’une œuvre convenue. On peut imaginer que l’excommunication touche aussi sûrement l’inappétence que l’hérésie !


Ce qu'ils en ont dit

On connaît les voyages que Michel Joiret organise sur les traces des grands écrivains. Ceux consacrés à Marcel Proust restent gravés dans le cœur des participants comme des rendez-vous privilégiés avec le grand écrivain, une manière de rencontrer au plus près, au plus intime, ses lieux de vie et ses inspirations.
Michel Joiret, dans ce dernier livre, continue à parcourir la mémoire, très actuelle, de Marcel Proust. L'auteur éclaire avec passion, comme s'il se livrait à la création d'un film d'auteur, tous les personnages clés qui émaillent l'œuvre.
De Françoise, la bonne, présente dès les premières pages de Du côté de chez Swann, à Charles Swann et à Odette, en passant par la Tante Léonie, Monsieur de Charlus et d'autres et puis des lieux que hante encore la grande figure de la Recherche, des chambres et des jardins, musique, sculpture et paysages proustiens, tout ici respire le génie de l'homme de Combray. Michel Joiret a tissé une nouvelle ode au grand écrivain, une méthode pour l'aborder encore et toujours, et c'est une joie que d'en retrouver l'âme intacte au fil d'un temps qui ne se perd pas.
A.-M.H, Nos Lettres


Je suis retourné dans le secondaire, dans mon vieil athénée de Schaerbeek, lorsque j'ai entamé la lecture du livre cependant pas scolaire de Michel Joiret, qui revient sur une de ses remarquables promenades et prospections littéraires (Inédit 122, 134, 229) en conseillant à chacun de Lire Marcel Proust aujourd'hui. Chaque chapitre part d'une longue citation de la Recherche, puis le professeur et inspecteur que fut Joiret se lance dans une analyse fouillée, non seulement du texte mais également du sens, des intentions et du style. Des paragraphes éclairants suivent, intitulés "L'icône", "La représentation sociale", "Le travelling" (histoire de faire un peu de cinéma), "Le zoom" (pour faire moderne) et "Relais et balayage", plus quelques notes particulières à l'occasion, pour préciser encore. C'est prodigieux et me rappelle les exercices que nous faisions avec mon vieux maître Lucien-Paul Thomas ou la regrettée E. Noulet (surtout ne pas dire Emilie, elle ne supportait pas!) À étudier plutôt que lire!
Paul Van Melle, Inédit nouveau n° 238

Inédit 238

À la recherche de la Recherche
Comme on sait, l'œuvre de Proust reste un chantier particulièrement favorable aux travaux d'experts sur la littérature, la langue et la fonction romanesque. Le poète, romancier et essayiste Michel Joiret endosse aussi sa blouse d'enseignant pour fournir des clés utiles pour Lire Marcel Proust aujourd'hui. Et pour aider à y trouver, à I 'école comme pour tout lecteur, des « traces de vie qui deviennent, à qui veut bien les examiner, autant d'outils performants dans la mise en place de la personnalité ». Dépassant ainsi le niveau de la simple esthétique littéraire, l'auteur élabore, au travers de nombreux extraits de la Recherche, une grille de lecture articulée sur plusieurs perspectives. De l'icône, tableau d'ensemble d'un « maître de l'exactitude » qui d'emblée « alerte les opérateurs sensoriels », aux relais et balayage permettant de « traverser les niveaux de lecture qu'une approche initiale aurait occultés ». En passant par la représentation sociale des personnages, le travelling propre « à développer méthodiquement les différents plans de lecture textuelle et mentale » et le zoom qui « accentue la prise en compte du détail (in?)signifiant ». Ainsi, sont passés à ce crible : portraits, activités artistiques et paysages, choisis comme particulièrement représentatifs de l'œuvre. De cette « expression d'une “contemporanéité générale” qui affine, sans jamais en arrêter le mouvement, une meilleure connaissance de soi et du monde ».
Ghislain Cotton, Le Carnet et les Instants n° 160.


"Michel Joiret me paraît allier à un indéniable sens pédagogique cette vertu essentielle : un réel don d’empathie (guère courante) à l’égard de œuvre (immense) sur laquelle il se penche…"
Pierre Mertens

"Sous une élégante couverture, un photomontage (Proust dans un salon) résume fort bien cette étude de portraits et de paysages glanés dans la Recherche. Cet ouvrage qui s'adresse au professeur, à l'étudiant, à l'amoureux de l'univers proustien, nous livre dix-huit extraits accompagnés d'un commentaire aussi personnel qu'original. Plutôt que de vouloir tout dévoiler en plusieurs centaines de pages, l'auteur a préféré le parti-pris d'un choix limité de portraits et de lieux.
Il s'agit, osons le mot, d'une petite révélation de la critique littéraire qui n'est ni universitaire, ni vraiment à portée pédagogique, bien que l'ouvrage vise surtout les jeunes étudiants. Le mérite revient à l'originalité de la méthode. Chaque extrait est commenté à-propos, sans jamais faire savant, en recourant à des angles de vue différents : l'icône, qu'il s'agisse du portrait ou d'un paysage ; la représentation sociale et les référents sociaux ; le travelling, l'analyse en mouvement de l'icône et de sa représentation ; le zoom, l'agrandissement d'un détail ; le balayage (ou les relais) et les corrélats.
L'intérêt de ce guide réside principalement dans le point de vue subjectif revendiqué par l'auteur : réagir aujourd'hui à ce géant des Lettres qui peut paraître à certains figé dans un passé à tout jamais révolu.
(…) Joiret a multiplié notre jouissance dans la chasse aux trésors cachés, aux sensations captives, aux éclats de la mémoire et de l'intelligence proustiens. Ce n'est pas un mince mérite."
Franz Vallé, Reflets Wallonie-Bruxelles n° 23.


Bouton
Retour au catalogue