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Évelyne Guzy
vit à Bruxelles. Après des études de journalisme et une agrégation – complétées plus tard par une formation à la recherche –, elle consacre l’essentiel de sa carrière à l’écriture et à la communication : auteur de brochures d’information sur des thèmes d’intérêt citoyen, éditrice, ghost writer à l’occasion, coach en écriture et en communication. Elle a assuré une chronique littéraire consacrée aux écrivains belges sur BXFM 104.3 et collabore à la revue littéraire Marginales.
La Malédiction des Mots est son cinquième livre.
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Évelyne Guzy

La malédiction des mots
Tableau de couverture
Felix Nussbaum, 1944,
Selstporträt im Versteck
© Deutsches Historisches Museum/ A. Psille
Photo de l'auteure
© Lara Herbinia

LA MALÉDITION DES MOTS

Roman, 2021
236 pages
ISBN : 978-2-8070-0261-6 (livre) – 978-2-8070-0262-3 (PDF) – 978-2-8070-0263-0 (EPUB)
18,00 EUR


Et si le silence se révélait un cadeau ? C’est la question que se pose Eva lorsqu’elle entame une enquête sur la vie de ceux qui ne sont plus là pour parler.
Icek, le survivant. Terne et laid, le grand-père paternel d’Eva semblait sans histoire. Un immigré juif venu de Pologne dans les années 30, comme bien d’autres. Jusqu’au jour où Eva pense découvrir son passé communiste. Qui était vraiment Icek ?
Groïnim, l’enfant d’Icek, le père d’Eva. Peu avant de mourir, il lui a légué une vidéo qui témoigne de son passé de guerre. Mais, à l’analyse, tout ne colle pas… Où se situe la vérité alors que l’enfance cachée de Groïnim lui a appris la dissimulation ?
Doniek, le résistant, grand-père maternel d’Eva. Figure importante de la lutte armée belge, dirigeant sioniste respecté et fervent anticommuniste, Doniek a vécu une descente aux enfers lorsqu’un historien a mis en cause son action. Qui a tort, qui a raison ?
Au carrefour des vies du Survivant, de l’Enfant et du Résistant, Eva se saisit de sa propre existence et se forge un destin choisi, dans l’amour des silences du passé.



e-book
11,99 EUR
À partir du 15 février




Extrait


J’ai longtemps cru que je ne te raconterais jamais. Je suis mort sans te raconter. Et aujourd’hui, face à toute cette agitation, face à ton agitation, j’en ai finalement ressenti le besoin. Je te le dis tout de suite : je ne suis pas sûr de bien agir. Et alors que tes doigts s’emballent sur le clavier sous ma dictée, je ne sais pas encore si j’arriverai à reconstituer avec toi ce récit. Le récit de ma vie, penses-tu. Mais ai-je eu une vie ? Je suis de ceux que leur ombre a toujours précédés et qui auraient voulu s’y noyer. Des anonymes, des inconnus. C’est ce qui m’a sauvé, je crois. Et qui fait que tu te tiens ici, toute raide face à ton clavier, emplie de cette peur de perdre le contrôle qui toujours t’a paralysée. Submergée par l’émotion que tu aimerais contenir, comme à chaque fois. Et la plupart du temps, tu réussis. Dans la famille, on ne pleure pas, on courbe sous le poids de la vie sans jamais plier. On résiste, à sa façon. Qui connaît vraiment tes sentiments ?
[…] Je suis un homme simple, et tu imaginais que je savais à peine lire et écrire. Oui, le français. Comme s’il existait une seule langue sur terre. Pour toi, en tous les cas, c’est évident. La seule que tu maîtrises à peu près correctement. Tu l’aimes jusqu’à l’obsession, comme si elle avait été celle de tes ancêtres, comme si elle était toi, et plus encore. Sous tes airs de princesse lettrée, tu sembles avoir oublié que tes grands-parents avaient une langue, le yiddish, que parlaient les Juifs d’Europe de l’Est. Et une culture, qui n’était pas la religion. Tu as vécu dans une douce ignorance, pensant détenir la seule vérité. Loin de la réalité des tiens. J’en porte, en partie, la responsabilité. Voilà pourquoi je consens à te livrer ces confidences dans la langue de ma patrie d’adoption ; je l’ai apprise lettre à lettre durant l’Occupation. Bien sûr, je me doute bien qu’à la première relecture tu revisiteras mes mots pour les remplacer par les tiens. C’est ta manie, ton métier. Je vais m’en accommoder.




Ce qu'ils en ont dit


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Interview sur BXFM 104.3 Bruxelles
https://soundcloud.com/bxfmradio/linvite-du-jour-evelyne-guzy-la-malediction-des-mots



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Descendante de familles juives ayant subi les terribles épreuves qui leur ont été infligées tout au long du XXe siècle, Évelyne Guzy confie sa plume à une narratrice anonyme pour raconter la morbide épopée de ses ancêtres à travers l’Europe trop souvent antisémite. Elle a choisi la fiction, car les sources qu’elle possède, ou qu’elle dépouille dans de nombreux gisements d’archives, laissent quelques béances dans la biographie de ces aïeux, de même qu’elle n’a pas écrit à la première personne, mais sous le nom d’Eva qui figure dans le roman. L’auteure anonyme raconte donc la vie des aïeux d’Eva/Évelyne dans une fiction très proche de la réalité. Elle veut écrire la vie de sa famille à la mémoire de tous ceux qui sont morts dans les différentes épreuves infligées au peuple juif tout au long de ce terrible siècle, elle veut écrire aussi pour ceux qui doivent perpétuer la culture yiddish et surtout pour témoigner que les Juifs ne se sont pas laissé mener dans les camps comme des moutons à l’abattoir. Elle veut montrer, décrie, expliquer leurs combats, leur résistance, leur rébellion…
La narratrice raconte tout d’abord, l’histoire des grands-parents paternels venus de Pologne, de Czestochowa, là où se déroule le célèbre pèlerinage à la Vierge noire, là où le grand-père fabriquait des casquettes, qu’il a fuie avec la grand-mère issue d’une famille terrienne venue de la région de Vilnius. Il a quitté la Pologne après avoir défendu son pays les armes à la main malgré les mauvais traitements infligés par ses collègues militaires et après avoir assisté à quelques pogroms particulièrement sanglants. Il est arrivé à Charleroi où, après bien des épreuves, il a pu créer un commerce prospère jusqu’à ce qu’un résistant communiste lui dise de filer vite avant que les SS débarquent chez lui et l’embarquent pour un retour morbide en Pologne. Eva a peu de souvenirs de ce grand-père falot, sans grande envergure apparente, lors de ses recherches, elle découvre un grand-père discret mais courageux et une grand-mère un peu rustre mais volontaire et tenace qui se sont battus, ensemble et avec détermination, pour exercer leurs activités commerciales et artisanales mais surtout pour donner la meilleure instruction possible à leur fils.
Ce fils, qui est leur seul enfant, a connu la débâcle au cours de laquelle, il a traversé seul la France du nord au sud après avoir égaré ses parents dans l’indescriptible cohue mais qui, revenu à la maison a pu poursuivre ses études pour devenir un brillant ingénieur. Caché dans une institution religieuse catholique pendant la guerre, il en sort affecté par une sorte schizophrénie judéo-catholique qu’il conservera toute sa vie. Ayant épousé la fille d’un grand résistant juif, il a honte de ses parents, petits commerçants médiocres à son avis. Eva sera la petite-fille de son grand-père maternel beaucoup plus que celle du pauvre petit commerçant.
Le grand-père maternel, Juif de Pologne lui aussi, a vu sa famille décimée, il s’est engagé très tôt dans la Résistance où il est devenu un personnage important, encore plus important après la guerre au moment d’écrire l’histoire, mais seulement jusqu’à ce qu’un historien juif et communiste, lui, mette en doute la véracité des faits de résistance qu’il s’attribue. Eva ne pourra jamais découvrir la vérité, plusieurs témoignages non concordants circulent, chacun cherchant à exploiter la guerre, ses misères, ses morts et les faits glorieux pour étayer sa propre théorie et sa propre vision de l’évolution du judaïsme avec la création de l’État d’Israël.
Eva a laissé des blancs dans son récit, ils sont peut-être encore plus importants que tout ce qu’elle a découvert, car ils interrogent et, ainsi, évitent que l’oubli gomme ceux qui ont participé à cette terrible épreuve. Mais, avec sa petite-fille, elle pourra toujours témoigner que « Nous ne sommes pas des moutons qu’on mène à l’abattoir. Nous sommes un peuple de mémoire ».

Denis Billamboz, mesimpressionsdelecture.unblog et critiqueslibres.com

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Et si le silence n’était rien d’autre qu’un cadeau, une bénédiction ? La question est posée par Eva, lorsqu’elle entame une enquête sur la vie de son grand-père paternel. Un papy qui paraissait sans histoires, un de ces immigrés juifs venus de Pologne dans les années 30, comme bien d’autres, et qui a fondé une famille chez nous, sans soulever le débat sur le déracinement et le sens de l’immigration. Surprise par la découverte de son possible engagement communiste, elle décide de remonter le cours du temps et de desceller des pavés. Qui était-il vraiment ? Son passé mérite-t-il qu’on s’y intéresse ? Chemin faisant, elle croise les témoignages, les oppose, est amenée à trier le bon grain de l’ivraie, se doute que des choses sont dissimulées et que les mots ne servent qu’à lénifier certaines plaies béantes. Puis, est-il judicieux d’exhumer ce qui ne doit sans doute pas l’être ? Évelyne Guzy nous parle du passé, de résilience, du portrait qu’on doit se forger de soi-même, de la nécessité de s’inscrire dans les annales d’une famille et de rappeler les faits d’armes des résistants belges qui se sont opposés à l’invasion nazie. Puis, l’histoire se veut un miroir d’événements sur lesquels on ne dispose d’aucun autre moyen que celui de l’analyse. Enfin, il importe de les replacer dans leur époque, miroir de la réalité. La malédiction est celle de revenir en arrière, de placer des explications sur tout et d’exhumer la mémoire, alors qu’on est parfois plus heureux de ne pas savoir !

Sam Mas, Bruxelles-Culture

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Devoir de mémoire

Pour Évelyne Guzy, baptiser « roman » une enquête sur sa propre famille juive, c’est aussi un devoir d’honnêteté et la façon de donner à la journaliste et chroniqueuse la liberté de fondre, à 60 ans, la réalité d’Évelyne dans ses propres pas : ceux de la petite Eva, au fil d’une recherche marquée par la rigueur et par un acharnement courant sur de nombreuses années. Au départ : il y aurait une lettre posthume du grand-père Icek, imprégnée formellement de culture yiddish et qui précise : « Bien sûr, je me doute bien qu’à la première relecture, tu revisiteras mes mots pour les remplacer par les tiens ; c’est ta manie, ton métier. Je vais m’en accommoder ».
Icek lui-même dit se considérer comme un « homme terne » et dont la seule particularité est d’avoir existé. Ce qui n’empêche pas ce natif de Czestochova (ville du culte polonais à la Vierge Noire, célébré par Jean-Paul II) d’avoir vécu dans son pays les brimades incessantes et jusqu’aux persécutions les plus odieuses du pouvoir à l’encontre de la population juive. Assez pour qu’il finisse par s’exiler en Belgique avec sa compagne Golda, à Charleroi précisément où après avoir tâté de plusieurs emplois, dont celui de mineur, Icek ouvrira un commerce de « shmates » (en l’occurrence des casquettes, la spécialité familiale). C’est là que, plus tard, la jeune Eva, leur petite-fille, rendra visite à ses grands-parents et à son père Grégoire. Mais avant cela, il y a la guerre et la fuite du couple polonais réfugié dans une ferme de la campagne belge après s’être heureusement dérobé à l’ordre de transfert à la caserne Dossin de sinistre mémoire. Quant à Grégoire, en âge d’école, il sera recueilli à Momignies par les trappistes de l’abbaye de Scourmont réquisitionnée par l’occupant. Il sortira de la guerre sain et sauf et deviendra pour Eva-Evelyne (née en 1960) ce père narcissique et peu affectueux qui lui léguera avant de mourir une vidéo où il parle de lui-même, mais peu éclairante sur la personnalité d’Icek. C’est par hasard qu’en 2013, lors d’un débat public autour de Monsieur Optimiste, le livre d’Alain Berenboom, l’autrice apprendra d’un inconnu que son grand-père paternel aurait été en réalité un membre actif d’une cellule de Juifs communistes. (« Eva n’a pas insisté. Elle est rentrée chez elle normalement. Sa vie avait basculé »). Et plus que jamais l’avait animée une volonté d’enquêter tous azimuts, mais sans réussite absolue sur la véritable personnalité de ses ascendants. Il faudra donc que la romancière « bouche les trous » et s’en rapporte aux flous laissés par l’Histoire.
En ce qui concerne la lignée maternelle d’Eva, un doute aussi flotte sur la personnalité de David Katz, l’autre grand-père. S’il fut à coup sûr un résistant actif – d’ailleurs auréolé de gloire après la guerre – œuvrant au sein d’une association de Juifs sionistes (farouchement opposés aux Juifs communistes férus d’universalisme comme l’était Icek que David méprisait), il se serait attribué, en plus de la conception, une participation physique à un épisode fameux de la guerre. Celui de l’arrêt en Brabant flamand du XXe convoi de déportés parti de Dossin pour Auschwitz en 1944 et qui permit à de nombreux Juifs de s’échapper et de survivre. Présence sur le terrain que l’historien Maxime Sternberg a violemment contestée jusqu’à l’issue d’une longue polémique qui eut surtout pour effet de mettre en relief le rôle des trois principaux protagonistes putatifs où ne figure plus le nom de David Katz, lequel fut certes un grand résistant, d’ailleurs très éprouvé physiquement par son action et qui n’a pas volé les honneurs qui lui ont été rendus après la guerre. Il devait toutefois convenir lui-même que certains d’entre eux avaient tendance à se mettre quelque peu en avant. Quoi qu’il en soit, il aura largement contribué à la réalité professée plus tard par Eva et sa fille Jeanne (lors d’une commémoration au Tir National), à l’encontre de certains propos dénigrants sur le comportement des Juifs pendant la guerre : « Nous ne sommes pas des moutons qu’on mène à l’abattoir. Nous sommes un peuple de mémoire ».
Un livre écrit à cœur ouvert, à l’enseigne de la fidélité et de la transmission… Et confronté à cette double « malédiction des mots » : la fatale inadéquation au vécu, mais aussi les affres et parfois les désappointements de son dévoilement par une recherche honnête et impartiale. C’est aussi, par-delà les prétendues races et le marché des religions, un appel à la fraternité et à l’équivalence des humains.

Ghislain Cotton, Le Carnet et les Instants





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C'est à partir d'une présentation de livre à laquelle elle assiste qu'Eva découvre que son grand-père paternel, Icek, n'est peut-être pas l'homme fade et passif qu'elle pensait.
Grâce à un DVD-témoignage laissé par son père, Groïnim, elle découvre une partie de son histoire familiale. Elle plonge alors dans une enquête généalogique et historique pour combler les manques et les silences de sa famille paternelle et maternelle.
Un récit qui relate l'horreur de la persécution, l'obligation de quitter son pays natal parce qu'on est Juif : subir, se cacher, être confronté sans cesse à la mort. Un récit qui parle aussi de courage et de convictions.
Si les mots peuvent parfois réécrire la vérité et les souvenirs, ils peuvent aussi être salvateurs. Evelyne Guzy nous livre un roman fort, qui interroge et qui ne laisse pas indemne. La plume est brillante, parfois exigeante.
Rebus, Babelios

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Je viens de terminer ce livre et j'en suis encore tout émue.
Ce roman, cette histoire pourrait être celle de beaucoup d'entre nous.
Combien sommes-nous à avoir eu des grands parents émigrés, combien ont dû quitter leur pays et surtout que savons-nous réellement de tout cela ? Des histoires de vies, des secrets, des sentiments, de la bravoure, et des doutes, voilà tout ce que l'on retrouve dans ce merveilleux roman. J'ai également appris beaucoup de choses grâce aux nombreux faits et dates historiques tout au long du roman afin de bien nous immerger dans L’Histoire.
Un livre empli d'émotions et de pudeur que j'ai vraiment beaucoup apprécié.
Devoreusedelivres13, Babelio   23 février 2021

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En premier lieu, c’est le titre qui m’a interpellé, moi l’amoureux des mots. Comment ? Les mots peuvent être maudits ?
Evelyne Guzy est l’auteur de brochures d’information sur des thèmes d’intérêt citoyen et cela se sent. Pour moi, ce livre n’est pas vraiment un roman, mais plutôt un documentaire. […] Il ne s’agit pas de se laisser distraire en lisant, chaque phrase est importante pour comprendre le récit !
La façon dont le livre est écrit est un peu déroutante au début, car on rencontre deux narrateurs : Eva et son grand-père Icek, immigré juif venu de Pologne alors que ses frères, eux, se sont réfugiés en Amérique.
Les grands-parents d’Eva ne sont plus de ce monde pour transmettre leur histoire, c’est sans doute pour cela qu’elle laisse la parole posthume à son grand-père, un grand-père paternel qui semblait terne et sans histoires et qui a pourtant vécu une vie extraordinaire dans cette Europe antisémite.
D’un autre côté, le lecteur rencontre l’autre grand-père d’Eva, côté maternel, qui lui était une figure de la résistance et un fervent anticommuniste.
C’est aussi l’histoire de son père, cet enfant caché dans une institution catholique pendant la guerre et qui est devenu un brillant ingénieur.
Eva se lance donc dans une quête personnelle : celle de ses origines, mais le passé peut être bouleversant…
On devine aisément qu’Eva est en fait l’auteure même, mais elle a choisi de ne pas écrire à la première personne et de faire de ce récit une fiction, car ses recherches ont laissé des vides qu’elle n’a pas pu combler.
Un livre très intéressant au point de vue historique que je conseille aux amateurs du genre.

Philippedester, D’un livre à l’autre.

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Quoique fondée, par la force des choses, sur des archives lacunaires, la quête d’Évelyne Guzy est rigoureuse et restitue avec autant d’intelligence que de tact le quotidien méconnu de Belges moyens dont le yiddish était la langue et pour qui le courage discret, mais tenace, était le lot de la survie…
Une belle résurrection !
 

Bernard Delcord, Lire est un plaisir et Homelit

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Interview d'Anouk Taché, sur le blog "Les mots d'Anoik"

https://www.youtube.com/watch?v=LFSYCiqlo1w&t=5s






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