Bouton
Retour au catalogue


Né à Budapest en 1951, de père hongrois et de mère française Yves CALDOR (Yves Káldor) a vécu sa prime enfance – bilingue – en Hongrie et, à partir de 1956, après l’intervention soviétique contre l’insurrection de Budapest, en France. À l’adolescence, suite à la séparation de ses parents et au remariage de sa mère, il découvre la Belgique (le Hainaut) puis Bruxelles (où il vivra plusieurs années) avant de se réinstaller en Wallonie ; il affirme volontiers qu’il se sent Belge, Bruxellois et Wallon, tout en gardant vivantes en lui ses souches magyares et françaises.


Yves Caldor

Train-enfants
En couverture :
Le train des enfants, carte postale de l'époque communiste

(coll. privée de l'auteur)

Le train des enfants

Roman, 2015

136 pages
ISBN 978-2-9-8070-0041-4
(E-books:
PFD : 978-2-9-8070-0042-1
ePub : 978-2-9-8070-0043-8)
15,00 EUR

« Le train des enfants », roman autobiographique, est paru pour la première fois aux éditions Bernard Gilson en 2001 après un premier roman remarqué (« L’enfant de la Puszta », prix Alex Pasquier). La disparition de la maison d’édition ne lui permettra malheureusement pas d’obtenir la notoriété qu’il méritait. Il reparaît aujourd’hui dans une édition revue et augmentée
« L’exil, on le balade toujours au fond de soi. Quelquefois, nous croyons le lire dans les yeux des autres. Ce n’est pas toujours du racisme ou de la haine qu’on y peut déceler, mais une lueur indéfinissable, qui semble nous murmurer doucement : “Non, tu n’es pas d’ici ; tu as l’air gentil comme ça, et nous aussi nous voulons paraître gentils, polis ; on fait semblant de rien, mais dans le fond, même si nous t’acceptons, tu n’es pas d’ici.” »
« Je ne me définis pas comme immigré ; je suis d’ici et de tous mes là-bas. Une obsession : les racines “doubles”, les miennes, celles des autres ; comment parler de “ça” ? Comment écrire à propos de “ça” ? Est-ce donc si difficile ? Oui… j’essaie ; se définir, se redéfinir sans cesse ; toutes mes racines, mes strates ; que de stratagèmes pour n’en perdre aucune ! »


« Écrit dans un style qui évolue avec l’âge du narrateur, le livre […] évoque avec justesse et retenue le cheminement qui le mène à la découverte de lui-même […] Ses nombreuses références à l’Histoire, à Bruxelles, à une Hongrie désillusionnée et sceptique aux portes de l’Europe apportent au récit cette touche de vérité qui en assure le plaisir et la crédibilité. »
(M.V., La libre Belgique).




EXTRAIT

Tout cela, c’était avant.
Puis un jour, quelque chose s’est détraqué. Ils étaient chez des amis ; Nicolas-Miklós a entendu ses parents parler de quelque chose « qui avait fini par arriver comme on l’avait prédit », tout en montrant des avions qui volaient haut dans le ciel. La famille était vite rentrée à la maison.
Le lendemain, sur le boulevard Christina avec sa mère, Miklós-Nicolas avait ressenti une grande frayeur. Une sorte de grosse machine verte, genre tracteur à chenilles, munie d’un tube immense, s’était arrêtée juste devant lui dans un souffle rageur, et un homme avait surgi de la tourelle, l’air un peu inquiet. « Un Russe », avait laconiquement lâché Maman. Un peu plus loin, il avait dû réfréner une envie subite de vomir : un autre soldat gisait, tranquille, mais curieusement aplati devant un autre char ; « un Russe écrasé » avait commenté sa mère. Un autre jour, Papa était rentré tard, accompagné de son meilleur ami István, des bandages autour de la poitrine, ses vêtements tachés de sang. Maman semblait furieuse. « Pourquoi avoir été là-bas prendre une balle perdue avec ces écervelés ? Tu ne penses pas à nous, András ! » Cette fois-là, la frayeur de Miklós avait été plus forte encore.
Heureusement, certains soirs, Miklós pouvait s’amuser avec les autres enfants de l’immeuble, parce que tout le monde devait descendre à la cave. Ces soirs-là, insouciant des bombardements, que d’ailleurs il n’identifiait pas, il pouvait parler hongrois, car sa mère n’avait pas l’air dans son assiette. Même la guerre a ses bons côtés.
Mais ça n’a pas duré : ses parents n’étaient pas de cet avis et on a quitté Budapest. Le départ a été précipité et Miklós-Nicolas ne se souvient même pas d’avoir pleuré. Pourtant, il laissait beaucoup de choses derrière lui : pastilles au citron, bibelots-de-Mámika, jardin aux orties et aux ribizli de l’oncle Illés, hippopotame farceur, funiculaire et Train des Enfants de Grand-Père, les copains de la rue Karthauzi, le petit Maxim ; et Válika…
 
Papa est parti seul de son côté, Miklós-Nicolas ne se souvient pas comment. Lui, il voyage avec Maman, sur un bateau. Une fois ou deux, le capitaine lui a laissé la barre entre les mains. Et même sa casquette.
Puis on est arrivés à Vienne. Sa mère disait : « le monde libre ! » Mais auparavant, il avait aussi entendu des adultes discuter du « monde libre », à Budapest, juste après la mort du Monsieur moustachu – « Père des Peuples » – qu’on voyait sur certaines statues. (Le jour où ils avaient vu de très près la grosse machine verte, Miklós-Nicolas avait justement remarqué, gisant à terre, une statue du même Monsieur moustachu – « Père des Peuples ». Ils devront la réparer», avait-il pensé. « La tête de Staline s’est détachée du corps ! » avait observé Maman.)



CE QU'ILS EN ONT DIT


Difficile d'être hongrois et français

Le train des enfants se trouve à Budapest, Miklos/Nicolas s’en souvient. Il s’appelle Miklos selon son père hongrois et Nicolas de par sa mère française. Ce train pousse à la nostalgie.
Miklos a 5 ans et demi quand il quitte Budapest avec sa mère pendant que son père fait de même avec un ami. Le couple et Miklos se retrouvent un peu partout : ils fuient le régime totalitaire communiste. La révolution de Budapest en 1956 a fait croire à un renouveau où la liberté ferait loi ; las, les chars russes écrasent tout espoir. Janos Kadar remplace Imre Nagy. Au gré des pages, la vie de Nicolas/Miklos défile. Sa famille qui se désagrège, ses années d’ado et sa scolarité difficultueuse, ses premiers émois amoureux, sa vie de couple et sa course effrénée à recouvrer son identité : magyare et/ou française.
Yves Caldor tient le lecteur en haleine non seulement par le tragique des situations que le narrateur vit quasi en permanence, mais aussi par la diversité de l’approche du texte. Il y a du texte en italique où le narrateur réfléchit sur sa condition de réfugié, d’intégré dans un pays où germanité et latinité s’épousent. Il y a aussi un récit sous forme de conte qui magnifie l’enfance. Il y a aussi une réflexion sur la situation politique en Hongrie et le manque de réaction des Européens de l’Ouest sans oublier que les réfugiés se retrouvent déçus de l’Eldorado rêvé en Occident

Ddh, Critiqueslibres.com et furet.com.


*


À la recherche du temps perdu

C'est un livre sur l’exil. « Le pire dans l'exil, c'est que les autres, ceux du cru, les non-exilés en bref, arrivent facilement à nous salir nos origines. Elles ne sont pas si bien que ça, leurs origines, puisqu’ils sont venus s'installer chez nous ! C'est du moins les pensées que je leur prête – encore aujourd'hui – les jours où je me sens à l'étroit. » « Au bout de tant d’années, j’essaye d'ausculter ce sentiment d’exil qui pointe en moi. L’exil, il me semble que je ne l'avais jamais ressenti. Ou alors, pas comme ça (..) Or, depuis quelque temps, l’exil a pris en moi une existence propre; je prononce ce nom, d'abord en murmurant “exil”. C’est un mot froid, et qui fonce vers le large comme une torpille de sous-marin. Je viens de réaliser que j'ai laissé tomber ce pays qui était le mien. J'étais Hongrois. Je m’appelais Miklos. » « Tout ce passé qui m'assaille soudain : mes moi-mêmes en liberté. D’une certaine manière, la boucle se referme après tant d’années. C’est comme si le côté de Guermantes rejoignait celui de Swann. Ma recherche du temps perdu que j’essaye désespérément de rattraper. »
Vous l'aurez compris, il s'agit d’une page de vie d’un émigré hongrois qui, après avoir fui avec ses parents, l'invasion soviétique de 1956, se retrouve en France. Suite au divorce de ses géniteurs, il déménage en Belgique avec sa mère et son père d'adoption. Ce qui l’ennuie en Belgique, c’est le temps souvent gris. Et puis, la tristesse des couleurs. Il y a aussi les jours où ça va mal. Les jours « Belgique, graisse à frites ».
Il se fait traiter de sale fransquillon de Français par des types de haute taille, blonds et hautains, au curieux parler. Etudiant, il découvre Bruxelles, son anonymat terrible et protecteur, ses habitants au double langage.
Tenaillé par la nostalgie de son pays, la Hongrie, il y retournera plusieurs fois pour tenter de comprendre ce qui s'y est passé depuis qu'il l’avait quitté.
Au bout de sa longue quête, et une série de ruptures plus loin, il se demandera si, ce pays, la Belgique ne pourrait pas devenir le sien, ce pays où les gens du Nord, les Flamands, traînent davantage sur certaines voyelles, tout comme chez lui.
Cette diction qui, plusieurs années auparavant, lorsqu’il vivait dans la francophonie toute-puissante, lui pesait, le charme maintenant.
L'étrangeté de la langue d’ici contribue à le transporter dans cet ailleurs qu’il affectionne tant, car il peut s'y lover, s’y acagnarder tant qu'il veut. Voilà, il ne reste plus qu'à intituler ce livre « Ode à la Belgique ».

Darius, Critiqueslibres.com


*

L’auteur de ces pages n’a pas voulu écrire sa propre biographie ; mais retracer une histoire d’exil, en partie commune à tous les exilés […] Voici une histoire d’exil, elle ne se veut ni exemplaire ni extraordinaire. Simplement humaine. Ce qui n’est déjà pas si banal… [p. 9]
De la Hongrie à la France et à la Belgique, de villes en campagnes, et inversement, Yves Caldor narre le parcours de Nicolas-Miklós, né en Hongrie d’un père magyar et d’une mère française. Son double prénom, employé fréquemment au début du roman, signale d’emblée sa double appartenance linguistique, celle qui le différenciait déjà des autres enfants. « Étranger », il le sera encore lors de ses exils et départs successifs : pour fuir la révolution de 1956, en suivant ses parents lors de leurs nombreux déménagements en France, puis en rejoignant sa mère et son nouveau mari en Belgique. Excepté lors de quelques remarques, rarement mentionnées dans le récit, le jeune Miklós ne semble pourtant pas ressentir un sentiment d’exil et en souffrir. Ces pensées viennent bien plus tard, avec l’âge adulte, ainsi que le statut de père. Sans doute l’idée de l’héritage laissé à ses enfants amène-t-il la question de ses propres racines. En parallèle, se poursuit la recherche d’un lieu qui pourrait être sien, duquel il pourrait dire qu’il est « son pays ».
Les années passent. Est-il belge, français, hongrois ? Est-ce que cette question peut trouver réponse ? [p. 48]
Si l’histoire, ainsi qu’annoncé dès les premières pages, ressemble à bien d’autres romans et récits d’exil, à quelques « détails » près, sa particularité tient dans sa narration évolutive. Bien qu’à la troisième personne, le style adopté est d’abord celui d’un enfant, avec des phrases courtes, plutôt simples, de même que le point de vue narratif : les épisodes racontés sont ceux qu’aurait retenus un enfant, et le lecteur est placé dans la même situation d’incompréhension que lui, tout en faisant le lien avec l’Histoire hongroise en fonction des dates. Par la suite, avec l’âge, le regard se fait plus clairvoyant, et le style se complexifie, devient plus élaboré et plaisant pour moi. Intercalés entre les épisodes narratifs à la troisième personne du singulier, des extraits du journal de Miklós adulte, à la première personne, apportent un versant plus réflexif et un regard distancié sur celui qu’il était.
Un roman d’un exil et d’une façon de vivre avec cet héritage.

Mina Merteuil, monsalonlitteraire.blogspot.com/



*

On choisit ni ses parents, ni sa famille, ni l'endroit où l'on naît. Mais tout ceci, ce sont nos racines. Comment se construire alors quand on doit fuir son pays à l'âge de 5 ans ? Comment peut on vivre quand on abandonne une partie de soi-même ? On se cherche. C'est toute l'histoire de Nicolas, qui se cherche dans les pays où il vit : Hongrie, France, Belgique.... Dans les femmes : Monique, Pascale, Marie... Dans ses métiers, dans ses écrits... Un exilé sans racine, sans parent assez fort spour l'aider à reprendre racine…
Cette histoire de petit garçon devenu homme m'a un peu déboussolée... J'ai eu un peu de mal à accrocher. Mais petit à petit j'ai compris cet homme, victime de la folie des hommes, de la révolution communiste, de la crise d'un pays, la Hongrie... Combien de personnes sont-elles dans ce cas ? C'est le bouleversement d'un régime politique qui a détruit ce couple, cette enfance…
Je recommande ce livre pour entrevoir l'histoire Hongroise par le bout de la lorgnette. J'avoue que dans une bibliothèque ou une librairie je n'aurais jamais choisi et lu ce livre. Mais je ne le regrette pas. C'est bien écrit, agréable à lire.

Vertes collines, Babelio

*

J'ai trouvé la forme du texte intéressante, l'auteur adapte son écriture aux périodes de l'existence du narrateur et nous fait faire des sauts dans le temps pour éclairer telle ou telle réflexion. On suit bien le récit malgré tout et l'on ne s'ennuie pas.

lerital31, Babelio



*

Un roman qui s’apparente plutôt à un récit de vie. D’un homme qui a échappé à la Hongrie communiste, perdu la Hongrie éternelle, qui tente ensuite de relier les fragments de son identité. Ca interpelle en ces temps où l’Immigration devient un enjeu majeur. C’est émouvant et bien écrit, ça se lit agréablement. Et j’y ai vu tant et tant de convergences avec mon vécu qu’un certain trouble m’a saisi. Qui plus est, le hasard faisant bien les choses, j’ai croisé ce collègue pour la première fois lors d’une soirée littéraire et il m’est apparu aussi sympathique qu’appréhendé (surtout parce qu’il pose sur lui et ses aventures un regard lucide, sans dramatiser ou nier).

Philippe Remy-Wilkin, blog.


*

Il s'agit de la deuxième édition, revue et augmentée, d'une œuvre singulière, où l'auteur passe en revue sa vie à la lumière de la notion d'exil. Miklos- Nicolas ou Nicolas-Miklos, alias Yves Caldor, d'origine hongroise par son père, française par sa mère, se sent riche mais tiraillé par cette double racine, d'autant plus qu'il a quitté la Hongrie en catastrophe à l'âge de cinq ans, au moment de l'insurrection de Budapest, quand les chars soviétiques ont déferlé sur la ville en ébullition. Exilé de son pays natal, amené à vivre en France et en Belgique, il a longtemps « oublié » sa prime enfance et a perdu complètement la langue de son père. Ce n'est qu'à l'âge adulte qu'il a décidé de renouer avec ce passé et qu'il s'est mis à fouiller systématiquement dans ses souvenirs et ceux des autres, devenant l'archéologue de sa propre vie, et rassemblant au fil des pages des fragments pour tenter de la reconstituer au mieux. Il nous donne à voir ainsi les épisodes de sa vie et comment, après trente-huit ans d'exil et d'hésitation, il retourne voir la Hongrie, une Hongrie bien différente de celle qu'il a connue petit. Le récit est parfois un peu alourdi par des noms imprononçables ou des répétitions de faits déjà évoqués précédemment et repris de manière plus complète.
Plus que l'émouvant voyage dans la vie de l'auteur, qui goûte évidemment le plaisir de se replonger dans son passé, c'est l'aspect historique de la situation en Hongrie qui intéresse le lecteur lambda, et les sentiments ambivalents qui, sans doute, taraudent chaque exilé, d'où qu'il vienne et quel qu'il soit, ce déchirement inévitable entre deux vies, entre deux mondes, et la question, douloureuse, de garder vivant en soi cet autre monde ou de l'oublier, de le reléguer définitivement dans un passé révolu et asséchant.
Retrouver le pays de son enfance avec des yeux d'adulte, retrouver ce Train des Pionniers, qui existe toujours mais sous le nom de Train des Enfants, a été salutaire pour l'auteur. Yves Caldor a réussi à accoucher de sa Hongrie. Cette chronique lui permet de se réconcilier avec un passé trop longtemps nié, de se délivrer de son malaise, de faire le point et de faire le pont entre ses deux cultures et ses deux racines, ce pont que ses parents n'ont pas réussi à garder intact puisqu'ils ont divorcé.
Mais ce qu'il n'a pas encore réussi à faire, c'est réapprendre sa langue paternelle, ce magyar, langue finno-ougrienne si éloignée de nos langues indo-européennes, ce dialecte aux origines obscures, car « les Hongrois sont l'un des peuples les plus mélangés, avec des éléments tartares, mongols, persans, turcs, etc. ». Un etc. qui en dit long sur les migrations perpétuelles, les exils toujours si difficiles à vivre pour les individus comme pour les populations.
En fait, ce n'est pas l'histoire d'un exil qui nous est contée ici, c'est l'histoire de l'exil.
Pour information, la première édition date de mai 2001, aux éditions Bernard Gilson, et comporte 125ages.

Isabelle Fable, Reflets Wallonie-Bruxelles n° 46.

Bouton
Retour au catalogue