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Évelyne Wilwerth


 
Écrivaine belge bien connue, Évelyne Wilwerth a passé le plus clair de sa jeunesse dans de grands espaces, de la balançoire au trapèze aux anneaux. Après des études à l’université de Louvain (Leuven), où elle obtient le diplôme de licenciée-agrégée en philologie romane, elle enseigne le français pendant quelques années avant de se consacrer à la littérature après le succès de sa pièce Hortense, ta pétillance.
Évelyne Wilwerth
est une jongleuse, comme le Fabiano de ce recueil. Elle aime jouer avec les genres littéraires, roman, théâtre et pièces radiophoniques, essais, poésie, écriture pour enfants, animation littéraire.
Quelques titres dans une bibliographie impressionnante, publiée en Belgique, en France et au Québec : Souriez, vous vieillissez ! (théâtre), Papillon mortel (roman), 22 astuces pour une vie plus magique (essai), Un été rouge sang (roman)…


Evelyne Wilwerth

Miteux et magnifiques
Photo de couverture :
© Gérard Adam


MITEUX  ET  MAGNIFIQUES


Romanouvelles, 2014


144 pages.
ISBN: 978-2-930702-74-4
15 EUR



Les rives du canal, aux confins de Bruxelles. Pyramides de vieux trams, bagnoles, ferraille ; les fosses de la déchetterie ; toute cette laideur, qui parfois se mue en beauté...
Comme ces personnages, miteux ou magnifiques, magnifiques et miteux. Car les destins culbutent. Ou décollent. En un rien de temps. Nous croisons et recroisons Bilal, Marlène, Amsalu, Bérengère, Raphaël, Gina, le pêcheur, la vagabonde...
Fragments de vie enchevêtrés, qui font battre le coeur de ce lieu improbable et confèrent à ces 24 nouvelles denses, nerveuses, vertigineuses, une dimension de roman éclaté.






Extrait


Rythme infernal. Et cette foutue file de bagnoles, de breaks et de camionnettes chargées de rebuts. Tenir jusqu’à 17 heures. En s’empêchant de respirer. Poings serrés pour ne pas gueuler. Pour ne pas mourir.
Bilal sursaute. Quoi ? Un sourire devant lui ? Des yeux clairs et des mèches rousses ? Et d’où elle sort, cette voix douce ?
– Pas toujours agréable, ce boulot, n’est-ce pas.
C’est bien à lui qu’on parle ? Non, ce doit être ce soleil qui lui tape sur la tête et les oreilles. Mais ces mèches rousses qui dansent dans la lumière... Un mirage ? Enfin, il réagit.
– Madame, je... je vais vous aider.
– Pas la peine.
Il se précipite sur le coffre de la voiture bordeaux, opère le tri en quelques secondes. Les objets valsent dans trois conteneurs différents.
– Trop gentil... Puis j’ai l’habitude de me débrouiller !
Un rire ? C’est bien un rire qu’il entend ? Puis un chuchotement ? Quelques mots qui ressemblent à « brume dans vos yeux » ? La femme est déjà au volant, elle lui adresse un signe de la main et lui souffle :
– D’accord ? La péniche ? À 17 heures 15 !
Bilal est muet. Pas possible. Il a dû mal comprendre. Il doit devenir fou.







Ce qu'ils en ont dit


Les gens du canal

Au sud de Bruxelles, une déchetterie. Un canal. Une péniche-bistrot. Un décor à la fois cafardeux et magique où évoluent des êtres à son image : miteux et magnifiques, pour reprendre l'oxymore qui patronne le livre d'Évelyne Wilwerth. Un ouvrage qu'elle qualifie de Romanouvelles. Avec raison puisque, au fil des textes et de l'un à l'autre, différents acteurs se croisent, se découvrent, s'ignorent, s'aiment ou se chamaillent. Un microcosme saisissant d'humanité – c'est tout dire –, vivant ses désirs, ses rêves, ses folies ou ses déconvenues sous le regard de sphinx rudes et mélancoliques : ces montagnes de bagnoles éventrées dans la déchetterie. Il y a des gens de passage ou des familiers des lieux comme l'éternel pêcheur, les habitués de la péniche-bistrot, des paumés, des gamines délurées, des amants d'un jour, des joggeurs, des vagabond(e)s, une équipe de tournage... La ronde est au diapason d'une œuvre toujours imprévisible où se mêlent fantaisie folâtre, réalisme poétique et profondeur dans la légèreté. Mais aussi célébration intense du désir, depuis la sensualité guillerette jusqu'aux jubilations érotiques. Nourries parfois de fantasmes comme celui de ce couple qui soudoie le gardien pour faire l'amour avec frénésie dans les conteneurs d'encombrants. Ces mêmes conteneurs auxquels une vieille femme se voit destinée. Ce n'est pas la seule fascination de cette déchetterie, où un évadé « en récréation » s'offre l'escalade d'une montagne de trams à la casse, qui le fera roi du monde avant d'être ramené en prison. Et là haut sur le pont du canal, c'est une gamine gorgée de désirs qui régale les bateliers des richesses exposées sous sa minijupe. Au gré des rencontres et des sentiments, c'est bien une comédie humaine qui se joue dans ce petit univers peu glorieux, mais enchanté par la complicité d'un regard poétique et fraternel.

Ghislain Cotton, Le Carnet et les Instants.

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Capter le beau dans le laid
Miteux, le milieu où tout se joue : une déchèterie et des individus plutôt quart-monde. Magnifique. Magnifiques comme un endroit qui fait rêver : les berges d’un canal qui mène, en fin de compte, à la plénitude de l’océan, comme ces personnages avec leur âme qui s’élève au-dessus de la mesquinerie quotidienne.
Evelyne Wilwerth possède un talent multiple. Sa bibliographie affiche des pièces de théâtre, des romans pour ados et adultes, de la poésie, des nouvelles et un « romanouvelle » comme ce présent recueil, un néologisme : des nouvelles comme fil rouge un canal et une déchèterie et certains personnages récurrents.
Un canal dans la banlieue bruxelloise, des individus attachants ballotés dans des situations inextricables qui s’éclaircissent comme dans une bonne chute de nouvelle. Le lecteur se surprend à entrer en empathie avec Bilal, Marine…
L’auteure suggère sans dévoiler toutes les arcanes de chaque nouvelle. Cette concision oblige le lecteur à étoffer par lui-même les situations évoquées, voire à fantasmer…
Evelyne Wilwerth utilise avec bonheur le dialogue, quelques accents de poésie.

Ddh, Critiqueslibres.com


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Évelyne Wilwerth ou la connivence

Au meilleur d'elle-même dans les 24 nouvelles de "Miteux et magnifiques".

Avec "Miteux et magnifiques" – recueil dont le titre rappelle "Mendiants et orgueilleux" de l'Égyptien Albert Cossery, Évelyne Wilwerth nous offre un attachant "romanouvelles". Roman, parce que quelques personnages des vingt-quatre récits-éclairs circulent de l'un à l'autre. Des nouvelles qui peuvent toutefois être lues isolément, voire dans l'ordre qu'on voudra. Choix ainsi laissé par une écrivaine pour qui la liberté n'a pas de prix, elle pour qui tant d'hommes et de femmes sacrifient leur vie. Sans liberté, vivre c'est se faner.
Unité de temps et de lieu : les scènes se déroulent en juillet, de jour ou de nuit, dans une déchetterie sur "les rives du canal, aux confins de Bruxelles". Et unité d'action, menée par des êtres dont les épines ont lézardé le cœur et qui, au sein de ce cimetière d'objets – lourds de passé, légers d'avenir – s'y croisent ou s'y exhibent, s'y désirent ou s'y déchirent On n'y roule ni sur l'or ni sur l'ordure, à l'ombre d'un monceau de carcasses d'autos qui bronzent au soleil avant que la pluie les rouille. Ou que la neige les armure.
Lieu mélancolique, où dans les containers l'on rêve sans dormir. Évelyne Wilwerth (dont nous avons naguère salué "Embrasser la vie sur la bouche" et "Papillon mortel") n'avait jamais encore manifesté pour ses personnages une telle tendresse, exprimé si sincère empathie. Cela s'appelle "connivence". Ses séquences sont autant de photos d'un film en noir et blanc, étrangères aux mièvres aquarelles à la Marie Laurencin. Écrites de plume sûre – et sensuelle à souhait – par une colombe à griffes d'aigle, ces nouvelles séduisent par leur musicalité parfois verlainienne ("Dans la fine pointe de la Frise, dans la dentelle des îles, il y a des dunes douces.") autant que par leur pouvoir suggestif : "L'imper violet", sous cet angle-là, est un véritable joyau dont la chute ensorcelle.
Le plus émouvant et même, ci et là, le plus troublant "roman" d'Évelyne Wilwerth : franchissez-en le pont.

Francis Matthys, La Libre Belgique.


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Un roman en nouvelles. Une gerbe d’étincelles… narratives

Curieux. Tout à notre feuilleton sur les productions M.E.O., enchaîner Soline de Laveleye et Évelyne Wilwerth ! Passer d’un conte qui ne (se) raconte pas aux vingt-quatre romanouvelles de Miteux et magnifiques, une effervescence.
Curieux. On entre très aisément dans le dernier Wilwerth. Écriture fluide, dynamique. Pas de longues descriptions, pas de digressions. Non, on plonge illico dans la vie, action et émotion. À l’image de l’auteure, déliée, toute en sourire.
Curieux. Car, à peine a-t-on découvert Bilal, employé dans une déchetterie, confronté journellement au laid, au rebut, à peine a-t-on été capté par sa situation, son histoire, la rencontre (décisive ?) de Bérengère, sa remise en question… À peine… Quatre pages. On passe déjà à la nouvelle suivante.
Curieux. Car on bascule, d’un coup, de l’aisance à l’inconfort. La première ligne nous avait mis sur les rails d’un voyage, on était accolé à la vitre dès les premières secondes… Arrachement. Marilyn. Ou Marlène. Erzatz du glamourous modèle. En décrochage. Paradoxal. Comme l’autre. On s’accroche à ses décolletés mais elle ne s’accroche plus à rien. Perdition. Deux filles jalouses qui s’approchent. Malintentionnées. Que va-t-il advenir ? Difficulté de la critique ! L’auteure nous propose des textes si courts (le plus long a six pages !) qu’il est délicat d’en évoquer les contours, on effleure déjà la chute :
Vite. Vite. Mais sans déconner. Oh, encore des bagnoles qui se pointent. Foutue chaussée. 23h57. Robin a soudain la tremblote. Pas idéal pour… Bon, plus aucun phare au loin, plus aucun bruit de moteur. Mais sur le chemin pour piéton ? Il croit apercevoir une ombre. Vite, en finir. Empoigner la chose, la hisser, c’est affreusement lourd, la hisser sur la rambarde, cœur qui cogne et sueur qui dégouline, bras qui ramollissent, quel connard il est, vite, des phares approchent…
Robin pousse la chose dans le canal.
Un plouf à réveiller les morts. Et l’eau furibarde. L’eau noirâtre, qui fait peur. Et lui qui devrait déguerpir.
Non. Pétrifié.
Le lecteur passera par un sas de frustration. Avant de saisir les intentions de l’écrivaine, d’adapter ses attentes et de profiter pleinement du projet. Leçon de vie. Car on devrait toujours partir d’une page vierge, ne pas avoir besoin de béquilles, être dans la disponibilité, l’éveil, la liberté.
Le projet ? Décapant. Vingt-quatre textes présentés comme… romanouvelles. Un nouveau genre? Car il faut revoir le deuxième flux de sensations, en ouvrir un troisième. On a un projet global, comme dans un roman, un tout cohérent. Le cœur du livre est un paysage très circonscrit dans lesquels passent et repassent des personnages, tantôt à l’avant-plan, tantôt simples figurants d’esquisses narratives.
Le paysage ? Un canal bruxellois. Une zone qui n’a rien de résidentiel. Des allures de no man’s land. Une déchetterie. Avec des empilements surréalistes de voitures, ou de trams. Un pont. Une péniche-bistrot fréquentée par des artistes. Et une plage à proximité. La Plage Plaisir. Un artifice, pour ceux qui n’ont pas droit à la vraie plage.
Les personnages ? Certains sont comme des statues ou des phares, ils ne bougent quasi pas, font partie du décor, tel un pécheur, LE pécheur. D’autres auront droit à un tour sur le carrousel du récit, ou à plusieurs. Des individus souvent marginaux ou marginalisés, saisis dans des moments de remise en question, de prise de risque, de dévoilement, proches d’un basculement. Tantôt magnifiques, tantôt miteux, tantôt miteux ET magnifiques.
Le tableau est animé. Au sens étymologique. Anima, l’« âme ». Car la zone du canal voit s’ébaucher des aventures, des destins. Imaginez un Breughel. Une scène de patinoire. Un décor habilement planté, une foultitude d’acteurs. La caméra s’attarde sur l’un puis sur l’autre, nous raconte des interactions. Un fragment de vie de l’un, on l’abandonne, on le retrouve plus loin, suivant une évolution ou à partir d’une perspective différente. L’auteure se joue de nos attentes mais c’est pour nous offrir, somme toute, la quinte essence de vingt-quatre romans, leurs climax. Mieux même. Respectueuse de notre créativité de lecteur, elle nous mène vers l’acmé puis efface sa trace de dea ex machina, laisse sur des pointillés qu’il nous revient de combler.
Nous avons donc droit à une leçon dans l’art d’écrire, de narrer. Un mélomane songera aux Variations pour clavier/piano d’un Beethoven ou d’un Bach. Un littéraire se remémorera les esquisses modernistes d’un Thierry Horguelin (un très ludique la Nuit sans fin en 2012, chez L’Oie de Cravan). Accaparer, en quelques lignes, quelques pages, l’attention du lecteur, le réveiller, l’obliger à participer. Élaborer des entames de thriller, saupoudrer d’accents policiers ou psychologiques, sociologiques… Instiller du mystère, de la peur, de l’humour, de l’émotion. Sans oublier un érotisme omniprésent.
Évelyne Wilwerth ! Près de quarante ans de carrière ! Des recueils de poésies, de nouvelles, des romans pour adultes ou pour la jeunesse, des contes, du théâtre ou même une biographie traduite en néerlandais et en anglais, un essai. Mais. Une éternelle jeunesse. Un pétillement. Elle qui aime tant la danse… elle danse. Elle virevolte entre ses récits sans jamais laisser s’installer la moindre goutte de superflu, de lourdeur. Légère et grave tout à la fois. Telle un papillon, nous renvoyant soudain l’image d’un monde empesé… qui nous entoure mais n’est pas le sien. Et on imagine sans peine la qualité (et l’ambiance) de ses ateliers d’écriture.


Philippe Remy-Wilkin, Karoo



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Caviar et lentilles
« Miteux et magnifiques », c'est un peu « caviar et lentilles » à la sauce bruxelloise. On y retrouve avec plaisir le style imagé d'Evelyne Wilwerth qui nous emmène dans les quartiers populaires bruxellois, parfois pouilleux ou pitoyables, mais dont elle nous montre le côté sublime et éclatant. Nous voici donc le long du canal à la suite de camions obèses, de péniches enceintes et de ciel androgyne. Ici plus qu'ailleurs sans doute, le magnifique côtoie le miteux, comme lors de ce numéro de voltige aérienne dans une décharge. Du poétique là où on ne l'attend pas. Composé de 24 petites histoires articulées autour d'un fil conducteur et de personnages récurrents, le livre est qualifié de « romanouvelles » par son auteur.
À lire d'une traite ou histoire par histoire lorsqu'on a un moment et de préférence dans des endroits insolites, aux fins fonds du métro ou dans une salle d'attente bondée.

Christelle Dyon, Métro.



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D’une écriture nerveuse, elliptique, dans une langue populaire orale avec ses abréviations de substantifs familiers, ce romanouvelles (sic) enchaine 24 courts récits baptisés nouvelles autour d’une flopée de paumés aux métiers divers qui vont de la déchetterie à la pêche à la ligne en passant par le chômage et les passes occasionnelles, plutôt d’ailleurs pour le plaisir. Des vies qui apparemment s’écoulent sans but comme l’eau sombre du canal où potes ou putes se rencontrent, se retrouvent, ou la plage où ils se donnent au soleil. Des paumés sociaux – « Vermines de Pakistanais », mus par l’instinct sexuel de survie, parfois aussi par l’appel de la beauté ou de l’esprit. Certains récits évoquent les nouvelles de Katherine Mansfield.
Heureux, malheureux ? des débris « bons(s) à jeter » comme les voitures déglingués empilées sur la couverture, ou joie existentielle de la figure rieuse de la quatrième de couverture ? Aux lecteurs de choisir.


Michèle Duclos, Poésie Première



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Les nouvelles rassemblées par Évelyne Wilwerth s’organisent selon deux axes qui ne cessent de se recouper : érotisme et énergie, sexe et violence. Il est vrai qu’entre les premiers et les seconds, la frontière est ténue et l’auteure ne se prive pas de la passer.
Les endroits où se situent les actions se trouvent, très symboliquement, aux alentours d’un canal, pas loin d’une déchetterie et d’un incinérateur. Les personnages, dont certains traversent d’autres histoires que la leur, sont, pour la plupart, des gens très ordinaires, soumis aux échecs, engoncés dans des existences inconfortables, hantés par l’impression d’être considérés au rebut ou du moins à la marge. Tous sont amenés, consciemment ou pas, à accomplir quelque chose qui les valoriserait à leurs yeux et à ceux d’autrui.
Souvent ils aboutissent  à un moment de bonheur fort qui les transporte ou même réoriente leur façon de se comporter. Cela sera aussi bien une vengeance cruelle qu’un orgasme tempétueux, une performance un peu folle autant qu’une rencontre de hasard bouleversante, une souffrance mise à distance au même titre que le passage à une nouvelle étape dans son identité ou la découverte d’une connivence inattendue.
Parfois, ces brèves nouvelles ont des aspects de polar, parfois de document sociologique, parfois de banal fait divers, rarissimement de conte de fée même si elles témoignent d’un irrépressible désir de vivre. Elles correspondent particulièrement bien à la définition du genre proposée par l’écrivaine : « Une histoire avec des trous. […] Parce qu’on ne précise pas tout. On suggère». Et, là, lecteur, il faut s’accrocher car Évelyne Wilwerth est la championne des ellipses, que ce soit dans la syntaxe d’une phrase ou dans la structure du récit. Quelquefois, le passage d’un moment, d’un lieu, d’un protagoniste à un autre est si abrupt que cela décontenance. Mais contribue au rythme accéléré de la narration car il n’y a pas place ici pour de l’ennui puisque tout se déroule à vive allure.


Michel Voiturier, Reflets Wallonie-Bruxelles



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Évelyne wilwerth emmène une cohorte de personnages autour du canal, à Bruxelles.

Sur la couverture de son dernier roman, une pile de carcasses de voitures, entassées les unes sur les autres. La photo a été prise à Bruxelles, le long du canal. Là où les ferrailles s'amoncellent. Le dernier opus d'Évelyne Wilwerth se passe en effet entre pont de Laeken et pont Van Praet. Dans ces endroits miteux de la ville, qui peuvent avoir des allures magnifiques. Tout comme ceux qui les hantent. D'une écriture ramassée, sans fioriture, parfois même elliptique, l'écrivaine (elle tient à ce “e”) suit des personnages, de récit en récit. Des gens un peu perdus, qui travaillent à la déchetterie, qui fréquentent la péniche-café, qui pique-niquent au pied du monument au Travail de Meunier, qui prennent le soleil à la Plage-Plaisir... Leurs destins se croisent et s'entre-tissent. Leurs trajectoires sont là drama- tiques, là rédemptrices. C'est toute une humanité qu'Évelyne Wilwerth fait vivre devant nos yeux. Et elle nous émeut

Vous avez catalogué « Miteux et magnifiques » « romanouvelles ». Néologisme ?         
C'est mon éditeur, Gérard Adam, qui a créé ce mot. Ce sont des histoires, des nouvelles, avec des personnages qui s'entrecroisent. Et, en fin de compte, cela forme un roman.

C'est Bruxelles le centre de ce livre. Celui du canal, au nord de la ville.
Je vis dans ce quartier depuis trente ans, très près du canal. Il n'est pas touristitique, mais je m'y suis atachée et je m'y sens bien. J'adore son mélange de cultures, .son côté populaire. En fait, il y a eu deux détonateurs pour ce livre. Il y a quelque temps, j'avais été à la déchetterie et j'avais trouvé que ce lieu avait une force incroyable. Et puis, plus tard, je faisais un tour en bateau sur le canal, je regardais les rives et j'ai le choc : une gigantesque colonne composée de vieux trams jaunes et ça formait une sculpture vertigineuse que je trouvais très belle. J'ai eu une émotion déferlante. Cette sculpture dégageait de la force et une certaine mélancolie, une tristesse, puisque ces trams avaient transporté des dizaines de milliers de vies humaines.

Tous vos personnages, Saïd, Bilal, Marlène qui se prend pour Marilyn, Mylène et Nestor qui font l'amour dans les conteneurs de la déchetterie, Fabiano le jongleur, Amsalu le balayeur de rue, vous les aimez tous ?
J'ai écrit ce livre avec de la tendresse, même pour des personnages pas toujours très gentils. Et je crois qu'elle s'est enracinée dans l'amour que j'ai pour ce quartier.

Il y a des drames dans ce livre, il y a des personnalités plus troubles.
La vie est faite de caresses et d'explosions, de gifles. Notamment chez des êtres, qui ramassent des baffes et en provoquent parce qu'ils ne se sont pas encore trouvés.

Mais vous leur donnez une chance, une rédemption.
Oui, vraiment. Bilal par exemple. Parce qu'il a beaucoup de fraîcheur, une profonde gentillesse et un désir de s'ouvrir. Et comme il y a cette ouverture, il va avoir une chance. Une manière de rédemption, de la transcendance. El le hasard de la vie qui fait qu'en errant dans les rues de Bruxelles, il découvre l'art. Et le désir de créer. La créativité est une des choses les plus magiques qui soient.

Une femme quitte son mari, un routier quitte son bahut. Votre leçon est : n'hésitez pas à changer de vie ?
Oh oui ! Le drame de la majorité des êtres humains, c'est leur peur d'aller au bout d'eux-mêmes, de prendre des risques, de se mettre en question. Il faut. Et si on se prend des vannes, c'est ça la vie.

Propos recueillis par
JEAN-CLAUDE VANTROYEN

Le Soir

Le Soir




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Evelyne Wilwerth, Miteux et Magnifiques, MEO, Nouvelles
Le style d’Evelyne Wilwerth, qui vient également de sortir un livre chez MEO, est tout différent. Dans Miteux et Magnifiques elle nous fait découvrir un monde tout proche qui vit autour du canal de Bruxelles. Des voleurs, des pervers, des délinquants tout comme des bonnes gens longent les mêmes rives, voient défiler leur destin. Le ton de l’auteur est vif, pétillant, toujours bienveillant. Du jeune immigré travaillant dans une déchetterie au couple qui y a élu domicile pour dissimuler ses ébats, ses personnages nous semblent vivants. Une sourde sensualité imprègne les pages du recueil. Avec Evelyne Wilwerth, même les miteux deviennent magnifiques car elle a l’art d’en faire émerger la beauté.
Pour ceux qui ne la connaissent pas, rappelons qu’Evelyne Wilwerth est un auteur de théâtre à succès qui a publié une cinquantaine d’ouvrages, pour adultes et pour enfants, dans des genres différents.

Évelyne Guzy, BXFM



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Sur les rives du Canal

Ce sont vingt-quatre récits que livre Évelyne Wilwerth, avec Miteux et magnifiques. Ces histoires brèves – quatre ou cinq pages pas plus – partagent un même cadre : on ne s'éloigne pas beaucoup des rives du Canal bruxellois, lieu surprenant et intriguant, entre les abords bucoliques et les casses ou la déchetterie environnantes. Si leur domaine est pareil, chaque histoire a son héros, sa vedette, de “petites gens”. Employé d'un parc à conteneurs, habitante sous un pont, couple en balade, ado à la recherche de sensations, jeune Rom qui tend la main aux automobilistes, pêcheur ou comédienne pour une pub... Tous connaissent les lieux. Qu'ils y vivent, qu'ils les traversent, qu'ils soient des habitués ou de passage.
Évelyne Wilwerth éveille le lecteur à ces vies, tantôt sinistres, tantôt fascinantes. On ne chemine pas longtemps en compagnie de chaque personnage. Au début, c'est à regret que l'on voit arriver le récit suivant. Mais ce serait la loi du genre. d'après l'auteure. Les nouvelles sont des « histoires à trous », explique d'ailleurs un de ses personnages, des histoires où « l'on ne précise pas tout, on suggère ». À peine le temps de s'attacher à un destin, de ressentir empathie ou révolte… qu'un autre fragment de vie s'ouvre à la lecture. Puis le rythme s'installe et on passe d'une nouvelle à l'autre avec la sensation de toucher à l'essentiel de l'humain. Sans fard, quand sexualité et désir s'invitent là où on ne l'imaginerait pas. Un livre coloré, en tout cas, pour l'auteure qui se plaît à préciser le turquoise ou le pivoine d'un vêtement.  Et pourquoi pas, une invitation à embarquer sur une de ces péniches qui sillonnent le canal.

En marche

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« Réveiler la vie », hideuse et belle, c'est selon…

Évelyne Wilwerth excelle dans la prise de notes rapide, quasi spontanée, figée dans l'urgence ; elle nous ramène une profusion de clichés pris à vif qui trahissent un irrépressible rejet de l'enfermement : Un papillon mortel ou alors une avalanche de pulsions libertaires qui vont dompter l'environnement pour ne pas subir son inerte tyrannie. Le paysage singulier – les rives du canal aux confins de Bruxelles –, impose à l'auteur de subtiles connivences avec la laideur (fosses de la déchetterie, carcasses de véhicules broyées, enchevêtrement de matières dévoyées de leur affectation première). Comment les êtres qui croisent ou décroisent leurs destins dans un tel amoncellement de squelettes métalliques arrivent-ils à vivre ? Comment communiquent-ils ? Comment cherchent-ils à préserver leur sensualité, leur intégrité physique, leurs rêves ? L'auteur parle de ce peuple blessé avec les mots du cœur, comme si la tendresse seule les sortirait du néant ; sans illusion toutefois, car la porosité s'installe entre les êtres de chair et les murailles terrifiantes de leur biotope. Plus de saisons dans l'enfer d'un tel labyrinthe où le jour et la nuit se confondent. Evelyne Wilwerth fait un croquis fort de ces figures improbables qui surgissent dans les travées d'une ville bombardée, enclavée dans ses propres déchets.
Bilal, Marlène, Bérengère, Raphaël et d'autres sont tenus de réinventer la vie et de se créer un univers de raccroc. Et c'est bien ici que les vingt-quatre nouvelles de l'ouvrage – qui se tissent comme des étoupes de laine sur le même métier – rendent le son d'une vie sonore et éclatante, toujours à mi-chemin entre la mitraille du passé et la provende du hasard... « Je suis l'enfant que je n'ai pas été », révèle une silhouette de passage, qui fait écho à cet autre qui se constitue un trésor de rapines ou de trouvailles insolites... Comment savoir ?
Si la vie s'invite malgré tout dans un décor de fin de règne, c'est que les Amandine, Gwendoline, Marlène et les autres filles de passage n'ont d'autre bien que la sensualité qui les distingue : « Oh briser la sécheresse, cette sécheresse mortelle depuis un an, redevenir juteuse, crémeuse, onctueuse, pulpeuse, baveuse, brûlante. » Quant à ceux qui restent à quai, comme Saïd, « foudroyé par la beauté », ils vivent en chasseurs ou en vigiles, ou en trafiquants de petits riens, soucieux de trouver du sens au jour qui vient. La romancière peint au couteau, à même le bois ou le métal, trempe sa plume dans l'encrier des consciences ou dans l'eau noire du canal. Elle saisit le temps par de très courts dialogues et un niveau de langue qui tient du frémissement sensible plutôt que de l'application syntaxique :
– Tu trouves que ça pue ?
– Pas plus qu'ailleurs.
– T'as pas une bière ?
– Non, mec.
– T'as pas un pétard ?
– Non, mec.
– Donc t'es rien.
– J'suis rien mais j'suis bien.
Chaque nouvelle s'inscrit dans le choc des rencontres en des lieux inhospitaliers
où l'immonde et l'abrupt s'approprient les rêves et les métamorphosent. Wilwerth force les barrages où la représentation de la mort doit être dépassée. Tel est le prix réservé au confort de l'instant volé. Voilà donc l'enjeu paradoxal de ces miteux et magnifiques qui optent pour la marge et se fidélisent à des valeurs en construction, déterminantes et fortes comme peuven l'être nos raisons de craindre et d'espérer.
Un roman qui ne lâche rien, qui marche sur les ruines d'une vie sociale à bout de souffle, qui opte résolument pour la célébration, le plaisir, l'instantané, la vitesse. Miteux et magnifiques, cousins éloignés de Colin et Chloé, les figures sensibles et pathétiques de L'Écume des jours ? L'huile noire du canal et son peuple de faux marins le chuchotent et le clament à l'envi.

MicheI JOIRET, Le Non-Dit


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C'est un roman fait de nouvelles qui se suivent et de personnages que l'on retrouve au cours de ces quelques 139 pages qui m'ont paru vraiment trop rapidement lues. Inutile de les qualifier, le titre en dit déjà très long sur le contenu. Je n'ai pas su freiner ma soif de lire ces mots qui disent la souffrance, la déchéance, la misère, l'amour, la mort! Et pourtant le texte est splendide, la poésie puissante , les portraits saisissants. Je découvre cette auteure grâce à Masse Critique et je ne vais pas en rester là bien entendu... Mais pour commencer, je vais relire ce livre que je ne pense pas avoir assez savouré.
Myriampele, Babelio

Une nouvelle découverte ,grâce à masse critique, que je remercie, d'une auteure que je ne connaissais pas.
Miteux et magnifiques, comme son nom ne l'indique pas, est un recueil de nouvelles, toutes plus surprenantes les unes que les autres. On y découvre de multiples vies qui se croisent, se frôlent, vivent des moments forts, qu'ils soient bons ou mauvais. Tous ces personnages se voient réuni par une chose peu commune, une décharge et le canal qui la borde. Il est difficile de décrire cette oeuvre, tant les nouvelles sont riches de tranches de vies, parfois douces, parfois malheureuses. L'écriture est belle est fluide, et il faut se laisser tenter par la curiosité pour naviguer à travers ces quelques 130 pages.
Je suis restée une peu sur ma faim, de ne pas en apprendre plus sur la vie de certains de ces personnages, et est été troublée par l'étrangeté un peu dérangeante d'autres, mais c'est une oeuvre que je ne regrette pas d'avoir lue.
Eleiwen, Babelio

Faut bien avouer que c'est un genre particulier. Au début j'aimais bien cette idée de découvrir pleins de personnages à travers différent(e)s chapitres/nouvelles mais en fait du coup on s'attache pas aux personnages et si histoire en soit n'est pas percutante, bah du coup c'est pas top. C'est pourquoi sur les 24 chapitres/nouvelles, il n'y en a vraiment que 4 ou 5 qui m'ont vraiment plu. Ce livre n'est donc pas un favori mais je ne regrette pas ma lecture, sinon j'aurais loupé ces 4 ou 5 chapitres/nouvelles que j'ai adoré et ça ça aurait été dommage.
Embooh, Babelio

24 nouvelles à la fois tendres et cinglantes ! Romanouvelles car elles sont reliées par une foule de légers fils... Et tout se passe sur les rives d'un canal, entre déchetterie et plage urbaine.
Ecureuille, Babelio


Il y a l'éboueur, des femmes jeunes et moins jeunes, belles ou pas, des hommes un peu perdus, un peu explosés, des personnages bousculés par la vie. Une galerie de portraits toute en sensibilité et compassion que nous offre Evelyne Wilwerth. Et pour décor, un canal orné d'une déchetterie, de montagnes de voitures et trams à la casse, et quelques péniches,... Plongez-y sans crainte.
Marinabxl, Babelio



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« Miteux et magnifiques » d’Evelyne Wilwerth (MEO, 2014), entre roman et nouvelles, raconte des vies ordinaires, à Bruxelles, du côté du Canal et de la déchetterie. Des Marylin de faubourg, des ouvriers, des enfants, des amoureux trouvent là, dans ce décor hyperréaliste, des histoires à dimensions humaines : des bouts d’amitié, des rencontres, des échanges. La vie n’est pas facile, le bonheur est parfois dans un piquenique partagé, on se perd de vue le temps de quelques années et l’on aurait mieux fait de garder l’adresse de ce nouvel ami. En petites phrases très elliptiques, gorgées de sensualité et d’humanité, Evelyne Wilwerth dévide les vies quotidiennes, laisse couler leur musique profonde. On se croise et il en restera toujours quelque chose d’essentiel.
Une petite musique s’éveille à lire ces saynètes ancrées dans la réalité : une musique des sentiments vrais, non spoliés, non pourris par la vie.
Philippe Leuckx, Les belles phrases et Francophonie vivante.





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