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Poète, nouvelliste, romancière,
Isabelle Fable
est l’auteur d’une dizaine de livres et de nombreuses publications en recueils collectifs, dont plusieurs ont été primé(e)s.
Pour elle, l’écriture est « une histoire de mots, d’émotions, de ressentis et d’idées […] Un plaisir, un besoin, une autre façon d’être à la vie, de lui donner des ailes plus grandes, qui porteront plus loin. »
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Isabelle Fable

Ces trous dans ma vie
Illustration de couverture : © Olivier Fable
Photographie de l"œuvre : © Nicolas Fable

CES TROUS DANS MA VIE

Roman, septembre 2019

204 pages
ISBN 978-2-8070-0216-6 (livre) – 978-2-8070-0217-3 (PDF) – 978-2-8070-0218-0 (ePub)
17,00 EUR (livre) – 10,99 EUR (e-books)

Préface de Gabriel Ringlet

Perdre des êtres essentiels, et continuer à vivre, sans eux. Jeter des ponts de mots par-dessus la douleur, pour les retrouver. La mort nous les arrache mais, paradoxalement, nous les fait intégrer au plus profond de nous, où ils vivent une suite de vie, à travers nous, absents pour toujours, présents pour toujours.
Ce livre est une main tendue vers eux, une porte entrouverte sur l’ailleurs où ils sont désormais, sans matière, légers, à nous attendre...
"Isabelle Fable nous écrit du fond de la nuit en demandant à son écriture de jeter un pont vers celles et ceux qui acceptent de s’enfoncer avec elle dans ce récit bouleversant. Un pont de mots sur lequel on progresse en tremblant. Mais je vous invite à l’emprunter. Même si vous avez le vertige. Et vous l’aurez à certains moments… Avancez quand même, car l’auteure vous tient la main avec délicatesse, en vous offrant le soutien d’une parole poétique qui aide à traverser."
(Gabriel Ringlet, extrait de la préface).




EXTRAIT

Curieux ce mot, disparus… Une porte d’espoir peut-être de les voir reparaître un jour ? Ou de les rejoindre dans cet étrange ailleurs où ils ont disparu ? On a si peur du mot mort. Et pourtant, elle est là, la mort, omniprésente, inscrite en nous, qui nous attend. Deux faces de la même médaille, la vie, la mort. Et nous vivons chaque jour de la mort des autres, puisque toute vie se nourrit fatalement d’autres vies. C’est la loi. Et la philosophie la plus sophistiquée n’y changera jamais rien. Il faut tuer pour vivre. La vie et la mort sont intrinsèquement liées, elles dépendent l’une de l’autre. La vie se mange elle-même, éternellement, et se régénère. Nous ne sommes que des éléments. Des aliments.
Mais ces belles paroles n’empêchent pas la souffrance. La mort de ceux qu’on aime et qui nous manquent, comment l’accepter, comment la supporter ?
Il faut arriver à dépasser leur mort pour retrouver leur vie au-delà de la mort, envelopper la douleur du manque dans un cocon blanc, vivant, moelleux, se rappeler ce qu’ils étaient avant d’être ce corps sans vie, imaginer ce qu’ils sont peut-être ailleurs, dans une autre dimension, sauvegarder ce qu’ils sont toujours pour nous, ce qu’ils nous ont donné, ce qu’on leur a donné, ce qu’on a partagé, ce qu’on a construit, ce qu’ils nous laissent dans le corps, dans le cœur, dans la mémoire. Sauver l’essence. Sauver l’essentiel. Leur âme nous reste, qu’on l’appelle ainsi ou autrement. C’est peu, mais c’est précieux. […]
C’est le mystère de la Vie/Mort, qu’aucune philosophie ou religion n’a pu percer. On ne comprend (peut-être) qu’au moment du grand saut, du plongeon dans l’inconnu qui fait si peur.
La mort ouvre la porte de la vie, elle ouvre une brèche. Il faut oser s’y faufiler. Bien sûr, la perspective de tout perdre nous étreint le cœur. Mais que serait la vie sans la mort ? Un éternel mouvement vers une vieillesse éternelle. […]  C’est la précarité de la vie qui la rend merveilleuse. La mort donne du sel à la vie. Il faut l’accepter, dans toute son évidence et toute sa cruauté.






CE QU'ILS EN ONT DIT

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Isabelle Fable a l’écriture dans la peau. Pour elle, l’exercice consiste à plier ou à déplier des émotions, des instants d’humeur et à se faire plaisir en cherchant à ravir les autres. Chez elle, les idées deviennent romans, nouvelles ou poèmes.
Perdre des êtres essentiels fait partie des chagrins de l’existence. Néanmoins, comment vivre sans eux, de quelle manière exister sans sentir leur présence, sans pouvoir leur écrire ou téléphoner ni les serrer contre son torse ? la mort nous laisse orphelins aussi bien en amour qu’en amitié. Sans chercher à démontrer quoi que ce soit, cet ouvrage a été proposé comme une main tendue pour dresser un pont et aider chacun dans la part du deuil nécessaire pour continuer à vivre. En partant du fond des ténèbres, l’auteure se glisse vers la lumière, progresse sur un chemin rempli d’ornières et en tremblant. Avancer toujours : voilà son credo ! En refusant de se parer d’images dures, elle choisit la poésie des expressions pour offrir un soutien à celles et ceux qui sont en manque. La traversée d’un désert est indispensable pour renaître à soi-même ! On le sait, mais, lorsqu’on est meurtri, on l’oublie bien souvent…

Sam Mas, Bruxelles-Culture

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Retisser la vie déchirée.

Ces trous dans ma vie. Par ces mots frappants, poignants, Isabelle Fable évoque les êtres aimés disparus. Les fait revivre par la force de l’amour, leur rend chair et âme, voix et regard. S’émeut, s’émerveille de « cette proximité paradoxale que crée la mort d’un être aimé, qui nous quitte… et qui vient faire partie de notre profondeur intime. Nous nous chargeons de lui, en quelque sorte. Nous le prenons en nous pour une autre forme de vie, subtile. »
Jour après jour, elle prend la plume pour les faire apparaître en filigrane, les rendre présents, éprouver le lien indissoluble qui la lie à eux. Et ainsi tenter de repriser, retisser ces déchirures qui ont troué sa vie.
Premier arrachement : son père, dont la mort soudaine, à la fleur de l’âge, la jette dans une indicible détresse, « le cœur à vif, transi de douleur ».
Puis sa mère, « calfeutrée derrière son mari », dévastée par sa mort, se repliant sur elle-même et déclinant jusqu’à perdre ses facultés. Sa mère, dont elle regrette de n’avoir pas été aussi proche qu’elle l’aurait aimé.
Il n’empêche. « Quand on peut être sûr de l’amour de ses parents, on est armé pour la vie. Même s’ils sont partis. »
Disparition bouleversante : celle de son compagnon, Jean-Jacques, entré joyeusement dans sa vie à dix-huit ans (elle en avait presque dix-neuf). Mariage précoce, un premier enfant tout de suite.
Isabelle Fable retraverse les jours, les saisons, les couleurs d’une union de plus de quarante ans. Rythmée par trois autres naissances, les événements de la vie familiale qui s’agrandit.
« J’ai continué seule. J’avais perdu l’amour, tout un pan de ma vie avait sombré. Je devais reprendre le flambeau que nous portions à deux. […] Me battre m’a empêchée de sombrer. » Une certitude l’habite : « Un couple ne se dissout pas dans la mort. Il existe pour toujours. »
La perte la plus douloureuse, la plus cruelle, sera celle de son fils aîné. « Mon enfant, mon petit. […] Mon Olivier tourmenté ». Rongé de doutes, malgré son talent, son inventivité en lesquels il ne croyait plus. Olivier mort de désespoir, submergé par le mal de vivre, le poids des échecs, la solitude sentimentale, l’angoisse de l’avenir. Olivier, qu’elle a découvert inanimé dans sa chambre, s’étant rendue chez lui, anxieuse du silence persistant au bout du téléphone. Mort qui garde son mystère et n’en est que plus obsédante. « L’a-t-il voulue, l’a-t-il subie ? Qu’est-il arrivé ? On n’en sait rien. On n’en saura jamais rien. »
Tracer les mots comme on lancerait des passerelles, par-dessus le chagrin, entre l’absence de ceux qui ne sont plus et leur présence au creux de nous.
« Il faut pouvoir ressusciter de son chagrin. » Aller au-delà de la souffrance.
Et même retrouver le bonheur d’être.

Francine Ghysen, Le Carnet et les Instants.


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Ce livre ne se raconte pas. Impossible d’écrire un long papier, impossible d’essayer de mettre d’autres mots dans les pas de ce récit, impossible d’en rajouter. On écoute Isabelle et la pudeur interdirait de faire état de ses propres souffrances. Ce serait comme noyer sa douleur dans la douleur oh combien universelle -on le sait bien-, cela reviendrait à relativiser l’insupportable, presque à le banaliser.
Isabelle convoque dans ce livre ses souvenirs et «  ces trous dans sa vie », elle revit par l’écriture la mort de ses proches, l’une après l’autre, celles de son père, de sa mère de son mari et, très récemment, la mort de son fils aîné, Olivier, parti si jeune en emmenant pour toujours avec lui une grande part de son secret.
Ne nous y trompons pas, en dépit d’une belle écriture ciselée et délicate, le livre, porté par la vérité crue, est dur à lire, les détails presque insoutenables. Mais on va jusqu’au bout. Impossible autrement. Ne rien laisser de côté. Comme il était impossible à Isabelle de ne pas tout dire.
C’est d’ailleurs ce qu’elle souhaite, « J’écris pour tous ceux qui sont amenés à perdre un jour ou l’autre un être cher et qui en souffre, pour leur dire que tout n’est pas fini, que la mort ne tue pas tout. On garde un lien profond avec son disparu, en dehors de toute présence physique, un lien qui sublime l’absence et nous aide à supporter l’insupportable ».
On le sait, c’est aussi dans les ténèbres que se trouve la lumière, dans les ombres portées ; des lueurs, on en trouve aussi, heureusement, beaucoup. Dans les souvenirs, dans ce qui est encore à donner à ceux qui restent, dans le simple bonheur d’être. « La mort ouvre la porte de la vie, elle ouvre une brèche. Il faut oser s’y faufiler ». La vie continue. La grâce des jours uniques…, pour reprendre le titre d’un ouvrage de Gabriel Ringlet qui signe, pour le livre d’Isabelle, une belle et très douce préface.
Ce que l’on peut souhaiter à l’amie Isabelle, Isabelle la discrète, c’est qu’écrire toutes ces lignes, arrachées à elle-même, l’aura aidée à avancer. En dépit de.
Car même pour rester où l’on est, on est obligé d’avancer…
Être
Être simplement
N’être même qu’un mouton sous le poids de sa laine
Ou ce brin de muguet câliné par la brise
Un insecte éphémère butinant l’ombre chaude
Être la pierre blanche ou la nuit veloutée  (…)

Martine Rouhart, Reflets Wallonie-Bruxelles.

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Les livres qui parlent des conséquences de la mort sur les personnes de l’entourage du défunt sont rares. Ils parlent souvent du décès du père ou de la mère (on pense à « Une mort si douce » de Simone de Beauvoir). Isabelle FABLE s’enfonce dans la mort : son père, sa mère, son mari, son fils… Le vide, l’absence remplissent sa vie, la remplissent inexorablement. « Ces trous dans ma vie » va plus loin que ça, en proposant une sorte de philosophie (un manuel de survie ?).

Cocktail Nouvelle Vague
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Les trous dans la vie d'Isabelle Fable, ce sont ses morts, ses parents, son mari, son fils.
Perdre ses parents, c'est dans la logique des choses. Sauf qu'on ne s'attend pas à voir son père mourir à 64 ans. C'est la première blessure. Puis il y a la mère. Deuxième blessure. La troisième est beaucoup plus douloureuse, le mari. L'auteur décrit très bien le manque et l'absence. L'endroit où elle a le plus conscience de cette absence est le lit vide. Il y a de la colère aussi contre le corps médical qui n'a pas été à la hauteur.
Puis l'intolérable, l'inconcevable, la mort d'un enfant.
Perdre ses parents, c'est perdre le passé. Perdre son conjoint, c'est perdre le présent. Perdre un enfant, c'est perdre l'avenir.
La vie et la mort sont liées, nous le savons dès le début. « La seule personne qui soit avec nous, d'un bout à l'autre de la vie, c'est nous-mêmes. ». Mais comment survivre à certaines morts, à celle d'un enfant ? Comment l'accepter, la supporter ? Surtout quand on a tellement de remords de ne pas avoir pu aider ce fils.
L'auteur a eu besoin d'écrire sur ses morts pour « reconstruire sur les ruines, réparer les trous de sa vie, repriser, pour une reprise de vie. ». Pour ne pas finir en dépression sous médicaments. Elle consacre un chapitre à chacun de ses morts. Elle évoque la relation qu'elle avait avec ses parents, comment elle a rencontré son mari, la vie qu'ils ont eue ensemble, la naissance de ses enfants.
À travers ses lignes, elle parle beaucoup de mort, mais aussi beaucoup d'amour. Amour qu'on ne s'est parfois pas dit. C'est un récit pour dire à ses proches qu'elle les aime. C'est ce que la mort lui a appris. « Apprendre à mieux aimer, et à le dire, surtout, à le dire ».
Elle pose aussi des questions. Comment soigner quelqu'un qui refuse de l'être, comment et jusqu'où s'ingérer dans la vie de son enfant de 47 ans ? Comment trouver le courage d'aider encore, d'essayer de convaincre quelqu'un de se faire soigner encore et encore pendant de nombreuses années.
Et que devient-on après la mort ? Chacun a sa vision de l'après, elle a la sienne qui l'aide un peu. Certains pensent que les morts sont définitivement partis, d'autres qu'ils sont partout, tout le temps avec eux. Et ce lien aide à supporter l'insupportable.
J'ai aimé l'écriture et ses mots, parfois poignants. J'ai aimé les deux premiers tiers du récit. Par contre, j'ai trouvé la dernière partie consacrée à son fils  trop longue et répétitive. Je comprends que l'auteur ait eu besoin de confier toutes les étapes de sa dégringolade qui a duré des années, mais ça finit par ne plus me toucher. C'est dommage. D'autant plus que ses mots sont parfois insoutenables dans cette partie, car elle ne nous cache rien et ne s'épargne rien. En tous cas, elle montre bien l'impuissance de l'entourage à combattre le mal-être et la dépression profonde d'un homme, pourtant si proche.
C'est le récit d'une femme courageuse. C'est aussi un hommage à la vie, cette vie qui peut apporter encore de la joie, qui mérite d'être vécue pour ceux qui restent et pour soi-même.


NathalieUC, Babelio.



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Écrire pour vivre et faire revivre

En quatre portraits éclairants de vérité, Isabelle Fable dit le vide laissé par la mort des proches.
Plus on avance dans la vie, plus disparaissent autour de soi ceux que l'on a aimés. Ce sont ces vides creusés par l'absence qu'Isabelle Fable appelle trous dans la trame de son existence. Surmontant l'épreuve et le désespoir de plus en plus intenses ressentis à la mort des siens, elle a trouvé dans l'écriture la force de continuer à vivre dans une sérénité et une joie retrouvées. Si écrire était un moyen de contrer le désespoir, c'était aussi une manière de rendre vie à ceux qui s'en étaient allés vers un ailleurs en point d'interrogation. « Pourquoi ne pas reconnaître qu'on est dans le brouillard en ce qui concerne la mort? Qui sait? », lance-t-elle la main ouverte à toutes les réponses, sans taire ses propres convictions. Son « Ce que je crois » à elle, qui n'exclut rien ni personne.
Ceux qui manquent à l'auteur de Ces trous dans ma vie appartiennent à sa famille proche. Celle dont elle est issue. Celle qu'elle a construite et à laquelle elle a consacré son temps, sa personne et ses forces d'amour. On y trouve son père foudroyé par un cancer après avoir été évincé du métier qui le définissait et dont elle a pris le temps, ne l'ayant pas toujours compris de son vivant, de scruter le visage rayonnant qu'il laissait derrière lui. « On connaît bien mal ses parents », admet-elle en découvrant que la fin rétrécie et interminable de sa mère avait occulté qu'elle fut un jour jeune, amoureuse et épanouie. Au manque qu'elle 1aisse s'ajoute un manque dans la relation qu'elles eurent.
Des portraits/récits personnels
« Un couple ne se dissout pas à la mort ».
C'est ce qu'elle éprouve à la mort du mari, pourtant si mutilante et pourvoyeuse de solitude. Un mariage trop jeune, précipité par la venue d'un bébé, l'avait contrainte à renoncer à ses études d'Histoire de l'art pour l'amour et à se vouer à une famille de peu à peu quatre enfants, lui faisant oublier le moi pour le nous. Si elle en fut frustrée, l'absence du mari crée en elle et autour d'elle un vide incontournable. Une déchirure. La mort du fils aîné est cependant la plus douloureuse. Inadmissible. Insupportable. Il est celui qui ne devait pas partir. Voir mourir ses parents est dans la nature des choses. Un enfant, on ne l'accepte pas. Celui-là était un artiste dans l'âme, sensible, fantaisiste, inventif. Épris d'absolu et de liberté, ses idéaux se soldant par des échecs successifs, il se rassura dans des excès de drogue et d'alcool, jusqu'à sombrer dans une dépression que sa maman évoque avec la douleur de son impuissance à empêcher sa fin tragique. On sent que c'est essentiellement pour lui qu'elle écrit, lui octroyant l'illustration de la couverture de son livre. Ce trou-là est celui qui la blesse le plus intimement. Le plus charnellement aussi.
Mêlant le concret du quotidien à des observations sur la société et des réflexions sur le sens de la vie, Isabelle Fable réunit quatre portraits qui lui sont autant de récits personnels. Elle n'esquive pas. Elle n'édulcore rien. Elle écrit comme le nageur qui remonte à la surface de l'eau: pour respirer et revenir à la vie. En dépit d'une introduction un peu convenue et répétitive, elle est bouleversante de vérité et renvoie chacun à ses questions et ses manques personnels. La préface très attentive de Gabriel Ringlet ne fait que lui rendre justice.

Monique Verdussen, La Libre Belgique.











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