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Descendant de lépreux et de danseuse traditionnelle, danseur-chorégraphe-chanteur-pédagogue camerounais plusieurs fois primé à l'étranger, engagé dans l’insertion sociale de jeunes défavorisés,
Zam Martino Ebale
se sent depuis tout jeune ce que la tradition de son pays natal nomme femme-minja, une nature féminine dans un corps masculin. Le bouddhisme lui a permis de transcender la souffrance et de s'accepter, de « transformer le poison en élixir », les larmes en joie, le karma en mission.
Il a dû s’exiler pour fuir la loi homophobe au Cameroun. Après être resté sept ans en séjour illégal rocambolesque (porteur d’un Ordre de Quitter le Territoire inexécutable, néanmoins subventionné par le Ministère de la Culture), il est devenu Belge et chargé de mission dans des projets internationaux de collaboration artistique, tout en produisant des chorégraphies, dansant, chantant, formant des élèves…


Zam Ebale

Zam

ZAM
"Né au mauvais endroit, au mauvais moment, dans le mauvais corps ?"

Récit de vie, 2019

232 pages

ISBN : 978-2-8070-0174-9 (livre) –  978-2-8070-0175-6 (PDF) –  978-2-8070-076-3 (ePub)
18,00 EUR


"ZAM", nous raconte le récit de vie éclairant, parfois heureux, souvent difficile. d'un artiste hors du commun.
L'ouvrage nous délivre également une philosophie de vie et nous montre une prise de conscience qui se veut rassembleuse, tout en dénonçant les préjugés qui provoquent le rejet, que ses victimes en soient des homosexuels, des lépreux, des séropositifs, des groupes ethniques ou sociaux, des adeptes d’une religion ou d’une philosophie, ou tout simplement… des femmes, auxquelles Zam Ebalerend souvent hommage dans ses chorégraphies.





EXTRAIT

Apprenant que j’avais obtenu un permis de séjour illimité en Belgique – après une demande d’asile qui avait traîné sept ans avec des péripéties rocambolesques – pour échapper à la persécution des homosexuels au Cameroun, il [le responsable des éditions M.E.O.] m’a engagé à écrire un témoignage pour contribuer à modifier le regard jeté par la majorité de la société camerounaise sur l’homosexualité, ainsi que les préjugés qui y ont cours sur les danseurs. Un regard qui se matérialise par une loi condamnant les homosexuels à l’emprisonnement. Mon récit de vie pouvait donner à voir un être humain, certes homosexuel, mais en même temps chanteur, danseur, chorégraphe et pédagogue reconnu, mêlant modernité, tradition africaine et classicisme, de surcroît bouddhiste, Belge d’origine camerounaise, intégré dans divers milieux, engagé dans la promotion sociale d’enfants défavorisés, représentant son pays d’accueil dans le cadre de projets de coopération artistique avec l’Afrique, affectivement stable… Donc, pas une horreur, pas un monstre. Simplement, une personne née au mauvais endroit, au mauvais moment, et dans le mauvais corps. Au nom de quel droit, quelle morale, quels principes le « condamner » à partir d’une facette de sa personnalité, multiple comme l’est celle de n’importe quel humain ? Une facette qui ne nuit à personne, que de surcroît il n’a pas choisie, qui est protégée par la Déclaration universelle des droits de l’homme dont le Cameroun est signataire : « Nul ne sera l’objet d’immixtions arbitraires dans sa vie privée […] Toute personne a droit à la protection de la loi contre de telles immixtions ou de telles atteintes ». (Article 12) […]
Par paliers de réflexion, j’ai pris conscience que ce livre devait combattre surtout les préjugés qui provoquent le rejet, de quelque nature qu’ils soient […] Il y est certes toujours question du récit d’une vie particulière, mais ce récit doit s’ouvrir à quelque chose de plus vaste, ce qui d’ailleurs est en adéquation avec mon chemin de vie. […] Le droit à la liberté d’être homosexuel reste au cœur de l’ouvrage, mais il s’inscrit dans un combat bien plus vaste pour les droits de toutes les minorités, une lutte contre toutes les formes d’injustice et d’oppression.

Zam - chant              Zam danse

© des photos : Federico Ariu.





CE QU'ILS EN ONT DIT



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ZAM

Sujet sensible que celui de « Zam », qui dévoile le parcours de Martino Zam Ebale, né homme avec une nature de femme. Dans son Cameroun natal, la société ne laisse aucune alternative à ceux qui se sentent différents. Il importe de rentrer dans le rang et de ne jamais faire de vagues. On ne rit pas avec les traditions ni avec la religion. Les coutumes homophobes, comme la loi, forcent chacun à se positionner et punissent toute transgression. Amené à fuir, l'auteur atterrit en Belgique où, rapidement, il noue des amitiés durables. Chanteur, danseur, chorégraphe et pédagogue, il prend à cœur de mener un combat contre l’homophobie et, malgré maintes difficultés, s’impose comme la voix des plus faibles, de ceux qui sont victimes des préjugés de toutes natures et qui se retrouvent en souffrance, alors qu’ils ne sont responsables de rien. Ce serait un peu comme accuser l’un ou l’autre à cause d’une facette de sa personnalité qui le distingue des autres citoyens, alors que la vraie richesse naît du dialogue qui s’entretient entre personnes de bonne volonté. Selon lui, aucune loi, aucun droit ni aucune morale ne peuvent se hisser en juges ou en censeurs. À partir de quel texte fustige-t-on celle ou celui qui vit autrement, pense ailleurs ou aime quelqu’un du même sexe que le sien ? Pointer de l’index les homosexuels revient à disqualifier une partie de l’humanité. Les stéréotypes ont malheureusement la dent dure, qu’ils ciblent les étrangers, les malades, les adeptes d’une philosophie... ou les femmes ! Voilà un témoignage à la première personne qui rappelle des valeurs inhérentes aux Droits humains et invite à la discussion. Après avoir été sans papiers durant sept années, Zam valorise aujourd’hui la Belgique en Afrique dans des relations de coopération artistique.

Sam Mas, Bruxelles Culture.


*

Zam sur la scène, c’est un désormais quinquagénaire camerounais, naturalisé Belge, qui exerce les trois facettes de son talent : la danse, la chorégraphie et le chant sur les podiums européens, belges notamment, et africains à travers des projets estampillés Nord-Sud par différentes institutions internationales. Dans cet ouvrage autobiographique, il raconte comment la danse l’a saisi dès son enfance, pourquoi il a dû quitter son pays et se réfugier en Belgique où après un long combat, il a obtenu un statut pérenne tout en développant son art.
Petit-fils de lépreux, fils d’une importante personnalité politique proche du président du Cameroun, il appartient à une famille nombreuse où le père pratique la bigamie. Il est l’un des enfants de la première épouse délaissée mais s‘entend très bien avec la seconde. Il a une grand-mère  dont il a hérité une part du talent. « Ils ont d’abord vécu à Yaoundé, puis mon père a été muté à Garoua… C’est donc là que je suis venu au monde le 10 avril 1969, dans une famille bigame de la bourgeoisie protestante camerounaise ». Cette famille très aisée connait le malheur quand le père décède beaucoup trop jeune, la seconde épouse sait faire fructifier son héritage alors que sa mère, une artiste, dilapide sa part très vite. La première fratrie vit alors dans la précarité et Zam Martino décide de quitter l’école pour alléger les charges familiales et améliorer ses revenus en donnant des cours de danse. Il possède un réel don pour la danse et le chant, il réussit rapidement, acquérant vite une certaine notoriété dans son pays. Ce succès fait des jaloux et des envieux qui dénoncent son homosexualité, un délit au Cameroun, il doit s’enfuir pour échapper à la prison.
Après un long périple et bien des démarches, il se fixe en Belgique grâce à l’aide de personnes qui croient en lui et en son talent qu’il toujours cultivé en suivant de nombreuses formations. Quand il n’était encore qu’un tout petit enfant, sa grand-mère l’avait introduit dans le cercle de la danse des femmes, elle lui avait prédit : « Tu danseras et chanteras toute ta vie ! ». « Les trois piliers de mon existence sont réunis en un flash : la danse, la féminité, la spiritualité ». La grand-mère avait décelé son talent pour la danse et son ambigüité sexuelle, il serait un homme-femme, un être inquiétant et respecté dans l’univers animiste, pour son rôle d’intermédiaire entre le monde des morts et le monde des vivants. Sa mère avait prédit : « Toi, si tu étais une femme, tu serais un scandale dans la société. Tu iras très loin ! »
La vie de Zam s’articule autour de ces trois facettes, il danse dans de nombreuses structures avec de nombreux partenaires venus d’horizon très divers mais il ne se contente pas de danser, il crée de nombreuses chorégraphies dont certaines ont un réel succès. Il assume sa féminité en découvrant la spiritualité dans le bouddhisme qui deviendra sa voie, son chemin dans la vie. « Le bouddhisme m’a fait comprendre que tout est question de conscience. Nous avons tout en nous. Il suffit d’un déclic pour nous le révéler ». Le bouddhisme lui ouvre la voie de la spiritualité qu’il cultive par de nombreuses séances de méditation lui permettant de surmonter les crises graves qu’il doit parfois traverser. Il a connu l’expérience de la mort, il échappe à deux noyades, de la douleur ressentie à distance, il est malade quand d’autres souffrent ou meurent, Il est atteint de la maladie qui emporte son frère au moment où celui-ci décède, la croyance en des forces occultes, en l’ésotérisme. Il perd deux frères, une sœur adoptive, son père trop tôt et plusieurs amis très chers. La pratique de la méditation bouddhiste est la bouée de sauvetage qui lui permet de traverser toutes ces épreuves et croire en une vie après la mort. « Je suis persuadé que, lorsque l’on meurt, notre âme rejoint la grande conscience universelle pour revenir dans un autre corps, et que ce qu’on a accompli dans la vie […] peut devenir immortel ».
Toute sa vie s’articule alors autour de la danse, du chant et de la chorégraphie qu’il pratique en puisant dans sa part de féminité et dans la spiritualité bouddhiste. Il devient un défenseur de la cause des homosexuels au Cameroun, mais partout ailleurs aussi, en élargissant son combat à la lutte contre toutes les discriminations. Son art est imprégné d’un profond humanisme qu’il essaie de transmettre dans ses spectacles et ses enseignements. « Il s’agit en dernière analyse de ramener l’humain à l’humain. Et cet humain est digne de respect, quel qu’il soit, homme ou femme, noir ou blanc, hétéro ou homosexuel, chrétien, bouddhiste ou animiste… »
Dans ce poignant témoignage, j’ai retrouvé quelques expériences que j’ai personnellement connues : la jungle des financements publics qui semblent aussi inextricable en Belgique qu’en France qu’au sein des méandres des institutions européennes. « Les financements publics sont d’ailleurs très contraignants, ils requièrent énormément d’énergie pour les tâches administratives au détriment du travail sur le terrain ». Je confirme. Je me suis aussi souvenu que, quand j’étais investi dans la gestion du sport, une grande compagnie nationale avait, pour son mécénat, décidé d’investir dans ce qui appartient à chacun d’entre nous : le geste et la parole. Elle avait recherché des activités qui exprimaient la quintessence de ces deux attributs humains, elle avait choisi la gymnastique pour l’épure du geste (elle aurait pu choisir la danse) et le chant pour la parole. Zam aurait pu répondre à ces attentes.
Zam a transcendé son art par la spiritualité qu’il y intègre et avec l’humanité qu’il y insuffle éclairant ainsi la citation d'Ellen Degeneres que la préfacière, la députée européenne Maria Arena, a placé en exergue de son texte : : « Il est temps que nous aimions les gens pour ce qu’ils sont et qu’ils aiment qui ils veulent ».


Débézed, Critiqueslibres.com et Mesimpressionsdelecture.unblog






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