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Traductrice de formation, enseignante, poète, nouvelliste et romancière ancrée dans le Borinage,
Françoise Houdart
poursuit, avec ce vingt et unième roman, son exploration d’une écriture qui soumet le vécu aux défis de l’imaginaire. Lauréate de nombreux prix littéraires (dont le prix Baron de Thysebaert et le prix Charles Plisnier), elle déploie aussi de multiples activités dans les bibliothèques et les écoles.


Françoise Houdart

Au revoir Lisa
Photo de couverture
© Renild Thiébaut
AU REVOIR LISA



Roman, 2021
132 pages
15,00 EUR (livre)   9,99 EUR (livres numériques)
ISBN : 978-2-8070-0264-7 (livre) – 978-2-8070-0265-4 (PDF) – 978-2-8070-0266-1 (EPUB)

La foudre frappe le tilleul séculaire devant la maison d’Eugénie, précipitant la vieille dame sur le carreau de sa cuisine. Sa fille Lisa va la voir à l’hôpital. C’est le début pour elle d’une prise de conscience de tous les mystères qui ont jalonné sa vie, depuis la pensione Mona Lisa, près de la gare Santa Maria Novella, à Florence où ses parents ont passé leur lune de miel et où elle a – peut-être – été conçue, jusqu’à la fuite de son père Auguste, incapable d’assumer une accusation grave, et dont elle n’a plus su que des cartes postales envoyées des quatre coins de France et d’Italie. De non-dit en non-dit, un mur s’est érigé, qu’il lui faut à présent déconstruire pierre à pierre.



e-book
9,99 EUR
À partir du 12 mai




Extrait


Bref, j’étais rentré fort tard à la maison. Lisa s’était mise au lit sans attendre mon retour, ce qui avait renforcé ma contrariété. Sans prendre le temps d’ôter mon chapeau, je me disposais à monter l’embrasser quand Eugénie m’a enjoint sèchement de la rejoindre. Personne, même pas moi, n’eût osé se soustraire à l’ordre d’une telle voix. Je l’ai trouvée assise, toute raide à la table de la cuisine, devant un verre de vin. À peine m’étais-je penché vers elle pour la saluer malgré tout qu’elle m’a éructé au visage une bordée d’injures bien tassées. Puis, tout en se resservant un verre du meilleur cru de ma cave personnelle, elle m’a tendu un recommandé que le facteur avait déposé à mon nom le matin même et qu’elle avait ouvert sans le moindre scrupule. De toute façon, m’a-t-elle insidieusement fait remarquer, le cachet rouge ornant le coin supérieur gauche de l’enveloppe annonçait quelques ennuis… C’était peu dire : une convocation au commissariat de police de M**. Aussitôt, nos cris se sont entrechoqués avec une telle violence que j’ai eu l’impression de voir trembler les murs. La porte de la chambre de Lisa ayant légèrement grincé, il fallait que je monte la rassurer au plus vite, mais Eugénie, au comble de la fureur, me retenait par la manche : « Ferme la porte, toi ! », a-t-elle hurlé à l’adresse de la gamine qui s’était aventurée sur le seuil de sa chambre, terrifiée par la dispute.
[…]
– Ne fais pas le fanfaron, Auguste. La mère, je la connais bien, comme toi d’ailleurs, a sifflé Eugénie. Elle a déclaré que sa fille était enceinte. De toi… Il y aurait un certificat du médecin dans le dossier. Et elle est encore mineure ; c’est le bouquet ! Tu nous as mises dans un beau pétrin, Lisa et moi. Tout le village est déjà au courant. Le facteur, il sait lire à travers les enveloppes. Ces choses-là se propagent plus vite qu’un feu de broussailles en été. Tu es un beau salaud, Auguste. Tu vas te retrouver au trou et ce sera bien fait. Elle ne lâchera rien, la mère. Demain, ils t’attendent à 9 heures au bureau de police principal à M**. Tu peux préparer ta valise et ton portefeuille. Ce sont des affaires qui ne se traitent pas à la légère. Auguste, dis-moi ce que tu as fait… Dis que ce n’est pas vrai… Mais, hé ! Que fais-tu ? Tu ne dis rien. Où tu vas ? Où vas-tu ? Auguste ! Attends, on doit parler… Auguste ! Mais il fiche le camp, le salaud ! Le…. »
D’un bond, j’ai saisi mon manteau, mon chapeau et mon précieux cartable et j’ai démarré à toute vitesse en direction de la France proche..




Ce qu'ils en ont dit


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Trois personnages principaux orchestrent ce roman. Lisa et ses parents Auguste et Eugénie. Nous sommes en 1996, au début de cette histoire. Un terrible orage éclate soudain et la foudre frappe le tilleul qui se dresse face à la maison de la famille, elle-même profondément déchirée par ses propres tourments. Car, suite à une affaire de mœurs, Auguste a dû fuir en France, laissant derrière lui sa femme et Lisa qui n’a que 10 ans et qui ne comprend pas ce qui se passe. Son seul refuge : le tilleul sous lequel elle a installé son banc de bois. L’arbre se dresse, d’ailleurs, de façon fantomatique, à travers tout le roman… La suite dans le roman !
L’auteure, retraitée de l’enseignement supérieur provincial Condorcet à Mons, explique qu’elle s’est inspirée de son grand-père paternel pour créer le personnage d’Auguste : « De mon grand-père, je n’ai de souvenirs qu’au travers d’anciennes photos et quelques confidences qui éclairent un tant soit peu sa propre fuite en France. C’était un homme aventureux, doué du sens des affaires, une personnalité hors-norme, que j’ai suivie sur les routes de France et d’Italie, m’attardant à Florence, berceau du secret de la naissance de Lisa ». Françoise Houdan ne cache pas qu’il s’agit là « d’un travail sur la mémoire, pour restaurer ce qui risque de s’oublier. Par ce roman, une quête de vérité, une forme de résilience ».
Outre 21 romans et recueils de nouvelles, Françoise Houdan a publié 8 recueils de poésie et collaboré à des œuvres collectives. Elle a aussi reçu huit prix.
Rappelons que ce dernier roman, « Au revoir Lisa », éditions M.E.O., est disponible dès ce mercredi 12 mai en toute bonne librairie. Tous ses livres sont aussi disponibles sur https://lalibrairiebelge.be

PA.TI, La Province


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Le dernier livre de Françoise Houdart respire l’air des familles brouillées, le grand air des voyages.
Lisa veille sa mère à l’hôpital, qu’un AVC a laissée désemparée. Elle revient sur ses années d’enfance, ses territoires, le vieux tilleul du village borain, et le départ de son père Auguste, qu’Eugénie sa mère ne lui a jamais expliqué, alors qu’elle avait dix ans.
Le roman alterne les points de vue et recueille une matière affective de premier ordre. En 1966, Auguste part en France pour toujours et les deux femmes de sa vie ne le verront plus.
Dans une langue précise, simple, assez poétique, Françoise nous livre un roman aigu, tendu et âpre.
Les relations familiales, leurs secrets, les rumeurs, les sous-entendus forment un paravent à l’étude romanesque entreprise.
Le Borinage, entre autres, sert de décor.
Arras, Florence sont d’autres paysages traversés.
Si le temps est le grand ordonnateur romanesque, il distribue les non-dits, les mensonges, les oublis. Toute vie en comporte, et la romancière sait que cette matière est de premier plan pour aiguiser les fervents de son roman. Qu’on y voyage, qu’on y change de domicile, n’est qu’une partie du puzzle psychologique qui s’y joue.
Eugénie, grabataire, épanche quelques regrets.
Lisa, aidée de la voisine Yvette, va rassembler les bribes de trois vies bousculées.
De 1955 à 1998, que d’eau a coulé ! La fille, férue d’Allemagne, a vu heureusement le Mur de Berlin écroulé. Auguste a poursuivi sa vie, caché, au fond pas si loin.
Le livre est poignant comme toutes les histoires intimes de nos vies.
Fidèle à ses terroirs, la romancière les connaît avec le cœur de celle qui aime raconter des histoires. De ces récits de vie qui arrivent à tous les seuils des maisons, quand ils se propagent si vite, et parfois si mal, pour le destin des personnages.
À ce propos, évoquons la construction de l’histoire, fortement charpentée en cinq parties signifiantes. La narration en retire un gain d’authenticité et de plausibilité.
On ne révélera pas bien sûr l’épilogue, émouvant, logique. Des ruines d’une histoire familiale, on peut reconstruire un pan neuf. Comme pour Berlin.
Un très beau roman.

Philippe Leuckx, Les belles phrases et Nos Lettres


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Le jour où la foudre frappe un vieux tilleul debout face à la maison d’Eugénie, cette dernière valse sur le sol de sa cuisine. Emmenée à l’hôpital, elle y reçoit rapidement la visite de sa fille Lisa. L’occasion de dresser le bilan d’une existence et d’exorciser certains démons. En ouvrant la boîte de Pandore, on ignore toujours ce qu’elle libère. L’occasion de revenir sur des faits passés dont la cadette ignorait les tenants qu’on lui a tus, et d’exhumer une série de secrets familiaux pas toujours bons à entendre. De quoi accusait-on Auguste, le père amené à fuir loin ? Pour quelle raison le couple s’est-il séparé ? Où a-t-elle réellement été conçue ? Voilà quelques questions qui trottent toujours dans l’esprit de la fille. Puis, à quoi rimaient ces cartes postales expédiées des quatre coins du pays, ainsi que d’Italie et de France ? Il lui faut
à présent desceller les pierres d’un mur fixe qui s’est érigé entre elle et ceux qu’elle aimait. À force de vivre dans le déni ou la résilience, on passe forcément à côté de quelque chose. Quant au titre, il renvoie à une carte expédie par son géniteur et au verso de laquelle il avait noté : « Tu me manques, ma petite fille. Je promets de t’amener ici pour te montrer toutes ces beautés. Avec ta maman, si elle se souvient. Au revoir, Lisa. Papa. »

Sam Mas, Bruxelles Culture.


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Un livre comme je les aime, où se mêlent écriture poétique, histoire romanesque, vie réelle et secrets.
Un roman sur les mensonges, les sous-entendus et les non-dits qui fissurent les familles et dressent des murs invisibles entre leurs membres. Un livre aussi sur les faiblesses des uns et des autres, sur le pardon, sur nos destinées.
Lisa, jeune femme active qui tente de « creuser sa route », se retrouve au chevet de sa mère frappée par un AVC.
Lisa traîne elle-même une vieille blessure qu’elle croyait avoir réussi à enfouir, mais l’oubli n’est souvent que temporaire et s’étend rarement aux grandes profondeurs… Lisa a grandi sur le vide de l’absence. Après une violente dispute entre sa mère (Eugénie) et son père (Auguste), celui-ci avait définitivement quitté la maison et sa famille alors qu’elle n’avait que dix ans.
Combien est dur et injuste le déchirement causé par l’au revoir de l’absent qui est ailleurs, qui peut revenir et qui ne revient pas ! Une attente qui n’a pas de fin, sauf celle que l’on décide un jour de s’imposer, comme l’a fait Eugénie trente ans après.
Lisa n’aura plus d’autres nouvelles de son père que par de vagues cartes postales postées de France ou d’Italie et qui chaque fois raviveront la souffrance du manque et l’incompréhension.
Le passé revient prendre par la main Lisa confrontée à sa mère hospitalisée, inconsciente, et l’entraîne dans un travail de mémoire. Elle part à la recherche de vérités aussi bien dans ses propres souvenirs que dans les tiroirs et recoins de la maison de sa mère où elle a vécu son enfance. « Je vais lire les lettres de mon père […] Je suis requise par l’histoire de celui qui a laissé blanche une page de ma vie. Une page à écrire… »
Le roman alterne les voix : celle d’Eugénie qui émerge lentement de son coma à l’hôpital et se souvient, celle d’Auguste parti vivre sa vie ailleurs et s’explique, celle de Lisa qui, d’indice en indice, finira par découvrir les lourds secrets de la famille. Mais on le verra, tout n’est pas encore complètement celé, des portes s’entrouvriront…
L’histoire se déroule entre le Borinage, Arras et Florence. Un grand arbre, le tilleul, omniprésent, veille d’une certaine façon sur ces destinées. Car on le sait, il suffit parfois d’un arbre au milieu de ruines pour ne pas se sentir perdu…

Martine Rouhart, AREAW.

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Lisa a la quarantaine. Elle vit avec un Allemand et n'a pas d'enfants.
Lorsqu'elle avait 10 ans, son père est parti, il a fui sa ville et son pays suite à une plainte déposée contre lui. La mère d'une jeune fille, mineure, l'accuse d'avoir violé sa fille et de l'avoir mise enceinte. Auguste ne nie pas avoir eu une liaison avec la jeune fille qui lui a menti sur son âge, mais ne l'a aucunement violée. Auguste a pris peur et a préféré prendre la tangente abandonnant ainsi femme et enfants.
Lisa a reçu, de temps en temps, une carte postale. Sa mère l'a attendu pendant 30 ans sans jamais pardonner.
Un jour, Lisa est appelée au chevet de sa mère souffrante. C'est l'occasion de replonger dans le passé et découvrir les mensonges et les non-dits qui ont pesé sur sa vie.
Un roman en plusieurs parties : Lisa, sa mère et son père donnent chacun leur version des faits.
Un petit livre sur les secrets qui peuvent bouleverser une vie. Une très belle écriture que j'ai eu beaucoup de plaisir à découvrir.

philippedester, cdubelge.eklablog.com.

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Tout l’univers au creux d’un tilleul.
The Universe in a Nutshell… « Tout l’univers dans une coquille de noix »… ou dans un vieux tilleul soudain foudroyé. Tout l’univers de Françoise Houdart dans ce tilleul séculaire qui, dès la première page du dernier roman de l’auteure, se fissure, frappé par un coup de foudre.
Il ne s’agit pas ici d’un coup de foudre amoureux, un love at first sight mais bien d’une vraie déflagration d’une violence inouïe, comme un message qu’enverrait le ciel déchaîné, un éclair, un flash qui réveillerait, révélerait enfin une histoire familiale jusque-là occultée, marquée au sceau du secret, du non-dit ou – pire – du mensonge.
Le vieux tilleul n’est pas la seule victime de ce choc salutaire : Eugénie, qui vit dans une maison voisine du champ où survit l’arbre, au parvis du bois du Coron, s’est effondrée à même la table de sa cuisine, la tête sur son bras replié. Hôpital, examens… sa fille Lisa est appelée à son chevet. Ni AVC, ni infarctus. C’est comme si quelque chose en Eugénie (la « bien née  », vraiment ?) s’était, comme l’arbre, fissuré, fracturé, fragmenté. Comme une vieille blessure soudain réveillée. Comme l’héroïne d’Éclipse, le premier personnage à entrer en scène dans ce nouveau roman semble « s’éclipser », se mettre entre parenthèses, en latence. Elle part, comme est parti autrefois son mari Auguste (« auguste  », vraiment ?), le peut-être père – le papa ? – de Lisa qui, grâce à cette absence de sa mère, mène au cours du roman une enquête quasi œdipienne à la recherche du passé familial, cherchant à démêler les écheveaux subtils que tissent les relations entre ces trois-là : papa, maman, enfant. La cellule humaine ancestrale, si simple et si compliquée. Pourquoi Auguste est-il parti ? Était-il vraiment coupable de ce dont on l’accusait ? Pourquoi n’est-il jamais revenu ? Pourquoi n’a-t-il envoyé que des cartes postales ? N’aurait-il pas écrit de vraies lettres, et si oui, cachées où ?
Vieilles photos de famille, enveloppes dissimulées, voisine qui en sait plus qu’elle n’en a l’air… Lisa enquête, et la narratrice avec elle, ou plutôt les narrateurs, car plusieurs points de vue sont tour à tour explorés (comme dans Quatre variations sur une fugue ou Lettres pour la gisante), comme sont explorés différents lieux : du Coron initial, la construction fuguée nous emmène à Florence (comme dans La Danse de l’abeille), Arras, Bruxelles ou le si symbolique Berlin : « Coupée en deux, comme jadis Berlin. Ainsi toute ma vie écartelée entre Est et Ouest ; entre ma mère et toi, mon père. Toi, forcément à l’Ouest dans ta liberté secouée d’amertume, ta liberté grevée d’un manque, un membre amputé dont tu perçois le poids, le volume qu’il occupe dans le vide. Elle, restée à l’Est, incapable de franchir le mur qui traverse notre maison de part en part ; à l’Est où elle n’en finit pas de guetter par les fissures de la muraille de son mensonge. »
Le dernier roman de Françoise Houdart, vraiment ? Certainement pas ! Il reste de la vie à explorer, des secrets à dévoiler, des comptes à régler avec le non-dit. Mais il n’est pas temps d’attendre le suivant. Savourons celui-ci, à lire et à relire pour en démêler tous les fils.

Daniel Charneux


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Au verso des cartes postales.
Françoise Houdart signe, avec Au revoir Lisa, son vingt-et-unième roman, le premier aux éditions M.E.O. À rebours de son titre tout chargé d’adieux, le roman propose une histoire de retrouvailles : celles d’une famille disloquée par l’absence et le mur du mensonge.
 « Au revoir Lisa » sont les derniers mots laissés à la hâte par Auguste à sa petite fille de dix ans, sur le papier d’une enveloppe déchirée. C’était en 1966. Suivront pour Auguste de nombreuses années d’exil à travers l’Europe, et quelques mots : des lettres adressées à son épouse Eugénie, des cartes postales pour leur fille Lisa. Les unes et les autres resteront sans réponse, confrontées au silence d’une épouse blessée. Alignés sur la cheminée, les merveilleux paysages d’Espagne, d’Italie et de France n’affichent que leur face muette.
Trente ans plus tard, une fracture interrompt brutalement la léthargie dans laquelle se sont peu à peu enfoncés les trois membres séparés de la famille. Lisa, qui a choisi de faire sa vie à l’étranger, revient en Belgique auprès de sa mère plongée dans le coma. Face à ce silence plus absolu encore, la découverte des lettres de son père conservées dans la maison familiale révèlera à Lisa les vérités cachées derrière les cartes postales de son enfance.
Françoise Houdart prend le parti de la polyphonie pour tresser le fil d’une histoire complexe qui contient, on le comprendra vite, autant de vérités que de personnages. Les chapitres portés par les voix des deux parents, Auguste et Eugénie, sont l’occasion de plongées aux origines d’une histoire d’amour surtout féconde de non-dits. Une démarche d’enquête pour le lecteur et pour Lisa, qui devenue adulte se ressent toujours « une enfant blessée qui cherche consolation et réconfort ».
Quelques symboles font le lien entre les pièces de ce puzzle : le mur de Berlin (« l’Allemagne divisée entre Est et Ouest comme je l’ai été toute ma vie entre ma mère et toi »), la pension Mona Lisa (dont Lisa tient son prénom), les cartes postales, et surtout le tilleul. Planté au jardin, l’arbre apaisant semble dépositaire de l’équilibre familial. Foudroyé peu avant le coma d’Eugénie : « De l’autre côté de la rue, le corps foudroyé du tilleul dresse dans la nuit ses longs bras de supplicié », c’est aussi lui qui nourrira la désolation d’Auguste en exil : « Un arbre manque au paysage. Ce manque ouvre une plaie… »
À la façon d’un album de cartes postales, Au revoir Lisa invite à un voyage en quelques étapes dans les paysages d’Europe et l’histoire disséminée d’une famille. « Les cartes postales, c’est vite écrit, vite lu et elles n’attendent aucune réponse. » La petite fille à qui elles étaient adressées mettra près de trente ans à en découvrir le sens véritable et y répondre : l’occasion pour elle de prononcer une nouvelle fois le mot Papa.
Derrière ce texte coloré à la structure astucieuse, on regrettera certains détails davantage au service du sensationnel que du récit, et une profondeur parfois malmenée par le versant hâtif d’une histoire à rebondissements. Une écriture généralement assurée, qui maîtrise ses variations et qui saura sans surprise convaincre le public ayant déjà entériné les vingt autres romans d’une auteure désormais chevronnée.

Antoine Labye, Le Carnet et les Instants.




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