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Né en 1955 en Ardèche,
Jean-Louis Massot
vit depuis une trentaine d’années à Bruxelles, où il anime depuis 1995 les éditions Les Carnets du Dessert de Lune.
Il est l’auteur d’une quinzaine de plaquettes et recueils de poésie, ainsi que d’une pièce de théâtre.
Écrits après la mort du père de l’auteur, ces poèmes sont dédiés à son souvenir.
Ils sont illustrés par des dessins de Gérard Sendrey, un des maîtres de l’art brut.
Avec une préface de Daniel Simon.


Jean-Louis Massot

Séjours, là - couverture
Dessin de couverture :
© Gérard Sendrey


SÉJOURS, LÀ

suivi de


D'AUTRES VIES


Poésie, 2013
112 pages
ISBN: 978-2-930702-40-7
14,00 EUR


Écrits après la mort du père de l’auteur, ces poèmes sont dédiés à son souvenir.
Ils sont illustrés par des dessins de Gérard Sendrey, un des maîtres de l’art brut., dont les œuvres sont exposées à travers le monde dans de nombreux musées consacrés à l’art brut et ses apparentés, Bègles, Dicy, Lagrasse, Paris, Strasbourg, Villeneuve d’Ascq, Bruxelles, Lausanne, Zwole, Bönningheim, Vienne, Pampelune, Toronto, Carson City, Chicago, Milwaukee, New York. Il a créé le Musée de la Création Franche en 1989 à Bègles qu’il a animé jusqu’en 2009. Illustrateur de plusieurs livres, notamment de Jean-Louis Massot, il est également l’auteur de nombreux ouvrages.

Avec une préface de Daniel Simon.






Extraits


"Jean-Louis Massot n’agite aucun fanion au-dessus de sa barque, il file doux entre les vagues, le pilote ne prétend à aucune assurance, il tente, il essaye, il s’embarque à chaque fois en sachant « (…) que bredouille / l’on reviendra / de chaque nouvelle / saison de pêche / seul à jamais. »
J’aime les textes, les poèmes de Jean-Louis Massot pour cette raison simple, ils racontent notre histoire, ils parlent de notre embardée commune, de nos singuliers équipages, de nos îles si lointaines et jamais atteintes. Ses poèmes nous accueillent dans un univers fraternel – « Les tuiles cassées / de l’appentis / laissent passer la
pluie » – et « Les soirs d’été, / nous restons au jardin / à regarder le ciel / se traîner au-dessus de nous ». « Séjours, là » fait partie des carnets de route que la poésie nous offre discrètement, que l’on fourre dans sa poche, « on ne sait jamais… ça pourra toujours servir », et qu’on lit pour agrandir le monde, son monde, toujours en train de nous fausser compagnie.
Daniel Simon, extrait de la préface.

*

Dans la fraîcheur du matin
bien avant
que s’évapore
la rosée,
dans les lignes
creusées sur la terre
nous avons semé
épinards, princesses,
laitues des quatre saisons
et de la mâche qui tiendra
jusqu’aux premières gelées.
À la radio ils ont
dit que les grosses chaleurs
étaient derrière nous,
ont enchaîné
sur des inondations,
des attentats et sur l’atoll
de Bikini désormais
classé au patrimoine mondial.

*

Tenir après
la mort d’un proche
avec la frustration tenace
que plus rien
désormais
ne sera partagé
et que bredouille
l’on reviendra
de chaque nouvelle
saison de pêche
seul à jamais.

*

Son téléphone portable
collé à l’oreille droite,
elle affiche un si lumineux sourire
malgré la froide pluie
de janvier
qu’à l’instant où il l’a croisée,
il se serait bien métamorphosé
en clavier de portable
sur lequel elle aurait posé
des doigts qui doivent être
doux comme
une parole indienne.

*

Dans les jardins qui jouxtent les maisons au sortir des villages, il demeure de vieux messieurs aux visages burinés qui sourient avec malice quand ils vous montrent du doigt les premiers semis qui percent la terre qu’ils ont retournée au début du printemps comme s’il s’agissait de parcelles fertiles sur lesquelles sont tracés les sillons de leur vie. 




Ce qu'ils en ont dit

Des poèmes clairs et désabusés comme le son d'une porte qui claque.

Didier Rougeyron, Radio Lyon, émission "Quartier Livres".

*

Père-mort-vie quotidienne. En première partie des poèmes doux et simples sur la figure paternelle, son environnement, ses occupations partagées : le bricolage, le jardinage. « Nous avons semé/épinards, princesses ((haricots)),/laitues des quatre saisons/et de la mâche qui tiendra/jusqu’aux premières gelées ». Un papa roi du coulis de tomate pour ses fameux « hamburgers à cheval » (viande saignante avec un œuf baveux dessus). « Tenir après/la mort d’un proche/avec la frustration tenace/que plus rien/désormais/ne sera partagé… Seul à jamais ». Dans ces poème l’auteur, à la personnalité attachante, évoque les meilleurs moments passés avec son père : « Les soirs d’été,/nous restons au jardin/à regarder le ciel ». L’humeur du temps si importante dans ces vers : « De son costume/de deuil gris/le ciel s’est vêtu ». La difficulté d’extérioriser dans les mots le deuil. Les illustrations de G. Sendrey offrent une parcelle de bonheur : cultivons notre jardin. En seconde partie, des poèmes en prose sur les bruits de la ville : quand on ferme les yeux, on entend les murmures de la mer ; sur les SDF du métro ; les navetteurs qui jaillissent des trains de banlieue, les ouvriers et leur vie de labeur, l’étudiante qui sirote un café. Les rires, les larmes… La vie comme elle va. Lycée.

O. B., Inter C.D.I.

*

Sous une écriture aux apparences de simplicité, Massot aborde des problèmes profonds liés à l’existence. Le sentiment de finitude qui hante l’homme face à la mort. Celle-là même sans doute qui le mène à se réjouir de la nature mais aussi à souhaiter d’aller vers ailleurs ; celle-là aussi qui fait que les choses finissent par s’user, se casser comme les sentiments. C’est le sort du vivant autant que du fabriqué, qui aboutit à une absence remplaçant la présence. Et la récurrence du mot « nuage » (objet insaisissable, protéiforme, éphémère, nomade, porteur de pluie ou révélateur de soleil, opaque ou translucide, en apesanteur dans le ciel) est significative au plus haut point.
Massot prend pour matière poétique un quotidien de proximité souvent attiré par le lointain. Il aligne des photos virtuelles que des vocables ordinaires décrivent concrètement. Là sont jardins et potagers, maison qui se déglingue ou devenue trop grande avec les années, outils rouillés, technologie informatique invasive… Là cohabitent personnes à mémoire fidèle et vieillards victimes d’Alzheimer, saxophoniste de jazz, clientèle d’un bistrot, navetteurs abonnés au train, mendiante quémandeuse, patiente atteinte d’un cancer du sein…
À travers cet échantillonnage de vie, souvent, l’intime rejoint l’universel ; l’individuel ou la solitude se relient au collectif. Des tableautins familiers se joignent aux portraits doux amers de ceux en train de vivre « des bouts d’existence / qui peu à peu se disloquent ». D’où l’inanité de toute vanité. D’où une attention portée aux choses simples, aux moments fugitifs autant qu’au malaise intérieur qui se terre en chacun.
Le vocabulaire est usuel, simple, direct. Il mène à une compréhension immédiate qui ne doit pas faire oublier la richesse de ce qui est suggéré au-delà d’eux : « Sous les/mots/on entend/parfois /la/vie/qui/ se craquelle ». Dans certains poèmes en prose, l’auteur se risque à des phrases plus complexes, étirées en vue d’une perception davantage pénétrante. Les illustrations de Gérard Sendrey, par contre, laissent le lecteur sur sa faim car elles s’avèrent trop anecdotiques.

Michel Voiturier, Reflets Wallonie-Bruxelles


*

L’éditeur du Carnet des desserts de lune est assez rare en poésie pour que l’on s’y arrête. Il a publié dans la décennie 90 une bonne douzaine de plaquettes, trois ou quatre seulement, depuis lors, dans la décennie passée. Jean-Louis Massot atteint avec le temps et l’expérience une réelle simplicité, je veux dire par là, qu’il parle de choses simples, entre jardin, pêche et nuages, et cette appréhension évidente des actes et des paysages apporte comme une nouvelle candeur pour un retour à l’origine où niche une poésie brute qui étonne de par sa force pure. L’expérience et le temps ont en effet apuré l’écriture, même si une certaine mélancolie en colore la matière : …ce regard triste / qui semble dire / quelque chose / que je ne veux pas / comprendre Le poète est souvent dans la position de l’attente et de l’observation. Il y a l’immensité des ciels où l’on ne s’imprègne pas de l’énigme des étoiles mais des couleurs infinies et des formes indéfinies du jour. En contrepoint au spleen des gens proches qui s’en vont doucement, Jean-Louis Massot aime bien sourire des mots, comme le titre l’atteste. Il y a un peu de deuil au fond du café comme un sucre sombre qui le rend plus amer. La seconde partie du livre « D’autres vies » donne davantage de poèmes en prose et s’intéresse à autrui dans les petits malheurs quotidiens ou les grands drames de la vie. Jean-Louis Massot fait preuve du même regard bienveillant et compatissant. Les gens sont pris dans la routine anesthésiante des jours. Seul un poète qui leur propose ce livre leur fera prendre conscience de leur cécité et de leur silence. Jean-Louis confère beaucoup de douceur au monde. Gérard Sendrey illustre simplement et naturellement les pages de son ami.

Jacques Morin, Décharge n° 158



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Jean-Louis Massot, dans Séjours, là (Ed. MEO) multiplie les simplicités de langage pour honorer un père, un métier, des usages d’aujourd’hui, en poèmes versifiés ou en brèves proses. L’humour n’est pas absent de ces assauts quotidiens à l’adresse d’un  réel qui n’est ni banal ni trivial ni ressassé. Le poète ardéchois nous fait entrer dans sa maison et on sait qu’il peut tout : il écoute les bruits de la ville… montre du doigt les premiers semis… la radio diffuse/ les soucis du monde.
Les thèmes abordés font écho aux  solitudes,  aux petites misères. Le poète énonce les réalités qui glissent, du soleil, de la radio, des autres « vies ». J’aime assez qu’il puisse écrire :
mais tous les mots
que tu voudais écrire
restent
à  l’intérieur de toi


Philippe Leuckx, Journal des Poètes


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Dans Séjours, là, est posée la question de ce qu’on peut attendre d’une vie qui « se craquelle ». « Un peu d’eau fraîche, un quignon de pain ». « Modeste est notre requête ». Les nuages (qui reviennent souvent sous la plume du poète) vont peut-être  nous donner quelque message : « à troupeaux de moutons, / à tête de hyène », les nuages parfois « lassés de leur mélancolie » se séparent ou « jouent des coudes » lorsqu’il s’agit de « Tenir après / la mort d’un proche ». Le vieux peuplier, le  vieux saule n’échappent pas à la chute, laissant des « phrases inachevées ». Que retenir, les bras ouverts ?
Dans « D’autres vies », nous parviennent les bruits de la ville et des gens qui y habitent. Chacun enfermé dans sa solitude : « parler aux chiens, aux/ chats, aux plantes vertes/ lorsqu’on a plus/personne à qui/ raconter des bouts / d’existence / qui peu à peu / se disloquent
 ». Les voyageurs gardent cependant l’espoir « d’un rayon de soleil qui prendrait la forme d’une femme qui serait là pour les attendre ». Que donner à la tristesse ? Du calvados ou de la camomille ? Ou peut-être retrouver l’enfant qui croit que « la terre est ronde comme un ballon/qu’il suffirait de pousser/ Pour qu’il roule dans le bon sens » ?
Avec humilité le poète pêche des mots dans le ciel et dans le quotidien de chacun, nous laissant deviner tout un pan de non dit qu’un roman porterait peut-être au jour déjà esquissé par ces fragments de vie.

Jacqueline Panorias (Revue Poésie Première).



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Jean-Louis Massot me surprendra toujours. Actif dans tous les sens du terme, éditeur à l'enseigne des "Carnets du Dessert de Lune", qui avaient commencé sous forme de blocs-notes, puis dans toutes autres formes et formats possibles, il est de plus et souvent plusieurs fois par an l'auteur de recueils de poèmes peu traditionnels, que je vois même comme des exutoires de son humour et plus encore d'une créativité pour le moins anecdotique –  ce qui en l'occurence est un compliment. Son dernier opus s'intitule “Séjours, là” et j'y retrouve le personnage nomade et volontaire, sans trop de racines sinon les siennes propres, que nous connaissons depuis qu'un jour il vint à notre Théâtre du Gril, puis disparut dans un monde de salons et de festivals incroyable, Il s'automoque : "Mais qui les écoute nos histoires que l'on couche sur des feuilles de papier blanc..." ou n'épargne pas les confrères : "Finalement ils lisent et puis s'en vont. Les gens ont écouté leurs poèmes mais personne ne les a aimés." Mais quand l'émotion perce, elle touche profond, sans cris. Un vrai poète donc.

Paul Van Melle, Inédit nouveau.




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Les mots du quotidien

« Sous les / mots / on entend / parfois / la / vie / qui / se craquelle » : ainsi s'ouvre le nouveau recueil de Jean-Louis Massot intitulé Séjours, là et paru aux editions M.E.O. Recueil dont on a quelque peine à saisir la cohérence générale, mais qui présente plus d'un aspect intéressant. La poésie de Massot est ainsi tout entière dédiée à la description du quotidien : « Le soleil glisse / derrière le toit de la maison. Les volets sont ouverts / qui laisseront entrer / la fraîcheur de la nuit. Sur la table de la cuisine / la radio diffuse / les soucis du monde. » Un quotidien sans fioritude, mettant en scène quelques tranches de vie : « II lui dit avec des mots / qui sautent sur la langue / comme une fricassée Je chanterelles / dans une poêle, / qu'il est temps de parler sérieusememt de cette maison (…) » . Une   poésie qui aussi, malgré une apparente simplicité formelle, laisse entrevoir un intéressant travail poétique, notamment dans ces textes qui s'approchent du haïku : « Trois corneilles / plus une / sur le faîte du toit / près de la cheminée,/ regardent vers l'ouest/puis s'en vont. »
Dans la seconde partie de l'oouvrage, « D'autres vies », l'écriture devient plus prosaïque et narrative, les vers libres cèdent la place à la prose : « Son médecin lui a annoncé avec autant de désinvolture que s'il lui avait prescrit un sirop pour la toux, que seule 1'ablation d'un sein pourrait la sauver (...) », mais la préoccupation du poète reste identique : s'attacher à notre histoire, notre vécu : « Sa journée de travail finie, / II montera dans le train / qui le ramènera chez lui. » Sans plus de prétention que de nous faire voyager le temps d'une lecture, la poésie de Jean-Louis Massot délasse ; elle est, pour l'occasion, illustrée par le coup de crayon de Gérard Sendrey.

Primaëlle Vertenoeil, Le Carnet et les Instants
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Éditeur des Carnets du Dessert de Lune, Jean-Louis Massot nous rappelle qu’il est aussi un poète en ajoutant à la quinzaine de titres de sa bibliographie ce Séjours, là.
Dans la première partie éponyme du titre du recueil, comme dans la seconde intitulée « D’Autres vies », le parti-pris de simplicité est constant : la parole, directe, sans la moindre fioriture, ne surplombe jamais le lecteur ni les sujets abordés. Ainsi est-elle profondément, naturellement ancrée dans le cœur de la vie quotidienne, celle de l’auteur, celle de tous.
Dans le premier volet, le cadre de cette vie est le plus souvent celui de l’intimité du poète : maisons, jardins, nature, animaux, gens aimés ou seulement rencontrés. Avec une juste sensibilité, J.-L. Massot ouvre ses poèmes à l’accueil du monde, aux raisons que nous avons d’être en accord avec lui, même dans ce qu’il nous offre de plus modeste. Mais cette poésie ne se limite pas à l’acquiescement : pour l’essentiel, l’ensemble du livre développe le bref  poème liminaire :
Sous les / mots / on entend parfois / la / vie / qui / se craquelle
Aussi les atmosphères de bonheur, de paix apparente, seront-elles souvent traversées par des échos des malaises du monde :
Sur la table de la cuisine / la radio diffuse / les soucis du monde
Et ce que nous accorde la vie sera confronté à ce qu’elle nous refuse, nous enlève, nous laissant ainsi inaccomplis ou endeuillés : les ciels, les nuages, les oiseaux partent sans nous, des êtres chers disparaissent :
Plus rien / désormais / ne sera partagé / et […] bredouille / l’on reviendra / de chaque nouvelle / saison de pêche / seul à jamais
De toute évidence, une mélancolie parcourt ce recueil, mais J.-L. Massot ne la surligne pas, il lui laisse simplement sa place comme à tout ce qui fait notre vie, d’autant que parfois
Tous les mots / que tu voudrais écrire / restent / à l’intérieur de toi
Que « la vie se craquelle », le deuxième volet le confirme plus brutalement puisque les « autres vies » qu’il évoque sont le plus souvent celles de gens en perdition : malades, vieux, esseulés, mendiants, suicidaires… Là encore, c’est sans appuyer, sans même frôler le pathétique, que le poète nous donne à voir, à entendre, à comprendre cet autre versant de l’existence déjà en filigrane dans la première partie.
Ce livre d’une belle unité et d’une belle sincérité est, comme l’écrit le préfacier Daniel Simon, « une chanson qui tient le rythme de notre marche ici ».

Jean-François Mathé, revue FRICHES n° 113.


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Séjours, là de Jean-Louis Massot cache bien son identité : il est composé de deux suites de poèmes qui pourraient être publiées séparément, chacune formant un recueil d'une cinquantaine de pages. Si D'autres vies (la seconde suite) n'est pas sans intérêt avec ses petites scènes du monde tel qu'il (ne) va (pas), Séjours, là (la première), non seulement a retenu mon attention mais, d'une certaine façon, m'a ému.
Ce qui frappe dans ces poèmes (mais aussi dans la totalité du livre), c'est la volonté de Jean-Louis Massot de dépouiller le poème de tous ses artifices, de tous ses codes, de tout maniérisme… De le réduire à une parole nue quitte à ne traiter que de sujets appartenant au quotidien, au banal. Voilà qui va faire hurler les tenants du blanc qui troue le poème, les utilisateurs de la rature proprement imprimée et les lincuistres en tout genre… ou entraîner un silence méprisant des mêmes. Certes le "vers" se réduit parfois à un mot et c'est agaçant (pourquoi vouloir donner à tout prix une allure de poème à ce qui n'est qu'un aphorisme ?) Certes, le vers libre -standard ?-, largement utilisé, fait parfois regretter le chant… Mais il y a dans cette recherche de simplicité de véritables réussites qui devraient en réconcilier quelques-uns avec la poésie qui n'est pas qu'une affaire de poètes ou de spécialistes de la langue. Dire simplement les choses simples de la vie n'est pas sans dignité ni sans intérêt et Jean-Louis Massot le prouve. C'est parfois l'occasion de dénoncer la bouffonnerie du monde qui nous entoure ; qu'on lise cette strophe : "À la radio ils ont /   dit que les grosses chaleurs / étaient derrière nous, / ont enchaîné / sur des inondations, / des attentats et sur l'atoll / de Bikini désormais / classé au patrimoine mondial". Ailleurs, c'est la misère de vieillir ou le malheur de perdre un proche, ou la vie dans ce qu'elle a de dérisoire (mais qui en révèle  le tragique). Il faut citer ce poème : "Les tuiles cassées / de l'appentis / laissent passer la pluie / qui trace sur les murs / où s'affaissent des étagères
emplies de pots de peinture, / de boîtes à écrous, à boulons, / à clous, à vis, à colliers, à chevilles, / de longues traînées rouillées / comme des phrases inachevées / qui vont se perdre / dans le fracas d'objets / posés sur le sol en terre battue."
 Ces moments d'émotion ou de presque bonheur que Massot prend au piège de ses poèmes ont tous rapport avec la mort du père, semble-t-il. Il n'y a pas d'effusion inutile (les choses sont dites de la manière la plus neutre qui soit), mais comme un désir de partager avec le lecteur ce quotidien que nous sommes  nombreux à avoir en commun. On peut penser alors à ce qu'écrivait Jean-Michel Maulpoix quand il définissait son "lyrisme critique" : "Que pouvons-nous partager de plus intense avec nos semblables que la commune ignorance du pourquoi de notre existence ?" On pense aussi à la poésie du quotidien jadis défendue et illustrée par un François de Cornière… Mais qu'importent les étiquettes, les références ou les comparaisons ? Massot est Massot. Et qu'importe si parfois la tension manque et que le poème donne alors l'impression d'avoir été forcé parce que, peut-être, les mots auraient dû rester à l'intérieur de Jean-Louis Massot…

Lucien-wasselin, http://www.recoursaupoeme.fr


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Depuis plus de 20 ans, Jean-Louis Massot taille sa route de poète et d'éditeur sans se soucier le moins du monde de l'écume des actualités dévorantes.  Il écrit peu et publie encore moins depuis La sève des mots-cerise parue en 1994 ; dommage car ses écrits permettent de découvrir son univers humaniste et généreux. Pas de pitreries verbales ou de fioritures : il est ici question de présence au monde à travers un ancrage profond dans le quotidien. La première partie du recueil est consacrée à la disparition du père, père qui a laissé une demeure en ruine et un grand jardin « qu'il a nourri / saison après saison ». Il tentera de retrouver les gestes qui permettront de redonner vie à ce potager avant de retrouver d'autres vies et d'aller à la rencontre de ceux  que l'on oublie, qu'ils soient chômeurs de la sidérurgie, vieux paysans abandonnés par un système destructeur ou encore errants des villes déshumanisées. L'essentiel est de «retenir /quelque chose / de ces instants-là », à la manière d'un G.L. Godeau à qui peut s'apparenter Massot dans cette émouvante approche des choses de la vie et de ces moments suspendus où les êtres se révèlent.  On lira et on relira ces poèmes qui sont, comme l'écrit Daniel Simon dans sa préface, « des éclats dans le marbre ».

Georges Cathalo, Revue Texture         http://revue-texture.fr/spip.php?article486



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Jean-Louis Massot n’est pas seulement éditeur aux éditions Les Carnets du Dessert de Lune depuis 1995, il est aussi écrivain, auteur d’une quinzaine de plaquettes et recueils de poésie ainsi que d’une pièce de théâtre. Né en 1955 en Ardèche, il vit depuis trente ans en Belgique, à Bruxelles.
« Séjours, là » est un recueil de ses poèmes illustré par Gérard Sendrey édité aux éditions M.E.O.
Gérard Sendrey, né en 1928, réside à Bègles où il a créé le Musée de la Création franche en 1989 et qu’il a animé pendant 20 ans. Ses œuvres sont exposées dans de nombreux musées consacrés à l’art brut à travers le monde. Il a collaboré à de nombreux livres édités par les Carnets du Dessert de Lune.
La préface, signée Daniel Simon décrit à merveille l’univers commun au poète et au dessinateur fait de simplicité et d’une grande humanité : le préfacier parle d'«univers fraternel ».
Massot cultive sa poésie comme d’autres leur potager. Ses mots sont comme des légumes bio : simples mais sains et porteurs de tout l’amour du cultivateur qui les a fait pousser. Ses poèmes parlent des gens simples, parfois des exclus auxquels il redonne une humanité perdue. Ce sont les poèmes où il est question des souvenirs qui nous lient à ceux qui sont partis qui m’ont le plus émue par leur justesse et la tendresse qui s’en dégage.
Un des poèmes de Massot m’a fait penser à la très belle chanson de Barbara « Pierre ». Voici cet extrait (il n’a pas de titre, comme tous les poèmes du recueil) :
Les tuiles cassées
de l’appentis
laissent passer la pluie
qui trace sur les murs
où s’affaissent des étagères
emplies de pots de peinture,
de boites à écrous, à boulons
à clous, à vis, à colliers, à chevilles,
de longues traînées rouillées
comme des phrases inachevées
qui vont se perdre
dans le fatras d’objets
posés sur le sol en terre battue.

Marianne Desroziers, lepandemoniumlitteraire.blogspot.fr





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