Bouton
Retour au catalogue


Tour à tour porté aux nues et vilipendé sous le régime communiste, primé puis mis au pilon, envoyé travailler dans les mines, réhabilité puis condamné à nouveau, Xhevahir Spahiu est aujourd’hui reconnu comme un des poètes majeurs de la littérature albanaise.

          Spahiu - Zotos

Xhevahir Spahiu (à gauche) et son traducteur Alexandre Zotos


Urgences

Tableau de couverture :
© Monique Thomassettie


Urgences – Urgjenca

Anthologie poétique bilingue

Traduite de l'albanais et présentée par
Alexandre Zotos


168 pages
ISBN papier : 978-2-8070-0092-6
ISBN e-book PDF :
978-2-8070-0093-3
ISBN ePub : 978-2-8070-0094-0
2016 – 16,00 EUR
e-books : 10,99 EUR

Extrait

Historia jonë
 
Tehut të shpatës kemi ecur rrufé.
Pastaj shpata ka ecur mbi ne.

Notre histoire
 
Nous avons passé comme la foudre sur le fil de l'épée.
Puis l’épée a passé sur nos têtes.


Muret e kështjellës
 
Gurë pas guri lidhur
me të bardhën e vezës.
 
Njerëzit s’kishin bukë,
liria kish njerëz.

Les murs de la citadelle
 
Pierre soudée à la pierre
d’un ciment pétri au blanc d’œuf.
 
Les hommes, en ce temps-là, manquaient de pain,
mais riche d’hommes était la liberté.


Ce qu'ils en ont dit


La poésie de Xhevahir Spahiu révèle un esprit frondeur, ou pour le moins questionneur, comme est celui des enfants, a fortiori des « enfants terribles ». Bien de ses poèmes partent d’une curiosité, d’une interrogation soudaines, signes d’une indéfectible faculté d’étonnement ; ailleurs ce sera une vision ou impression inédite, paradoxale – un peu façon haïku – ou une réflexion inopinée. L’inattendu, l’instantané, tel est le registre favori de ce poète, ce qui lui donne un peu l’air, parfois, d’un Diogène errant de par le monde, sa lanterne à la main. Tout cela engendre une suite de réactions à chaud, sur le mode euphorique d’un cœur innocent qui s’émerveille, ou, inversement, qui s’indigne, se rebelle…

Alexandre Zotos, extrait de la préface.


*

Xhevahir Spahiu, après avoir été condamné sous le régime communiste est aujourd’hui reconnu comme un des poètes majeurs de la poésie albanaise. « La grande affaire de la vie, c’est la vie ». Comme à voix haute, ce journaliste poète nous donne sa vision du monde aussi bien dans l’humour et la dérision que dans la fraicheur de l’enfant qui s’étonne et interroge. « Devant l’épée et la calomnie, je saigne mais ne flanche pas. /Devant les larmes et la beauté, je capitule. » « Quelle honte fait baisser la tête/ à ce pin-là, qui en reste coi ? // Une corneille, chaque jour, vient s’y percher. » Grande est l’acuité du regard de l’auteur, souvent revient le mot Yeux : « ô homme, à rester les yeux clos, /le repos même menace ton repos ! » « Pleurez mes yeux, ce coin de ciel de Sarajevo ».  Cependant le pourpre de l’amour colore les prunelles : « Ma vie loge dans tes yeux, et les miens sont ta maison. /Aucun des deux n’est que lui seul, chacun est aussi l’autre. » L’amitié rend aussi habitable le monde inhabitable. Et la compassion, au sens où nous n’acceptons pas la banalité du mal et avons la capacité de nous identifier à ce qui souffre : humains, animaux, végétaux. La traversée de l’enfer n’a pas supprimé les rêves même si « j’ignore si mes rêves me voient ».
Alexandre Zotos a obtenu le prix Jusuf Vrioni pour l’ensemble de ses traductions de l’albanais en français.  Dans sa préface fine et sensible, il relève que « Xhevahir Spahiu l’électrique » « instaure d’emblée une connivence avec le lecteur » dans une œuvre « source de jouvence et d’énergie ».

Jacqueline Persini, Poésie Première



Xhevahir Spahiu, né en 1945, auteur albanais d’une œuvre copieuse, essentiellement poétique, nombre de fois primée, se voit ici gratifié d’une anthologie bilingue et d’une présentation, sous la conduite du professeur Zotos.
De brefs poèmes qui disent assez les « Urgences » de toutes sortes au cœur, au corps, à l’âme, en soi, en dehors de soi. « Des ténèbres de la tombe » au vieil âge pressenti, le poète consigne « l’âpre tristesse ». il y est question d’exil – le poète a connu la censure, l’interdiction, cet exil intérieur –, de la perte d’innocence (« la colombe a péri ») et des oublis du temps.
Une lucide présence aux choses, et cet espoir si frêle, comme au sein du grenadier « ton âme verte », la raison interroge et les interjections s’adressent autant au ciel qu’à soi, signalant part d’ombre et de lumière, part d’amour ou de « ressentiment ». La vérité, au creux des mots :
Fils de la nuit
De la nuit de l’utérus
aux ténèbres de la tombe.
Où la lumière ?
Au ciel.

Art
Les sons, à en mourir.
Les couleurs, à la folie.
Les mots, ma mort, ma folie, m’y retrouvant moi-même.

A l’aune de la pluie qui « enchante le crépuscule » et « au matin/ fait un lourd requiem », l’écriture de Spahiu délivre la complexité du monde et de ses sentiments, en maîtrisant densité et réflexion.

Philippe LEUCKX, Texture





Bouton
Retour au catalogue