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Robert Massart
est né et vit à Bruxelles. Il a été professeur dans l'enseignement supérieur et joue un rôle actif dans le monde associatif lié au français, ce qui, entre autres activités, le fait aller régulièrement en Roumanie.
Il voit en l'écriture un des meilleurs moyens de faire connaitre sa ville. Non pas – ou pas seulement – celle des frites et de l'Atomium, mais la métropole sans cesse confrontée aux défis de la mondialisation et aux luttes identitaires qui gangrènent notre époque.

  Une histoire belge est son premier
roman.

Robert Massart

Une histoire belge
Illustration de couverture :
M.E.O.

UNE HISTOIRE BELGE

Roman, 2020
Parution le 1er septembre

196 pages
ISBN : 978-2-8070-0251-7 (livre) –  978-2-8070-0252-4 (PDF) –  978-2-8070-0253-1 (ePub)
17,00 EUR (imprimé) — 10,99 EUR (e-book)

Deux Bruxellois qui n'auraient jamais dû se croiser lient connaissance dans d’étranges circonstances. L’un professeur de français, militant de la francité, affligé d'une phobie des oiseaux ; l’autre Flamand installé dans la capitale, collectionneur de graffitis dans les toilettes publiques et persuadé que le néerlandais est la langue du paradis, celle, primordiale, dont toutes les autres découlent.
La relation difficile – mais tenace – entre l’enseignant et l’épigraphiste amateur sera bouleversée par l'irruption d'une jeune Roumaine, serveuse dans un salon de thé huppé à la clientèle gay.
Mainate en folie, tenancière de bistrot amoureuse, concierge plutôt nature, invasion de rats, cataclysmes hénaurmes, rien ne leur sera épargné dans la capitale d’une Belgique minée par ses éternelles escarmouches communautaires et linguistiques.
Un premier roman, à l’humour décapant, d’un amoureux de la langue française.


e-book
13,99 EUR
(à partir du 1er septembre)



Extrait



Non, cette fois, ça y est, il s’agit de ma grande œuvre, mon Opus magnum, celle qui va tout bouleverser dans ce pays. Un essai sur la Flandre et sur la langue flamande, la langue primordiale. […] Le flamand, c’est la mère de toutes les langues. Je dis bien toutes, pas rien que des langues indo-européennes. La langue première, celle que les philologues recherchent depuis toujours. Comment c’est possible ? Tout simplement parce que la Flandre a été le berceau de l’humanité. Je ne le dis pas à la légère, j’ai longuement réfléchi avant de chercher plus avant. Maintenant, je suis presque arrivé au bout, et j’ai rassemblé un arsenal d’arguments imparables. J’ai la preuve que tout a commencé à Audenarde, ma ville natale. Audenarde, en flamand c’est Oudenaarde, et tout le monde vous dira que ça signifie « vieille terre ». Moi, je trouvais ça idiot. Vieille terre, c’est ridicule. Pourquoi vieille ? […] Oudenaarde, ou Audenarde, ça veut dire « le paradis » ! C’était évident. Paradijs en flamand, qui a donné paradis en français, paradisium en latin, firdaouss en arabe, et ainsi de suite. […] Le jeu des lois phonétiques, la fusion et la transmutation des consonnes et des voyelles et, finalement, la transfiguration, la métamorphose, d’un mot en un autre, apparemment tout différent et, pourtant, de même substance que son prédécesseur. Alors, en un éclair, une vérité s’est imposée : dans le nom de ma ville natale, Oudenaarde, la syllabe « aarde » et le « arad » de paradijs étaient une seule et même chose, une racine commune aux deux mots. […] les noms Audenarde et paradis, devaient exprimer à l’origine un concept identique, une périphrase du style « le luxe (de Dieu) sur la terre » ou bien « la (divine) somptuosité terrestre ». En flamand c’est « weeldenaards ». Dans ce mot, on sent déjà bien la présence du nom Oudenaarde. Mais le paradis, me direz-vous, là-dedans, où est-il ? Il faut savoir que « weeldenaards », c’est la forme moderne, mais dans la langue primitive, en très ancien flamand, on disait « beeweeredies ». Avec le passage du temps, le b initial s’est affaibli en w, alors que le w intérieur, lui, se dévélarisait en l… Et là, si vous ne décelez pas le terme paradijs en gestation, c’est que vous n’avez pas la fibre linguistique, inutile de vous obstiner.





Ce qu'ils en ont dit

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C’est quoi, la Belgique ?

Ernest Dubois, professeur de français maniaque de la langue et ornithophobe, de retour d’un voyage, se trouve confronté à la présence inopportune d’un oiseau introduit dans son appartement. Il tourne les talons et s’enfuit dans la nuit. Dans les toilettes des dames de la gare du Midi, Kommer Baert, occupé à recopier les graffitis afin d’alimenter le corpus de son étude, est sommé de vider les lieux par la tempétueuse Madame Pipi, Fintje. C’est alors que les deux hommes se rencontrent, se suivent, prennent langue, et c’est le début d’une histoire d’amitié et de rivalité, une histoire où chacun devient un peu plus lui-même en se mêlant aux autres, une histoire qui doit peu au rationnel, une histoire belge en somme.
Très vite, les deux hommes deviennent inséparables, à leur corps défendant. Ils se retrouvent au bistro habituel de Kommer, puis dans un salon de thé qui sera leur quartier général. Ce sont deux solitaires, deux ténébreux, délirant chacun sur ses idées fixes. Ernest s’efforce de faire revivre sous ses yeux l’histoire de la langue française depuis le latin, fait de la perfection linguistique un combat de tous les instants, et plonge tête baissée dans son obsession des rats et des oiseaux. Kommer engrange les épigraphes des W.C. publics, sans trop savoir qu’en faire, et écrit en parallèle un livre qui prouvera au monde que toutes les langues dérivent du néerlandais. Ils avaient tout pour faire un vieux couple d’amis biscornu, jamais d’accord et toujours réconciliés, un genre de Bouvard et Pécuchet belges, dans cette histoire où tout va par deux, où tout se mélange. Mais c’est alors que débarqua Lili la Roumaine, belle, au rire clair et sain, et les deux hommes eurent tôt fait de devenir des ennemis mortels. Ajoutez dans le shaker une concierge décérébrée au neveu dysorthographique, une bistrotière amoureuse, un gérant de salon de thé révélant les coulisses gay de l’Europe, et vous obtenez un premier roman balancé comme une farce surréaliste.
Car si les effets de rupture sont nombreux, si certaines scènes semblent procéder de joyeuses associations libres, créant à profusion un humour absurde souvent vif – les personnages eux-mêmes ne savent pas toujours pourquoi ils prennent telle ou telle décision, telle ou telle direction, et ils se rendent compte parfois à quel point ils sont le jouet d’une puissance supérieure un peu folle, à l’instar d’Ernest qui, perdu en pleine narration galopante, prend conscience qu’il parle tout haut et que ses voisins l’entendent ; si donc c’est moins la logique que la peur de l’ennui qui gouverne les personnages, il n’en reste pas moins que le ressort principal d’Une histoire belge est l’ironie. Robert Massart a ceci de commun avec Pierre Desproges et son Les étrangers sont nuls : chaque personnage est une caricature, et l’auteur nous montre avec gourmandise à quel point l’on est ridicule – et potentiellement dangereux – quand on prend les stéréotypes à son compte. Ernest, par exemple, s’érige sous la plume de Massart en spectaculaire et jubilatoire monument de pédanterie intellectuelle et linguistique (son allergie aux belgicismes et son tic étymologique le rendent irrésistiblement insupportable), d’autosatisfaction secrète et mesquine (le brave homme se croit même séduisant), de conservatisme petit-bourgeois bon teint (ses propos sur les « prolos », les étrangers, les femmes, font de lui un antihéros comme on aime les détester).
Cette charge ironique, puissante, constante, présente à tous les étages du récit, fait d’Une histoire belge une plaisanterie somme toute sérieuse, en ce qu’elle rappelle le lien étroit entre bêtise et jugements stéréotypés, en ce qu’elle dénonce la fermeture d’esprit, en ce qu’elle montre où la société grince. Et, comme Desproges, Massart a bien compris qu’un éclat de rire était plus fort qu’une démonstration.

Nicolas Marchal, Le Carnet et les Instants.

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Robert Massart a longtemps été professeur de français et cela se sent dans sa manière de rédiger avec une plume qui maîtrise à la perfection la langue de Voltaire. Constat qui ne fige pas son écriture, mais qui lui permet d’évoluer en s’imprégnant des écrivains de son époque, sans pour autant oublier les références au passé. Empreint de belgitude, ce roman donne vie à un trio de personnages caricaturaux et savoureux. En l’occurrence, un enseignant militant des belles lettres et persuadé que sa langue natale est la plus belle au monde, au point de s’engager ouvertement dans un combat permanent pour la défense du français. Le deuxième est flamand, un rien flamingant, et féru de graffitis qu’on peut observer dans les toilettes publiques. Entre eux se glisse une belle Roumaine, serveuse de son état dans un salon huppé pour homosexuels. L’auteur profite de l’écriture pour faire connaître la capitale de la Belgique et… de l’Europe sous un jour loin des stéréotypes pour touristes. Avec lui, on oublie les établissements bondés de clients avides de bière et les cornets de frites, les moules et les Manneken-Pis en pain d’épices. Il préfère présenter une ville en proie à la cacophonie communautaire, où Belges du Nord et du Sud s’empoignent via leurs élus et nient l’unité nationale. Bien entendu, la causticité est ici privilégiée à la diatribe virulente.

Daniel Bastié, Bruxelles Culture
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Un très beau livre. Et pour connaitre l'auteur (il a été mon professeur de français à la Haute école), je ne suis pas surpris de lire un récit pareil qui laisse une large place à la langue française. On se lie très vite avec les personnages de Kommer, Arlette, Lili et bien entendu Ernest. On se retrouve plongé au coeur de Bruxelles, des problèmes linguistiques, de la "guéguerre" entre les néerlandophones et les wallons. Bref, une pépite où les mots (qui ne sont plus usités dans d'autres romans) valsent merveilleusement et qu'on prend plaisir à redécouvrir. Merci Mr.
FredFarmer, Babelio

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Un roman humoristique sur la rencontre, à Bruxelles, entre un professeur de français, un néerlandais qui étudie les graffitis sur les murs des toilettes publiques, et une jeune serveuse roumaine. Une histoire loufoque sur fond de tensions linguistiques entre francophones et flamands.
J'ai aimé…
• la façon dont l'auteur joue avec la langue française et truffe son récit de belgicismes, de néologismes et de mots peu usités, pour finir par un délire étymologique quand le personnage de Kommer fait du néerlandais la langue primordiale dont découlent toutes les autres,
• l'autodérision et notamment la façon dont la phobie des oiseaux et des rats de certains personnages est utilisée comme allégorie d'une Belgique en voie de désintégration,
• les petits détails croustillants sur la vie bruxelloise à travers l'univers des « stamcafés » et leurs clients solitaires et névrosés. Tous les personnages du roman vivent à la marge et les cafés du coin sont pour eux de vrais lieux de sociabilisation.
J'aurais aimé…
• un peu moins de clichés sur les Flamands et les Francophones, surtout à la fin,
• des changements de points de vue entre personnages mieux balisés car parfois déstabilisants au sein d'une même scène de dialogue,
• une « Lili » un peu plus moderne et moins ingénue.
sorayabxl, Babelio

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Les personnes qui me connaissent savent que je suis amoureuse de la Belgique. Étant française je ne maîtrise pas toutes les subtilités wallones/flamandes alors merci pour cette découverte. Des personnages attachants, une belle histoire.

AnneNY, Babelio


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Robert Massart est très attaché à sa ville de Mons et pour cause, il y a enseigné durant près de quarante ans dans le réseau provincial, d’abord dans le secondaire qualifiant avant de rejoindre la Haute École Hennuyère où il a notamment formé des régents littéraires.
Il rejoint chez M.E.O. d’autres auteurs de la région comme Annie Préaux, Daniel Charneux…
« Une histoire belge » évoque notre société multiculturelle et souvent très surréaliste. C’est pour Robert Massart une belle occasion de montrer son plaisir de manipuler la langue française. « le plaisir de l’utiliser le mieux possible, de trouver les mots qui conviennent le mieux tout en évitant les répétitions afin que la lecture soit agréable ». […]

PA.TI., La Province.

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C’est ça, la Belgique ?
Un enseignant spécialiste des langues latines et détestant les belgicismes et un Flamand francisé qui étudie les graffitis dans les toilettes publiques sont les héros de ce roman caustique et alerte sur la Belgique, son histoire, ses dissensions, ses particularismes linguistiques et gastronomiques et son présent. On s’amuse beaucoup à les suivre dans leurs déambulations bruxelloises, d’un bar à un salon de thé où sert une jeune Roumaine.

M.P., L’Avenir.

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Découvertes : « Une histoire belge », de Robert Massart
Le divorce « à la belge », la NVA et le PS peut-être, un peu, beaucoup, pas du tout, télé qui nous tient en haleine depuis une éternité et qui aurait pu être le feuilleton de l’été dernier si le Covid 19 n’était pas venu la détrôner. Un romancier en a fait un récit satyrique dans lequel un francophone et un néerlandophone se disputent les charmes d’une belle jeune femme « orientale » dans une ville grignotée sournoisement par des rats bruns.
Les personnages y sont irrationnels à souhait : le francophone est obnubilé par une phobie des oiseaux et par l’amour de la langue française, alors que le néerlandophone cherche à prouver qu’Adam et Ève et les anges du paradis parlaient flamand, il confectionne aussi un grand opus des graffitis récoltés dans les toilettes publiques bruxelloises.
Notre glorieux désastre national trouve dans cette « Histoire belge » un récit joliment décalé où chacun reconnaîtra de façon figurée nos « somptueuses » querelles de clocher. […] Cela fait du bien quand la morosité ambiante suscite le rire et fait déborder joyeusement l’imagination.

Dominique LYSSE, Nouvelles de Flandre.


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Interview
UNE EXPÉRIENCE VÉCUE QUI POURRAIT S’INTITULER, ELLE AUSSI, UNE HISTOIRE BELGE…
Dans une Belgique en proie au blocage politique récurrent, deux hommes que rien n’aurait jamais dû rapprocher se croisent : un Flamand passionné de linguistique et d’épigraphie, qui s’adonne au relevé des graffitis dans les toilettes de gare, et un professeur francophone, francophile et… ornithophobe.
Une jeune Roumaine, serveuse dans un salon de thé bobo, viendra se glisser entre eux…
Un livre a retenu votre attention dans une librairie et vous pensez qu’il pourrait être le vôtre. Pourquoi pas, si vous écrivez ? Vous êtes pourtant loin d’imaginer les étapes complexes, longues, parfois semées d’embûches, que l’auteur a dû franchir jusqu’à l’arrivée de ce petit bloc de pages sur un présentoir.
Vous êtes sûr de tenir l’intrigue en or, sûr d’avoir du style, la plume facile, ou laborieuse, surtout vous êtes pressé de mettre le point final à une merveilleuse œuvre d’art que les foules ne manqueront pas de s’arracher. Le texte enfin terminé, relu et rerelu, vous croyez avoir fait le plus gros du travail. Vaine illusion. Un nouveau labeur commence, le plus angoissant.
Un parcours d’obstacles
Après en avoir écrit trois ou quatre, Une histoire belge était le roman que j’avais décidé de faire connaître. Pour protéger mes droits, il fallait d’abord l’enregistrer. Comment m’y prendre ? Internet avait heureusement toutes les réponses. J’étais fier comme un paon, mon bouquin venait d’acquérir une existence officielle. Étape suivante : l’envoi de copies aux éditeurs, sur feuilles A4 – pas de recto-verso, ils n’aiment pas ça. Comme un bleu qui ne doute de rien, j’ai choisi les quatre plus prestigieux de la scène parisienne. Commence alors la première attente. Les accusés de réception arrivent, puis, plus rien… Des mois plus tard, quand je n’y pensais plus, je reçois ce message convenu : « Malgré les grandes qualités de votre ouvrage, nous n’avons pu le retenir, car il ne correspond pas à notre ligne éditoriale. »
Aucune maison d’édition n’omettrait de mentionner les « grandes qualités », elles se gardent bien de heurter la susceptibilité des auteurs. La première fois, la formule fait plaisir. Après, j’ai commencé à me douter que mon bouquin avait rarement été lu au-delà de la première page. S’ensuit alors une petite phase de déprime. Mais, comme après sa première chute de vélo, il faut se mettre sans attendre à un autre roman, car, bien sûr, on n’ose plus parler à personne d’un texte refusé par Galligrasseuil, le gratin de l’édition.
J’ai pu opter, pendant un moment, pour un système intermédiaire : une amie graphiste m’ayant fait la mise en pages de l’ouvrage dédaigné, je l’ai soumis à quelques-unes de mes relations sans devoir les encombrer de grosses liasses de papier.
Premier miracle : mon récit a plu à l’une de ces personnes, elle me reprochait d’ailleurs de ne l’avoir envoyé qu’aux maisons les plus connues : « Vous deviez faire au moins cinquante envois. » (Bonjour le budget postal !) Elle m’a aussi suggéré de l’adresser à l’Académie royale de Langue et de Littérature qui octroie des bourses pour aider les nouveaux auteurs. Je l’ai fait. Et puis, de nouveau, j’ai attendu… Jusqu’à l’arrivée d’u pli à l’en-tête de l’Académie : le Fonds national de la Littérature m’avait attribué une bourse. J’avais quatre ans pour me trouver un éditeur.
Cette bourse présente un double intérêt : d’abord la somme d’argent (plusieurs centaines d’euros) qui devrait inciter un éditeur à prendre un risque financier, mais, surtout, c’est une caution qui peut attirer l’attention sur ce texte-là en particulier, dans l’avalanche de ce que les éditeurs reçoivent tous les jours.
Les dernières étapes
Au début, rien d’original : je renvoie mon manuscrit (j’ai l’habitude), muni, cette fois, de l’appui de l’Académie, et je cible mieux les éditeurs. On apprend, on devient plus pragmatique : je rêve moins de parader sur les Champs-Élysées.
Une réponse positive m’arrive assez vite, elle émane de M.E.O. Éditions, à Bruxelles. Serait-ce la fin de mes tribulations ? Nenni ! Mais j’ai de la chance, mon éditeur (ça me fait drôle de dire ça) est sympathique, c’est un homme remarquablement correct. Le contrat qu’il me fait signer en est la preuve. C’est aussi un vrai pro qui sait ce qu’il veut pour le renom de sa maison. Au bout de quelques semaines, il me renvoie mon texte assorti de remarques concernant tel aspect, tel passage, etc. Il y a même une gradation dans ses demandes, avec une condition sine qua non : que je renonce à la « nouvelle orthographe de 1990 » ou… que j’aille voir ailleurs. J’ai obéi, la mort dans l’âme, car le désir d’être édité était le plus fort, je l’avoue avec un peu de honte.
Venaient aussi des propositions de remodelage narratif, peu, à vrai dire. Et, pour terminer, une relecture très fine, presque mot à mot, assortie d’observations sur ma manière d’écrire qui aurait dû être plus serrée, plus nerveuse. Il n’avait pas tort.
Au terme de tout cela, l’arrivée des premières épreuves en PDF, à relire encore, pour les coquilles, et, bientôt, le fameux « bon à tirer », le feu vert donné à l’imprimeur.
Quelques semaines après, le livre nouveau-né commencera à vivre sa vie. Il sera promotionné (quelqu’un connaît un journaliste dans la salle ?), diffusé, à différents niveaux. Je me demande si cela se fait d’envoyer de la pub à tous ses amis sur Facebook. Et amener une pile de bouquins aux goûters d’anniversaire, aux banquets de mariage ? Laissons de côté les enterrements, sauf ceux de vie de garçon. Est-ce que ça vaut la peine de se payer le trajet jusqu’à Zagreb ou Cochabamba pour une brève séance de signature dans une foire du livre francophone ? Devrai-je, pour que mon roman se vende, manger des sushis, en équilibre sur un radiateur, ou avaler des fruits pourris, coiffé d’un chapeau improbable, devant un photographe ? Bref, mille questions auxquelles on ne pense certainement pas le jour où l’on se met en tête d’écrire, et que l’on tape, à l’écran, en haut de la première page blanche : « CHAPITRE UN : Planté sur le palier, deux sacs de voyage à mes pieds, j’avais l’air d’un de ces paumés qui squattent les trottoirs de Bruxelles. Si elle m’avait surpris, la concierge n’aurait pas manqué de marmonner une de ses gentillesses, genre : “V’là l’prof qui pète ‘core les plombs !”. Elle m’aurait crié : “Alors, Monsieur Dubois ? On est rentré d’Amérique ! Et vous ne retrouvez pas vos clés ?”… ».

Vivre le français


*

Cette histoire belge commence à la Gare du Midi, la porte que je pousse quand j’arrive à Bruxelles pour visiter mes amis amoureux des livres : éditeurs, auteurs ou simplement lecteurs passionnés. Robert Massart conduit son premier personnage, Baert Kommer, un Flamand de Bruxelles comme on appelle dans cette ville les Bruxellois de langue flamande, dans les toilettes de cette gare où il recopie les graffitis qui fleurissent sur les murs des sanitaires. La dame pipi trouvant qu’il passe beaucoup de temps dans ses toilettes, le gronde fermement et lui interdit de venir, à l’avenir, se soulager dans les toilettes dont elle a la surveillance. Ernest Dubois, un Bruxellois francophone, assiste à la scène et compatit avec la victime qui l’invite à boire un verre. Ainsi, les deux hommes, le Flamand et le francophone, font plus ample connaissance en évoquant leur vie, leur travail, leurs occupations, leurs passions… Ils sont tous les deux sans épouse même si Kommer fricote avec la serveuse du bar où ils sont installés et donc libres de leur temps sauf quand Dubois, professeur de français, doit assurer ses cours.
L’amitié se renforce peu à peu entre les deux hommes jusqu’à ce qu’une nouvelle serveuse débarque dans le salon de thé qu’ils fréquentent de plus en plus assidûment. Elle est roumaine et mignonne et, bien sûr, ils en sont tous les deux amoureux. La tension s’installe de plus en plus fortement entre les deux amis qui s’opposent de plus en plus sur fond de querelle linguistique. La jalousie et l’opposition culturelle et linguistique prennent bientôt des propositions de plus en plus violentes jusqu’à ce que leur relation devienne explosive et provoque des dégâts collatéraux inattendus.
Cette histoire belge est la métaphore de l’histoire de Bruxelles et plus généralement de la Belgique créée principalement par la réunion de deux provinces de langue et de culture différentes. Robert Massart, professeur dans l’enseignement supérieur, grand spécialiste de la langue française, dresse cette métaphore à travers cette opposition. Il utilise ses grandes connaissances linguistiques pour affûter les arguments de chacun des deux protagonistes qui essaient d’accaparer non seulement l’amour, mais aussi l’appui de jolie serveuse qui, étant roumaine, peut être concernée par cette querelle linguistique puisque sa langue est latine comme le français, mais elle pourrait aussi descendre du flamand comme l’explique Kommer.
Personnellement, et je pense comme la plupart de mes concitoyens français, je ne comprends pas très bien tous les arcanes des querelles qui opposent Wallons et Flamands. Robert Massart, les explique avec beaucoup d’humour, de dérision et d’ironie, mais, je n’ai pas eu l’impression qu’il pensait une réconciliation culturelle et linguistique possible, le fossé est encore trop large entre les deux communautés. Grand défenseur de la langue française qu’il promeut beaucoup mieux que nombre de Français obnubilés par le jargon pseudo-anglais très en vogue actuellement en France, il ne m’a pas semblé totalement objectif dans le tableau qu’il dresse. Si Dubois est un intellectuel, pleutre, phobique, pas très dynamique et un peu geignard, il charge le Flamand de quelques défauts un peu plus lourds, il ne travaille pas, il est assez riche pour très bien vivre sans dépenser sa sueur, il est violent, arrogant, vindicatif et plutôt extrémiste. Le tableau est bien dressé, il n’est pas sans fondement, mais l’auteur s’est bien amusé en écrivant son livre et il m’a bien fait rire. Alors, ne boudons pas notre plaisir et laissons-le écrire la suite, si… l’envie vient lui prendre…

Débézed, critiqueslibres.com et mesimpressionsdelecture.unblog.fr.


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Ernest Dubois, prof de français rentre d'un voyage à Atlanta. Arrivé à son appartement, il constate qu'un oiseau a pris possession des lieux. Ornithophobe, Ernest doit trouver quelqu'un pour chasser cet oiseau mais il ne faut pas non plus qu'il perde la face. Donc, il ne demandera pas à sa concierge de chasser l'intrus. Il fuit et prend le métro qui tombe en panne et là, il rencontre Kommer Baert, un Flamand, en train de se faire engueuler par Madame Pipi (Fintje ou Madame Séraphine) qui le prend pour un pervers qui reste des heures aux toilettes pour dames. C'est dans ce cadre que les deux hommes se rencontrent. Ernest veut connaître les raisons qui ont mis Fintje dans un tel état. Kommer, épigraphiste amateur, relève tous les graffitis couvrant les murs des toilettes hommes et femmes d'où le quiproquo.
Cette scène n'est que le début d'un enchaînement de situations assez loufoques, avec des personnages tout aussi cocasses et très (trop) stéréotypés, voire clichés.
Plusieurs sujets inhérents à la Belgique et plus spécifiquement à Bruxelles sont exprimés ainsi les problèmes linguistiques, l'indépendance de la Flandre, la minorité de Flamands à Bruxelles dont ceux-ci veulent en faire leur capitale, le multiculturalisme , la promenade du Gordel...
[…]

Emylit23, Babelio.


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Des personnages attachants, une belle histoire.

AnneNY, Babelio



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Une histoire belge ! Il y a peu, racontée par un Français, elle ne pouvait être qu’un modèle de stupidité, spécialement pour son conteur… Depuis que nos hordes d’artistes en tous genres sont entrées dans Paris, elle a perdu de son aura.
Une histoire belge écrite par un Belge sur le mode romanesque ne peut être qu’un cocktail de second degré et d’autodérision. « Surréaliste ! », diront ceux qui croient résumer en un mot notre belgitude.
Bruxelles. Le hasard fait se rencontrer deux personnages que tout oppose. L’un, Ernest Dubois, quadragénaire, est un linguiste francophone distingué qui ne supporte pas les erreurs de langage, mais surtout qui souffre d’ornithophobie, peur panique des oiseaux, comme chacun sait ou devrait savoir… L’autre, un grand Flamand quinquagénaire, répond au nom de Kommer Baert. C’est un chercheur d’un type particulier. Ainsi, il écume les toilettes de gare pour y noter les graffiti, dans le but d’en faire un ouvrage inédit. Et surtout, il travaille à son « opus magnum » qui tente à prouver, en torturant les mots sans vergogne, que le flamand est la langue primale d’où découlent toutes les autres.
Tous deux tombent amoureux de Lili, la serveuse du « Songe d’une nuit des thés » où le linguiste distingué est entré à la seule vue de l’enseigne, flanqué du grand Flamand. C’est une jeune et jolie Roumaine qui, malgré ses études, ne trouve pas de travail dans son pays et a atterri dans ce salon de thé tendance tenu par Perceval, un jeune gay suédois, soigné, distingué, beau parleur.
Une bonne nouvelle circule : le prince Florent va se marier. Pour Lili, c’est très amusant à observer, toute la ville prend des airs de décor d’opérette. Hélas pour elle, dans une lettre à son amie, elle qualifie le mariage de « déception exemplaire, de fiasco » : la fête a tourné à la vulgaire manifestation politique dans un climat d’émeute, presque de guerre civile. « Ce pays est en train de devenir fou, » écrit-elle. « Les Flamands aimeraient larguer les Wallons qui ont moins d’argent, mais ils veulent aussi garder Bruxelles et les Bruxellois veulent rester belges et ne pas être dominés par les Flamands. »
Pour parfaire le tableau, où qu’on se rende dans Bruxelles, on entend un grignotement dans les caves : les rats s’attaquent aux soubassements de la ville comme s’ils voulaient la mettre à bas. Perceval s’encourt ouvrir un salon de thé en Roumanie, emmenant Lili comme secrétaire.
Enfin, tout se termine par l’explosion d’une bombe d’une puissance inouïe provenant des toilettes à la Gare du Midi. On soupçonne un activiste flamingant d’avoir provoqué ce carnage dantesque. Le bruit a été entendu jusqu’à la salle de la Monnaie où se jouait « La muette de Portici » !
« Une histoire belge » : roman d’anticipation… à la belge ?

Dominique Dumont, Reflets Wallonie-Bruxelles

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