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Arnaud Delcorte est professeur de physique à l’Université de Louvain et à l’Université St-Louis à Bruxelles. Il a contribué à plusieurs revues de poésie (Sources, Point-Barre, Diptyque, IntranQu’îllités, etc.) Ses deux premiers recueils de poèmes, Le goût de l’azur cru et Toi nu(e) / Dans le linceul étoilé du monde ont été publiés par le Chasseur Abstrait Éditeur en 2009 et 2010. En 2011-2013, il a publié Écume noire, Ogo, Eden et a participé au collectif Poètes pour Haïti à L’Harmattan.

Arnaud Delcorte

Brahim Metiba est informaticien. Habitué à l’analyse du concret, en vue de sa conceptualisation. Passionné par l’image (cinématographique mais aussi photographique), il a choisi, tardivement, la photo pour s’exprimer (pour les possibilités qu’elle offre en plus des mots). D’abord attiré naturellement par l’image frontale, facilement perceptible car le visage humain en est la figure centrale, et après une série de diptyques de portraits, dont certains publiés dans la revue Diptyque en 2011, il choisit de représenter d’autres parties du corps, pour moins de personnel, et plus d’humain. Le projet Méridiennes contient quelques exemples des deux périodes.

Brahim Metiba



Méridiennes

Méridiennes

Poèmes inspirés par le Maghreb et photographies, 2015

54 pages dont une en couleurs
ISBN 978-2-9-8070-0031-5
(E-books:
PFD : 978-2-9-8070-0034-6
ePub : 978-2-9-8070-0035-3)
14,00 EUR





EXTRAIT

Que pouvons-nous raisonnablement
Attendre du monde
L’eau l’air et le sein
Les ressources du lendemain
L’irrépressible ébriété d’être

Une langue océane nous sépare du Sahara
Un concentré de sel que j’avale
Sans souci de l’asphyxie
Vingt kilomètres
          Ni homme
                    Ni oiseau

                        Deux femmes s’installent à mes côtés
Voilures légères sur mâts de misaine
Trois enfants bruns dans le courant
                                    Le jeu furtif des illuminations.



*


Photo Brahim Metiba






CE QU'ILS EN ONT DIT

Impressions, soleil levant...

La méridienne est d’abord un trait qui indique le midi solaire, une sorte de ligne du temps.
De Casablanca à Dakla en passant par Marrakech et Essaouira sans perdre de vue le ciel innombrable, Arnaud Delcorte note les variations du temps et du tendre, de la lumière du soleil marocain sur la peau des autochtones tandis que Brahim Metiba photographie des visages qui se prêtent volontiers à la prise de vue ou des marques de présence humaine menacée par la grande chaleur (pompes à bière et à eau, verres vides, torses nus). Avec justesse, ils posent leurs mots et leurs images et les font résonner, surenchérir de connivences.
Le poète est attentif aux sensations de tous ordres (olfactif, auditif, et bien sûr visuel) qu’il note par fragments et qui tombent parfois comme des haïkus.
L’embonpoint ne me fait pas peur
J’aspire à la douceur
D’un coussin d’années
Delcorte écrit le désir mais ce désir porté par le sentiment ou, du moins, une prévenance presque douloureuse envers l’autre.
La peau d’ambre du sentiment
Souterraine nos désirs
C’est un désir fou qui, s’il n’est pas rencontré, ou bien refoulé, génère un « état d’inexistence » du corps rendu à sa solitude. L’homme, alors, se doit à tout moment d’être aux aguets, comme en temps de guerre car sa vie se joue au « jeu furtif des illuminations » dans un incessant duel entre le monde et lui : il ne doit manquer aucune bataille, la victoire peut se jouer sur un regard. « L’aurore la plus soyeuse
 »  peut se transformer en « aube noire » et, sous de « traîtres tropiques », le « grain épais d’une peau mate » révéler « des tatouages de cendre ».
Poitrine imberbe sur torse de rayons
Indulgence solaire d’un garçon de salle
Mais la nature embrasée de lumière dispense ici et là des 
« poussées de savoir », qu’il faut savoir recueillir, ou questionner « pour embrasser / la chair même du voyage ». Sous le soleil de midi, tout est réflexion, éclats de pensée.
Car sur la corne douce de l’Afrique
Fleurissent les nénuphars de l’esprit.
Attention portée aux paysages, comme à ce vent « arraché au désert » vécu comme une délivrance permanente « aux plaies de soleil »« dans un pays où il pleut deux jours par an », une revanche de l’air sur la chaleur durant les « maigres caravanes d’évasion ».
Une photographie présente les mots «  JOUR ET NUIT » imprimés sur une sorte de panneau d’interdiction. Comme si la séparation du jour et la nuit, bien que proscrite, impossible dans les faits, pouvait cependant être dépassée par la force de l’imaginaire, ce mot de liaison ET en opposition à la signalétique.
Elle est à l’image de ce recueil qui brave les lignes de forces imposées aux hommes pour delivrer une vision poétique, claire comme une solaire réponse aux interrogations du ciel et de l’existence, lumineuse comme le surgissement d’un souvenir entre les nébulosités du temps.
À noter que Philippe Leuckx signe une nouvelle fois une belle préface dans laquelle il trouve les bons mots pour présenter la singularité de ce recueil dans l’œuvre poétique d’Arnaud Delcorte.

Éric Allard, Les Belles Lettres.

*

Les éditions MEO viennent de publier un ouvrage hybride : Méridiennes. Composé d’une cinquantaine de pages, il contient les créations littéraires et artistiques de deux jeunes créateurs : Arnaud Delcorte et Brahim Metiba. Si leur collaboration est inédite, ils n’en sont pas à leur premier projet. Professeur de physique à ses heures studieuses, Arnaud Delcorte a déjà publié de plusieurs recueils, parmi lesquels Écume noire. Les portraits photographiques de Brahim Metiba, informaticien de formation, ont fait, quant à eux, l’objet d’une publication dans la revue Diptyque en 2011.
L’ouvrage qui les réunit aujourd’hui, Méridiennes, comprend des textes et des photographies sur le Maroc. La composition formelle est régulière : chaque page propose un poème en réponse à une illustration. La poésie de Delcorte a quelque chose du haïku. En quelques vers, trois ou quatre maximum, le poète décrit un instant, devine une amitié, traduite une intimé, comme un bref éclat de vie :
Sdi Mogdoul et les trois portes
Un matin à la fraîcheur des alizés
On lui demande laquelle choisir
Celle de pourpre d’arar ou de plumes
Il lève les yeux au ciel et rit
Intenses, les douze photographies de Brahim Metiba ont capté, quant à elles, la sensibilité de la poésie de Delcorte. Chaque image brièvement saisit le quotidien d’un quidam, installé à une table de brasserie, d’un passant, d’une mère, d’une sœur qui attend, ou un fils qui se déshydrate à une fontaine.
Le noir et blanc choisi semble indirectement faire écho à l’encre noire et à la blancheur du papier, démontrant par là une certaine connivence entre les deux matières artistique en présence. La lecture du recueil produit un vrai moment de dépaysement, mais provoque aussi de la frustration, tant le recueil est bref. Peut-être aurait-on apprécié plus de matière poétique et photographique. Cela aurait sans doute rendu au recueil plus de densité. Mais, malgré ce petit goût de « trop peu », on est globalement conquis par le projet et la qualité de la fusion entre les deux arts.

Primaëlle Verteneuil, Le Carnet et les Instants

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Entre les photographies de Brahim Metiba se glissent les mots d'Arnaud Delcorte, à petites doses, comme pour ne pas envahir l'espace, Cet espace est un creux, entre Belgique et Maroc, entre des corps qui se frôlent. Tout en retenue, le poème fait entendre sa voix douce, la seule insistance est marquée par la typographie. En clair-obscur, ainsi qu'il se doit devant une lumière éblouissante qui jette des ombres noires.

P.My, LE SOIR

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MÉRIDIENNES, LES VOYAGES SIGNIFIANTS D'ARNAUD DELCORTE

« Quel beau titre que ces Méridiennes, vertiges de sensualité, de sommeil », écrit Philippe Leuckx. Et une bien singulière adresse dans le recours à l'ellipse et l'instantané :
Petits pêcheurs à moitié nus
Aux pilotis de la mosquée Hassan
Landes d'algues et d'argent
À fleur d'Atlantique
Le recueil est un catalogue de tableautins saisis à vif dans des villes, des villages aux mille couleurs. Et c'est de ces mélanges immédiats que naît une réflexion, un truisme, une pulsion soudaine :
La peau d'ambre du sentiment
Souterraine nos désirs
Filatures de misères s'évertuent
II y a malice dans tout ceci et un souci permanent de s'inventer une écriture. Une sorte de « jeu » lexical atteste la légèreté du moment et le caractère éphémère de la capture :
J'ai insufflé l'haleine des heures
Et mélangé leurs cocons pour en tirer soie
Essentiellement attaché à l'instant, au Moment (orné de la majuscule), le poète use volontiers de la fable pour asseoir une totale fluidité aux glanes, fussent-elles inscrites dans la fable :
Sidi Mogdoul et les trois portes
Un matin à la fraîcheur des alizés
On lui demande laquelle choisir
Celle de pourpre d'arar ou de plumes
II lève les yeux au ciel et rit
Nourris d'une extrême sensualité – une écriture en soi –, le poète se raconte à travers le fragile et le périssable qui semblent affecter la lumière elle-même. Et on s'invite dans cette gaze de mots solaires, dictés par le Maroc et générés par le seul plaisir d'être. Une leçon de vie distante de toute résonance culturelle, mais bien présente dans les états successifs de la marche silencieuse...

Michel JOIRET, Le Non-Dit


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Après ses « Poètes pour Haïti » et les expressions de son « amour des lumières et des visages du Maroc », le professeur Arnaud Delcorte retrouve ce pays dans les textes très brefs de Méridiennes, illustrés ou du moins doublés par un informaticien photographe (et marocain), Brahim Metiba et préfacé par un autre fou des lumières solaires, Philippe Leuckx. Une mise en forme et en page digne   des   anciens   manuscrits   médiévaux   et compositeurs italiques et italiens.

Paul Van Melle, Inédit nouveau.

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Le titre possède en lui des évocations diverses. « Méridiennes », c’est d’abord un canapé, un mobilier associé à la sieste. Mais il s’agit évidemment aussi d’une allusion à ce concept géographique jumelé au Midi, au Sud et, prolongation logique du sens, au moment temporel où un cadran solaire abolit toute ombre parce qu’on est au milieu de la journée.
Il y a donc là convergence, dans l’imaginaire des individus, avec l’alanguissement physique lorsque l’heure marque une sorte d’arrêt et une position cartographique en pays méditerranéens. Ce que l’auteur souligne particulièrement puisqu’il intitule les parties de son recueil : Casablanca, Marrakech, Essaouira, Dakhla et qu’il termine par Ciel.
Les vers d’Arnaud Delcorte sont concis. S’ils ne se confinent pas à la mode des haïkus, ils en épousent la nécessité de la brièveté, la pratique de l’ellipse. Il ne s’agit pas d’affirmer mais bien de suggérer, de laisser pressentir, de mettre en vue, ainsi qu’en d’autres sens, car le charnel se révèle en toute sa complexité, du tactile et du gustatif, voire de l’odoriférant.
Quelques textes sont des tableautins, lieux ou personnages. Beaucoup s’attachent à l’expression du désir. Les corps, leur peau surtout, exercent une attirance, se chargent de fugace, se teintent de doutes ou s’offrent « odalisque au masculin » ou « gueules d’amour », et parfois laissent une sorte d’amertume : « Le grain épais d’une peau mate / Gronde et grise / Comme l’ébauche du remords ».
En regard : des photographies de Brahim Metiba qui cadrent avant tout des personnes. Les visages parlent. Et aussi des anatomies. Une saisie plutôt intemporelle de présences rencontrées. Qui viennent donner à l’œil une diversité parmi les poèmes dispersés sur les pages qui s’essaient eux aussi au visuel par des émergences aléatoires de lettres bizarrement imprimées en grasses et selon une autre police que celle des vers.

Michel Voiturier, Reflets Wallonie-Bruxelles.







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