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Né en 1960 dans le nord-ouest de la Bosnie,
Zilhad Ključanin,
poète reconnu dans toute l’ex-Yougoslavie, s’est converti à la prose après le choc de la guerre. Ses romans et recueils de nouvelles l’ont hissé au rang des principaux écrivains bosniens contemporains. Après avoir été professeur de littérature étrangère aux universités de Tuzla, Zenica et Bihać, ainsi que rédacteur en chef
M.E.O. avait déjà publié la traduction française de son grand roman Shéhid.


Zilhad Ključanin

Le pont de la honte
Aquarelle de couverture :
© Monique Thomassettie, 1990


LE PONT DE LA HONTE


Roman
Parution 15 février 2016
176 pages
ISBN: 978-2-8070-0081-0
16,00 EUR

Titre original : "Vodeni zagrljaj", Bosanska Riječ
Traduit du bosniaque par Gérard Adam


S*, un faubourg au nombre immuable d’habitants. Faubourg qui, faute d’un pont, jamais ne deviendra ville.
C’est là que la belle Ezi décide de perdre sa virginité avec Poète Zeri, avant de s’en aller à Paris où elle deviendra la plus célèbre danseuse du Crazy Horse Saloon, à la grande honte de ses ex-concitoyens.
Mais pourquoi la rivière refuse-t-elle avec une telle rage de se laisser enjamber par un pont ?
Pourquoi, nuit après nuit, un pleur d’enfant en émane-t-il ?
Et quel est le secret si ténébreux de la naissance d’Ezi ?
À la prière de celle-ci, Poète Zeri se lance dans une enquête auprès de tous ceux qui détiennent une part du mystère, Professeur Muli, O Sole Mio, la devineresse Gagi…

Un roman dont la profondeur est en permanent filigrane dans la légèreté caractéristique et les pirouettes de composition de cet auteur inclassable.






Extrait


La rivière divisait S* comme la raie du cul. Raie par ailleurs étrange : à droite l’opulence, à gauche une excroissance morte. À droite, s’était plus ou moins développé ce qu’on peut appeler une petite ville ; à gauche, c’était resté le faubourg séculaire. Il y avait là quelque chose de vaguement diabolique.
IL Y A
quelque diablerie dans le fait que le faubourg ait toujours eu le même nombre de maisons, le même nombre d’habitants. Comme si, TOUT SIMPLEMENT, on n’y accouchait pas. Comme une pauvre fille attendant que se fasse connaître le père de son enfant : éternellement elle attend mais jamais il ne vient au monde. Évidemment, des enfants, il en naissait dans le faubourg, mais le même jour quelqu’un mourait : quelque vieux, ou même un jeune, si ce n’est la mère au cours de l’accouchement. Les balances de la vie et de la mort équilibraient leurs fléaux. Et tous s’y résignaient. Et tous savaient pourquoi.
EN OUTRE
les guerres peuvent bouleverser, on le sait, elles détruisent les équilibres. Encore que, pour le faubourg de la petite ville de S*, même les guerres ne se déroulaient pas comme dans le reste du monde. On tue quelques vieillards, on brûle quelques maisons, de ces vieillards qui de toute façon ne peuvent pas respirer sans une bouffée de la fumée de leur maison, quelques jeunes seront emmenés, l’un reviendra, l’autre sera condamné à une quête séculaire – et – c’est cela : le faubourg est vide, un hiver gèle toutes les toiles d’araignées si bien qu’elles ressemblent à d’étincelantes décorations de foire au premier soleil du printemps, un printemps qui ensuite décompose quelque poutre, le seuil de la maison grince sous le pas qui viendra avec le dernier souffle printanier – et – c’est cela, vraiment cela : pénètrent dans les maisons les rescapés du faubourg de la petite ville de S*, le nombre de pas, en fait, n’est pas le même qu’avant la guerre, les enfants nés durant l’exode sont encore dans les bras, il y en a juste le nombre pour que, OBLIGATOIREMENT, les balances de la vie et de la mort équilibrent leurs fléaux. Comme si, pour aller au diable, ils étaient sortis de cette RAIE de la rivière.



Ce qu'ils en ont dit


*

Comme une jeune pouliche à travers la tempête. Comme une pouliche folle !
A défait sa chevelure… S’est cambrée comme une bête assoiffée de lui !
Poète Zeri, comme tombe la pluie, déversa son ondée estivale. Précipitée. Violente…
Au milieu de la rivière flotte un drap blanc. Au centre du drap un bourgeon rouge se mue en rose…

Elle se tient au bord de la route.
Suivie par deux jeunes yeux dans un visage de vieillard, elle a refermé la porte sur elle, ouvrant celle de l’espoir.

Est-ce bien le chemin du ciel ?
Parsemé de roses pour guider le chemin.

Mais un jour, quelqu’un a raconté cette légende.
– Il y a longtemps. Très longtemps…
Elle ne sait pas pourquoi elle s’est souvenue de cette légende.
Quinze ans ont passé depuis que la première fois elle est entrée au Crazy Horse. Les plus beaux seins du monde partent à la retraite, plaisante M. Bernardin avec de l’amertume dans la voix… Plus jamais de pareils seins, plus jamais une pareille dans, soupire-t-il. Ezi le regarde…

Avant cela, la guerre, les vainqueurs descendent la colline. Ils ont encore mis la feu à quelques maisons, avec à l’intérieur quelques vieux pour qui sortir de la maison eût été entrer en enfer, et ils ont emmené quelques jeunes avec eux.

AVANT CELA, le désir s’est emparé d’un soldat… et il a emmené…
Mais pourquoi la rivière refuse-t-elle avec une telle rage de se laisser enjamber par un pont ?
La guerre était restée derrière elle, dernière frontière.
L’accompagnait seul un parfum de roses…

Marseille… et dans une ruelle…

O Sole Mio…

Poésie, sons, couleurs garnissent la palette des mots de Zilhad Kljucanin, cet inclassable saltimbanque bosnien. Vraiment je comprends Gérard Adam d’avoir traduit cette belle prière, secret écho d’une si ténébreuse naissance sous un pont.
.

Blog : Les plaisirs de Marc Page


*

Un pont, une oeuvre à nulle autre pareille

Un pont qui ne se construit pas et qui pourtant a son utilité : joindre les deux parties de la ville de S*. Honte aux habitants…
Zilhad Kljucanin est un poète bosnien réputé dans son pays. Il a tâté la prose et cela nous donne, entre autres, Le pont de la honte.
Le poète Zeri n’est pas spécialement heureux. Il aspire à un pont qui ne se construit pas. Il est à la recherche d’Ezi qui, loin de la Bosnie, se retrouve à Paris, au Crazy Horse Saloon. Diable, celle-ci a des seins particulièrement « alléchants ». Le faubourg est attaqué, chacun subit la dictature des vainqueurs. Professeur Muli, c’est l’intello, Gagi, la voyante et O Sole Mio, le chanteur… évidemment. Marseille et la Légion étrangère où le narrateur passe trois fois cinq ans et marche dans les sables près d’Oran.
Ce livre ? Une œuvre d’art à l’architecture surréaliste ! Les canons traditionnels sont bousculés : pas de numérotation de pages, mais un agencement qui nous frappe par son originalité. De plus, pas de trame, l’écrit papillonne d’un personnage à un lieu pour plonger dans le temps.

Ddh, Babelio

*

Voilà un curieux roman qui associe recherches formelles de facture moderniste, narration sinueuse et récit poétique proche à la fois de l'élégie, du surnaturel et du mythe. Dans cette critique, je vais essayer de dévoiler aussi peu que possible l'histoire et le dénouement.
Le récit est construit de manière hétérogène comme s'il était constitué de collages. Certains passages sont écrits sous une forme poétique où malgré l'obstacle de la traduction on sent que la musicalité et le rythme priment, notamment dans le recours aux répétitions, semblables à des refrains. Un chapitre entier se présente comme un dictionnaire où une succession de mots que le traducteur a eu la bonne idée de laisser dans la langue d'origine, ordonnés de A à Z, introduit le récit de la vie du père d'Ezi.
Le principe du collage s'applique aussi à la narration, qui n'est pas linéaire. Les personnages apparaissent un par un comme au théâtre sans que le lecteur comprenne immédiatement leurs liens avec les autres personnages. D'autant que l'auteur donne peu de détails. Si on prend une analogie avec le cinéma, les scènes sont décrites de manière assez dépouillée en plan serré, et le lecteur obtient peu d'informations sur l'environnement, sur le « décor ». Certains passages restent mystérieux et ne prennent leur sens que plus loin dans la lecture. Et comme on passe d'un personnage à un autre, on passe d'une époque à une autre.
Et je dirais presque d'une guerre à une autre car le malheur apporté par les guerres apparaît en arrière-plan permanent au cours du roman. Deuxième guerre mondiale, guerre d'Algérie, guerre yougoslave des années 90. En deçà de cet arrière-plan historique, certains lieux et symboles reviennent en leitmotiv : la rivière, le faubourg, coupé du reste de la ville, le pont virtuel qui aurait pu relier faubourg et ville, l'eau et les roses. Et tout au long du livre flottent regards, silence et secret qui peu à peu se dévoile.
Zilhad Kljucanin a dédicacé son roman à son frère Nihad. le traducteur du livre, Gérard Adam, a eu la gentillesse de me communiquer certaines informations biographiques sur l'auteur quelques jours après sa mort survenue la semaine dernière. Durant la guerre, le Bosniaque Nihad a été interné dans un camp serbe où il fut torturé et il en est revenu traumatisé pour le restant de ses jours. Z.Kljucanin fut lui-même correspondant de guerre et spectateur des horreurs de la guerre qui laisseront en lui des traces indélébiles. Il a écrit à cette époque des pamphlets très violents et haineux, reniés plus tard et retirés de la liste de ses oeuvres une fois l'apaisement retrouvé. Plus récemment, il a assisté à la montée de l'intégrisme musulman dans son pays.

Pleasant, Babelio.

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Une lecture que j'ai trouvé difficile, pourtant le livre n'est pas long, environs 200 pages (je dis environs car bizarrement il n'y a pas de numéros de page).
Si difficile que j'ai mis pas moins de 15 jours pour le lire alors que mon rythme est entre deux et quatre jours selon si c'est légé ou un pavé.
L'histoire à proprement parlé est découpée, mélangée avec un fil rouge, le pont d'un village isolé. Ce pont qui n'existe pas, ou plutôt ne veut pas exister car à chaque fois que quelqu'un entreprend de le construire, il disparaît dans la nuit.
Tout ce qui est brodé autour de l'histoire à été pour moi indigeste, l'écriture n'aidant pas car remplie de métaphores dont je n'ai pas saisi le sens, on passe d'un personnage à l'autre sans savoir pour quelle raison, certains événements n'ont rien à voir avec le reste, le phrasé essaye d'être poétique mais n'y parvient pas (ou alors je ne suis pas réceptif ne réussissant pas à m'immerger dans le bouquin).
La traduction à l'air bonne et je ne pense pas que le problème de compréhension se trouve ici, mais bien du côté de l'écriture originale.
La couverture du livre, elle, est très belle et représente une aquarelle de Monique Thomassettie.
Malgré ma critique je pense que des personnes plus philosophe que moi pourrons trouver plaisir à cette lecture.

Maks, Babelio

*

Une lecture qui me laisse assez mitigée.
J'ai apprécié l'originalité du style et la poésie qui se dégage du texte, cependant j'ai eu beaucoup de mal à tout suivre.
Le récit nous entraine d'un personnage à l'autre sans les identifier clairement parfois ce qui rend l'identification assez difficile.
Bâti autour d'une histoire de pont, ce roman nous transporte dans une ville où l'on aborde les thèmes de la guerre, l'amour, le départ ou encore l'absence d'un père.
J'ai apprécié suivre le parcours de ces personnages et nul doute que si vous êtes un peu plus "philosophe" et sensible à ce style littéraire que moi, vous apprécierez grandement ce roman...

Linou23, Babelio

*

Une histoire que j'ai trouvée profonde, troublante, sincère et émouvante.
Un parcours pour le moins troublant que nous conte l'auteur, d'une manière poétique qui trouble encore plus et donne une ampleur encore plus grande et profonde au récit.
(Comment ca je me répète ?)
On peut ressentir des personnages parfois fort, mais montrant aussi une certaine fragilité qui les rend plus accessible, plus "humains"0.
C'est le premier livre que je lis de cet auteur, mais je pense vraiment le suivre de près et repartir en voyage à l'aide de sa plume qui, bien que venant de loin, a su trouver sa place parmi les plumes que j'aime.
Ne lisant pas le bosnien, j'espère que plusieurs de ses écrits seront traduis et trouveront ainsi leurs place dans ma bibliothèque.

Alouqua, Babelio






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