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Claire Anne Magnès
a publié cinq recueils de poèmes entre 1975 et 1984. Elle s’est ensuite tournée vers la traduction et la critique littéraire. Rédactrice d’une revue culturelle pendant seize ans, elle poursuit sa collaboration à la presse périodique avec des articles de langue et de littérature, dont une chronique régulière de théâtre.


Claire Anne Magnès

La maison des horloges
Sculpture en couverture (et sa photo)
© Axel Cassel
"Femme fumée"

La maison des horloges

Poésie, 2014

88 pages
ISBN 978-2-930702-91-9
13 EUR


La maison des horloges groupe cinq suites de poèmes en vers ou en prose qui s’échelonnent sur une trentaine d’années.
La substance de ces pages ? Des lieux qui ont marqué l’auteure par leurs couleurs, leurs lignes, leur histoire. Le souvenir – la présence – d’êtres proches et aimés. Un regard sur soi. La vie intérieure. L’amour partagé.



EXTRAIT


la maison des horloges

« Aimée, dit-il, me crois-tu ? jamais je n’ai été aussi heureux. »

Alors, affirme la chronique, la nuit devint marée dévorante, océan où s’engloutir. Les murailles s’effondrèrent à l’instant du triomphe des cuivres. Des vols d’oiseaux fracassèrent les pierres : la comète traversait l’espace.

Rien de cela ne fut.

Les cœurs battaient. Je–rythme–ton–silence–Tu–mesures–mon–souffle.
Dans la maison luisaient les lampes.

de grands feux brûlaient entre les pages
la petite femme de papier collectait de la cendre blanche
pour ses moissons à venir

Reflets–velours. Lumière d’acajou. Tu poses le pied sur des fleurs de laine.

Les cœurs luisaient. (Je brille de l’éclat de tes yeux.)
Le temps battait dans la maison.

le petit homme des horloges
vérifiait les cadrans
sans cesser de parler

Belle belle nuit tendre. Parchemin papyrus de tes mots. Des voyages. Et le vase flammé que j’enserre en mes paumes.

Maison des lampes adoucies. Sur bois poli, les mains se posent.
Pause. J’attends.
Je n’attends plus. La barque des amants fait route vers Cythère, vogue entre berges de livres.

« Jamais un tel bonheur... »
Balancier de laiton pour scander tes paroles.

Reflets-miroirs. La clarté les anime. La caresse et son double.

Dans la maison frémissaient les pendules. La nuit tintait à chaque demi-heure.
Des corolles de papier blanc s’ouvraient sans bruit.
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CE QU'ILS EN ONT DIT


L’inattendue maison
L’on entre avec respect dans « la maison de la nuit » qu’est «  la maison des horloges ».
« Les aiguilles y tournent vers la gauche », vers l’immortelle  union des cœurs.
« La nuit tinte à chaque demi-heure », en accord avec les « voix  dans la pénombre ».
« Échanges » sous la « douce clarté des lampes ».
Clarté d’autant plus douce que l’automne et l’hiver sont dehors.
Hommage au tendre compagnon disparu, « pour que s’écrive (son)  parcours ».
Évocations colorées des voyages vécus avec lui ; intérieurs : « entre berges de livres » ; extérieurs : en Inde, au Mexique –  entre autres continents.
Ensuite, la progressive solitude réveillera de plus lointains  souvenirs, d’enfance et de jeunesse, quand « le soleil ne riait  qu’en oblique » et que « contre la vitre / des branches noires /  écrivaient janvier sur le ciel ».
Si alors « le temps de la mémoire commençait », il prendrait  après « des années de silence » un autre cours…
Celui d’une « envie d’écrire », « inattendue », qui nous  offre aujourd’hui cette maison du jour.

Monique Thomassettie, AREAW



*

LE RETOUR DE CLAIRE ANNE MAGNES A LA POESIE

Trente années sans publications poétiques, est-ce simplement possible pour une voix qui s'était exprimée de 1975 à 1984, au travers de plusieurs recueils dont les fêtés "Enclos" (Prix de littérature de la ville de Bruxelles) ?
Voilà le retour de Claire Anne Magnès, davantage connue comme essayiste (un beau dossier L consacré à William Cliff, réécrit plusieurs fois pour coller à la réalité éditoriale) , comme rédactrice en chef de "Francophonie Vivante" durant de longues années, comme critique de roman et de théâtre entre autres à La Revue Générale.
Et donc "La maison des horloges", qui rejoint une flopée de bons livres de poésie dans la même collection de Monique Thomassettie : Pierre Coran, Piet Lincken, Luc Baba, Daniel Simon, Xavier Forget, Jean-Louis Massot, Tomislav Dretar...
Voici donc trente années de poésie, exhumée des tiroirs de l'auteur, mis à part quelques textes parus (entre autres un beau poème sur fond de tsunami, sur cartes postales à l'effigie de l'AEB) en revues, pour notre plus grand plaisir de lecture.
Ce septième recueil (et le mot a tout son sens, qui collationne cinq suites de poèmes) , qui prend titre de la première série de textes poétiques – La maison des horloges –, illustré de trois sculptures  d'Axel Cassel (Femme fumée, Maison et volutes, Chrysalide du feu), est une exploration attentive et sensitive des lieux traversés. Certes, ceux de l'enfance, humée, regardée, donnée à voir, à saisir, dans les images de neige et de temps, comme s'il fallait, à la manière proustienne, retenir et revenir sans cesse à cette "mémoire heureuse" et "vivre au passé composé" pour en dévoiler toutes les teneurs, le tissage de sensations élémentaires (au sens bachelardien). Le coeur de la maison bat, celui de l'horloge, qui rythme "lumière et ombre", qui renaît en ces pages tremblantes, mais si sûres dans leur diction :
"Avec toi la première neige.
Tu t'en souviens?  De la fenêtre haut perchée, je voyais voleter
des plumes sous les lampes"
"Une enfance d'autrefois y parle à voix basse"
Les amitiés, les oublis, les blessures s'égrènent au fil de ces poèmes versifiés, libres comme les sens qui les portent : regard, blancheur, sensations de pluie et d'eau, pulsations, cribles des sens.
"Couple étrange
l'inquiétude et le bonheur
D'aussi loin que je regarde
je les vois
imbriqués noués tressés
indissociables"
La vie "crayonnée/ dans les marges des cahiers/ d'histoire" coule, fluide, heureuse, grave, dans un lyrisme de perception phénoménologique des lieux prospectés : "sur la vitre une buée", "langue de sève et de feuilles/ salive de menthe", "odeurs de la nuit", "le terreau noir/ offre son haleine", "me voici/ derrière la vitre/ coeur impair"...
Le livre dessine ses enjeux fondamentaux : porter regard sur ce monde enf(o)ui et en donner à lire les vignettes de sens, "poème réseau/ au jardin de mon automne", dit l'auteur si délicatement, portée par l'âge et ses vives ferveurs. Oui,  il y aura toujours "la promesse/ des coteaux peignés". Oui, elle peut encore "se remet(tre)/ à la lenteur".
Chez Claire Anne Magnès, l'eau imprègne jusqu'au moindre texte et la clôture estonienne ne déroge guère à cette loi bachelardienne des fondamentaux qui s'inscrivent en nous :
"Douce la pluie de septembre
compagne de mes parcours
dans une ville qui se grave en moi".
Du livre qui, tout à la fois console de ce qu'une mélancolie douce peut y ciseler de fort et de ténu et rameute les images essentielles d'une enfance relue, on garde comme un parfum de vérité profonde qu'inscrit l'écriture, ferme, vive, imagée, à la rythmique dense du coeur.

Philippe Leuckx.


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Très beau recueil de poésies,sensible,tendre,parfois nostalgique,jamais triste,des éclairs de joie fusent et réchauffent le cœur.La nature est aussi souvent présente.

Rouhart, Babelio




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Voici une poésie d’une diffuse sensualité. Poèmes tendres et délicats, polis et lisses comme les galets blancs. Poèmes horizontaux et verticaux d’une douceur mélancolique, mais qui ne se complaît point, cependant, en elle-même, par un demeurant de pudeur chaste (mais ne dit-on pas que la chasteté est le comble de la sensualité), par un art achevé de suggérer bien plutôt que de montrer, et qui est le fond de la leçon de Mallarmé. Ne dirait-on point des notes de piano que l'on touche du bout des doigts, de deux doigts seulement ?
« Lèvres à lèvres
et tituber
quand se rompt l’équilibre ».
Les amoureux se remémoreront le vertige d'un émoi qui est toujours premier quand on l'éprouve. Tout est dans le sous-entendu, et les tableaux qui s’offrent embaument l’odeur de l'amour ; mais odeur de lilas, si légère, si volatile, qu'il faut admirer l'art du poète, de donner à Eros une élégance retenue.
Ce recueil se partage en cinq chants d'un même raffinement et de mots et de pensées. « Belle belle nuit tendre. /  Parchemin papyrus de tes mots. / Des voyages. / Et le vase flammé que j'enserre en mes paumes ».
Le poète est à la recherche du temps écoulé. A moins que ce ne soit le paradis perdu ? La jeunesse ? Sa jeunesse. Elle évoque la maison du silence habité par le tic-tac de l'horloge ; les escaliers qui mènent à la chambre d'innocence et les tentatives éthérées ; l’atmosphère de promesses, dont on ne sait si elles furent tenues. Les débuts sont toujours incertains. L'on espère et l'on redoute en même temps le moment décisif. « Tes mains sur moi. Jambes jointes, nous entrons dans le silence ». Décors de livres, maison de papier, vie que l'on a rêvée, souvenirs effilochés. Poèmes d'amour que l'on murmure, que l'on rumine quand « la pluie étreint le coeur ».
Ce très beau recueil se termine par une « suite estonienne », notes de voyages sobres, dépouillées, révélant les jouissances esthétiques d'une voyageuse artiste. « La maison des horloges » est un livre qui fait honneur à Claire Anne Magnès, connue par ailleurs comme traductrice et critique dramatique.

Marcel DETIEGE, Publivire



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Ce recueil est constitué de 5 suites de poèmes en vers ou en prose qui s’échelonnent sur une trentaine d’années. L’auteure y évoque des lieux qui lui sont chers et ont su faire battre son cœur au rythme de l’ombre et de la lumière (La nuit gagne le jardin/à l’ouest le ciel est rouge/il fera beau demain/je te le dirai dans l’herbe). Par ailleurs, ce livre réveille aussi en nous les gestes simples propres à l’enfance et nous invite à un retour vers l’essentiel ; à savoir, les éléments naturels, les émotions subtiles et l’éternité un instant suspendue…

Si peu de jours/ Et telle résonance/ L’ampleur d’un chant que j’écoute grandir : musique de la joie à la courbe des hanches

Ici, à l’image de l’eau (l’écriture est une main tendue avec des mots dans la paume comme une eau à partager par-delà l’aridité du monde/Michel A.Thérien), la vie s’écoule fluide, heureuse, et tisse à foison une joie de plusieurs mondes. Et même si un parfum de nostalgie plane sur l’ensemble du recueil, l’auteure n’a de cesse d’approcher le monde dans sa dimension merveilleuse et secrète et nous dit en substance, qu’il n’y a que l’amour qui la fasse respirer un peu.

Les yeux fermés je te retrouve/ Et dérive avec toi dans l’espace du temps

Bref, ces poèmes tendres et délicats célèbrent avec ferveur notre présence au monde et construisent une ligne d’évasion qui, à force de sursaut, s’éloigne de l’ombre des secondes ; en effet, chaque texte semble ici remonter vers la source d’une vérité qui ne s’approche que par une transe et ne tire son plein épanouissement que de l’amour ; mieux, chaque texte semble incarner une vie qui n’aime que dans la joie juvénile et ne fait que rire dans un jardin allumé d’averses fraîches, de rires enfantins et d’un printemps jamais éteint. Après 30 ans de silence poétique, Claire-Anne Magnès signe ici un recueil admirable qui porte haut le réflexe de vivre à tout rompre voire de fabriquer contre la mort des morceaux de temps encore vivants.

Elle dit / je veux laver la maison / Que l’eau danse sur les dalles/que le vent balaie/moisissures et poisons/que le feu tire la langue / irrespectueux / des regrets empoussiérés / Elle parle je l’écoute/aux siens je mêle mes mots / Que le terreau noir / offre son haleine/vivante et profonde/aux bulbes que j’ai plantés / Femme obscure femme claire / devant la fenêtre/à s’emplir / de ciel transparent

©Pierre Schroven, Traversées



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… c'est un plaisir de bavarder avec une personne aussi ouverte à notre monde en lente décomposition et désordre fou avant qu'il se remette, bientôt j'espère, en équilibre stable. On sent d'ailleurs cette espérance lorsqu'elle quitte le descriptif pour se montrer comme elle souhaite être dans un univers que j'aimerais qualifier de total, où les différences, si artificielles, n'existeront plus que dans des convictions et régimes dépassés: « Comme un fleuve / je voudrais / m'ouvrir au large ». Même si c'est un souvenir d'enfance, j'eusse aimé un titre correspondant mieux à sa vision (ou ses visions) d'aujourd'hui. Et à sa façon d'écrire : « User de phrases brèves par besoin de lenteur »

Paul Van Melle, Inédit nouveau


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Claire Anne Magnès, horlogère dans la « Maison des lampes adoucies »

« Belle belle nuit tendre. Parchemin papyrus de tes mots. Des voyages. Et le vase flammé que j'enserre en mes paumes »

La maison des horloges est un chuchotement délicieux. N'y logent que des souvenirs de qualité... Claire Anne Magnès prend le lecteur par la main et l'invite à parcourir les pièces du passé. Un inventaire simple et voluptueux féconde le temps, les gâteaux, les pâtés de sable, les cachettes secrètes, les comptines... Le poète connote avec pudeur et délicatesse le bonheur incroyable d'avoir vécu et senti ce qui lui était offert, et l'émotion, tapie au creux des mots, atteste la réalité de l'objet ou de l'image. Mais la demeure n'est pas seulement une boîte à souvenirs, elle est aussi le complément d'un binôme. L'autre y est présent et parcourt en silence les allées du temps : « Tu demeures près d'ici / le même vent nous frôle / la même pluie nous lave / ce coin de terre est le nôtre ». Mais c'est bien « Elle », la fée d'un logis fabuleux, qui observe la traversée des saisons et s'identifie au mouvement des jours : « Chaque automne / nous vieillissons l'arbre et moi / mais il retrouve au printemps / ses frissons de feuilles neuves / ses chenilles au cœur rouge... » Toujours à la lisière de la tristesse mais jamais complaisante dans sa gestion de la « perte », le poète se montre surtout sensible à la magnificence des lieux qui l'abritent et l'habitent avec une telle énergie : « Le regard s'imprègne / du feuillage des trembles / de la blancheur verticale des bouleaux / Silence... » Le dernier décisif – et peut-être l'ultime – qui pourrait annoncer la fin d'un cycle, ne sera donc, comme « l'aphasie », que la posture essentielle de l'attente, rien d'autre que le lent déroulement d'une bobine secrète et capiteuse. Claire Anne Magnès vit  – et survit  – en parfaite intelligence avec la nature complice, mais aussi avec elle-même qui n'en finit pas de consigner les traces signifiantes d'une époque révolue. Tout dans le frémissement, tout dans l'émerveillement, tout dans le passage... La maison des horloges est décidément un bâti somptueux où la poésie a pris ses quartiers d'hiver. Comme à travers une vitre, l'ordre discret des saisons s'y invite pour un temps de réflexion et de quiétude. Un livre rare, d'un toucher délicat et d'une profuse humanité.

Michel Joiret, le Non-Dit



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Profondément émue par plusieurs des poèmes de Claire Anne Magnés dans son recueil La maison des horloges, les poèmes d'amour surtout, si beaux, si simples, si vrais, et qui surprennent venant d'un écrivain avant tout connue comme artisan de la langue et que l'on découvre femme douceur, authentique et délicat poète.

France Bastia, La Revue Générale.




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En épigraphe à ce recueil (à la couverture très joliment illustrée de la sculpture Femme fumée d'Axel Cassel) : au petit homme des horloges / dont le cœur continue de battre / dans le mien. Et une citation de Caroline Lamarche : deux horloges à secrets / qui sonnent toujours ensemble. Livre de fusion, livre d'hommage.
Osons-nous le dire ? Il y a longtemps qu'un recueil de poèmes ne nous avait autant touchée. Parce qu'il y est question avant tout d'amour (fusionnel), de mots (très chers), de livres (partout) et d'une maison abritant tout ce qui précède, amours que nous partageons avec l'auteur poète ? Peut-être... Mais aussi et surtout parce que les poèmes pour chanter tout cela – ou pleurer leur disparition – sont d'une exceptionnelle beauté. À commencer par celui qui donne son titre à la fois à la première partie du livre et au recueil entier La maison des horloges :
(...) Les cœurs battaient. Je-rythme-ton-silence-Tu-mesures-mon-souffle. / Dans la maison luisaient les lampes. (...)                   .
Belle belle nuit tendre. Parchemin papyrus de tes mots. Des voyages. Et le vase flammé que j'enserre en mes paumes.
Maison des lampes adoucies. Sur bois poli, les mains se posent. Pause. J'attends. / Je n'attends plus. La barque des amants fait route vers Cythère, vogue entre berges de livres. / « Jamais un tel bonheur... » / Balancier de laiton pour scander tes paroles. / Reflets-miroirs. La clarté les anime. La caresse et son double. / Dans la maison frémissaient les pendules. La nuit tintait à chaque demi-heure. /Des corolles de papier blanc s'ouvraient sans bruit.
Et, au fil des poèmes qui suivent, les uns évoquant l'enfance ou la jeunesse, d'autres des voyages, que d'images heureuses dans les souvenirs rappelés !
Quel lexique consignera le jus noir des lacets de réglisse, les pas furtifs de Mohicans sur les sentiers du jeudi ? / La nuit se penche sur tes pages. Les petites filles ont sommeil. Je les entends qui rient dans l'armoire. Des épis barbus grimpent sous leurs manches, (le cours des mots)
Maison d'où s'envoler. Départs esquissés sous les lampes. Redessinés en matin de soleil, porte ouverte sur le jardin. / Les r des verbes au futur dégringolaient les marches et fleurissaient dans l'herbe. (les modes et les temps)
Petit homme des horloges / nos cœurs battaient ensemble / le destin nous offrait / une telle connivence
La cadence s'est rompue / les balanciers résonnent / en maisons inconnues / leur chant ne nous atteint plus (...)
La nuit gagne le jardin / à l'ouest le ciel est rouge / il fera beau demain /je te le dirai dans l'herbe (poème du cœur boiteux).
On nous pardonnera autant de citations. Mais comment y résister ?

France Bastia, La Revue Générale

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De Claire Anne Magnès, je ne connaissais qu'un lointain recueil, « Forer ce silence » (1975).
En mémoire, j'avais gardé deux vers limpides :
Et les velours noirs se déroulent
dans l'or des brumes frémissantes
Avec « La maison des horloges », elle prouve que la création poétique réside impérativement dans un sentiment de vie. Très heureusement, son imaginaire est dépourvu de pittoresque, d'où sa pureté. Celle de la nature omniprésente. Le langage direct de Claire Anne Magnès, dépourvu d'ornements inutiles, dénote une constante envie d'écrire:
Livres, papiers, brochures, à tous les étages
En filigrane demeure un regret de l'enfance et, du Brabant Wallon à l'Océan Indien, l'amour vécu :
Je te porte dans mon sang
tu vibres sous ma peau
je te donne mon souffle
tu me souris au-dedans
Un tel langage illustre une lueur d'espoir dans un siècle à la dérive.

Marc Danval, Revue de la Presse périodique.



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« Mes mots ne font pas de bruit, ils ne pèsent guère. » Je pense que Claire Anne Magnés veut parler de légèreté car ses mots, s'ils ne pèsent pas, ont une résonance heureuse dans nos mémoires. C.-A. Magnès recrée plus qu'elle ne décrit en des images somptueuses et neuves cette maison des horloges, les instants et les jours qu'elle sait magnifier d'une tendre nostalgie. Elle évoque des fleurs, des arbres, des oiseaux, des campagnes et de voyages lointains avec la douceur et la magnificence que l'on retrouve parfois en rêve. On se laisse prendre au charme de cette écriture chatoyante qui ne hausse jamais le ton mais qui s'insinue lentement en vous comme une liqueur.

Maurice Cury, Les cahiers du sens



*
Ces poèmes de forme libre, parfois longs, découpés en lignes courtes, nous invitent à une exploration très vivante du temps présent dans sa quotidienneté et à celle d’une enfance heureuse. Ils se déroulent dans l’espace, outre le sien propre, de quelques pays visités par la poète, de l’Inde du Tamil Nadu à l’Afrique de Gorée et surtout en dernière partie de l’Estonie. Nous nommes surtout plongés jouissivement dans l’espace quotidien, sensuel, d’une femme épanouie – « musique de la joie à la courbe des hanches » et dans la sensorialité d’une connivence, encore imprégnée d’enfance, avec « le pouvoir du feu », « l’odeur des aromates », « les odeurs de la nuit », « le gel la blancheur / le silence des villages / ponctués de géraniums /des sous-bois / qu’éclabousse le soleil » ; même s’ « Il faut conjuguer / la lumière et l’ombre » de ce « Couple étrange/ l’inquiétude et le bonheur ».
Un hymne à la vie, à « la tendresse quotidienne » - dit avec des mots simples – « je les voudrais dépouillés ».


Michèle Duclos, Poésie Première.




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« User de phrases brèves /par besoin de lenteur : /des années de silence / demandent / la respiration des césures.
Plusieurs textes intégrés dans les suites poétiques qui composent le recueil de Claire Anne Magnès proposent un art poétique et quelquefois aussi un art de vivre. Les cinq vers cités ici décrivent, pour leur part, à la fois les années de silence et le style de l'auteur. Le silence : trente ans se sont, en effet, écoulés depuis la parution du dernier recueil de Claire Anne Magnès, Les enclos. Durant ces années, l'écrivaine s'est consacrée à d'autres genres, l'essai, la critique de roman et de théâtre et la direction de revue. Non qu'elle ait délaissé les poèmes, ce recueil en témoigne, mais du moins leur parution. Phrases brèves, d'autre part, respirantes, ponctuées de césures abondantes, telle est en effet la façon
Magneès.
Lisons encore : Un croquis / pour œuvre achevée / Quel regard /parler sur cela / et qu'offrir / au papier / au rectangle de l'écran / qui ne soit /parole ténue / mince comme fil d'épeire / poème réseau / au jardin de mon automne.
On ne peut mieux dire comment se déploie La maison des horloges : de poème en poème, une voix modeste, ténue, faussement fragile tisse entre passé et présent un réseau souvent empreint de nostalgie, parfois de révolte. Il y a dans ce recueil la fluidité et la douceur d'une voix, et l'on pourrait aisément se laisser porter par son harmonie apparemment sans heurt. Souvenirs d'enfance dans la pénombre et le chuchotis, mémoire des premières lectures, des émois juvéniles, tout semble recouvert de cette atténuation que confère le temps et tout se passe d'ailleurs « sous » : sous les lampes, sous le dôme, sous le ciel de la nuit… Mais la mort visite les hommes et les pages : celle du compagnon aimé, celle des victimes d'un tsunami… La douceur est rayée, il lui arrive de s'effriter, même si un profond désir de paix, d'équilibre et même de légèreté traverse et domine l'ensemble des textes.

Geneviève Bergé, Le Journal des Poètes.





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