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Né à Charleroi (Belgique) le jour des Saints-Innocents 1940,
Raymond-Jean Lenoble,
futur médecin gynécologue, a publié son premier recueil (prix Marin) à 18 ans.
De poète, il devient aussi revuiste, auteur de théâtre et auteur compositeur de plusieurs albums de chansons poétiques.


Raymond-Jean Lenoble


Mémoires de l'Oubli
Tableau de couverture :
© Monique Thomassettie
"Muet de son vivant
le visage
se met à balbutier"


Mémoires de l'Oubli

Poésie



Retour en arrière, bilan poétique d'une vie, recul, détachement, sagesse empreinte de questions.



64 pages
ISBN: 978-2-8070-0019-3
2015 – 13,00 EUR




Extrait

D’oiseau même égaré nulle sonore trace
L’assourdissant silence après la haute mer.
Voici le quai, l’aplomb d’une précarité
Avec au coeur déjà le goût d’un repartir
D’écumer le péril qui venait de s’éteindre.
Étrange l’appétit qui pousse la mémoire
À courir le tumulte à peine reposé…


Ce qu'ils en ont dit

C’est pour l’auteur une forme de renaissance poétique, puisque ses trois premiers recueils édités remontent à 1960, 1964 et 1995.
Vingt ans après, voici « Mémoires de l’oubli ».
Lenoble aime en poésie la rime, le genre noble. Aussi ne doit-on pas  s’étonner de retrouver, culture aidant,  dans ces textes qui happent la mémoire aux oublis de toutes sortes, entre autres dans l’enfance, la « poitrine » trouée de Rimbaud et les sonnets -  pour une « Traversée » d’hiver qui rappelle Supervielle (« Il vous naît un poisson »… devient ici « Il vous naît un horizon »).
Le grand âge (« J’ai bien du mal à respirer »), le retournement de situation générationnel (« La vie nous renverse/ Fils de ton père Fille de ta mère/ Te voici père de ton fils… »), « le bain de neige… pris », la planète à sauver (« Pourquoi désarbrer… ») et les silences denses de la remémoration nourrissent les belles images (« C’est éventer le vin ») de ces poèmes traditionnels et fervents, écrits « à la pointe du cœur ».

Philippe Leuckx, AEB.


*

On ne se plaint pas, en général, de connaître Raymond-Jean Lenoble : médecin de son état, il cultive un humour facétieux qui doit avoir sa part, à côté d’un diagnostic réputé très sûr, dans le traitement et la guérison de ses patients. On ne se plaint pas davantage de lire sa poésie, d’écouter ses chansons ou de l’entendre réciter les poèmes de ses auteurs préférés : sa mémoire est phénoménale.
L’auteur publie ici une cinquantaine de pages alertes, variées, hautes en couleurs.selon son habitude, et cette habitude remonte à loin : il avait dans les seize ans et avait sonné timidement à la porte de quelques aînés, Armand Bernier en tête. Leurs encouragements n’allaient pas tarder.
Que dire, après ce préambule, des poèmes, si ce n’est d’inciter à les lire ? A commencer par leurs titres qui sont autant de surprises et nous mènent du regard philosophe de l’homme d’expérience aux remarques brèves et amusées d’un contemporain à qui « on ne la fait pas » !
Et, de fait, je commente si l’on veut bien ces strophes songeuses, presque fatalistes, qui font le lit de souffrances et d’angoisses pas vraiment avouées :
                Je suis inquiet
                Mon bonheur n’est pas rentré ce soir
Des angoisses confiées à des amis sans qu’il soit besoin d’une réponse :
                 Ne me dis rien, ne parle pas
                 Je te crois sur silence
L’auteur ne pratique nullement l’auto-satisfaction : sa « résilience » à lui – selon le concept d’un confrère – se fonde sur une envie de tout reprendre à zéro, sachant pourtant que cela n’existe pas, mais que cela permet au moins une sorte de salut dans l’imaginaire :
                  Pas facile d’encore y croire
                  Quand on revient d’avoir été
                  De prendre ce nouveau départ
Songe-t-il à ce nom d’un groupe de musiciens amis « Otros caminos » quand il écrit
                   L’autre chemin, c’est l’autre vie
                   La vie que l’on s’était promise
                   Bien plus sauvage et plus jolie…
Un autre auteur de chansons disait aussi   Tu la voyais pas comme ça, ta vie…

Ah oui, j’allais oublier de vous prévenir : les textes des recueils de notre auteur-compositeur sont, comme les paroles de chansons citées à l’instant,  parfaitement lisibles et  compréhensibles ! C’est de nos jours un défaut majeur en poésie, semble-t-il, mais ils bornent leur ambition à s’adresser à un public encore soucieux d’y retrouver ses jeunes, si je puis dire, et accessoirement de garder son enthousiasme pour l’écrit de qualité, sans qu’il devienne inabordable. Et de qualité, il s’en trouve aisément aux côtés de chroniques réservées à des considérations finement spirituelles (sur le signe « égale » ou sur la » Météo « par exemple) et on confine alors à la grande littérature :
                        S’il faut choisir entre la brise et l’ouragan
                        Mieux vaut mourir d’amour au faîte d’une vague
                        Mourir d’un coup de ciel en plein cœur de la mer
                        Dans un châlit d’écume et de Fous de Bassan.
Mémoire, oubli, avez-vous dit ? On les décline à chaque page, et si de chacun on ne garde que le meilleur,on en héritera ce goût de la vie si essentiel pour
                        (…) qu’il dépose avec sagesse
                        Sur le volet de vos paupières
                        le long baiser des ses tendresses.

Pierre Guérande
, AREAW


*

Raymond-Jean Lenoble est un incroyable médecin gynécologue passionné de poésie. Il a obtenu à 18 ans le Prix Auguste Marin (un des poètes belges victimes de la guerre de 1914-18) et Mémoires de l'Oubli, où il prend le parti de reprendre et restituer les souvenirs de ses années de dramaturge et de revuiste, me permettent de rappeler que dans le Dictionnaire des Œuvres, Robert Frickx (Montal) évoque son « écriture serrée, dense et légère à la fois ». Mais je préfère me souvenir du jeune homme rencontré lors d'une de mes conférences, peu bavard et attentif à tout.

Paul Van Melle, Inédit nouveau.



*

LES COURTES FUGUES D'UNE INTERMINABLE NOSTALGIE

« Qui  a sifflé la fin du rêve
Au beau milieu de la partie ?

Tu me réveilles. Je me lève
Déshabillé de nos envies »

Raymond-Jean Lenoble fait chanson de tout, qu'importe la qualité du raisin dont on a parfumé ses chais... En parfait revuiste et auteur de théâtre, il peuple son plateau intime de personnages approchés ou connus (inventés ?), fréquentés ou aimés, avec le seul projet d'animer la mémoire et d'habiller ses fantômes. Dans chacune des pièces douces-amères de ses Mémoires de l'oubli, il scrute le passé pour en retrouver la musique et les parfums. « Amer amour en mes semis de négligences »... À le lire et à l'écouter, on se croirait revenu sur l'avant-scène du Grenier aux Chansons !
L'amour, le désamour, l'enchantement, le désenchantement, le propos sibyllin mais cependant chargé d'histoire, tout concourt à lire une telle poésie comme on croque une portion de temps… Et cependant, l'angoisse n'est jamais loin : solitude, dérision : « Tout porte à croire en la dérive ». Silence après silence, l'œuvre délétère se met en branle : « Ne me dis rien, ne parle pas / Je te crois sur silence. » ; « [...] la solitude /  Inodore, incolore, insipide et vénale / Cette dame de peu coûte cher en voyage. » Reste de ce constat dépréciatif – « les années lui ont battu les flancs » –, comme un fonds de printemps, une envie de retrouver ses partitions d'autrefois, reste la véritable hantise de préserver le « peu de sens » qui faisait chanter Rutebeuf... Le cercle des compagnons et compagnes s'est rétréci et la valse-hésitation touche le jour à naître. Les courtes visites, les petits plaisirs, le socle d'un poème où s'appuyer, sont autant de raisons d'exister, même s'il est compliqué de « Quitter l'amour sans se quitter soi-même »...

Michel JOIRET, Le Non-Dit.


Non-Dit


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Dans une forme classique, avec élégance et bonhomie, ces courts poèmes développent l’oxymore du titre, une sagesse inspirée de La Rochefoucauld teintée d’une nostalgie à la Chénier, pour « cet étrange vivier/ Où poissonnent les jours d’entre vivre et mourir/ Dans cette eau de l’oubli, croupie et sans désir. » Ou « Le mieux voisine avec le pire ». « Sauvetage » voisine avec « La déchirure », « O K » avec « K O ». Surtout « Ne pas mettre l’amour en cage ».

Michèle DUCLOS, Temporel
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Ces mémoires que nous livre Raymond-Jean Lenoble, sauvées de l'oubli, toutes dédiées sans doute à la vie, à l'ami, aux amis et à tous ceux qui un jour, s'en sont allés, sont souvenirs pêle-mêle gravés au cœur des survivants. Le poète, ici, fait appel à sa mémoire pour convoquer le souvenir de chacun de ses amis et proches, avec une invitation au lecteur à passer la porte de l'amertume, celle d'une vie qui vous met au monde et vous oublie à peine êtes-vous nés.
Tantôt prose poétique : « une vaste zone de perturbations s'étend sur l'enfance et menace nos amours »
Tantôt très classique, très rythmée, alexandrins avec rupture à l'hémistiche, bouts rimés (ab/ab) : « Pour habiller le rêve/Une envie suffirait/Si l'envie qui se lève/Emportait le regret... », cette poésie déconcerte et trouve en même temps tous les thèmes qu'aborde une poésie intemporelle.
Parfois encore très moderne, un brin moqueur, proche d'une poésie sonore : « Quiz, Big, Buzz, Blog, Bug/Web, iphone, ipod, ipad,/ Smartphone, Blackberry...
Allo ?.... Allo ?...
Je voudrais parler à la /Langue française, s'il vous plait ! »
Une poésie qui ne se prend pas au sérieux mais qui use de mots simples, de pensées délicates,  pour une réflexion sur la vie qui passe...
« Chaque peau se destine au parfum qui l'honore.
L'un s'y ferme et s'y noie, l'autre s'épanouit.
Tous ils voudraient ouvrir de nouvelles aurores
Mais chacun porte en lui l'essence de l'oubli.
De la sauge scarlée au santal de Mysore
En pasant par le musc, la rose et l'ambre gris
Ayez pour ces parfums le respect de vos pores.
Laissez-leur une chance au moins pour une nuit. »
 
Au milieu de cette grande disparité, on trouve encore quelques moments de grâce avec ce très beau poème par exemple :
« La neige
Elle éblouit son image, son miracle. Merveilleusement illisible, elle n'imprime que sa fugacité. On reste piégé, captif de l'éphémère, de l'indicible, condamné la défaite, à l'abandon.
 Au mieux peut-on parfois – mais si peu – échapper à soi-même. Ainsi, la neige du bonheur quand elle fond sous nos pas.
Et puis, surtout, cette blancheur, cette insupportable blancheur, quand elle a cessé d'être. »
In mémoriam Louis Daubier (14-03-1924/30-11-2000)
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M-J Desvignes, Recours au Poème.



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