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Écrivain en vue de la Fédération Wallonie-Bruxelles (Belgique francophone),
Daniel Charneux
construit depuis près de vingt ans un univers romanesque qui le conduit régulièrement à explorer des destinées réelles.
Ainsi de Marilyn Monroe dans Norma, roman (prix Charles Plisnier 2007), de Lady Jane Grey dans Si près de l’aurore (prix quinquennal Alex Pasquier du roman historique 2018) ou du moine japonais Ryōkan dans Nuage et eau (finaliste du prix Rossel en 2008). Ce dernier ouvrage, couplé à Maman Jeanne, a valu à son auteur d’entrer dans la collection patrimoniale belge Espace Nord
.
  À propos de Pre, son nouveau
roman, est de la même veine.
Les éditions M.E.O. avaient déjà publié de lui More, essai-variations sur la personnalité et l'œuvre de Thomas More.

Daniel Charneux

À propos de Pre
Illustration de couverture :
pexels.com

À PROPOS DE PRE

Roman, 2020
Parution le 1er septembre

152 pages
ISBN : 978-2-8070-0242-5 (livre) –  978-2-8070-0243-2 (PDF) –  978-2-8070-0244-9 (ePub)
15,00 EUR (imprimé) — 8,99 EUR (e-book)

Pete Miller, un jogger vieillissant, a été l’ami de Steve Prefontaine, une légende du demi-fond américain. Arrivé à l’âge de la retraite, il décide de raconter – avec pour toile de fond la participation des Nifty Tortoises, son équipe de vétérans, au célèbre Hood to Coast Relay et l’histoire des États-Unis des années cinquante à nos jours –, l’épopée sportive de celui que ses supporters surnommaient « Pre ». Un athlète qui professait une haute opinion de son sport : « Selon Steve, l’important n’était pas la victoire, mais la manière. Gagner une course en la gérant, restant prudemment derrière pour démarrer dans le dernier tour, c’était bon pour les poules mouillées, pour les comptables. Ce n’était pas ainsi que lui, Steve Prefontaine, voyait la course. “Et comment la vois-tu, la course, toi, Plouc, avait demandé Bowerman ? – Comme une œuvre d’art, coach ! Une œuvre d’art.” ».
Lui-même coureur émérite (ancien marathonien, il a réalisé 2h29' sur la distance), Daniel Charneux conjugue dans cette œuvre sa passion de l'écriture et celle du cross-country.


e-book
13,99 EUR
(à partir du 1er septembre)



Extrait



Depuis plusieurs années, j’ai envie d’écrire à propos de Pre. Si je me suis enfin décidé, c’est peut-être aussi pour raconter ma « grande aventure » de 2018. Oh, une équipée bien modeste, mais j’ai toujours cru, comme je ne sais qui le disait autrefois, que l’aventure commence au coin de la rue. Il a neigé, vous décidez d’aller courir au bois. Vous êtes le premier à fouler la neige vierge. Enfin, le premier humain, car mille petites empreintes vous révèlent un grouillement de vie. Dans le grand silence (la poudreuse gomme tous les bruits, et la ville est loin), seul le crissement de la neige fraîche sous vos pas. Vous prend parfois l’envie, comme autrefois, de façonner une boule, de la lancer au loin, dans le dos d’un pion imaginaire, voire d’y mordre, d’en sentir la fraîcheur vous brûler langue et palais, comme un granité. Et tout à coup, vous croisez un renard. Sur la couche blanche qui mange le paysage, son pelage roux. Vous vous regardez dans les yeux, juste un instant. Il fait volte-face, il a disparu. C’est une aventure, non ? […]

À son arrivée au labo, Steve a lancé aux chercheurs : « Beaucoup de gens courent pour voir qui est le plus rapide. Moi, je cours d’abord pour voir qui a le plus de tripes. Votre truc, je l’attends de pied ferme ! » On lui explique le principe du test, on lui traduit les chiffres établis par les examens précédents : plus de 75, le seuil de l’élite mondiale, plus de 80, un résultat atteint seulement par quelques skieurs de fond, quelques grands marathoniens. Steve est bien décidé à exploser les records. Les conditions de réalisation du test sont une épreuve en elles-mêmes. Quand on aime la course en plein air, la piste, le cross, c’est peu attrayant de galoper torse nu sur un tapis de course, des électrodes sur la poitrine enregistrant le rythme cardiaque, un masque sur la bouche et le nez mesurant le taux de dioxyde de carbone expiré durant l’effort. Un astronaute s’entraînant en apesanteur ne serait pas harnaché plus inconfortablement. […]

Courir sur tapis, j’ai essayé plusieurs fois, il faut s’accrocher. Quand on arrive – en tout cas moi – à quinze ou seize kilomètres à l’heure, l’essoufflement monte, la sueur commence à sourdre, le bruit de la machine perturbe presque autant que la peur de ne plus pouvoir suivre le rythme, de trébucher et se casser la figure. Quand on est au bord de l’explosion, on adresse un signe au technicien de laboratoire qui ralentit la cadence. Le test est terminé.

En janvier 1975, Steve est monté à près de vingt-six kilomètres à l’heure ! Un bison chargeant, un éclair, un ouragan ! Shorter, qui assistait au test, m’a dit un jour : « Il avait du feu dans les yeux ! » Résultat, traduit en code VO2max : 84 (à côté, mes 46…) ! L’un des plus hauts scores jamais réalisés.





Charneux court
L'auteur en pleine action




Ce qu'ils en ont dit

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C’est le souffle qui traverse ce livre et qui le fait vivre. Le souffle qui pousse le cri de la vie à l’instant de naître, fait jaillir l’écriture du magma du perçu, vécu, reçu, perdu… Le souffle qui arque le corps dans l’effort, la démesure de l’extrême, la rage de vaincre parfois jusqu’à en mourir. Bien sûr, la courte vie de Pre sera lue, à n’en pas douter, avec la curiosité et le plaisir que suscitera chez les lecteurs l’histoire d’une passion obsessionnelle au paroxysme de la volonté de vaincre. Ce qui me touche, […], c’est avant tout la façon de révéler l’authentique humanité de celui qui témoigne de tout ce qui fait la valeur d’un être : fidélité à l’enfance, le sens de l’amitié, la fraternité, l’amour et la peine qui n’a de résilience qu’en dépassement de soi; mais aussi la foi qui soulève le corps fourbu, l’âme blessée… le goût du partage, les balises des souvenirs et les petites allusions si essentielles à un écrivain coureur – ou l’inverse. Steve meurt à 25 ans. Peter lui survit et porte sur ses épaules le temps cumulé de leurs vies. Steve ne vieillira qu’à travers l’âge qui blanchira les cheveux de Peter ou de Bill et qui ralentira leur course, inéluctablement. Mais l'auteur l’écris dès la page 58: la vieillesse vous tombe dessus dès qu’on s’arrête de jouer… ou de courir. Vieillir, c'est cesser d’aimer, d'espérer, de penser, d’écrire… d’inspirer et d’expirer… C’est un livre d’amour que nous offre à lire Daniel Charneux, une ode à la beauté d’être.
Françoise Houdart.


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Steve Prefontaine est toujours considéré comme l’un des plus grands coureurs de fond américains. Il possédait un style unique qui consistait à prendre la tête de la course pour ne jamais la lâcher. De la sorte, il a pu gagner cent vingt-huit des cent cinquante-trois courses auxquelles il a participé. Un accident de voiture, à l’âge de vingt-quatre ans, a mis un terme à son existence. Daniel Charneux revient sur ce sportif hors-norme par le biais de Pete Miller, un jogger vieillissant. Arrivé à l’heure de la retraite, ce dernier décide de consigner ses souvenirs par écrit et de raconter l’histoire des États-Unis, des eighties aux seventies, par le trou de la serrure et en suivant le parcours de celui que ses fans surnommaient Pre. Au fil des pages, on rencontre un homme simple, qui professait une haute opinion de sa discipline sportive. Selon Steve, gagner importait certes, mais tout dépendait de la manière. Un livre à la première personne, mené comme un journal intime et qui mélange la grande et la petite Histoire. Un récit qui plaira aux amateurs de sports autant qu’aux nostalgiques d’une époque que les moins de cinquante ans n’ont pas connue !
Daniel Bastié, Bruxelles-Culture


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La Province

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La course en tête
Une bonne part des écrits de Daniel Charneux est consacrée à des évocations biographiques aussi diverses que celles de la pathétique Marylin Monroe, de l’humaniste Thomas More ou de Jane Grey, la très éphémère reine d’Angleterre. Cette fois, c’est vers le sport que se porte son éclectisme. Et en particulier vers la course à pied qui est, bien entendu, le « roi des sports » ainsi que tout sportif le professe au crédit de sa propre discipline. Avec À propos de Pre, c’est une légende de l’athlétisme américain, le champion olympique Steve Prefontaine, que Charneux ressuscite en enfilant les baskets de son narrateur Pete Miller présenté comme l’ami du coureur depuis l’enfance. Et qui partageait avec lui une même passion pour ce sport exigeant quoiqu’avec moins de réussite.
Natif de Coos-Bay dans l’Oregon, « Pre », comme Prefontaine n’aimait pas qu’on l’appelât, allait mourir dans un accident de la route à 24 ans alors qu’il affichait déjà un palmarès le plaçant parmi les plus grands. C’est parvenu à l’âge de la retraite que Miller entreprend ce récit qui intègre à la fois la vie et les exploits de son ami Steve, étroitement mêlés à la sienne, mais aussi, en toile de fond, les grands événements contemporains de l’Histoire américaine, depuis l’assassinat des deux Kennedy et de Martin Luther King ou la désastreuse guerre du Vietnam, jusqu’à l’extravagante affaire du Watergate et la démission de Richard Nixon. Point d’orgue sportif : les jeux olympiques de Munich en 1972, (théâtre par ailleurs du massacre des otages israéliens par le commando de Septembre Noir) où, aux 5000 mètres, Steve Prefontaine rate le podium d’une marche. Cette remarquable quatrième place, il la considère comme un échec et entend bien se rattraper quatre ans plus tard lors des J.O. de Montréal. C’était compter sans l’accident de bagnole qui lui coûtera la vie en 1975.
Une vie dont Pete Miller et d’autres anciens amis vont, en 2018, célébrer la mémoire en engageant leurs vieux os dans le traditionnel jogging géant Hood to Coast Relay : une course relai par équipes de douze au cours de laquelle plusieurs milliers de participants couvrent au total 320 kilomètres à travers l’Oregon, entre le Mont Hood et la ville de Seaside sur la côte atlantique. C’est le journal détaillé de ce défi que Pete Miller conjugue à son ode à Prefontaine, avec la réussite finale de l’arrivée de ces vétérans à Seaside et le dépôt de la médaille commémorative sur la tombe du champion.
Pour se divertir des nombreuses considérations techniques et de l’avalanche de chronos a priori ébouriffants qui émaillent cette épopée athlétique et feront certes vibrer les connaisseurs et autres aficionados, on découvre aussi, entre autres anecdotes, comment Bill Bowerman, un pote à Pete Miller et surtout grand ami et fidèle complice de Prefontaine, entra dans la légende. Il avait eu l’idée malodorante et presque suffocante de couler du caoutchouc dans le moule à gaufres emprunté à sa femme pour créer une semelle de compétition novatrice. Le résultat fut jugé concluant et pour produire son invention en quantité, Bowerman créa une petite entreprise qu’il baptisa d’un nom grec signifiant victoire. C’était bien vu. Prefontaine allait l’adopter à jamais et la semelle Nike allait faire un sacré bout de chemin sur les circuits et les trottoirs du monde…
Ghislain Cotton, La Carnet et les Instants.

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À l'ombre d'un champion

Cette lecture m’a rappelé ma première participation à des forums littéraires sur la Toile, je me souviens particulièrement de ce site Internet, désormais historique, sur lequel j’ai rencontré Daniel Charneux et des forums qu’il partageait avec quelques autres marathoniens pour évoquer leurs courses, leur préparation, leurs entraînements, leurs plus ou moins gros bobos et aussi bien évidemment leurs lectures. Je les lisais mais, étant un médiocre coureur à pied, je me tenais à l’écart de leurs discussions, préférant regarder le sport à la télévision. J’ai ainsi gardé le souvenir de beaucoup de coureurs, de courses, d’événements que Daniel raconte dans son livre dans lequel j’ai plongé avec une certaine délectation oubliant l’époque où j’avais l’impression que les lecteurs passionnés étaient tous des coureurs de fond et que, moi le sportif de télévision dans son fauteuil, j’étais un intrus dans le groupe.
Le sport est ma passion, j’ai été un médiocre participant mais un dirigeant avisé et très investi, je connais presque tous les sportifs que cite Daniel Charneux mais Prefontaine, Pre pour ses amis, m’a échappé, je ne me souviens pas de lui, même si je me souviens de Bob Schul, celui qui a battu Michel Jazy aux Jeux Olympiques de Tokyo où il a terminé quatrième tout comme Prefontaine à Munich. Pour moi les Jeux Olympiques de Munich resteront à tout jamais ceux de l’horreur, ceux de l’abominable attentat qui a décimé la délégation israélienne. Pour la première fois on attaquait mortellement des sportifs s’affrontant pendant ce qui était dans l’Antiquité une parenthèse de paix entre les peuples. Merci Daniel de m’avoir rappelé cette période que ma mémoire a un peu occultée.
Dans ce texte, Daniel Charneux a confié sa plume à Pete, un ami d’enfance de Pre, un gars qui à l’approche des soixante-dix ans court toujours, pour qu’il raconte ses souvenirs. Dans sa chronique Il évoque bien évidemment son enfance dans l’Oregon avec ce champion atypique bourré de talent, doté de capacités exceptionnelles, capable à l’entraînement de multiplier les efforts le plus épuisants mais un peu désinvolte et très soucieux de toujours déployer le maximum de panache, refusant les victoires de « comptables, ceux qui profitent des efforts des autres pour triompher ». Dans cette chronique, il raconte encore les courses qu’il effectue régulièrement avec ses amis du club de la petite ville de l’Oregon où il réside toujours et où est né Pre. Il décrit le plaisir de courir, la joie de raconter à ses amis du club des anecdotes sur la vie et les performances incroyables de son ami, son côté désinvolte, sa carrière inachevée. Et, il écrit « Comme chaque semaine ou presque, nous avons revécu le relais », le fameux relais, leur grand souvenir, leur épopée mythologique, leur participation à l’un de plus grands relais du monde le Hood to Coast Relay, environ trois-cent-vingt kilomètres km de course pour une équipe de douze relayeurs. Leur Graal, l’événement qui les a soudés à jamais par-dessus les générations, la différence entre femmes et hommes, leurs différences sociales et professionnelles autour de leur seul point commun : courir jusqu’au bout !
Pete, c’est un peu l’auteur ; comme lui, il court, il a un peu près le même âge, il est peut-être un peu plus seul, je ne connais pas suffisamment Daniel pour parler de sa vie privée pour savoir si elle pourrait ressembler à celle de Pete. Mais, Pete parle du monde qui va mal comme Daniel pourrait en parler sans ménager le Président des États-Unis, en dénonçant les règles absconses et les comportements irrespectueux de la nature, en élevant l’amitié au rang de vertu…
Cette évocation de la course à pied dans la nature évoque pour moi la lecture très récente de Monsieur Minus, le dernier roman de Laurent Graff, qui narre comment un richissime héritier fuit sa fortune en parcourant les sentiers de grande randonnée. « … Il sentait sous ses pieds les reliefs du sol, les cailloux, les mottes, les brindilles, les coques, qui agissaient sur la plante de ses pieds comme des aiguilles d’acupuncture, qui semblaient activer des réseaux de sensations parcourant son corps… ». J’ai trouvé dans ces deux textes le même plaisir de parcourir la nature et aussi un style et une écriture qu’on croirait appris à la même école. J’aimerais à croire que ses deux auteurs courent un footing ensemble ou partagent un bout de sentiers de conserve en parlant de littérature. Et, si je n’avais pas seulement rêvé !…
Débézed, critiqueslibres.com  et  mesimpressionsdelecture.unblog !


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Daniel Charneux nous met en nage du début à la fin avec ce superbe roman, où la volonté d’aller plus loin, plus vite et l’amitié sans détours sont les thèmes-phares de cet opus.
Pete Miller veut rendre hommage à son ami Steve Prefontaine, dit « Pre ». Plus de 40 ans après, il veut se souvenir de ce qu’était Pre, champion mondial de la course à pied ; il a côtoyé les grands, comme Puttemans ou Viren.
Il faut avoir couru, comme je l’ai fait moi-même à un niveau amateur, entendons-nous, pour comprendre l’adrénaline qui nous pousse à vouloir davantage, dépasser celui qui était trop souvent devant soi, battre son propre chrono, savoir souffrir…
Pete, sous forme de journal, raconte l’aventure sportive de son ami Pre, avec qui il courait dans les années 1970. Des années 50 à nos jours, sur fond d’histoire américaine, nous suivons une véritable épopée sportive.
En parallèle, avec quelques amis, le narrateur nous relate une course relais « Hood to coast relay », qui compte 1050 équipes de 12 coureurs, soit 12 600 participants. En faveur de l’association pour le cancer, maladie fatale à l’épouse de Pete. Ce dernier et ses coéquipiers, hommes et femmes, s’y étaient engagés en 2018.
Ce roman se lit avec plaisir et le lecteur souffre avec les coureurs, applaudit les performances et prend un fameux bol d’air.
Des moments émouvants aussi ! Par exemple, quand Pete nous parle de la Saint-Valentin, nous retenons comme une boule dans le fond de la gorge.
Daniel Charneux, en véritable conteur, sait nous captiver ! Difficile, voire impossible de ne pas lire ces 150 pages d’une traite.

© Patrice Breno, Traversées

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Daniel Charneux signe ici l’un de ses meilleurs romans, pour moi, le plus charpenté : tout s’y déroule en comme sous l’effet d’un mécanisme bien huilé, d’un de ces instruments de haute précision qui permet aux coureurs de vérifier à chaque instant leur temps, leur rythme cardiaque. C’est en effet l’histoire d’un coureur de fond – ou plutôt, de deux coureurs, l’un, le héros, l’autre, le narrateur, son ami. Un héros doté d’une volonté hors de l’ordinaire, qui parvient à mener toute sa vie, beaucoup trop remplie, avec un courage et une volonté rares. Obligé de choisir de petits boulots, répétitifs et épuisants, mais qui lui permettent de garder du temps pour l’entraînement. Gros problème : les compétitions organisées par les fédérations officielles n’acceptent pas de coureurs professionnels, donc rémunérés… cela le condamne donc, pendant pas mal d’années, à ce que l’on pourrait appeler une vie au rabais.
Un mécanisme bien huilé : le récit, fait à la première personne par Pete Miller, un jogger d’un certain âge déjà, se déroule au fil d’une course relais, entre la mer et la montagne, en Oregon. D’un relais à l’autre, viennent s’intercaler des retours sur leur vie d’étudiants, des souvenirs de sa vie de jeune marié, de jeune père, et puis, prenant de plus en plus de place, le récit des courses gagnées par son ami le champion, Steve Prefontaine. Chacune de ces courses, de ces victoires, est racontée sur un tempo haletant, et le suspense ne fait que grandir, de course en course, alors que, parallèlement, le narrateur, souffrant d’une blessure au pied, a beaucoup de peine à terminer les deux dernières manches de son relais.
Bien sûr, je ne vais pas vous raconter la fin de l’histoire. Mais ce que je puis vous dire, c’est qu’avec toute la richesse à la fois et la légèreté de touche qui le caractérisent, Daniel Charneux nous a concocté là un récit vraiment haletant, avec des moyens très simples, sans effets de manche ni paroxysmes de style : c’est que le vrai romancier est, lui aussi, comme un coureur de fond, ménageant ses effets, surveillant sa technique et, oserai-je dire, le rythme cardiaque de ses lecteurs.
Par ses réflexions sur l’histoire de la Famille Prefontaine, originaire de Beaumont-sur-Oise, sur la vie quotidienne à l’université ou ailleurs dans l’Oregon et dans les States, Daniel Charneux nous offre un tableau très vivant de la société américaine, sans oublier l’intermède tragi-comique de l’ère trumpienne. Les personnages secondaires sont très différenciés, très soigneusement traités. Et je vais quand même me permettre une courte citation, qui, en quelques lignes, est très révélatrice du caractère du héros (p.55, entretien avec soin entraîneur) :
Sur ce point, ils n’ont jamais été d’accord. Selon Steve, l’important n’était pas la victoire, mais la manière. Gagner une course en la gérant, restant prudemment derrière pour démarrer dans le dernier tour, c’était bon pour les poules mouillées, pour les comptables. Ce n’était pas ainsi que lui, Steve Prefontaine, voyait la course. « Et comment la vois-tu, la course, toi, Plouc ? », avait demandé Bowerman. « Comme une œuvre d’art, coach, une œuvre d’art ! »
Un maître livre, et un réel plaisir de lecture.

Joseph Bodson, Reflets Wallonie-Bruxelles.




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