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Né à Onhaye (Belgique) en 1946,
Gérard Adam

 est docteur en médecine, généraliste, acupuncteur et titulaire d'un certificat en médecine des catastrophes.
En temps que médecin militaire, il a été en fonction en Allemagne et au Zaïre avant de devenir le médecin-chef de l'École Royale Militaire.
Il a participé à l'opération Red Beam (Kolwezi 1978) et, en tant que Casque bleu, à la FORPRONU (Force de Protection des Nations-Unies en Bosnie) en 1994. Il a également été médecin conseil aux Mutualités socialistes du Brabant.

Outre des poèmes à l'adolescence, il publie depuis 1988. Son œuvre comprend une quinzaine de romans, recueils de nouvelles, documents… Il est également traducteur du bosniaque / croate / serbe.
Il a obtenu le prix NCR - AT&T 1989 pour son premier roman, "L'Arbre blanc dans la Forêt noire" ainsi que le prix Emma Martin pour son recueil de nouvelles "De l'existence de dieu(x) dans le tram 56" (M.E.O.)
Il a également été finaliste du Prix Victor Rossel, du prix Gros Sel (pour le présent ouvrage), du prix littéraire du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles ainsi que, à deux reprises, du Prix de la nouvelle Radio-France Internationale.

Trois de ses œuvres ont été traduites, l'une en néerlandais, une autre en bosnien, la troisième en croate.


Gérard Adam

Qôta-Nîh
Photo de couverture :
© Gérard Adam

Qôta-Nîh

Roman, 2009

762 pages.
ISBN: 978-2-930333-27-4
30 EUR

Qôta-Nîh, le “Pays des eaux”. Île où une civilisation originale fondée par les jumeaux mythiques Medvâm et Gamgô a longtemps coexisté en syncrétisme avec deux religions importées.
Qôta-Nîh, devenue île paradisiaque pour touristes fortunés.
Qôta-Nîh, emportée par l’épidémie intégriste qui infecte le monde.

Sur les “Bâqi”, pentes abruptes au pied de falaises, se sont réfugiés les survivants de la folie assassine qui a empoisonné les eaux de la lagune. Parmi eux, le “qîvar” Deïrnér, chef des thérapeutes et référent spirituel du peuple qôtanér. Deïrnér, qui commue en rêveries ce qu’il n’ose plus considérer comme une méditation. Deïnér, enlevé avec celle qui deviendra sa disciple pour prodiguer ses soins au chef des “fanatiques” réfugiés dans les grottes de la montagne.

Bien loin, en Occident, Bruno traîne une jeunesse aussi dorée que désabusée à la fac de Droit, s’encanaille dans un bistrot minable, décoche sa verve sur tout ce qui passe à sa portée. Jusqu’au jour où l’amour le sidère. Au jour où un attentat fomenté par des intégristes, lui aussi, l’emporte dans un noir tourbillon.

Trait d’union entre les deux, Jean, philosophe désenchanté, ami de l’un et demi-oncle de l’autre, venu achever ses jours et chercher la sérénité à Qôta-Nîh, le paradis sur terre où il a vécu son enfance. Jean dont “les cahiers”, après sa mort, ont abouti entre les mains de Bruno. Des cahiers qui nous apprennent tout de Qôta-Nîh, sa langue, sa culture, sa légende fondatrice, sa marche forcée vers le modernisme et les événements qui l’ont fait basculer dans l’horreur. Jean, dont le destin a peut-être déterminé celui de Qôta-Nih dans le “Gôn”, cette matrice des univers, d’où tout provient et où tout revient.



Ce livre a fait partie des 5 finalistes pour le prix Gros Sel 2009





Extraits


Que nous est-il arrivé ?
Filles et fils de Medvâm,
Fils et filles de Mouhaddi,
Que nous est-il arrivé ?
 
Installé sur mon trône de pierre, adossé au Rocher de Gamgô, je laisse filer mon rêve et planer ma question.
Le soleil dans sa plénitude a fracassé le miroir des eaux comme la décade effroyable a fracassé nos vies. Infinité d’éclats, déchiquetage de troncs, poteaux électriques aux fils échevelés, carcasses éventrées de dâto-vêga, murs effondrés de ce qui furent nos demeures.
Décor de notre exil, permanent rappel des ravages de la haine.
Mais à cette heure où l’astre décline, ces fragments se relient en luisantes coulées qu’infiltrent les bandes sombres des terres.
Qôta-Nîh se prépare à l’union nocturne.
 
J’ai l’âge de ce soleil.
Comme lui, à un moment inscrit dans le cours des astres, de moi inconnaissable mais dont je sais la sourde approche, je basculerai dans les ténèbres et mes Q’âts se refondront au Gôn.
Laisserai-je un sillage de lumière, aussi fugace que celui de l’astre ?
Ou des nues effaceront-elles aussitôt la trace de mon passage ?
 
Chaque fin d’après-midi, mon sentier m’attend, interdit à tout autre. J’y chemine entre roches et buissons, psalmodiant l’invocation que mon père m’a enseignée pour tenir en respect tout en l’honorant mon serpent tutélaire.
Sûr est mon pas, régulier mon cœur, paisible mon souffle.
J’ai soixante-six ans.
 
Mon père ignorait son âge. Il avait délégué au serpent le compte des lunaisons et des mâna-qîrga. Le compte aussi des bonheurs et des souffrances qui burinent un homme, des jeunes exaltations aux résignations tenant lieu de sagesse. Quand sa voix se fêlerait, même s’il refusait de l’entendre, même si, l’entendant, il se forçait à la raffermir, le serpent ne serait pas dupe.
Deïrnér, m’a-t-il dit sans se retourner, le jour où il m’a décrété digne de lui emboîter le pas, le désir de vivre s’accroche à ce que tu ne seras plus, comme une femme redouble de séduction lorsqu’elle sent ton amour tiédir.
Un jour, il n’est pas revenu.
Un jour, je ne reviendrai pas.
 
Recevrai-je avec le venin réponse à ma question ?
Celle qui s’est imposée à moi lorsque après l’empoisonnement des eaux je me suis adossé au Rocher sur le trône de pierre, et que je roule et roule comme, par-delà Qôta-Nîh, l’océan roule infiniment ses vagues ?
 
Moi le dernier Gamgô-q’îvar… !
Moi qui n’aurai eu ni fils ni disciple. Dont la fille Môsiré est morte comme sont morts quasi tous ceux qui s’opposaient à la haine, et quasi tous ceux qui la propageaient. Dont l’ultime descendant, ma petite-fille Néroé, captive de l’épouvante, vagabonde aujourd’hui par les méandres de ses visions, de même que naguère, à moins qu’il ne faille dire jadis, Ghaïnér, Tareq, Jean et moi vagabondions par les méandres des Vêoma-Qôta, pêchant le boûloû, chassant l’iguane, observant avec fascination l’ondoiement d’un cobra des eaux.
Ghaïnér, fils de la Medvâm-mâna-sânia, Tareq, fils du hôdyâm des Mouhads, Jean, fils de la missionnaire de Youssoukri.
Et moi, Deïrnér, fils du Gamgô-q’îvar.
 
La moûsbé de Tareq, après avoir été celle de son père Ibrahêm, je devine entre les palmes son min’rêb fauché, le cuivre et les tuiles vertes de sa pointe fichés dans la vase qui envahit sa cour. Du Medvâm-Voûqa ne subsiste pierre sur pierre et de la statue fracassée qu’un œil éteint fixant un ciel que plus jamais il ne verra. Au centre des ruines, brandi comme un poing, le dernier pan du Qôta-Mâna-Vêga, l’orgueil de Ghaïnér. Et entre les deux, les vestiges de l’église, dont les débris ont écrasé le mausolée de Jean.
Mon cher Jean, qui ne peut même plus s’y retourner en voyant ce qu’est devenue son illusion de paradis sur terre. Mon pauvre Jean, qui avant de mourir avait reçu en rêve la prémonition d’un anéantissement auquel, parmi tous ceux qu’il aimait, j’échapperais seul.
Mais pour quel témoignage ?
 
En classe, Maryâm-Odile nous avait parlé d’une ville bâtie comme nos demeures le long de chenaux et dont les habitants, comme nous, se déplaçaient en barque. Les églises y étaient plus vastes que le Voûqa et la moûsbé réunis. Leurs façades comme leurs statues étincelaient d’or. Venise était son nom. Qôta-Nîh, disait Maryâm-Odile, était la Venise d’ici et Venise la Qôta-Nîh de Vâni-Qôta. Pour nous, le merveilleux ne résidait pas dans l’existence ailleurs d’une ville semblable à notre île, mais dans la révélation qu’en dehors de Venise et Qôta-Nîh, les gens ne vivaient pas au bord de chenaux et ne se déplaçaient pas en barque.
La décade effroyable a ruiné Qôta-Nîh, quand Venise traverse les siècles.
Grâce à l’or de ses églises ? Le Seul Dieu des Mouhads, le Bon Dieu Père de Youssoukri, sont-ils avides au point d’épargner ceux qui leur bâtissent de riches sanctuaires et d’anéantir les autres ?
Ou parce qu’il n’y avait là que des églises ?
Venise eût-elle abrité voûqas et moûsbés, peut-être serait-elle engloutie, peut-être les eaux de sa lagune seraient-elles comme les nôtres pourries par le poison.
 
Ghaïnér affirmait que ni le Seul Dieu des Mouhads, ni le Bon Dieu Père de Youssoukri, ni Medvâm et Gamgô n’existent et n’ont existé, mais qu’il fallait respecter leur image dans les têtes. Notre rêve les forge comme lances et boucliers, pour tenir en respect la souffrance et l’angoisse. Mais pourquoi ces armes, au lieu de nous défendre, ont-elles déchaîné les pires souffrances, et bien au-delà de l’angoisse, les plus effroyables terreurs ?
Tareq, du temps où il affirmait sa pensée, proclamait que le Seul Dieu préfère un idolâtre au cœur pur à un dévot qui de son front balaie cinq fois par jour la terre mais exploite ses serviteurs et fait trembler sa maisonnée.
Jean, peu avant sa mort, a désigné l’ombre d’une palme sur le carreau. Deïrnér, m’a-t-il dit, si tu l’observes d’un autre point, l’ombre sera différente, et quand le soleil se couchera, nous ne la verrons plus. Le Seul Dieu des Mouhads, le Bon Dieu Père de Youssoukri, sont pareils à ces reflets de palme. S’il existait un dieu, il serait la palme elle-même, hors de portée de nos regards, à nous qui restons cloîtrés dans nos demeures, errant d’une chambre à l’autre et nous cognant aux murs. Et plus haut que la palme il y a le soleil. Et au-delà du soleil bien d’autres astres. Et au-delà de ces astres…
Mieux que nombre de Medvâmérs, Jean concevait les Q’âts, le Gôn, la Grande Origine. Mais seule les concevait son intelligence.




Ce qu'ils en ont dit

C'est au rendez-vous d'un roman-fleuve que Gérard Adam nous invite dans ce Qôta Nîh où l'auteur tresse des chapitres sans cesse relancés par la méditation des personnages, les croisements de lieux et de temps…L'inspiration est au rendez-vous, le foisonnement ne manque pas, l'audace se pose comme une évidence et une nécessité pour l'auteur (…cf.La littérature à l'estomac de Benjamin Perret).

Il fait claquer, dans des chapitres où la seule liberté de raconter compte, le silence honteux de la plupart qui ne savent comment accueillir et en même temps critiquer, interroger, mettre en débat l'Islam, ses impasses et ses provocations et un catholicisme de plus en plus en déserrance, comme attiré par le vide et comme soucieux de se remplir encore des illusions que l'on croyait d'un autre temps. Vatican n'a de cesse, semble-t-il, dans un projet d'extrème radicalité, de pousser hors l'Eglise les croyants de bonne volonté. L'auteur nous permet également d'accompagner l'éblouissement de certains, de rencontrer la foi des autres, de renvoyer le croire au penser, de ne pas se laisser enfermer dans le silence des compromis infinis.

Dans le roman, cet Islam si controversé, attaquant les musulmans dans leur chair et leur devenir, n'est jamais nommé. Il se transforme en une religion, des situations, une sémantique imaginaires. Cela permet de s'approcher au plus près de la vie qui surgit de tout cet univers romanesque encore plus volontiers et d'entendre des personnages qui ne nous prennent pas pour les béni-oui-oui du dialogue (forcément entre monothéismes excités et dans l'exclusion d'un libre-penser) ou des enfants de choeur de la parole vide que signifie souvent la nébuleuse interculturelle.

Mais ce roman, c'est aussi une histoire d'amour, une suite de réflexions sur l'art de la médecine, une avancée dans la matière des chairs qui se décomposent sous le souffle déléthère des intégrismes, une balade dans un monde en paradoxe permanent et qui se découvre fasciné par l'hypothèse tangible de sa disparition…

Daniel Simon, http://traverse.unblog.fr/2009/08/30/gerard-adam-de-rtour/


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Voici un livre dense, beaucoup plus dense que ce que le nombre de pages ne peut indiquer...même si ce fort volume en compte 760 ! Se plonger dans sa lecture, c’est entreprendre un voyage, mais pas n’importe quel voyage…la traversée du livre est faite de méandres sinueux, de retours en arrière, de rencontres, de questions…

Présentation d'un interview réalisé par Edmond Morrel pour le site demandezleprogramme.be
et que l'on peut écouter sur
http://www.demandezleprogramme.be/Le-nouveau-roman-de-gerard-adam?rtr=y



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Défenseur de l'édition indépendante dénuée de toute dérive mercantile, Gérard Adam avait décidé en 2001 de ne plus publier ses ouvrages. Ce n'est pas pour autant qu'il avait cessé d'écrire et voilà que nous parvient cet étrange ouvrage qu'est Qôta-Nih.
Etrange parce que difficilement classable. Nous nous trouvons devant un mélange de poésie, de philosophie, de récit de voyage, de roman d'aventure, avec une pointe d'érotisme et de spiritualité. Etrange, je vous le disais et c'est certainement une des caractéristiques qui fait le charme de ce livre.

Qôta-Nih fut autrefois un paradis fondé par des jumeaux mythiques et divisé en deux religions, à la civilisation prospère qui peu à peu céda le pas à la modernité, à la soi-disant civilisation évoluée, au tourisme de riches et à l'intégrisme. Fanatisme et spiritualité se sont emparés du lieu, qui doit se chercher, retrouver ses marques et son devenir.
Parallèlement à cette évolution en forme de quête sociétale initiatique évolue Bruno, étudiant en Droit à la vie désoeuvrée. Son destin va croiser celui de Qôta-Nih, tout comme celui de Jean, un philosophe qui a grandi sur l'île et qui laisse derrière lui des pages entières, désormais entre les mains de Bruno, racontant l'histoire de Qôta-Nih, de son peuple, de sa langue, de ses us et coutumes.

Dans cette vaste fresque, Gérard Adam croise les époques, les réflexions et les personnages. Succession de pensées pour mieux appréhender le poids de deux religions, l'Islam et le catholicisme, dans ce qu'elles peuvent avoir d'aveugle et d'intégriste. Au nom d'une pensée quasi unique, des êtres sont bafoués dans leur foi et leurs libertés, des pays sont réduits au confinement et au silence. Et si enfin résonnait la cloche de la liberté? Car outre cette dénonciation à travers des destins meurtris, l'auteur ouvre également des portes, des pistes de réflexion vers un ailleurs qui se tournerait vers l'autre, vers l'amour et le futur. Pas d'angélisme dans tout cela mais une solide réflexion sur les dérives de certaines sociétés, les dangers de quelques modes de pensée lorsqu'ils sont devenus incontrôlables, incontrôlés.

Cette vision de la spiritualité n'est pas le seul élément du livre. Gérard Adam met également à profit sa formation de médecin, de soigneur des corps pour évoquer les blessures de la chair, les guérisons et les croyances. Et quand on soigne la chair, on soigne aussi l'esprit, d'une manière ou d'une autre. Un parcours qui s'égrène au fil des pages, tel un long fleuve pas vraiment tranquille qui raconte la vie dans ce qu'elle a de douloureux mais aussi de beau.

Etonnant récit que celui-ci, mêlant les genres et les styles, interpellant le lecteur à plus d'une reprise afin qu'il glisse sa main dans celle de l'auteur pour embarquer à bord de ce navire voguant vers l'inconnu. Un inconnu qui effraie et fascine à la fois car on sent, on sait, que l'on va vers des contrées dont il sera difficile de revenir tant elles vont bouleverser nos repères et remettre en question nos certitudes. Un voyage qui vaut le détour !

Sahkti, critiqueslibres.com



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Gérard Adam opte donc pour un récit polyphonique qui se prolonge dans la durée, qui multiplie les péripéties et les prises de voix. Ceux qui connaissent l'auteur de L'Arbre blanc dans la Forêt noire (1988) et de L'Impasse de la Renaissance (2001), ne s'étonneront guère de voir publier aujourd'hui, un roman polysémique qui tient tout à la fois de l'histoire, de l'initiation, de la chronique, de l'éthique et du symbole. L'auteur a visiblement cherché à formaliser la réflexion, les angoisses, les fantasmes et le produit dialogal de toute une vie. A l'entame du récit, on sent bien que les enjeux de I'intrigue, tout à la fois vécue - intensément -, rêvée et inventée, orchestrent la vie d'un homme et que cet homme est expressément requis par les créatures qu'il anime.
(…)
Ce souci d'humanité est bel et bien la colonne vertébrale d'une histoire qui raconte le monde dans sa diversité, entre barbarie et empathie, entre vie et mort, entre l'homo religiosus et le mécréant. On n'est pas peu surpris d'enregistrer, au cœur même de La fiction, des notations d'enfance et de jeunesse qui confèrent au corpus des vibrations singulières. Styliste averti, Gérard Adam possède l'art du contrepoint et la portée des rythmes courts: «Ne rien attendre. Le vide.», assortissant son propos de considérations plus large sur l'existence: «Quant à Jean, incapable d'accéder à l'amour captif dans son cœur, il avait renié sa religion. Il n'en est pas moins mort serein. La seule forme de sagesse qui nous soit accessible?»... «Tout être est éventail de possibles incarnés pour une fraction d'éternité. Concrétion d'immatériel, bourgeon du non-temps.»
(…)
Comme ceux qui sont entrés trop souvent- ou trop longtemps? - dans le chaudron des guerres et de la souffrance, Gérard Adam garde les yeux ouverts sur les moteurs du pouvoir et les incitateurs à la violence: «Les dirigeants des pays frappés louvoient entre contre-violence, phraséologie creuse et serments démagogiques. Ils sont condamnés à l'impuissance: les vrais remèdes s'en prendraient à l'ordre que les chargent de défendre et d'imposer à la planète les pouvoirs de l'argent qui les ont mis en place.» Mais le romancier est loin de verser dans le pathos. On, sent bien que la prise en compte écologique et sensible de la vie, entretient son rêve sinon ses espérances. Le romancier a particulièrement veillé à distinguer des «plans évocatifs» du reste de l'intrigue. Les tableaux de la vie quotidienne à Qôta-Nîh impressionnent par la précision du trait et s'inscrivent dans une sorte de musée imaginaire, porteur de sens et de lumière. Par ailleurs, l'écriture poétique ajoute à la couleur d'un récit aux incursions kaléidoscopiques. Séduisant dans sa composition, fascinant dans sa force digressive, il trahit les sismogrammes d'un homme de conviction que tout ramène à la nature humaine. La «vision» de Gérard Adam s'inscrit dans notre histoire. Elle émane d'une confusion des valeurs sur fond de guerre et elle touche à la difficulté d'être.
Sans doute, le récit «masqué» d'une expérience unique, indissociable d'une sensibilité abyssale...

Michel Joiret, Le Non-Dit.


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Gérard Adam porte en lui-même son jugement, ses formules, sans jamais se référer à la culture des autres. Un écrivain exceptionnel.

M.N, Nos Lettres


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Tous différents, tous fragiles.
L'ambition de Gérard Adam est admirable. Pas seulement à cause du volume de Qôta-Nîh. Mais surtout en raison de sa volonté d'embrasser quelques débats résolument contemporains. Les plus évidents sont l'intégrisme religieux et la fragilité des cultures. Posant les pieds sur deux espaces différents – l'un ressemble à notre société, l'autre est une île lointaine – où les sociétés se sont organisées chacune à leur manière et souffrent d'agressions caractérisées, l'écrivain ne se contente pas de copier et de coller des arguments souvent entendus. Il les inscrit dans le cadre d'une fiction dont les principaux personnages souffrent dans leur chair, dans leur âme. Et nous avec eux.

Pierre Maury, Le Soir


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Gérard Adam, un retour après huit ans de silence

Les rapports fluctuants de Gérard Adam avec la publication depuis la sortie de son (désormais) avant-dernier livre chez Luce Wilquin (L'impasse de la renaissance, 2001) méritent qu'on s'y attarde un moment. Fin 2004, dans un entretien paru dans Le Carnet et les Instants, il avait secoué le milieu littéraire et journalistique, en annonçant son intention de cesser de publier'. En résumé, il estimait que la presse manquait singulièrement de curiosité envers les écrivains de notre Communauté et avait un peu trop les yeux fixés sur la capitale française. A l'entendre, sans le coup de pouce que peut procurer le travail des journalistes, il est presque impossible à un auteur de faire connaître son œuvre au grand public. Ecoutons-le décrire son état d'esprit : « La Bérézina de mon dernier livre (il s'en est vendu moins de 100 exemplaires) a déclenché une crise dont je n'ai pas encore tout à fait compris l'ensemble des sources, partiellement frustration narcissique, partiellement irruption d'un nihilisme philosophique et partiellement lucidité psychologique douloureuse2. J'ai compris que j'étais fait pour écrire des livres, pas pour me débattre dans l'arène du "book-bizness", pour laquelle j'ai toujours dû surmonter une grande répugnance. De même que j'avais été médecin pour soigner des malades, pas pour gagner du fric (ce que je n'ai d'ailleurs jamais su faire (mais en médecine et à l'armée, ça me conférait plutôt une aura; le milieu littéraire est sans doute plus matérialiste). De plus, j'ai pris conscience de ce que le type d'écriture qui est le mien, une littérature de témoignage avec l'exigence de superposer les différentes strates d'une réalité existentielle et d'établir les résonances entre elles, est tout à fait à l'opposé de la littérature ludique qu'on affectionne à Paris et que je n'estime guère (même s'il y a bien sûr de belles exceptions). J'apprécie peu le Champagne et ses bulles, je préfère de loin un vieux bourgogne dégusté en silence. Mes personnages sont des solitaires, fût-ce au cœur de la foule, des êtres qui à la fois vivent intensément, s'abstraient de ce qu'ils vivent et le réfléchissent; c'est vraiment aux antipodes de la littérature parisienne à succès. »
Si entre-temps son opinion sur la presse et le milieu littéraire n'a pas changé, sa stratégie éditoriale a, pour sa part, évolué, au sens où, aujourd'hui retraité, il s'occupe activement d'une association, MEO (Mode Est-Ouest), qui a publié des traductions d'auteurs bosniaques et où, donc, vient de paraître un gros roman de 760 pages, Qôta-Nîh. Focalisé sur le destin tragique d'une île imaginaire condensant les décors de plusieurs pays lointains fréquentés par l'auteur, le livre interroge, dans une construction polyphonique, l'ici et l'ailleurs, le passé, le présent et l'avenir, à travers l'entrelacement des monologues intérieurs de deux personnages, le chef spirituel du peuple qôtaner et Bruno, un étudiant en droit. Le trait d'union entre ces deux personnages très éloignés l'un de l'autre à tous égards sera constitué par la découverte de cahiers rédigés par l'oncle de Bruno et qui décrivent en détail la civilisation de l'île menacée de perdition.
Un livre qui, par l'entremise d'une fable, entend dresser le bilan des désastres provoqués par la folie humaine, tout en s'interrogeant avec inquiétude sur les promesses de l'avenir...

R.B, Le Carnet et les Instants n° 159

1. « Gérard Adam, l'écrivain qui ne voulait plus publier », dans Le Carnet et les Instants, n° 135, décembre 2004.
2. L'entretien que nous avons eu avec Gérard Adam est antérieur à la sortie de Qôta Nîh.


Carnet-199-1

Carnet-159-2


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C'est un livre magique que j'emmène le soir dans mes reves.

Rouhart, Babelio






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