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Née en 1947 à Passau d’un père russe et d’une mère polonaise, tous deux rescapés des camps,
Isabelle Bielecki
reçoit la nationalité belge en 1963, obtient une licence en traduction puis un diplôme de courtière en assurances, et consacre sa carrière au monde nippon des affaires tout en s’adonnant à sa passion de l’écriture.
Elle a publié deux romans dont le premier,
La maison du Belges, a obtenu le prix des Amis des Bibliothèques de la Ville de Bruxelles, plusieurs pièces de théâtre, des nouvelles et de nombreux recueils de poésie. Elle a créé un nouveau genre de poème court, le stichou, qui fait l’objet de nombreux ateliers d’écriture.


Isabelle Bielecki
Les tulipes du Japon
Photo de couverture et de l'auteur :
© Pierre Moreau

LA MAISON DU BELGE


Roman
Parution 15 février 2021
232 pages
978-2-8070-0270-8 (livre) – 978-2-8070-0271-5 (PDF) – 978-2-8070-0272-2 (EPUB)
18,00 EUR


Après Les mots de Russie et Les tulipes du Japon, La Maison du Belge clôture la reconquête de sa mémoire par Élisabeth, fille d’un couple d’émigrés russo-polonais et personnage central de cette trilogie qui s’échelonne sur plus d’un demi-siècle. Ce troisième volet revient sur l’élaboration du premier. L’auteure livre les coulisses de ce livre qu’elle arrache aux contraintes, tant intérieures – briser l’amnésie, se réapproprier son passé, tenir la promesse faite à son père d’écrire sur lui, sur sa mère, sur leur huis clos de cauchemar – qu’extérieures – exprimer sa nature d’artiste et d’écrivain en dépit des manipulations d’un riche amant narcissique dont elle s’est follement éprise.
Comme l’écrit l’académicienne Myriam Watthee-Delmotte, cet amant, « initialement vampirique, perd son combat contre son imparable concurrent qu’est l’écriture littéraire […] ».



e-book
11,99 EUR
À partir du 15 février



Extrait


Le soir du rendez-vous, l’escalier du théâtre est noir de monde. Agrippée à la rampe, je ne quitte pas des yeux la porte d’entrée. Le temps s’affole. J’hésite. Peut-être vaudrait-il mieux rentrer pour ne pas me retrouver seule sur ces marches, à la première sonnerie ? Mon malaise grandit. Trop de gens montent, me bousculent avec leurs airs mondains, leurs parfums qui s’accrochent à mon manteau. Ce public des premières n’est pas mon monde.
Enfin je le vois. Grand, beau, un trench clair noué à la taille. L’air maussade. Il serre des mains à gauche, à droite. Plein d’hommes viennent à lui. Il salue encore en montant me rejoindre. Arrivé à ma hauteur, il me prend par le bras sans entendre mon timide « salut ! » et me pousse dans la foule. Devant une telle popularité, l’idée me traverse que je n’ai pas saisi toute la portée de mon geste en l’appelant. Sans quitter mes pieds des yeux, par peur de trébucher, je me répète : dans quoi t’es-tu encore fourrée !
La grande salle est bondée. Installée d’une fesse sur un fauteuil, je l’entends derrière moi passer entre les rangs, saluer encore. Une pensée me souffle : ce type n’est pas fait pour toi. Et tout de suite après vient une autre : j’y suis, je me fais plaisir, et puis je disparais.
Durant le premier acte, que je n’entends pas tant je suis tendue, ma manche glisse, par à-coups, sur l’accoudoir, vers la veste de mon voisin. Je mets longtemps à oser la toucher d’un fil. Et rester ainsi, toute moite de bonheur.
À l’entracte, je le suis dans la foule. Collée à lui par peur de le perdre, je sirote mon vin. Pas une fois, il ne m’adresse la parole. Tous viennent à lui et pour tous il a un mot aimable ou drôle alors que j’attends mon tour. En vain. Je suis furieuse.
Au retour, dans le froid, alors qu’il se dirige vers le parking souterrain, j’attaque.
– Vous allez vraiment m’abandonner dans ce quartier pourri où je risque de me faire agresser ? Et d’ailleurs, pourquoi m’avez-vous invitée ? Vous auriez pu me parler ! Vous avez été grossier avec moi.
[…]
– Alors ?
– Mais je ne sais pas, moi, c’est vous qui m’avez invitée ! Faites quelque chose !
– Appelez-moi.




Ce qu'ils en ont dit


*
L'amour chez les seniors
Dans ce troisième tome d’une trilogie qui comporte « Les mots de Russie », évoquant les origines russes de son père, et « Les tulipes du Japon », racontant l’époque où elle travaillait dans une société nippone, Isabelle Bielecki raconte la vie d’Elisabeth, une femme qui lui ressemble étrangement, quand elle est tombée amoureuse d’un homme riche exerçant de nombreux mandats dans la sphère économique et financière bruxelloise. Un soir, en revenant chez elle, elle entre dans le logement de sa voisine et amie décédée, prise de nostalgie, elle lui rappelle la vie qu’elle menait quand elle vivait encore et la vie qu’elle mène maintenant qu’elle n’est plus là pour la soutenir et la conseiller.
La vie d’Elisabeth est bien compliquée, elle a déjà vécu avec deux hommes, elle est mère de famille, elle a la cinquantaine mais elle vit seule, elle n’en peut plus, son corps demande de l’amour et son cœur de l’affection. Elle a besoin d’une présence, il lui faut un homme qui l’aime et la fasse vibrer. Un jour, un bel homme distingué, Ludo, l’accroche, il est riche et puissant, il s’intéresse à elle, Cupidon les réunit, leur histoire commence par de folles étreintes. Désormais la vie d’Elisabeth déborde, elle doit composer avec ses activités professionnelles de plus en plus accaparantes, son irrépressible besoin d’écrire et sa vie amoureuse et mondaine avec Ludo.
Elisabeth sort d’un burn-out et d’une longue période d’amnésie provoqués par un patron nippon très méprisant. Sa vie professionnelle dans cette société a été compliquée, elle l’a racontée dans l’opus précédent. Dans celui-ci, elle parle peu de son emploi si ce n’est pour dire qu’il devient de plus en plus accaparant et qu’il empiète de plus en plus sur le temps qu’elle pourrait consacrer à ses écrits ou réserver à son amant.
Sa vie littéraire est beaucoup plus importante, pour elle c’est une activité nécessaire à sa reconstruction, un devoir envers on père décédé qui lui avait demandé d’écrire ses mémoires pour qu’il puisse donner sa version de ce dont on l’accusait, des relations qu’il aurait eues, pendant la guerre, avec les Allemands alors que lui était encore citoyen russe. Elle n’a pas pu écrire ce texte, elle était trop jeune pour comprendre toutes les révélations qu’on lui proposait d’écrire. Et, depuis, elle culpabilise. Elle s’est lancée dans l’écriture d’un roman pour rendre justice à son père et étouffer cette culpabilité qui l’étouffe. Elle écrit aussi de la poésie et du théâtre qu’elle s’efforce de faire jouer sans grand succès.
Mais, c’est Ludo qui occupe la place principale dans ce livre, Ludo qui la sort dans les premières, l’invite au spectacle et au restaurant, l’emmène en vacances, en week-end, en croisière dans des résidence de luxe. Ludo qui la comble physiquement. Ludo avec qui elle partage de véritables orgies bachiques. Ludo dont elle est le complément parfait. Mais, Ludo qui est aussi un grand manipulateur, lui laissant espérer le mariage sans jamais lui proposer, lui promettant son soutien éditorial sans ne jamais rien faire, lui proposant un prêt dont elle ne verra pas le premier sou, etc…. Ludo qu’elle voudrait quitter mais elle ne le peut pas et il ne le veut pas. Ludo qui vieillit et qui décline irrésistiblement.
Dans ce texte d’une grande densité, écrit comme dans l’urgence, Isabelle embarque le lecteur dans son histoire d’amour qui remonte à la surface son enfance malheureuse avec une mère violente et méprisante. Avec une écriture fébrile, passionnée, une écriture évoquant le tempérament slave avec tous les excès qu’il peut générer : sentiments débordants, réactions impulsives, passions exubérantes, amours subversifs, cuites phénoménales. Elisabeth est sortie de son angoisse et de son amnésie mais elle est tombée sous la coupe de son tempérament et dans les rets de son amant. Son amour peut mourir, sa carrière littéraire peut décoller, sa vie peut prendre un autre tour. Elle se raconte à Marina, son amie décédée qui ne peut, hélas, plus entendre ses confidences et lui proférer des conseils pleins de bon sens et surtout lui demander d’écrire, d’écrire encore et encore…
Débézed, critiqueslibres.com et mesimpressionsdelecture.unblog

*

Il manquait à Isabelle/Elisabeth la publication de « La Maison du Belge » pour alléger sinon guérir les blessures du passé. Une troisième autofiction qui fait suite aux deux précédentes, « Les mots de Russie » et « Les tulipes du Japon ».
Ce livre-ci ressemble à un journal intime, écrit a posteriori : Elisabeth, plongeant au fond de sa mémoire, raconte minutieusement, au présent, le cheminement d’une relation amoureuse qui s’est étirée sur près de dix années, avec ses exaltations, ses doutes, ses désillusions et ses fissures. Une histoire d’amour sensuel intense qui renvoie un peu à la première partie du roman « Les tulipes du Japon » (dont les faits remontent à une quinzaine d’années par rapport au début de cette liaison-ci), sauf que cette fois, l’on a affaire à Ludo, un homme extrêmement manipulateur et qu’Elisabeth se débat dans une situation de dépendance tant affective que physique.
En réalité, le vrai thème de « La Maison du Belge » est celui d’un combat, de plusieurs combats. Combat contre l’emprise asservissante d’un homme dangereux ; combat contre elle-même, entre ce que la raison lui dicte et… le corps qui a ses raisons ; combat contre les fameuses ombres du passé (les manques et les drames de son enfance et de son adolescence, l’écartèlement qu’elle subissait entre ses parents) ; combat encore entre la tentation d’une vie de plaisirs, de luxe, de voyages,  une « vie facile » que Ludo lui offre , et la réalisation de sa profonde et très ancienne aspiration (celle que son amant contrarie sans cesse / celle vers laquelle la poussait son père, dont la voix revient l’habiter et dont la figure se superpose étrangement à celle de Ludo) : l’écriture.
L’un des intérêts de ce roman, c’est d’ailleurs de pénétrer les coulisses de la rédaction et de la publication du premier récit de la trilogie, « Les mots de Russie ».
Elisabeth s’est en fait vite rendu compte (tout en le refoulant) de la personnalité pernicieuse de son amant. Ludo ne lui avait-t-il d’ailleurs pas déclaré lui-même, dès le début de leur relation, « Tu n’as pas à m’envahir. Je suis un solitaire. Je n’ai pas l’intention de te faire souffrir, mais je pourrais ». Pourquoi est-elle restée si longtemps avec cet homme, jusqu’à espérer l’épouser, comment a-t-elle accepté d’être le jouet de manœuvres qui cherchaient à broyer sa personnalité à elle ? Parce qu’elle était devenue dépendante de cette relation douce-toxique. Parce que malgré tout elle l’a réellement aimé presque jusqu’au bout et a voulu le soutenir le plus possible quand il l’a fallu.  Mais cela n’explique pas tout.
Au fond l’on a l’impression d’assister à un jeu d’échecs, à un véritable rapport de force. Les mots victoire/gagner/revanche reviennent souvent. Car si Ludo la manipule, se sert d’elle, s’il souffle le chaud et le froid pour mieux se l’attacher et la retenir, Elisabeth sait aussi ce qu’elle veut. Elle veut écrire et elle veut le succès, elle veut que ses pièces soient jouées, elle veut une reconnaissance, elle veut que soient publiés « Les mots de Russie ». Elle veut se libérer du poids du passé. Elle est partagée entre l’espoir que son amant pourrait l’aider et son ambition d’y arriver par elle-même.
« En une fraction de seconde, toute ma vie défile devant moi, la misère, les fugues, les coups, les humiliations, le rejet, les affres de l’écriture pendant des années. Et voilà que je me retrouve aux pieds d’un homme qui me promet la gloire ».
Elisabeth se sentait prisonnière de sa relation, mais elle était lucide. Même si elle se réfugiait dans une sorte de déni, elle entendait les réticences et les mises en garde faites par Marina, son amie complice et confidente. Aujourd’hui, les mots de cette dernière prennent leur vraie résonance dans l’esprit d’Elisabeth. L’on notera à ce propos la construction subtile du roman. C’est dans l’appartement de Marina récemment décédée que les souvenirs d’Elisabeth ressurgissent un à un, qu’ils sont écrits comme dans l’instant, au présent. Le dialogue intime qui se noue entre elle et la disparue, fil conducteur du roman, constitue pour Elisabeth le prétexte du retour sur elle-même et aux allers-retours dans le passé.
Comme les livres précédents d’Isabelle, celui-ci est le livre de la lutte d’une femme qui toujours tient bon et avance en dépit de tout, prête à payer cher le prix de sa liberté. Liberté par rapport à ses fantômes, liberté d’aimer et de désaimer, d’écrire, d’être enfin elle-même. Libre d’être apaisée, sans remords.
Et la Maison du Belge, dans tout ça ? Parmi les nombreux séjours en compagnie de Ludo en des lieux enchanteurs, Elisabeth eut un coup de cœur pour une résidence secondaire de son amant située dans le sud de la France, « vieille maison sur la colline, ses tuiles rouges à remplacer et sa demi-douzaine de portes qui toutes laissaient passer les courants d’air » qui correspondait à l’idée qu’elle se faisait d’une datcha russe. « (…) un symbole. La cristallisation de mes espoirs de faire partie d’une maison. Une famille qui m’accepterait telle que je suis. Avec ma marotte d’écrivain ». Un autre mirage…
Martine Rouhart, Reflets Wallonie-Bruxelles.


*
Sous son emprise
Poétesse, nouvelliste, dramaturge, Isabelle Bielecki est aussi romancière et elle a obtenu le Prix des amis des bibliothèques de Bruxelles pour Les mots de Russie, paru en 2005. Largement nourri de son expérience personnelle, La maison du Belge, son nouvel opus, revient précisément sur les conditions dans lesquelles a été écrit ce roman primé.
L’essentiel du récit s’articule sur l’activité littéraire et surtout sur la relation d’Elisabeth, personnage central et double de papier, avec Ludo, un homme plus âgé qu’elle dont le charme l’a conquise. Elisabeth n’a pas fait de l’écriture son activité professionnelle principale. De formation économique, elle exerce un métier lucratif dans une société où elle côtoie avec assurance les chiffres alors que tout en elle la porte vers les mots, même si le doute s’empare d’elle dès qu’il est question de sa reconnaissance comme écrivaine. Ludo est un homme d’affaires aux activités nébuleuses, une forme de passion les unit, entrecoupée d’absences de cet homme qui sait se faire désirer et qui se montre tantôt distant, tantôt pressant. Il aime afficher son aisance matérielle, multipliant les invitations de dernière minute au restaurant, les séjours à l’hôtel, les voyages de rêve. Sa relation avec Elisabeth est placée sous le signe de l’inégalité qu’il ne manque pas d’entretenir sournoisement par ces cadeaux. Le pouvoir qu’il prend sur elle passe aussi par l’entremise qu’il prétend assurer auprès des acteurs culturels dont il est le mécène. Mais il est absent aux premières de ses pièces de théâtre ou vit mal toute mise en avant de sa compagne. Il faut cependant constater que ses promesses rarement suivies d’effets ont surtout pour résultat de maintenir Elizabeth dans une attente perpétuelle propice à alimenter ses doutes. D’autant que Ludo, tout en la traitant comme une princesse intermittente, passe rapidement de la séduction aux propos condescendants. Il n’en faut pas plus pour ajouter au malaise de sa compagne que taraude un passé avec lequel elle a encore des comptes à régler. Les quelques amies auxquelles elle se confie la mettent en garde, l’incitant à prendre ses distances vis-à-vis de cet homme qui souffle le chaud et le froid.
Isabelle Bielecki a consigné les étapes de cette relation toxique en séquences successives qui permettent de bien suivre le parcours d’Elizabeth. Elle parvient à nous faire partager la vie en dents de scie d’une femme sous dépendance, confrontée à sa propre solitude, portée par les bons moments avec Ludo, détruite par d’autres, pointant son incapacité à lui opposer un refus lorsqu’il l’invite brusquement après une longue absence, selon son bon vouloir, l’obligeant à lâcher l’écriture.  Portée par l’amitié désintéressée, par l’écriture et par la vie professionnelle qu’elle a maintenue envers et contre tout, Elizabeth se fortifie peu à peu et part à la reconquête de la vie.
Il n’est guère aisé d’expliquer les rouages minuscules de la maltraitance psychologique et c’est le mérite certain de ce roman qui contribue assurément à en comprendre les mécanismes pervers. Il met aussi utilement en lumière la fragilité du ressort qui permet à des femmes et à des hommes de prendre la plume, de peaufiner un texte et, un jour, de soumettre leur œuvre au regard des autres.  Dans ce parcours incertain,  la bienveillance des conjoints et amis est souvent déterminante comme le confirment les dédicaces et remerciements dont sont assorties la plupart des œuvres, même lorsqu’elles sont signées des plus grands noms de la littérature.
Thierry Detienne, le Carnet et les Instants
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Nous avions interviewé déjà Isabelle Bielecki au moment de la publication d’un recueil de poèmes (Les jalousies d’Aphrodite, un recueil dont Éric Brogniet a magnifiquement analysé la puissance d’évocation : «  des poèmes maîtrisés, aboutis, évocateurs et célébrant les noces du sensible, du violent et du bel amour ! ») paru peu après le premier tome de ce qui est aujourd’hui un triptyque romanesque achevé. Les mots de Russie ouvraient ce cycle autobiographique, dont l’écriture romanesque permettait à l’auteure d’explorer les origines et de répondre à une promesse ancienne faite au père de la romancière-protagoniste romanesque. Le personnage de cette autofiction, Élisabeth, apparaîtra ensuite dans le deuxième volume du cycle dont le titre Les tulipes du Japon évoque un des jalons de la vie « civile » de l’auteure. Il restait à écrire la victoire de l’écriture, c’est-à-dire la réappropriation de l’identité et de la mémoire : c’est chose faite avec La maison du Belge, un roman dont les miroirs multiples reflètent à la fois les protagonistes de ces décennies de combat, mais aussi les lumières dont certains balisent un cheminement créatif d’un courage et d’une obstination hors du commun, l’écriture comme seule voie de salut. Naguère et aujourd’hui.
Il y a aussi, en la personne d’une mère de substitution, Marina, une des belles figures de « tutrices de résilience » dont la littérature nous donne parfois d’émouvantes figures. Le roman s’ouvre sur son évocation et s’achève sur les mots que lui attribue, à son décès, la narratrice : « Surtout continue d’écrire, Élisabeth ! »
À lire ce roman, on décèle aussi les différentes écritures auxquelles Isabelle Bielecki s’est depuis toujours consacrée en plus de la fiction romanesque : le théâtre et la poésie. Sans doute y a-t-il dans ces deux genres le sillage souterrain de la langue originelle, le russe. Peut-être est-ce de là aussi que sont venues les constructions poétiques singulières dont la poète a littéralement créé le genre : les stichous.
Le roman La maison du Belge est paru aux Éditions M.E.O. et vient ainsi enrichir le catalogue de cette maison créée et dirigée avec une infatigable énergie par le romancier Gérard Adam, dont on ne dira jamais assez la générosité et l’attention à l’œuvre « des autres ». Nous l’avons interviewé à plusieurs reprises, que ce soit en tant que romancier ou éditeur. Le livre est précédé d’une préface éclairante de Myriam Watthee-Delmotte. Académicienne, auteure (ne citons que le mémorable livret de l’opéra Verlaine au secret) et essayiste littéraire (spécialiste de Henri Bauchau, elle est l’auteure d’un récent essai bouleversant – Dépasser la mort, paru chez Actes Sud – qui décrit en quoi, sur le chemin escarpé et solitaire du deuil, l’expérience littéraire permet de « réélaborer du sens face à la mort de l’un des siens »). Myriam Watthee-Delmotte scrute ici la force de l’écriture littéraire dans les combats pour l’identité.

Jean Jauniaux, L’ivresse des livres.





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