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Traductrice de formation, enseignante, poète, nouvelliste et romancière ancrée dans le Borinage,
Françoise Houdart
poursuit, avec ce vingt et unième roman, son exploration d’une écriture qui soumet le vécu aux défis de l’imaginaire. Lauréate de nombreux prix littéraires (dont le prix Baron de Thysebaert et le prix Charles Plisnier), elle déploie aussi de multiples activités dans les bibliothèques et les écoles.


Françoise Houdart

Au revoir Lisa
Photo de couverture
© Renild Thiébaut
AU REVOIR LISA



Roman, 2021
132 pages
15,00 EUR (livre)   9,99 EUR (livres numériques)
ISBN : 978-2-8070-0264-7 (livre) – 978-2-8070-0265-4 (PDF) – 978-2-8070-0266-1 (EPUB)

La foudre frappe le tilleul séculaire devant la maison d’Eugénie, précipitant la vieille dame sur le carreau de sa cuisine. Sa fille Lisa va la voir à l’hôpital. C’est le début pour elle d’une prise de conscience de tous les mystères qui ont jalonné sa vie, depuis la pensione Mona Lisa, près de la gare Santa Maria Novella, à Florence où ses parents ont passé leur lune de miel et où elle a – peut-être – été conçue, jusqu’à la fuite de son père Auguste, incapable d’assumer une accusation grave, et dont elle n’a plus su que des cartes postales envoyées des quatre coins de France et d’Italie. De non-dit en non-dit, un mur s’est érigé, qu’il lui faut à présent déconstruire pierre à pierre.



e-book
9,99 EUR



Extrait


Bref, j’étais rentré fort tard à la maison. Lisa s’était mise au lit sans attendre mon retour, ce qui avait renforcé ma contrariété. Sans prendre le temps d’ôter mon chapeau, je me disposais à monter l’embrasser quand Eugénie m’a enjoint sèchement de la rejoindre. Personne, même pas moi, n’eût osé se soustraire à l’ordre d’une telle voix. Je l’ai trouvée assise, toute raide à la table de la cuisine, devant un verre de vin. À peine m’étais-je penché vers elle pour la saluer malgré tout qu’elle m’a éructé au visage une bordée d’injures bien tassées. Puis, tout en se resservant un verre du meilleur cru de ma cave personnelle, elle m’a tendu un recommandé que le facteur avait déposé à mon nom le matin même et qu’elle avait ouvert sans le moindre scrupule. De toute façon, m’a-t-elle insidieusement fait remarquer, le cachet rouge ornant le coin supérieur gauche de l’enveloppe annonçait quelques ennuis… C’était peu dire : une convocation au commissariat de police de M**. Aussitôt, nos cris se sont entrechoqués avec une telle violence que j’ai eu l’impression de voir trembler les murs. La porte de la chambre de Lisa ayant légèrement grincé, il fallait que je monte la rassurer au plus vite, mais Eugénie, au comble de la fureur, me retenait par la manche : « Ferme la porte, toi ! », a-t-elle hurlé à l’adresse de la gamine qui s’était aventurée sur le seuil de sa chambre, terrifiée par la dispute.
[…]
– Ne fais pas le fanfaron, Auguste. La mère, je la connais bien, comme toi d’ailleurs, a sifflé Eugénie. Elle a déclaré que sa fille était enceinte. De toi… Il y aurait un certificat du médecin dans le dossier. Et elle est encore mineure ; c’est le bouquet ! Tu nous as mises dans un beau pétrin, Lisa et moi. Tout le village est déjà au courant. Le facteur, il sait lire à travers les enveloppes. Ces choses-là se propagent plus vite qu’un feu de broussailles en été. Tu es un beau salaud, Auguste. Tu vas te retrouver au trou et ce sera bien fait. Elle ne lâchera rien, la mère. Demain, ils t’attendent à 9 heures au bureau de police principal à M**. Tu peux préparer ta valise et ton portefeuille. Ce sont des affaires qui ne se traitent pas à la légère. Auguste, dis-moi ce que tu as fait… Dis que ce n’est pas vrai… Mais, hé ! Que fais-tu ? Tu ne dis rien. Où tu vas ? Où vas-tu ? Auguste ! Attends, on doit parler… Auguste ! Mais il fiche le camp, le salaud ! Le…. »
D’un bond, j’ai saisi mon manteau, mon chapeau et mon précieux cartable et j’ai démarré à toute vitesse en direction de la France proche..




Ce qu'ils en ont dit


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Trois personnages principaux orchestrent ce roman. Lisa et ses parents Auguste et Eugénie. Nous sommes en 1996, au début de cette histoire. Un terrible orage éclate soudain et la foudre frappe le tilleul qui se dresse face à la maison de la famille, elle-même profondément déchirée par ses propres tourments. Car, suite à une affaire de mœurs, Auguste a dû fuir en France, laissant derrière lui sa femme et Lisa qui n’a que 10 ans et qui ne comprend pas ce qui se passe. Son seul refuge : le tilleul sous lequel elle a installé son banc de bois. L’arbre se dresse, d’ailleurs, de façon fantomatique, à travers tout le roman… La suite dans le roman !
L’auteure, retraitée de l’enseignement supérieur provincial Condorcet à Mons, explique qu’elle s’est inspirée de son grand-père paternel pour créer le personnage d’Auguste : « De mon grand-père, je n’ai de souvenirs qu’au travers d’anciennes photos et quelques confidences qui éclairent un tant soit peu sa propre fuite en France. C’était un homme aventureux, doué du sens des affaires, une personnalité hors-norme, que j’ai suivie sur les routes de France et d’Italie, m’attardant à Florence, berceau du secret de la naissance de Lisa ». Françoise Houdan ne cache pas qu’il s’agit là « d’un travail sur la mémoire, pour restaurer ce qui risque de s’oublier. Par ce roman, une quête de vérité, une forme de résilience ».
Outre 21 romans et recueils de nouvelles, Françoise Houdan a publié 8 recueils de poésie et collaboré à des œuvres collectives. Elle a aussi reçu huit prix.
Rappelons que ce dernier roman, « Au revoir Lisa », éditions M.E.O., est disponible dès ce mercredi 12 mai en toute bonne librairie. Tous ses livres sont aussi disponibles sur https://lalibrairiebelge.be

PA.TI, La Province


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Le dernier livre de Françoise Houdart respire l’air des familles brouillées, le grand air des voyages.
Lisa veille sa mère à l’hôpital, qu’un AVC a laissée désemparée. Elle revient sur ses années d’enfance, ses territoires, le vieux tilleul du village borain, et le départ de son père Auguste, qu’Eugénie sa mère ne lui a jamais expliqué, alors qu’elle avait dix ans.
Le roman alterne les points de vue et recueille une matière affective de premier ordre. En 1966, Auguste part en France pour toujours et les deux femmes de sa vie ne le verront plus.
Dans une langue précise, simple, assez poétique, Françoise nous livre un roman aigu, tendu et âpre.
Les relations familiales, leurs secrets, les rumeurs, les sous-entendus forment un paravent à l’étude romanesque entreprise.
Le Borinage, entre autres, sert de décor.
Arras, Florence sont d’autres paysages traversés.
Si le temps est le grand ordonnateur romanesque, il distribue les non-dits, les mensonges, les oublis. Toute vie en comporte, et la romancière sait que cette matière est de premier plan pour aiguiser les fervents de son roman. Qu’on y voyage, qu’on y change de domicile, n’est qu’une partie du puzzle psychologique qui s’y joue.
Eugénie, grabataire, épanche quelques regrets.
Lisa, aidée de la voisine Yvette, va rassembler les bribes de trois vies bousculées.
De 1955 à 1998, que d’eau a coulé ! La fille, férue d’Allemagne, a vu heureusement le Mur de Berlin écroulé. Auguste a poursuivi sa vie, caché, au fond pas si loin.
Le livre est poignant comme toutes les histoires intimes de nos vies.
Fidèle à ses terroirs, la romancière les connaît avec le cœur de celle qui aime raconter des histoires. De ces récits de vie qui arrivent à tous les seuils des maisons, quand ils se propagent si vite, et parfois si mal, pour le destin des personnages.
À ce propos, évoquons la construction de l’histoire, fortement charpentée en cinq parties signifiantes. La narration en retire un gain d’authenticité et de plausibilité.
On ne révélera pas bien sûr l’épilogue, émouvant, logique. Des ruines d’une histoire familiale, on peut reconstruire un pan neuf. Comme pour Berlin.
Un très beau roman.

Philippe Leuckx, Les belles phrases et Nos Lettres


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Le jour où la foudre frappe un vieux tilleul debout face à la maison d’Eugénie, cette dernière valse sur le sol de sa cuisine. Emmenée à l’hôpital, elle y reçoit rapidement la visite de sa fille Lisa. L’occasion de dresser le bilan d’une existence et d’exorciser certains démons. En ouvrant la boîte de Pandore, on ignore toujours ce qu’elle libère. L’occasion de revenir sur des faits passés dont la cadette ignorait les tenants qu’on lui a tus, et d’exhumer une série de secrets familiaux pas toujours bons à entendre. De quoi accusait-on Auguste, le père amené à fuir loin ? Pour quelle raison le couple s’est-il séparé ? Où a-t-elle réellement été conçue ? Voilà quelques questions qui trottent toujours dans l’esprit de la fille. Puis, à quoi rimaient ces cartes postales expédiées des quatre coins du pays, ainsi que d’Italie et de France ? Il lui faut
à présent desceller les pierres d’un mur fixe qui s’est érigé entre elle et ceux qu’elle aimait. À force de vivre dans le déni ou la résilience, on passe forcément à côté de quelque chose. Quant au titre, il renvoie à une carte expédie par son géniteur et au verso de laquelle il avait noté : « Tu me manques, ma petite fille. Je promets de t’amener ici pour te montrer toutes ces beautés. Avec ta maman, si elle se souvient. Au revoir, Lisa. Papa. »

Sam Mas, Bruxelles Culture.


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Un livre comme je les aime, où se mêlent écriture poétique, histoire romanesque, vie réelle et secrets.
Un roman sur les mensonges, les sous-entendus et les non-dits qui fissurent les familles et dressent des murs invisibles entre leurs membres. Un livre aussi sur les faiblesses des uns et des autres, sur le pardon, sur nos destinées.
Lisa, jeune femme active qui tente de « creuser sa route », se retrouve au chevet de sa mère frappée par un AVC.
Lisa traîne elle-même une vieille blessure qu’elle croyait avoir réussi à enfouir, mais l’oubli n’est souvent que temporaire et s’étend rarement aux grandes profondeurs… Lisa a grandi sur le vide de l’absence. Après une violente dispute entre sa mère (Eugénie) et son père (Auguste), celui-ci avait définitivement quitté la maison et sa famille alors qu’elle n’avait que dix ans.
Combien est dur et injuste le déchirement causé par l’au revoir de l’absent qui est ailleurs, qui peut revenir et qui ne revient pas ! Une attente qui n’a pas de fin, sauf celle que l’on décide un jour de s’imposer, comme l’a fait Eugénie trente ans après.
Lisa n’aura plus d’autres nouvelles de son père que par de vagues cartes postales postées de France ou d’Italie et qui chaque fois raviveront la souffrance du manque et l’incompréhension.
Le passé revient prendre par la main Lisa confrontée à sa mère hospitalisée, inconsciente, et l’entraîne dans un travail de mémoire. Elle part à la recherche de vérités aussi bien dans ses propres souvenirs que dans les tiroirs et recoins de la maison de sa mère où elle a vécu son enfance. « Je vais lire les lettres de mon père […] Je suis requise par l’histoire de celui qui a laissé blanche une page de ma vie. Une page à écrire… »
Le roman alterne les voix : celle d’Eugénie qui émerge lentement de son coma à l’hôpital et se souvient, celle d’Auguste parti vivre sa vie ailleurs et s’explique, celle de Lisa qui, d’indice en indice, finira par découvrir les lourds secrets de la famille. Mais on le verra, tout n’est pas encore complètement celé, des portes s’entrouvriront…
L’histoire se déroule entre le Borinage, Arras et Florence. Un grand arbre, le tilleul, omniprésent, veille d’une certaine façon sur ces destinées. Car on le sait, il suffit parfois d’un arbre au milieu de ruines pour ne pas se sentir perdu…

Martine Rouhart, AREAW.

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Lisa a la quarantaine. Elle vit avec un Allemand et n'a pas d'enfants.
Lorsqu'elle avait 10 ans, son père est parti, il a fui sa ville et son pays suite à une plainte déposée contre lui. La mère d'une jeune fille, mineure, l'accuse d'avoir violé sa fille et de l'avoir mise enceinte. Auguste ne nie pas avoir eu une liaison avec la jeune fille qui lui a menti sur son âge, mais ne l'a aucunement violée. Auguste a pris peur et a préféré prendre la tangente abandonnant ainsi femme et enfants.
Lisa a reçu, de temps en temps, une carte postale. Sa mère l'a attendu pendant 30 ans sans jamais pardonner.
Un jour, Lisa est appelée au chevet de sa mère souffrante. C'est l'occasion de replonger dans le passé et découvrir les mensonges et les non-dits qui ont pesé sur sa vie.
Un roman en plusieurs parties : Lisa, sa mère et son père donnent chacun leur version des faits.
Un petit livre sur les secrets qui peuvent bouleverser une vie. Une très belle écriture que j'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir.

philippedester, cdubelge.eklablog.com.

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Tout l’univers au creux d’un tilleul.
The Universe in a Nutshell… « Tout l’univers dans une coquille de noix »… ou dans un vieux tilleul soudain foudroyé. Tout l’univers de Françoise Houdart dans ce tilleul séculaire qui, dès la première page du dernier roman de l’auteure, se fissure, frappé par un coup de foudre.
Il ne s’agit pas ici d’un coup de foudre amoureux, un love at first sight mais bien d’une vraie déflagration d’une violence inouïe, comme un message qu’enverrait le ciel déchaîné, un éclair, un flash qui réveillerait, révélerait enfin une histoire familiale jusque-là occultée, marquée au sceau du secret, du non-dit ou – pire – du mensonge.
Le vieux tilleul n’est pas la seule victime de ce choc salutaire : Eugénie, qui vit dans une maison voisine du champ où survit l’arbre, au parvis du bois du Coron, s’est effondrée à même la table de sa cuisine, la tête sur son bras replié. Hôpital, examens… sa fille Lisa est appelée à son chevet. Ni AVC, ni infarctus. C’est comme si quelque chose en Eugénie (la « bien née  », vraiment ?) s’était, comme l’arbre, fissuré, fracturé, fragmenté. Comme une vieille blessure soudain réveillée. Comme l’héroïne d’Éclipse, le premier personnage à entrer en scène dans ce nouveau roman semble « s’éclipser », se mettre entre parenthèses, en latence. Elle part, comme est parti autrefois son mari Auguste (« auguste  », vraiment ?), le peut-être père – le papa ? – de Lisa qui, grâce à cette absence de sa mère, mène au cours du roman une enquête quasi œdipienne à la recherche du passé familial, cherchant à démêler les écheveaux subtils que tissent les relations entre ces trois-là : papa, maman, enfant. La cellule humaine ancestrale, si simple et si compliquée. Pourquoi Auguste est-il parti ? Était-il vraiment coupable de ce dont on l’accusait ? Pourquoi n’est-il jamais revenu ? Pourquoi n’a-t-il envoyé que des cartes postales ? N’aurait-il pas écrit de vraies lettres, et si oui, cachées où ?
Vieilles photos de famille, enveloppes dissimulées, voisine qui en sait plus qu’elle n’en a l’air… Lisa enquête, et la narratrice avec elle, ou plutôt les narrateurs, car plusieurs points de vue sont tour à tour explorés (comme dans Quatre variations sur une fugue ou Lettres pour la gisante), comme sont explorés différents lieux : du Coron initial, la construction fuguée nous emmène à Florence (comme dans La Danse de l’abeille), Arras, Bruxelles ou le si symbolique Berlin : « Coupée en deux, comme jadis Berlin. Ainsi toute ma vie écartelée entre Est et Ouest ; entre ma mère et toi, mon père. Toi, forcément à l’Ouest dans ta liberté secouée d’amertume, ta liberté grevée d’un manque, un membre amputé dont tu perçois le poids, le volume qu’il occupe dans le vide. Elle, restée à l’Est, incapable de franchir le mur qui traverse notre maison de part en part ; à l’Est où elle n’en finit pas de guetter par les fissures de la muraille de son mensonge. »
Le dernier roman de Françoise Houdart, vraiment ? Certainement pas ! Il reste de la vie à explorer, des secrets à dévoiler, des comptes à régler avec le non-dit. Mais il n’est pas temps d’attendre le suivant. Savourons celui-ci, à lire et à relire pour en démêler tous les fils.

Daniel Charneux


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Au verso des cartes postales.
Françoise Houdart signe, avec Au revoir Lisa, son vingt-et-unième roman, le premier aux éditions M.E.O. À rebours de son titre tout chargé d’adieux, le roman propose une histoire de retrouvailles : celles d’une famille disloquée par l’absence et le mur du mensonge.
 « Au revoir Lisa » sont les derniers mots laissés à la hâte par Auguste à sa petite fille de dix ans, sur le papier d’une enveloppe déchirée. C’était en 1966. Suivront pour Auguste de nombreuses années d’exil à travers l’Europe, et quelques mots : des lettres adressées à son épouse Eugénie, des cartes postales pour leur fille Lisa. Les unes et les autres resteront sans réponse, confrontées au silence d’une épouse blessée. Alignés sur la cheminée, les merveilleux paysages d’Espagne, d’Italie et de France n’affichent que leur face muette.
Trente ans plus tard, une fracture interrompt brutalement la léthargie dans laquelle se sont peu à peu enfoncés les trois membres séparés de la famille. Lisa, qui a choisi de faire sa vie à l’étranger, revient en Belgique auprès de sa mère plongée dans le coma. Face à ce silence plus absolu encore, la découverte des lettres de son père conservées dans la maison familiale révèlera à Lisa les vérités cachées derrière les cartes postales de son enfance.
Françoise Houdart prend le parti de la polyphonie pour tresser le fil d’une histoire complexe qui contient, on le comprendra vite, autant de vérités que de personnages. Les chapitres portés par les voix des deux parents, Auguste et Eugénie, sont l’occasion de plongées aux origines d’une histoire d’amour surtout féconde de non-dits. Une démarche d’enquête pour le lecteur et pour Lisa, qui devenue adulte se ressent toujours « une enfant blessée qui cherche consolation et réconfort ».
Quelques symboles font le lien entre les pièces de ce puzzle : le mur de Berlin (« l’Allemagne divisée entre Est et Ouest comme je l’ai été toute ma vie entre ma mère et toi »), la pension Mona Lisa (dont Lisa tient son prénom), les cartes postales, et surtout le tilleul. Planté au jardin, l’arbre apaisant semble dépositaire de l’équilibre familial. Foudroyé peu avant le coma d’Eugénie : « De l’autre côté de la rue, le corps foudroyé du tilleul dresse dans la nuit ses longs bras de supplicié », c’est aussi lui qui nourrira la désolation d’Auguste en exil : « Un arbre manque au paysage. Ce manque ouvre une plaie… »
À la façon d’un album de cartes postales, Au revoir Lisa invite à un voyage en quelques étapes dans les paysages d’Europe et l’histoire disséminée d’une famille. « Les cartes postales, c’est vite écrit, vite lu et elles n’attendent aucune réponse. » La petite fille à qui elles étaient adressées mettra près de trente ans à en découvrir le sens véritable et y répondre : l’occasion pour elle de prononcer une nouvelle fois le mot Papa.
Derrière ce texte coloré à la structure astucieuse, on regrettera certains détails davantage au service du sensationnel que du récit, et une profondeur parfois malmenée par le versant hâtif d’une histoire à rebondissements. Une écriture généralement assurée, qui maîtrise ses variations et qui saura sans surprise convaincre le public ayant déjà entériné les vingt autres romans d’une auteure désormais chevronnée.

Antoine Labye, Le Carnet et les Instants.



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Chère Lisa, l’orage qui a foudroyé le vieux tilleul devant ta maison d’enfance t’a obligée à te rapprocher de ta mère, à la veiller sur ce lit d’hôpital où elle dort apparemment paisiblement, frappée elle aussi par cet orage violent, cet orage métaphorique qui a fait remonter à la surface toutes ses rancœurs, toutes ses déceptions, toutes ses colères envers son mari, ton père, Lisa, parti il y a longtemps sans jamais revenir. Pour seules traces d’un éventuel souvenir, les cartes postales étalées sur la cheminée. Maintenant, tu peux fouiller dans la maison, te rendre compte à quel point ta mère a cadenassé son cœur et t’a empêchée de renouer des liens avec ce père perdu.
Et toi, Eugénie, étendue sur ce lit d’hôpital où tu hésites sans doute entre revenir à la surface ou lâcher prise, tu dois assumer cette sécheresse de cœur, ce culte du secret et du mensonge dont tu as exclu ta fille unique, mais aussi cette solitude intolérable qui t’a menée à des choix sans doute discutables.
Auguste, toi le grand absent de l’histoire de Lisa, ta romancière te donne l’occasion de donner ton point de vue, d’expliquer pourquoi tu as fui la maison familiale et comment tu as tenté de renouer le contact. Certes tu as essayé, mais tu aurais pu peut-être faire preuve d’un peu plus de courage ? Mais regarde, depuis le tilleul que tu as planté dans ton nouveau jardin, vois Lisa qui va sans doute se rapprocher de toi.
Oui, Lisa, j’admire ta capacité à tracer ton chemin dans la vie, à te dédouaner des choix malheureux de ta mère. Je suis ravie que ton autrice Françoise Houdart ait retrouvé un nouvel éditeur : elle nous propose une histoire de couple, de famille assez triste, heureusement « éclairée » grâce à un orage, et des personnages ambivalents, pleins de fêlures. Je te souhaite bonne route, Lisa, dans ce Berlin où aucun mur ne viendra entraver ton désir de paix et de liberté.

Anne D., desmotsetdescontes, blog.


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Ce 21e roman de Françoise Houdart débute par un orage et s’achève sur la vue d’un père retrouvé. Une histoire de regard, donc, où le sensible et l’affectif l’emportent sur les dérèglements de la raison et l’épreuve des faits. L’orage qui foudroie un vieux tilleul porteur de sens pour toute une famille va éclairer Lisa sur les relations tumultueuses que ses parents ont entretenues jusqu’à ses dix ans, l’âge qu’elle avait quand son père a quitté précipitamment le foyer familial suite à un scandale…
On assiste à une quête des origines menée par une fille qui démêle le nœud des mensonges et du non-dit, duquel elle est issue. Même si elle ira de déception en surprise, elle parviendra à s’émanciper et à relier les inconciliables, à faire prévaloir l’entente contre les conflits.
L’histoire récente de l’Allemagne, coupée en deux puis réunifiée au bout de trente ans, résonne fort avec le parcours personnel de Lisa et montre que la Grande histoire se reflète dans les histoires personnelles.
« Moi, c’est vers l’Allemagne que je me sentais attirée, en intime parenté. L’Allemagne divisée entre Est et Ouest comme je l’ai été toute ma vie entre ma mère et toi. Toi, forcément à l’Ouest dans ta liberté secouée d’amertume, ta liberté amputée d’une partie de toi-même. Maman, restée à l’Est, incapable de franchir le mur qui a traversé notre maison de part en part. À l’Est où elle n’en finit pas de guetter par les fissures de la muraille de son mensonge. Est-ce pour cette raison, inconsciente sans doute, que j’ai choisi d’étudier l’allemand ? Pour être entendue et comprise de chaque côté du Mur ? Être comprise et entendue dans l’Allemagne aujourd’hui réunifiée ? Quel symbole ! »
Un très beau roman alliant charme et puissance qui se termine par la réconciliation d’une femme avec les deux blocs intérieurs qui l’empêchaient de se réaliser, d’affronter librement le futur.
Le roman est traversé tout du long d’une énergie positive, tournée vers l’avenir, qui privilégie la grâce à la gravité, et empreinte d’une charge existentielle s’alimentant des contraires. Il dépasse les haines et incompréhensions ordinaires qui sont le lot de nos vies, voire de nos fictions pour puiser dans l’empathie comme dans la foudre salvatrice la lumière de l’espoir et l’élan vital.

Éric Allard, Les belles phrases.


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Secrets de famille
Lisa appartient à « une famille que le mensonge a rongée jusqu’au cœur. » Aujourd’hui que le vieux tilleul de la maison familiale, à l’ombre duquel elle s’asseyait, a été frappé par la foudre et que sa mère Eugénie dépérit à l’hôpital, il ne reste presque plus rien du passé. Sinon des souvenirs, parmi lesquels le plus douloureux est celui de son père Auguste, accu¬sé autrefois d’avoir agressé une très jeune fille et, depuis, en fuite. Il n’a envoyé, de temps à autre, que des cartes postales accompagnées d’un mot bref. C’est du moins ce que croit Lisa, jusqu’à ce qu’une voisine, plus lucide que l’enfant d’alors, confie à la femme adulte qu’elle est devenue une part inédite de la vérité cachée. Le moment est venu d’éclaircir ce que Lisa se préparait à croire perdu pour toujours, avant de basculer dans un nouvel épisode de sa propre vie d’interprète. Elle sera bientôt à Berlin où elle retrouvera Klaus. La ville fut coupée en deux. Lisa l’est encore. Mais la ville s’est réunifiée. Lisa en fera-t-elle autant ? C’est tout l’enjeu d’un roman à la sensibi¬lité très fine.

Pierre Maury, Le Soir

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Lisa, née dans le sud de la Belgique, près de la frontière française, au milieu des années cinquante, est traductrice en allemand. Elle voyage beaucoup pour son métier et voit peu sa mère, Eugénie, qui l’a élevée seule depuis l’âge de dix ans, son mari, Auguste, ayant quitté le domicile conjugal à cette époque. Un soir, un violent orage sévissant là où réside sa mère anéantit le gros tilleul tutélaire qui a abrité une bonne partie de son enfance, et projette sa mère dans un état de choc qui nécessite son admission à l’hôpital. Lisa la veille et profite de cette occasion pour essayer de renouer avec elle le dialogue qu’elle n’a plus qu’au téléphone. Elle n’a jamais pu comprendre pourquoi son père est parti, pourquoi il n’est jamais revenu même si sa mère regardait toujours par la fenêtre.
François Houdart raconte l’histoire de cette petite famille à trois voix, Eugénie dévoile comment, jeune maman, elle acceptait les écarts conjugaux de son mari, mais qu’un jour une convocation émanant de la police a invité celui-ci à se rendre au poste pour répondre de ses agissements à l’endroit d’une jeune mineure tombée enceinte de ses œuvres. Folle de rage, elle l’a jeté dehors, il a filé et n’est jamais revenu même s’il a beaucoup écrit.
Sa mère étant dans le coma, Lisa fouille sa chambre et trouve les fameuses lettres envoyées par le père en même temps que les cartes postales qu’il lui adressait et qui sont toujours alignées sur la cheminée. À travers ces lettres, elle découvre la version des faits présentée par Auguste, son père, qui reconnaît ses infidélités, raconte sa fuite en France pour éviter les poursuites et toutes les tentatives qu’il a faites pour renouer avec sa mère et surtout avec elle, sa petite Lisa. Mais Eugénie s’est opposée à toutes ces tentatives, tout en refusant le divorce qui n’était pas admis dans son milieu à cette époque. Il a refait sa vie autrement.
Lisa donne à son tour sa version des événements ayant marqué sa jeunesse, son enfance sans père, les quolibets de ses camarades de classe, le refus de sa mère de répondre à ses questions, les points d’interrogation qui restent après avoir entendu quelques éclats de voix entre adultes… Et, surtout, après avoir lu et relu les lettres du père et avoir entendu la version de la voisine. Elle écrit une lettre à son père pour essayer de découvrir son vrai passé et éclairer ses origines réelles qui lui semblent bien ténébreuses.
Ce roman, c’est un type d’histoire devenu commun depuis que la procréation dépend de moins en moins des aléas sexuels. On y retrouve tous les problèmes qui font les choux gras des avocats et des psychologues : le divorce impossible ou non, les ruptures, l’adultère, l’infidélité, l’amour passionné, l’amour qui s’en va, la pression sociale et familiale. Tout ce qui peut contribuer au grand malaise qui détruit de nombreux couples. C’est aussi un texte sur l’écoute, la tolérance, la compréhension, le pardon… tout ce qui peut éviter de pousser sous le tapis des secrets, des rancœurs, des regrets, des remords et même de la haine, tous les ingrédients qui peuvent pourrir à tout jamais la vie de toute une famille.

Denis Billamboz, mesimpressionsdelecture.unblog et critiqueslibres.com


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QUAND LES RUMEURS DÉCHIRENT
Peut-on recoller les morceaux d’une famille déconstruite par les non-dits et un scandale monté de toutes pièces ?
*** Coup de cœur.

Coupée en deux, comme jadis Berlin. Ainsi toute ma vie écartelée entre Est et Ouest ; entre ma mère et toi, mon père.
Cette phrase inscrite dans le prologue du beau et mélancolique roman de Françoise Houdart en anticipe le contenu. Celui d’une femme déchirée depuis l’enfance entre la désertion de la maison familiale par un père victime de rumeurs malveillantes et l’attente de celui-ci par une mère aigrie et obstinée à garder pour elle des vérités qu’elle se refuse à transmettre à sa fille, la laissant dans l’ignorance d’une réalité qui lui appartient. C’est l’histoire d’une enfant victime des faux-fuyants et des lâchetés des adultes, se convainquant peu à peu de la nécessité de pulvériser les silences qui meurtrissent et de renverser les murs qui séparent. Tous les murs comme le furent ceux de Berlin où elle s’en est allée vivre et aimer. Loin des souvenirs qui font mal.
Elle avait dix ans quand son père est parti sans même prendre le temps de l’embrasser. Accusé d’avoir violé et mis enceinte une jeune fille mineure, il se trouva d’autant plus affolé que sa femme, jalouse de ses pouvoirs de séduction, entérina aussitôt ces accusations qui se révélèrent fausses et dictées par la vénalité. Renonçant à rentrer face l’hystérie collective que déclenche un scandale monté de toutes pièces – II n’y a pas de fumée sans feu –, il envoie régulièrement de l’argent et des cartes postales des villes où il s’arrête en voyageant à travers la France, l’Italie ou l’Espagne. Ses affaires reprennent le dessus. Ses affaires de cœur font des détours, alors même qu’il tente en vain de revoir sa fille sous le tilleul dont elle faisait son refuge contre les désordres de l’âme et du monde.
Quelques secrets essentiels
Quand le livre débute, la mère est en clinique dans un état de semi-conscience – mais ça va aller, dit l’infirmière à sa fille qui la veille. Entre deux gardes, celle-ci va revisiter la maison d’enfance et découvrir au fond de tiroirs interdits des lettres que, soi-disant, le père n’avait jamais écrites et qui, pourtant, auraient arraché des larmes aux pierres. Elle met également au jour quelques secrets essentiels qui l’ont enfermée dans une prison de mensonges et d’ignorance. Tirant les fils d’une histoire où la souffrance a fait barrage au bonheur ou, au moins, à la sérénité, elle prend la mesure de la distance que les non-dits et les duperies instillent entre les êtres. Depuis trente ans, elle n’a plus vu son père. Est-il possible de reconstruire ce que le temps a brisé et de recoller les morceaux de sa famille ?
Il se trouve beaucoup de détresse et de désarroi dans ce roman qui, en dépit de motivations psychologiques un peu floues, parle fort bien des non-dits irresponsables, des rumeurs qui déchirent et des blessures infligées par des parents inconséquents. Traductrice et enseignante, Françoise Houdart est une conteuse avertie qui poursuit, depuis les années 80, une carrière remarquée de poète et de romancière. Elle a un sens aigu de l’intrigue, la conduisant jusqu’à son ultime fin avec autant de sensibilité aux remous du cœur humain que de talent à conduire un suspense.

Monique Verdussen, La Libre Belgique (L’Art Libre)





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